‹ L'Origine des MalgachesChapitre 8 sur 10 · IMMIGRATIONS SÉMITES · texte numérisé non relu

IMMIGRATIONS SÉMITES

Immighatio.ns juives. — Longtemps avant la venue des Malais'1', en un temps toutefois qu'on ne peut préciser avec certitude, se sont établies à Madagascar des colonies sémites. Un ancien manuscrit arabe, trouvé à Mayotte, manuscrit qui relate l'histoire des îles Comores, raconte que la plus grande1 d'entre elles. Ngazidya, a été peuplée sous le règne de Salomon par des Arabes ou plutôt par des Juifs Iduméens originaires de la mer Rouge (2). D'autre part, Flacourt a trouvé, en i6f)2(3), les traces d'une colonie juive'1' sur la côte orientale de Madagascar, tant à l'île de

W Les Ândrianâ d'Imerina, qui sont d'origine malaise et dont les ancêtres sont venus au \vf siècle, disent que les Silamo Arabes ou métis d'arabes musulmans) et les Karany (Indiens musulmans) sont arrivés à Madagascar longtemps avant eux.

W Cité par fievrey (Essai sur les Comores. 1878, p. yi) : «A l'époque de Salomon-ben- Daoudou (Salomon, fils de David), deux Arabes ou Iduméens, venant de la mer Rouge avec leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves, sYtablirent à Ngazidya (la (îrande- Coniore), et. après, il arriva lieaueoiip

d'hommes d'Afrique, de la côte du Xanguebar, pour habiter ces lies.* — Boothby. en 166/1, dit que les Malgaches descendent probablement des enfants d'Abraham et de sa concubine keturah, qui, d après l'Ecriture, ont été envoyés dans l'Est (!).

•3) Flacourt a séjourné tant à Fénerive qu'a l'Ile Sainte-Marie du 10 octobre au 18 novembre i65s.

(*) n Les peuples que j'estime estre venus les premiers à Madagascar, ce sont les Zafe- Hibrahim , ou de la lignée d'Abraham, habilans de Tisle de Saincte-Marie et des terres

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firment celte opinion (,). Flacourt fait remarquer qu'ils n'avaient jkis connaissance des prophètes postérieurs à David, ce qui semble indiquer

qu'ils nomment SUcily, ne font rien et n'entreprennent aucun voyage qu'ils n'aient sikilé. Ils ne sont nullement traîtres, ni adonnés à tuerny massacrer, ny voler; ils rachètent plutôt que de permettre qu'on tue; ils sont en somme bons, fort soigneux de cultiver la terre. Ils nourrissent des taureaux et vaches seulement pour laitage et pour sacrifier lorsqu'il y a un malade. Il n'y a que ceux qui savent une certaine prière MivoRECHE (mivorikà a)) qui ont la faculté de couper la gorge aux bêtes, en quoi ils sont si scrupuleux qu'ils mourraient plutôt de faim que de manger de la viande d'une béte qu'un chrétien ou un homme du Sud aurait tuée. Ils sont de la race d'Abraham, ne connaissent point Mahomet et nomment kafiry ceux de sa religion. Ils connaissent \oé, Abraham, Moïse, David, mais ne connaissent aucun autre prophète , ni Jésus-Christ. Ils sont circoncis, ne travaillent pas le samedi, ne font aucunes prières , ni jeûnes , mais des sacrifices de taureaux, vaches, cabris, coqs. Ils ne châtrent aucun animal, ni même le tabac. Ils sont hospitaliers n (Flacoubt, loc. cit., p. sa)'bl M François Martin, rr qui se renferme toujours dans ce qu'il a vu», dit (Manuscrit des Archives nationales, 1668, p. 3n, et Copie de la Bibl. Grandidier, p. 3 1 1 ) qu'à Ghallemboule (Analambolft [litt. : où il y a des forêts de bambous], la province actuelle de Fénerive ) , où il a résidé de i665 à 1668, les indigènes «• ne font aucun exercice de religion; ils avouent pourtant qu'il y a un Dieu qu'ils reconnaissent pour l'auteur de tous les êtres , qu'ils font tout bon ; ils le nomment Zanhaar (Zanahary). . .

Ils craignent fort le diable, qu'ils nomment

Belitche (Iblis); ils le font auteur de tous les maux et ils lui donnent le premier morceau des bêtes qu'ils sacrifient ... Ils ont du respect pour le samedy; ils ne travaillent pas ce jour-là à leurs plantages; l observation particulière de ce jour, leur circoncision i*t lavcrsiou de quelques-uns à manger du porc font connaître que quelques Juifs ou des personues de cette religion ont été autrefois dans cette contrée, qu'ils y ont instruit les peuples et quy leur en est resté des coutumes»; plus loin (p. 317, 3i9), il ajoute: «il n'y a peut-être point de nation au monde plus superstitieuse; ils n'entreprendront point de voïage, ne se résoudront point à faire la guerre, ny à commancer leurs plantages, ny généralement à quelque action que ce soit, sans avoir auparavant consulté les ampagajars (inpanazary)(f), c'est le nom de leurs devins; ces gens-lt) tirent leurs conjectures sur une tablette ou il y a les figures à leur mode des planettes, des signes du zodiaque. Us couvrent cette tablette de sable et, par des traits qu'ils tirent dessus, ils donnent la solution de ce que l'on leur demande.//* ont une autre sorte de divination par des poulets qu'ils enferment deux ou trois jours sans leitr donner à manger; Fampagajar (mpanazary) compose ensuite une drogue qu'il jette i ces animaux après les avoir lâchez, et, suivant ce qui leur arrive après en avoir mangé, il lire encore sa conjecture de là. H y a un degré de science parmi eux pour avoir la liberté de couper la gorge au bestial; ce degré dépend d'être né des premiers d'un village et de savoir une espèce de prière qu'ils disent tout bas avant que d'égorger

M Vorikd est le mot arabe woraiqa tt petite feuille de papier» où Ton inscrit des formules cabalistique (de Gooje^

(*) D'après Flacourt (p. 96), les habitants de la côte Est, entre la baie d'Antongil et la rivière d'Onibé (Foulpointe), ont les mêmes mœurs et se disent Zafy Ibrahim.

<c) Hazary, charmes, enchantement; numazary, deviner, ensorceler; mpanazary, devin, sorcier. — Ce mot vient de l'arabe où ir deviner» se dit trhasara» et <r devin» trhauâr».

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nous surprendre, car ou sait <|ue dès la [dus haute antiquité les Arabes du Yémèn ont fréquenté la côte orientale d'Afrique aussi loin au moins que Sofala(l) et il est certain que I archipel des Comores et file de Madagascar ont reçu la visite de leurs houlres. D'autre part, les historiens anciens nous apprennent qu'un siècle et demi avant Jésus-Chrisl les Arabes vendaient aux Grecs des denrées qu'ils allaient chercher sur la côte d'Afrique jusqu'au canal de Mozambique, et. dans son Périple île la mer Erythrée, Amen dit qu'ils y échangeaient des lances, des haches, des couteaux, des verroteries, etc., contre de l'ivoire, de l'écaillé, etc. Il ne semble donc pas douteux que les Juifs ont été les premiers à fonder quelques colonies plus ou moins volontaires au milieu des nègres orientaux venus antérieurement de l'Indo-Océanie, mais leurs descendants sont tellement mêlés aux autres habitants que si, au xvu* siècle, du temps de Flacourt et de François Martin, il en restait encore quelques traces dans Pile de Sainte-Marie et sur la côte voisine, il est impossible aujourd'hui de les retrouver avec quelque certitude. Ce n'est pas qu'il n'y ait. dans toutes les peuplades malgaches, un vieux fonds d'idées qui semblent dériver directement de la civilisation juive antérieure à Salomou 2), mais si

l) Les Juifs et les Sémites de l'Vrabie ne sont pas les seuls peuples qui aient eu jadis des relations commerciales avec* les habitants de la côte d'\frique; de temps immémorial, les Hottes égyptiennes, probablement il h* me les (jhaldéens. les Babyloniens, les Assyriens, les Phéniciens, les Tyriens ont navigué dans ces parages.

•2: A Madagascar, comme autrefois chez les Juifs, la religion est toute (matriarcale, sans processions, sans cérémonies liturgiques et. en somme, sans éclat; parmi les coutumes malgaches. axant trait à la religion, qui rappellent les coutumes juives, nous cite-

rons : d'abord, la croyance en un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, qui n'est représenté |>ar aucune figure ni aucune image *\ puis les usages suhants : i° d'offrir à Dieu des sacrifices d'animaux, qui étaient l'essence de Tancieune religion judaïque, la tête des victimes tournée vers l'Est, et de marquer avec leur sang, regardé comme efficace |H>ur effacer les |>échés. tantôt les assistants, tantôt les maisons, comme à la pâques juive, ou bien des pieux dressés à cet effet ; -i° de brûler de l'encens et de danser b) pendant les invocations; de tendre, en priant, les mains vers le ciel

(* Le* Malgache* ont une croyance aveugle dans les gris-gris et les fétiches, qui sont d'ordinaire particulier au\ individus, quelquefois nationaux comme les Sampjf des Merinâ par exemple, mais ce culte des Sampy n'était p«> approuvé par tous et le P. de la Vaissière a connu à Tananarive des vieillards qui réprouvaient cette idolat impopulaire et ne rendaient d'hommages qu'au Dieu créateur du inonde.

(k) Dans le Bilô des Sakalavâ ou Salamangd des tribus de l'Est (cérémonie d'exorcisme pour chasser l'Ksprit

mauvais du corps des malades [Bilô et Salamanga sont la transcription des noms arabes du diable Iblis el

de Soleîman ou Salomon |). \o soi-disant poss«klé danse avec »a femme et ses proches parents devant le

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civilisation, il n'est |>as besoin de supposer que ce sont des Juifs venus à Madagascar qui l'ont importée, puisque les premiers immigrants avaient déjà cette religion et ces mœurs. Ces us et coutumes ont-ils été apportés

malheurs d'en être exclus; i5° ils accompagnent les cérémonies funéraires de grands re|»as; 160 lorsqu'ils sont en deuil, ils ne portent que des vêtements sales et vieux, ils ont la tète et les pieds nus, ils se rasent les cheveux et la barbe, ils couchent parterre, et ils ne se lavent ni ne s'oignent le corps; 1 70 ils ne prononcent plus le nom des personnes mortes; 180 au retour d'un enterrement, les assistants et, à la fin du deuil, les parents sont conlraints de se purifier par des ablutions lustrales.

Knfin, dans les usages et coutumes de la vie journalière -, qui sont communs aux deux peuples, on peut remarquer: i9°que la femme est à Madagascar, comme jadis en Judée, considérée presque a l'égal de l'homme et que la stérilité est pour elle un opprobre; ao°que les sorciers y sont tués à coups de bâtons ou lapides^, afin d'éviter que leur sang impur ne souille la terre; ai° qu'à la mort du père ses femmes passent au fils aîné et que le frère hérite de celles de son frère; 99° que, comme il est recommandé dans le Talniud, ils ne jettent au vent ni les cheveux coupés ou arrachés, ni les rognures d'ongles; 2 3° que les nombres impairs 3 et 7 et le nombre 1 2 sont sacrés ,c); 2 4° qu'ils divisent l'année en douze mois lunaires et la semaine en sept jours; 2 5° que l'adoption d'enfants est d'une pratique habituelle; 26° qu'une jeune fille s'abstient de voir son amant lorsque son père et sa mère sont gravement malades; 270 qu'il

est formellement défendu aux parents de regarder la nudité de leurs enfants de l'autre sexe; 280 que certains rois et certaines familles se permettent l'inceste; 2g0 que les chiens et surtout leurs ordures sont réputés immondes; 3o° que les débiteurs insolvables sont traqués sans pitié; 3 1° qu'ils donnent le nom de «• taureaux * aux hommes forts, puissants (comme les Juifs à Isaïe) ; 32° qu'ils soumettent les inculpés à diverses ordalies analogues à celle de la coupe des eaux amères des Juifs.

Rappelons, en outre (voir plus haut la note de la page g5 ) , qu'il y a sur la côte Est de Madagascar diverses légendes qui dérivent des Ecritures saintes. J'ai constaté que les Antimoro regardent le dimanche comme le jour où Dieu s'est reposé après avoir créé le monde en six jours et que, pour cette raison, ils n'enterrent pas ce jour-là.

Je dois toutefois faire remarquer que certaines de ces croyances existaient aussi en Arabie avant Mahomet. Les anciens Arabes ne pratiquaient pas plus, en effet, que les Juifs les cérémonies rituelles et ne se complaisaient pas davantage dans les spéculations de théologie métaphysique; ils reconnaissaient l'existeuce d'un Dieu suprême, créateur du Ciel et de la Terre, mais ils ne lui élevaient pas de temples et ils n'avaient point de prêtres. Au-dessous de Dieu étaient les Génies ou Djinns qui, d ordinaire invisibles, quoique pouvant prendre à volonté les formes les plus bizarres, lui

(*) Je n'énumère pas, parmi ces coutumes, celles toutes caractéristiques cependant qu'elles sont, que Flacourt attribue aux Zafy Boralià de Sainte-Marie , telles que de faire mander maîtres et esclaves ensemble et de ne pa* châtrer les animaux, parce qu'elles n'existent nulle part ailleurs à Madagascar et qu'elles sont même tombées en désuétude depuis longtemps dans cette partie de nie.

(b) Dans f Imerinâ, un voleur surpris eu flagrant défit sur un marché public est lapidé par le peuple. Dans le Sud- Est, à Iavibolâ, j'ai vu lapider un individu accusé de sorcellerie que poursuivait une meute d nommes , de femmes et d'enfants.

(c) Les Merinâ invoquent les douze rois, les douze montagnes, les douze talismans, etc.

M\i>\<;\sr.AR.

Immigrations ar\bk!> et persanes. — Si Ton ne retrouva (>lus les traces des anciennes colonies juives, il n'en est pas de môme des colonies musulmanes; il existe, en effet, des ruines arabes en un certain nombre de localités tant de la côte orientale que de la côte occidentale, et, dans le Nord-Ouest comme dans le Sud-Est, il va des familles dont l'origine sémitique est indéniable, malgré leurs croisements nombreux avec les indigènes.

Les historiens arabes donnent peu de renseignements sur l'expansion de l'Islamisme dans l'Afrique orientale et les îles voisines; les sauvages habitants de ces régions, qui n'ont pris aucune part aux luttes politiques et religieuses des Musulmans, et qui ignoraient le reste du monde comme ils en étaient ignorés, n'avaient en effet rien qui pût exciter leur intérêt, leur rôle se bornant à fournir de temps immémorial aux peuples civilisés des esclaves et quelques rares produits naturels !{).

En compulsant leurs ouvrages et les chroniques locales des principales villes de la côte orientale de l'Afrique et de ses îles 2), ainsi que» les relations des grands voyages maritimes faits dans la mer des Indes au xvie siècle par les Porlugais 3\ on arrive cependant à suivre les principales immigra-

1 L'océan Indien a été parcouru dès les temps les plus anciens par des navires clialdéens, égyptiens, juifs, arabes, perses, indiens, etc. W. Quarante siècles avant Jésus- Christ, la Chaldée ou Babylonie, qui était déjà en grande splendeur, envoyait des bateaux aux pays des aromates et des épices; mais, à ces époques lointaines, la navigation se faisait uniquement dans un but de commerce, les Chaldéens, les Egyptiens, les Juifs, les Arabes, les Perses, etc., échangeant leurs produits contre ceux de l'Inde, de Tlndonésie et de l'Afrique, puis s'en revenant chez eux.

'-) Chroniques de Mogdicho, de Baraoua, de Kiioa et des îles d'Oungouya (dénommé

à tort Zanzibar par les Kuropéens, qui ont pris la partie pour le tout) et de \gazidya (ou la Grande Comore), etc.

W Correa, Barros, Diogo do Couto.

Albuquerque, Paria y Sousa, Castanheda, Fr. d'Andrada, Osorius, Damiano de Goes, Antonio Galvao, Joao dos Santos, etc. — Les premiers navigateurs euroj>éens qui ont pénétré dans l'Océan Indien à la fin du xve et au commencement du xvr siècle, Vascode Gama , Pedralvarez Cabrai, Alfonso de Albuquerque. etc. , y ont trouvé partout des villes importantes et très florissantes b (pie de nombreux navires de la Mekke. de l'Egypte, d'Aden, d'Ormuz, de Cambaye, de Mangalore, etc., mettaient constamment en

*J La périodicité el la régularité des vents et des courants dans l'océan Indien ont beaucoup contribué au développement de la navigation chez les peuples sémitiques et aryens de l'Asie.

ib) Sur la côte Esl d'Afrique : Sofala. Mozambique, Kiloa, Oungouva (ou ville de Zanzibar), Malindi , Mombaz, Lamou, Baraoua, Mogdicho, etc., et Ngazidya (la (jrande-Comore); sur la cote occidentale de Tlude : Cambaye. Mangalore. Cnnanor, Calicut, Ponani. f-ochin, etc.: dans l'Extrême-Orient : Malacca , etc.

et commerçant^, ont fait de tout temps la traite des esclaves et le commerce de l'ivoire, de l'écaillé et de la poudre dor avec les indigènes de la côte africaine, ce n'est qu'après l'extension de l'Islamisme dans l'Arabie, la Perse et l'Egypte que de vraies colonies musulmanes se sont établies sur celle côte. Cependant, avant que le fanatisme ait poussé les Musulmans orthodoxes à tenter la conquête religieuse du monde et qu'ils aient envahi l'Afrique comme l'Asie, prêchant, les armes à la main, la parole de leur Prophète, plusieurs familles arabes s'y étaient déjà établies, ayant quitté leur pays et s'étant réfugiées sur la côte orientale et dans les iles voisines à la suite des luttes sanglantes engendrées par les rivalités entre les dynasties qui se sont disputé le pouvoir suprême pendant les deux premiers siècles de l'Hégire et aussi par les grandes dissidences religieuses qui ont marqué les débuts de l'Islamisme (J).

de Bornéo, For et l'argent de Sumatra, les épices de Siam et de Java, la laque du Pégou, la cannelle de Ceylan, les tissus du Bengale, les diamants de Narsinga (de la vallée du Pennar, à l'Est du Mysore), les perles de*Kalakaré, etc. A Sumatra, où les Arabes étaient accoutumés à trafiquer d'ancienne date, il y avait sur rade, lors de la venue de Diogo Lopes de Sequeira en 1 509 , une foule de navires du Bengale, du Pégou, de Siam, de Java, de Luçon,de Chine, etc. (Babbos, t. III, p. 3g9)(').

(1) Hérodote, 600 ans avant J.-C., parle de l'Arabie Heureuse comme de la plus riche contrée du monde, et Strabon décrit en détail les richesses de la ville de Mareb (qui est la Saba de la Bible) où un commerce séculaire avait développé un luxe inouï. Les Phéniciens ont pendant longtemps été les intermédiaires entre les Arabes et l'Europe pour l'importation des objets de

l'Orient : ivoire, aromates, pierres précieuses, poudre d'or, écaille, esclaves, etc., dont Tyr était le grand entrepôt. Ptolémée au 11e siècle après J.-C. et Arrien, dans son Périple de la Mer Erythrée, disent que la côte orientale d'Afrique était jusqu'au delà de l'Equateur sous la suzeraineté du roi du Yémèn (ou pays de Mopharis) et que les habitants de Muza (ville située aux environs de la moderne Moka) y allaient chaque année, à bord de navires conduits par des pilotes connaissant bien les lieux et la langue des indigènes, échanger des lances, des haches, des couteaux, des poinçons, des verroteries, du vin et mémo du blé, de l'huile de sésame, du miel de canne ou sucre, du beurre, contre de la cannelle, des aromates, de l'écaillé, de l'ivoire, des esclaves à destination surtout d'Egypte, etc., et revenaient dans la mer Rouge en juillet (kl. (s) Au début de l'Islamisme, les popula-

W Les marchandises, que les Arabes allaient chercher en Afrique, dans l'Inde, à Malacca et à Sumatra, étaient rapportées soit à la Mekke ou à Suei et de là, par chameaux, au Caire et, par le Nil, à Alexandrie, où les Vénitiens venaient acheter les épices de Calicot, soit dans le golfe Persique, à Ormui, d'où on les envoyait à Basora et, d'abord par l'Eupiirate, puis par caravanes, en Arménie, en Tartane ou bien a Damas et a Beyrout, où s'approvisionnaient les Vénitiens, les Génois et les Castillans. — Les Portugais, en pénétrant dans l'océan Indien, ont ruiné ce commerce (Babbos, t II, p. 176).

(k) Geographi Grmci mmcre$, Périple de la mer Erythrée, traduction de Ci. Mcllib, p. «67.

ETHNOGRAPHIE

Les premiers de ces colons semblent avoir été des Zeïdites(1), dont les uns ont quitté le Sowad de Koufa, après avoir échoué dans leur révolte contre le kalife Hischâm en 787 {2), et dont les autres, après avoir successivement tenté de renverser sous la direction d'Ya'hyâ, fils de Zeïd, le kalife Omayyade Walid et, sous celle d'autres arrière-petits-fils d'Ali (3),

tioas de l'Asie occidentale ont, même après leur conversion, conservé pendant assez longtemps un grand esprit d'indépendance, et les opinions les plus bizarres, les plus ridicules, si contraires qu'elles fussent aux textes du Koran, y ont trouvé des partisans. Les sectes hétérodoxes étaient nombreuses. H y en avait même comme les Zanâdiqa (Ismaéliens, Fati mites, etc.), qui se sont béparés des Chiites ou sectateurs d'Ali ("> après la mort, vers 7 46, de leur septième imâm, Ismaël, fils de Djafar el-Sadik, et qui, s'ils n'avaient pas fondé leur doctrine sur des passages du Korau, ne mériteraient pas d'être comptés au nombre des musulmans; c'étaient, en effet, de vrais athées, qui cherchaient à propager les idées matérialistes et immorales; ils considéraient toutes les prescriptions religieuses ordonnées par Mahomet comme purement allégoriques et ils dispensaient leurs adeptes de les accomplir au sens littéral; ils permettaient et même conseillaient la fornication, la promiscuité et (à l'instar des Mages) l'inceste sans réserve; ils croyaient à la transmigration et admettaient l'union de leurs chefs, descendants d'Ali, avec Dieu (voir plus loin, p. io5). Il y a eu deux centres principaux de Zanâdiqa, celui de Koufa , qui a peu duré et a disparu vers 9 1 5 ,

et celui de Balireïn, où ils ont conservé le pouvoir dans les provinces d'Oman et surtout d'EI-Haça jusque vers ia5o, et dont ils ont forcé, vers 908, ceux des habitants qui n'ont pas consenti à adopter leur doctrine à s'expatrier ; la tribu des Azd et les Fatimites {b\ qui ont régné quelque temps sur l'Hedjaz et le Yémènet,de968 à 1 1 7 1 , sur l'Egypte , appartenaient h la secte ismaëlienne.

W C'est du moins ce qui ressort de la relation de Maçoudiet des récits de Barros (Asia portugueza), de Joâo dos Santos (Hist. de l 'Ethiopie) , etc. Les Zeïdites ou Echya

Zeïd, Jsy fl***' (c)» étaient des sectateurs de Zeïd, fils d'Ali Zeïn el-Abidin, fils de'Hosaïn, fils d'Ali, fils d'Abou-Tâlib, le prince des Qoraïschites, et, par conséquent, arrièrepetit-fils d'Ali, qui est, comme l'on sait, le gendre et le cousin de Mahomet. Zeïd avait épousé une femme de la tribu d'Azd et il n'acceptait pas toutes les opinions du Koran.

'2Î C'est dans cette révolte que leur chef ou Imâm a trouvé la mort.

(3) Mohammed (à Médine et à la Mekke), Ibrahim (à Basora), Mousâ, Ya'hyâ et Idris, tous les cinq fils d'Abdallah , fils de 'Hasan , fils d'Ali, fils d'Abou-Tâlib, n'ont pas réussi dans leurs tentatives contre Mançour. Un autre Mohammed (A\ également descendant d'Ali, fut plus heureux à Koufa contre le sul-

M On sait que les Musulmans comprennent deux sectes principales, qui sont ennemies irréconciliables, les Sunnites et les Chiites.

<b> Les Fatimites se disaient descendants de Fatime,la fille de Mahomet, et par conséquent d'Ali, le gendr? du Prophète; leur premier kalife est de 909.

(') Les premiers navigateurs portugais qui ont visité la côte orientale d'Afrique, parlent de ces sectateurs du Zeïd sous le nom de (ÏEmozaydij (Barros, Da Atia portugueza, édit. 1698, Dec. 1, livre vin, ch. iv, p. 91 1 ; \avigationi e Viaggi de Ramusio, i554, 3e édit. de 1 563, t. I, p. 387 C; D1000 do Couto, Da Aêia, Dec. X, liv. 1, ch. vu, p. A3; Faria r Sousa, Da A»ia, 1666, 1. 1, p. ^3).

C> Mohammed, fils d'Ibrahim, fils d'ismaël , fils d'Ibrahim, fils d'Hasan , fils d'Hasan , fils d'Ali, fils d'Abou-Tàlib

IO'i

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les kalifes abassides Abou-Djafar al-Mançour et Mamoun, ont été finalement vaincus en 816, tant à Koufa et à Rasora qu'à Médine et à la Mekke, et ont dû quitter l'Arabie.

A cette même époque, les Ismaëliens(1), qui, plus tard, ont exercé le pouvoir pendant un certain temps en Arabie, notamment à Bahreïn el à la Mekke. et en Egypte, tentèrent en vain de renverser le troisième kalifeabasside, Mohammed el-Mahdi, qui en fit mettre un grand nombre à mort vers 780. et ils furent presque exterminés par son fils MousA al-Hâdi vers 787; les survivants, terrorisés, se cachèrent ou quittèrent le pays. Il est nécessaire que nous étudiions en détail cette secte, car, comme nous le verrons plus loin, les Onjatsy, les Antambahoaka et les ZafindRaminia sont des descendants d'Ismaéliens. Il y a, en effet, dans ces trois familles un usage tout à fait extraordinaire et essentiellement caractéristique qui met sur la voie de leurs origines: elles ne réprouvent pas les unions incestueuses 2, malgré l'horreur que ces mœurs abominables inspirent à tous les autres habitants de Madagascar. Or, la seule secte arabe qui, au moyen âge, approuvait et même recommandait ces

tanMamoûn a\ec l'aided'Abou-Sarâva, mais celui-ci, ayant vu que cet Alide ne voulait pas se plier à sa \olonté, le déposa et le remplaça par un autre, ayant le même nom de Mohammed^; il envoya aussi des descendants d'Ali dans les principales villes de l'Arabie, Zeïd -b' à Basora, 'Hosaïn'^ à la Mekke et un arrière-petit-lils de 'Hasan à Médine, qui tous, du reste, se liront détester à cause de leur cruauté et de leur conduite dissolue. Le pouvoir d'Abou-Sarâya ne fut pas de longue durée; vaincu en 8 1 6 , il fut décapité, et beaucoup de ses partisans lurent massacrés; d'autres prirent la fuite et quittèrent l'Arabie, dont Mamoûn resta «lès lors le kalife incontesté. Quant aux Alides Mohammed , fils de Djafar, et à son fils Ali, qui, aidés par 'Hosaïn Ibn-al-Aftas,

cherchèrent à défendre la Mekke contre l'armée de Mamoûn, ils furent abandonnés par les habitants et vaincus en 8s3, après une lutte sanglante; Mohammed fit ^1 soumission; les autres Alides s'enfuirent (Tabari, Chronique, traduction de Zotcnberg, t. IV, p. &11, 'i3(J-'437, &99-5o3, 5o6 et 5o8).

f|) Voir la note de la page précédente.

•- Il me semble résulter, de ce que je sais à cet égard, que les incestes étaient pratiqués rarement, et non point dans un but de plaisir charnel, mais plutôt comme une œuvre pie, par obéissance à des croyances religieuses ou plutôt superstitieuses; les Karma thés, comme les Onjatsy et les Antambahoaka, attachaient en effet à ces unions extraordinaires des vertus spéciales.

(,) Mohammed, fils de Mohammed, fils de Zeïd, fils d'Ali, fils d'Hosaïn, fils d'Ali, fils d'Abou-Tàlih.

•k' Zeïd, fils de Mouça, fils de Djafar, fils de Mohammed, fils d'ili, fils d'Hosaïn, fils d'Ali, fils d'Ahou-Tâlîli.

'' Hosaïn, fils d' Hasan, fils d'Ali, fils d'\li, fils d'Hosaïn. fils d'Ali, fils d' A bou-Talil>.

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à la foi musulmane était nul et dont les tendances étaient plutôt vers le mazdéisme (,), a tenté de réunir et a réuni cries libres penseurs, qui ne voyaient dans la religion qu'un frein pour le peuple, et les bigots de toutes les sectes Alides j> afin «de faire servir les croyants au règne des incrédules n.

Il y avait neuf degrés d'initiation et les initiés des classes inférieures avaient une foule de croyances que repoussaient ceux des classes supérieures. Les membres de cette secte admettaient l'apparition successive de prophètes, dont ils comptaient six: Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet, et ils considéraient comme sacrés les nombres sept et douze; à leurs yeux, tout ce que faisait, tout ce qu'ordonnait l'imam légitime était juste. Abdallah ibn Maïmoun s'empara peu à peu de l'esprit de ses disciples au point de leur faire accepter un communisme complet, non seulement leur faisant mettre en commun tous leurs biens, mais ordonnant à toutes le femmes de se mêler indistinctement aux hommes, parce que, disait-il, tous ceux qui ont la même foi doivent agir comme s'ils n'avaient qu'un corps et qu'une âme(2). Il leur conseilla de s'affranchir des prescriptions de l'Islam, telles que la prière, le jeûne, etc., et de s'en tenir non point à la lettre, mais à l'esprit; plus de mosquées, plus d'animaux dont la chair fut réputée impure ! Le Koran était considéré comme un livre sacré, mais qu'il fallait lire «avec l'entente spirituelle 7?. En un mot, il leur permit de s'arroger toutes les licences, de tuer, de piller, de forniquer, etc. (3). L'astrologie a exercé sur eux une

(]) Le mazdéisme est la religion des mages de Médie.

t'2) Cette promiscuité ne devait pas du reste sembler extraordinaire aux Perses, chez lesquels, conformément aux principes de Zoroastre ou plutôt des mages de Médie, les unions incestueuses étaient depuis longtemps licites. En effet , la religion des Perses autorisait non seulement les unions temporaires, mais les mariages entre père et fille, mère et fils, frère et sœur; l'histoire rapporte qu'Ârlaxercès II épousa sa fille Atossa en 358 avant J.-C. Disons cependant que,

dans les pays non persans, l'inceste a été vite délaissé, car il était en contradiction avec les mœurs traditionnelles des Arabes (à l'exception des habitants du Yémèn et de l'Oman , chez lesquels ces mêmes mœurs existaient de temps immémorial d'après S Irabon [voir note 3, p. 1 18]) et des Africains. (3) Les villes de la côte Ouest du golfe Persique, c'est-à-dire du Bahreïn, étaient habitées par des Perses et par des Juifs qui ne s'étaient pas convertis à l'Islamisme et, d'autre part, les Bédouins ou Arabes de l'intérieur ne remplissaient pas volontiers les

108 MADAGASCAR

la disparition de la religion musulmane, que les karmathes avaient profané la grande mosquée de Koufa, pillé en janvier g3o le temple de la Mekke et massacré des milliers de pèlerins en plein hadj. A cette époque , les Àbassides n'avaient déjà plus leur ancienne puissance et l'empire arabe commençait à subir le joug des barbares turcs et berbères.

Après l'assassinat en 9 1 U de leur chef Abou-Saïd qui laissa sept fils, les Karmathes, désireux de faire librement le commerce dans le golfe Persique et dans l'Irak, notamment avec Sirâf, vécurent en paix pendant dix ans avec le khalife de Bagdad. Cependant l'un des fils d'Abou-Saïd , Ahou-Tâhir, ayant conquis l'Oman, devint momentanément le véritable chef de l'Arabie; en 931, il prit Koufa, mais, en 9/10, il perdit une partie de ses possessions. Après sa mort qui eut lieu en 9 A A. les Karmathes ne firent plus parler d'eux pendant une vingtaine d'années, sauf en 95 1 lorsque, sur Tordre du troisième khalife fatimite, ils réintégrèrent dans la Kaaba de la Mekke la pierre noire sacrée que, vingt-deux ans auparavant, ils avaient transportée à Lahsâ à l'instigation du fondateur de la dynastie, qui avait cru, en ordonnant cette profanation, enlever à la Mekke son caractère sacré et démontrer aux fidèles l'inanité de leurs croyances et de leur dévotion.

Le quatrième khalife fatimite, Moïzz, s'empara de l'Egypte pendant que ses fidèles alliés opéraient une diversion en Syrie, et, en 969, il se fit proclamer souverain de la Mekke et de Médine; à cette époque, son autorité s'étendait jusque sur le Béloutchistan. De leur côté, les Karmathes envahirent le Punjab et s'emparèrent de Moultan; mais, à la suite de rivalités de personnes, ils se brouillèrent momentanément avec les Fatimites, dont ils avaient été jusque-là les soutiens inébranlables, et, en 978, ils firent, sans succès du reste, une expédition en Egypte contre El-Aziz billah, cinquième khalife fatimite, qui toutefois, pour se débarrasser d'eux, leur consentit un tribut annuel de 70,000 dinars, moyennant quoi ils s'en retournèrent à Lahsâ. En 985, ils firent de nouveau alliance avec les Fatimites.

Les Karmathes conservèrent longtemps encore après le xc siècle leur autorité sur les pays situés à l'Ouest du golfe Persique, avec des alternatives de succès et d'échecs. De 977 à 1 a5o, en effet, des seyids, ou chefs

MADAGASCAR

lieu du viue siècle, plusieurs villes fortifiées qu'ils ont abandonnées lorsque les Sunnites de El-Haça, qui étaient plus nombreux et mieux armés et qui étaient leurs ennemis religieux (l\ y fondèrent les villes de Mogdicho1*), de Baraoua, de Lamou, de Malindi(3) et de Mombaz; ils se réfugièrent, les uns, dans l'intérieur du continent, les autres portèrent leur résidence plus au Sud, à Kiloa, par exemple-4', où les ont rejoints, plus tard, vers 975 , des Persans chiites de Chirâz(5), qui ont, en outre, établi des comptoirs à Pat ta, à Oungouya (ville de Zanzibar), à Mozam-

était fils d'une esclave abyssine et non, comme eux, de princesses persanes. Il s'embarqua à Ormuz, à bord de deux navires, avec sa femme, ses enfants, ses amis et ses serviteurs, et il s'en \int à la cote d'Afrique; il ne s arrêta ni à Mogdicho, ni à Baraoua, villes fondées soixante-dix ans auparavant par des Arabes sunnites, parce qu'étant Persan, et par conséquent Chiite, il était d'une secte différente; il s'établit à Kiloa, où étaient déjà installés quelquesuns des Zeïdites qui avaient abandonné la cote d'Ajan lors de la venue des Sunnites de El-Haça. Les habitants de Kiloa ont entretenu des relations suivies avec les lies Comores et la côle Nord-Ouest de Madagascar, où ils ont établi des comptoirs (Paria y Solsa ,A$iaportugueui , 1. 1 , édit. 1666, p. 73 ; Ramlsio, Navigationieviaggi, 3rédit., i563, t. I,p. 357, DetE).

(*) D'après la chronique des Rois de Kiloa (BARRos,Déc. I, liv. vin, ch. iv, p. si 1).

W Voir la note de la page précédente. — Mogdicho est promptement devenu la colonie la plus puissante et la plus riche de toute la côte Est d'Afrique, comme l'ont constaté les navigateurs portugais qui l'ont visitée vers i5oo. C'est de cette ville que sont partis les premiers Arabes qui ont été commercer avec Sofala , où se trouvent des mines d'or, non pas qu'ils aient été en faire la découverte volontairement, mais parce qu'un de leurs navires, obligé de fuir devant une

tempête, > a atterri par hasard. Ils n'out jamais osé s'aventurer au delà du cap Corrien tes, à cause des courants et des vents violents et changeants qui régnent au Sud du tropique du Capricorne ( B arros, 1. 1 , p. a 1 2).

(*) Malindi, qui a été fondé vers 960, a entretenu de très ancienne date des relations de commerce suivies avec les ports indiens de Cambave et de Surate, et, comme nous l'avons déjà dit, en 1^90 Vasco de Gaina y a trouvé, mêlés aux Arabes, des Banians du Goudjerat. On sait, en effet, que les Musulmans se sont emparés, vers l'an t3oo, de cette province et de sa ville principale, Cambaye, où, du reste, des marchands arabes et persans trafiquaient depuis longtemps ; ils y construisirent des dhaous ou navires, dont le deuxième roi de cette dynastie musulmane envoya quelques-uns à Malindi et, de là, vers le Cap de Bonne-Espérance. Surpris par une tempête, les navires furent jetés à la côte de Madagascar et les marins, hors d'état de regagner leur pays, se fixèrent dans cette ile, qu'ils colonisèrent (Commentarios do Al/, do Albuquerque , partie IV, ch. xxiii, p. îaa).

O La chronique des Rois de Kiloa dit que cette ville a été fondée par des Zeïdites.

<*) A l'avènement de la dynastie des Bouides à Chirai, vers 933, il y a eu une émigration considérable de Persans en l'Afrique (Gevrey, Le* Comoret, 1870, p. 76)*

MADAGASCAR

Si, nous appuyant sur l'histoire sommaire des immigrations arabes des premiers siècles de l'Hégire, dont nous venons d'exposer les grands traits, nous consultons maintenant les rares documents écrits11' et les traditions orales**' que j'ai recueillis tant dans le Sud-Est et l'Est que dans

(1) J'ai écrit en 1867, sous la dictée de Razaomanery, le principal roi dos Antanos}, la généalogie et l'histoire des ZafindRaminia, telles (]ue les donne le livre en caractères arabes que lui ont légué ses ancêtres qui se le sont transmis de main en main depuis leur arrivée à Madagascar, et où chacun d'eux a consigné les faits qui lont intéressé, mais non pas, mal heureusement, tous ceux qui nous auraient intéressés. A Vatomasinâ (ville située sur le bord du Matitananà), j'ai fait copier par un katibô, c'està-dire un chef religieux anakarii , les chapitres suivants du Son are, ou livre sacré des Antimoronâ . que ceux-ci conservent pieusement : i° l'histoire des Antambahoakâ ; 2" l'histoire de Raminia et de ses enfants nés à Madagascar; 3° la généalogie des ZafindRaminia; h° l'histoire du départ des Antimoronâ de la Mekke; 5° la généalogie des Zajikazimambô, des Anakarâ et des Anlitsimelo; 6° Thistoire de la création du monde; 70 la description du déluge et des grandes montagnes; 8° Fasiry Josofd Mohattuidô; g° l'explication des Vtntanâ ou destinées ; i o° l'histoire des Maleikâ (anges) et des Bilix | Ihlis des arabes] et Solaïmanâ ou Salamanffti | Salomon] (démons); 110 Fasiry Salama ileikoum; ta" diverses prières arabes bien con-

nues : Alahomania galoka lafoa (Allahomma inni asolouka'lafoua , etc.. ô mon Dieu, je te demande le pardon . . .), Alakomainko (Allahomma innaka, etc., â mon Dieu, tues. . .), AlahomasaUa (Allahomma salli alà. etc., ô mou Dieu, bénis. . .), Zabarizo, Voamarometsa, et les 1", ici?*, xcvii9, xcvin*, ci', es9 au cxi?*(aj sourates du Koran; t3° diverses invocations et recettes médicales. — Je possède en outre un vieux manuscrit arabe, usé, mal écrit, qui contient les explications des noms de Dieu , la manière de dire le cha]>elet musulman, des phrases détachées du Koran et diverses formules cabalistiques W.

3- Outre les documents écrits dont je viens de parler, j'ai interrogé plusieurs chefs antanosv et antimoronâ sur leurs origines et sur l'histoire de leurs ancêtres, notamment, chez les Antanosy, Razaomanery, Ramakâ et Ral>efaner$, qui, lors de mes voyages, étaient les seuls ZaûndRaminia sachant écrire avec les caractères arabes dont un antimoronâ (de la caste desTsimetô) leur avait appris l'usage , et , en 1 870 , dans la province de Matitananà, Andriambolamenarivô, qui vivait à Ivatfl sur le Matitananà et qui était le chef des Antimoronâ habitant entre ce fleuve et le Namorona (voir note a, p. i4i).

(*> La plupart de ces sourates ou prièivs portent chei les Antimoronâ le même nom que diei les Arabes; ainsi ils appellent la \n Alahomondo (Alkamdou [liiltih] des Arabes), la 9/1° Alahomania (Alâmnackrm^) y la io5* (ou de l'éléphant) AUnnonUarakaifa (Alamlarakatfa) , la 106* LHafikoma (/,•* Uafi Icountchim), la 107* Rrttalazy (Araîtalladhi), la 108* Inantaina (Inna atainaka), la 10g* holiza zohaly (Koulya aywoêkm), la 110* Izaza naêorolaho (lzadjâ nafroullah), la 111* T$obatty (Tabhatyadd) , la ut* KolokaUho (Koulkouallmkou), la 1 13* Kolozobirabilafak (Koala' oudhoubirabbilfnlaki) et la 1 1/1* kolozolnrabinaty (Koula ondhombirabbimmàêi).

M Ce manuscrit est de forme carrée (o m. 16 >; o m. 16), à coin* arrondis, écrit sur du papier de fabrication malgache; il m'a été vendu par un Antimoronâ des bords du Matitananà. — A la Bibliothèque nationale, il y a un fonds malgache, composé de neuf manuscrits dont cinq proviennent de la riche et fameuse bibliothèque du couvent de Saint-Germain-des-Prés, où, depuis le commencement du xvu* siècle, les Bénédictins de Saini- Maur ont fait tant de travaux de grande érudition et qui a été supprimée en 179s* Ces manuscrits, écrits l'un sur 1/1 feuillets de vélin de petit format, les autres sur du papier de fabrication indigène, ne fournissent autftm renseignement historique; il* ne contiennent que des dessins coloriés, grossièrement exécutés, d'hommes.

ETHNOGRAPHIE

US

ie Nord et dans l'Ouest de Madagascar, et si nous corroborons ces traditions à laide des récits faits par les anciens auteurs portugais'1' et fran-

^Albuquerque, Correa, Barros, Diogo do Couto, Castanheda, Faria y Souza, Fr. d'Andrada, Galvao, Osorius, Duarte Barbosa, JoAo dos Santos, Damiano Goes, B. P. Luiz Mariano, etc. — Ces divers historiens, qui ont écrit au xvi" siècle ou au commencement du \viie leurs chroniques très détaillées et véridiques sur les découvertes et les explorations portugaises dans l'océan Indien nous apprennent : i° Que vers t3oo des navires envoyés de Carabaye, ville située dans le N.-O. de l'Inde, à la cote Est d'Afrique et au Cap de Bonne- Espérance par le chef musulman du Goudjerat furent portés par une tempête sur la côte Sud de Madagascar (Commentarios do Albuqucrque , partie IV, ch. xxm, p. 122); — a° Qu'en i5o6 Tristan da Cunha trouva sur la côte N.-O. de Madagascar, dans les baies deBoinâ, de Mahajamba etd'Anorontsangâ, plusieurs villes arabes importantes qui entretenaient des relations commerciales avec Malindi et Mombaz (B\*ros * Da Asia portugueza, Dec. H, liv. 1, ch. 1, p. 7-18); — 3° D'après les relations des navigateurs portugais du commencement du xvi' siècle, les Persans de Chiraz établis à Kiloa ont eu une grande part dans la colonisation du S.-E. de l'Afrique, des lies voisines et de quelques ports de Madagascar (Barros, Dec. I. liv. vin, ch. iv , p. 211); Faria y Sousa (t. I, 1666, p. 73) dit également que peu après leur venue sur la côte orientale d'Afrique, qui date de 975 environ, les musulmans de Kiloa ont fondé des comptoirs

dans les lies Comores et sur la côte N.-O. de Madagascar ; — 4° Diogo Lopes de Sequeira a appris a Fort-Dauphin, en 1008, que les habitants de celte région descendaient des matelots d'un navire du Goudjerat qui s'y était perdu jadis et dont le capitaine s'appelait Turubaya, nom qui a été donné à ce pays en son honneur W (Barros, Dec. II, liv. iv, ch. m, p. 3g3);

— 5° D'après ce même Diogo Lopes de Sequeira, en i5o8, les Arabes de la côte Est d'Afrique avaient commerce avec les gens de Matitanana, qui cultivaient pour eux quelque peu de gingembre (Barros, Dec. II, liv. îv, ch. m, p. 3o,&); — 6° Deux matelots portugais, envoyés en i5o8 par Diogo Lopes de Sequeira de Fort- Dauphin a Matitanana par terre pour s'enquérir des productions naturelles du pays, ont rencontré sur cette côte deux Indiens de Cambaye, les seuls survivants de l'équipage d'un navire qui s'y était perdu vers ilxSo en se rendant de l'Inde à Sofala (Castanheda, t. H, if>o2,ch. evi, p. 34i);

— 70 En 1 5 1 5 , Luiz Figueira établit un fortin à Matitanana, ville populeuse où il trouva plusieurs Arabes de la côte de Malindi (côte Est d'Afrique), et où il séjourna si\ mois (Barros, Dec. III, liv. i,ch. 1, p. 5);

— 8° Les Arabes de Malindi qui, de temps immémorial, font le commerce avec les habitants du N.-O. de Madagascar, ont fondé dans cette Ile, d'après Balthazar Lobo de Sousa (1657), deux villes où vivent aujourd'hui leurs descendants et que gouvernent

d'animaux et d'arbres, des figures cabalistiques, des prières, des invocations et des formules magiques, la plupart en langue arabe, et enfin des versets du Koran (voir dans G. Fbrhaxd, Les Musulmans à Madagascar, 1" partie, p. 66 et 67, les renseignements fournis par M. Zotenberg). — Le spécimen d'écriture antimoronâ aue le Rév. A. S. Hucketta publié en 1887 dans The Chrotticle of the London Missionary Society, p. 353, est aune facture si mauvaise qu il est impossible de le traduire , d'autant plus que les points diacritiques sont omis. Il semble que c'est une page où un écolier a répété à de courts intervalles les mêmes formules pieuses. (,) Il y a là une confusion, car Turubaya (Touloubaya ou baie de Toulou) est la corruption du nom local do notre Fort-Dauphin actuel Taolananl, qu'on prononce à peu près Toulou- Nara.

ITHNOGHirOIE.

MADAGASCAR

çais(,) et des noies récemment publiées sur ce sujet par MM. Ferrancl2), Jullv et E. Gautier, nous pourrons, dans une certaine mesure, débrouiller le chaos des diverses immigrations arabes à Madagascar.

Les légendes et les listes chronologiques qu'ont conservées pieusement les chefs des diverses tribus de la côte Sud-Est de Madagascar n'ont certainement qu'une valeur historique très contestable; en effet, la rédaction en est mauvaise et elles ne concordent pas toutes, et, bien qu'elles soient écrites en caractères arabes, elles sont rédigées en langue malgache, ce qui montre que leurs auteurs étaient déjà des métis, ignorants des choses des pays civilisés et incapables de bien comprendre et de répéter intelligemment les traditions laissées par leurs pères, qui eux-mêmes, du reste, ne devaient certainement pas être des lettrés. Mais, comme ce sont les seuls documents locaux que nous possédons sur les origines de ces familles, elles n'en sont pas moins utiles à étudier.

Les tribus ou plutôt les familles malgaches qui ont des Arabes pour

des cheiks, Tune dans un Ilot de la baie de Mahajambà, l'autre sur la côte N.-E. dans la baie de Bimaro (Vohémar) [Diogo do Couto, Dec. VII, liv. iv, ch. v, p. 3i 1]; — 9° Pedreanes, en t5i5, a acheté beaucoup de copal à Bimaro (Vohémar) [Barros, Dec. III, liv. i, chap. i, p. 6]; — io° L'ile de Madagascar est habitée, dans l'intérieur, par des païens et, sur les côtes, par des Arabes (Duarte Barbosa, i5i6, p. q3 i).

W Cauche, Flacourt, Fr. Martin, Carpeau du Saussay, Dubois, Cap. Gigault, de Cossigny, de Valigny, de Maudave, Cher de La Serre, Mayeur, Rochon, Barthélémy Hugon, Cher de Froberville, Frappaz, Epid. Colin, Jacquet, Bernier, Noël, Guillain, Gevrey, etc.

W M. Ferrand, qui est un arabisant, et qui a rempli pendant assez longtemps les fonctions d'agent résidentiel, d'abord à Majunga dans le Nord-Ouest de Madagascar, au milieu des Antalaotra ou métis musulmans, et ensuite à Masindranô (Manan-

jary) dans le Sud-Est, au milieu d'une des tribus qui descendent des Arabes, a recueilli de la bouche de chefs âgés et la plupart illettrés, par conséquent incapables de moderniser les traditions de leurs ancêtres, l'histoire des huit tribus d'origine arabe qui habitent le Sud de l'île : Antambahoakd et Zafitul Raminia (descendants directs de Raminia) et Antivandrikâ (descendants des compagnons de Raminia), Antiony, Zafikazimambo et Sahatavy (descendants des Mekkois venus a Madagascar postérieurement aux ZafindRaminia); Onjatsy (descendants de matelots arabes venus à Madagascar avant les ZaGndRaminia); Anakard (venus entre les ZaGndRaminia et les Antiony?). Il a publié ces diverses histoires ou légendes en malgache et en français (voir Les Musulmans à Madagascar, ame partie, 1893, p. 1 1 à 8s); il a donné, en outre, celle des Anakara en caractères arabes sous le titre d'HisTOiRE d'Ali et dr Mohahado (loc. cit., tM partie, 1891, p. i4i h i43).

ETHNOGRAPHIE. Ho

ancêtres se divisent, par leurs mœurs et leurs croyances, en quatre catégories distinctes : 1 ° les Omatsy , dont certains traits de mœurs rappellent celles des Ismaéliens et qui, d après les traditions, ont précédé à Madagascar les familles suivantes ; 2° les Amamiuhoaka et les ZafindRaminia, qui s'en rapprochent sous plusieurs rapports, mais qui ont ou ont eu un certain fonds de croyances religieuses et qui cependant ne méritent guère plus que les Onjatsy le nom de Musulmans; 3° les Tsimetô(1), les AnakarX, les Axtioxv et les Zafikazimambô , qui constituent l'aristocratie des Antimoronà et qui, au début, pratiquaient au contraire les prescriptions du Koran, et enfin, k° les Antalaotiia du Nord-Ouest et de l'Ouest, qui ont été d'abord des Chiites et qui aujourd'hui sont des Sunnites, plus ou moins zélés et plus ou moins instruits, il est vrai.

De ce que ces familles ont une origine arabe, il ne faut pas en conclure que leurs membres ont le type sémitique; en réalité, ils ne se distinguent guère aujourd'hui des autres Malgaches, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, car leurs ancêtres ont pris femme, dès leur arrivée à Madagascar, parmi les indigènes de race indo -mélanésienne. Si, au xvnc siècle, le P. Luiz Mariano, Cauche, Flacourt, Carpeau du Saussay, etc., ont trouvé dans l'Anosy des Blancs, ces individus cqui n'étaient pas plus basanés que des Espagnols •» ne devaient point leur teint relativement clair à du sang arabe ou indien, qui, par suite d'un long métissage, était depuis longtemps noyé dans le sang indo-mélanésien des indigènes,mais au sang européen que leur avaient infusé les Hollandais naufragés vers 1600 dans la baie de Sainte-Luce et environ un siècle auparavant les nombreux Portugais que le naufrage des deux navires de Pero Vaz 0 Roxo et de Père Annes Francès avait jetés, en 1627, sur la côte Sud-Est de Madagascar, auxquels se sont joints quelques-uns des matelots de Manuel de Lacerda et d'Alexis de Abreu, qui, traversant l'île, sont venus dans l'Anosy, espérant y trouver des compatriotes. Il n'en est plus de même aujourd'hui.

W On dit indifféremment les Tsimetô ou de Ra-Nohâ (litt. : le seigneur Noé), qui

les Tsimaitô, par abréviation de Zafitsimetô est d'après eux le grand ancêtre de leur

(litt.: les descendants de Tsimetô) ou d'An- aïeul Tsimetô, celui de leur race qui est

titsimetô (litt. -.les gens [de la famille] de venu le premier à Madagascar, Antilsimeto-

Tsimetô); quelquefois on y ajoute le nom ranohà.

M AI) \(i ASC Alt.

Nous allons passer eu revue ces quatre classes de Malgaches descendants d'Arabes, en faisant remarquer qui1, tandisque la quatrième a laissé des ruines assez importantes dans le Nord-Ouest, dans l'Ouest et dans le Nord-Est de Madagascar, les trois premières n'ont fait ni dans l'Est ni dans le Sud-Est aucune construction semblable à celles qu'on a trouvées à Vohémar, à Mahanara,à Nosy Manioko, à Nosy Manja (Nosy Langany), àBoina, etc. On dirait qu'ils ignoraient lart de bâtir en pierres.

i° OmatsI. — Les Onjatsy habitent la province la plus septentrionale de Madagascar, l'Ankarana, surtout sur la côte entre le Cap d'Ambre etl'Ampanobé, rivière qui se jette dans la mer un peu au Sud de Vohémar (i3°4o'lat. S.)(l1; ils sont, dit-on, au nombre de 7,000 à 8,000; il y en a aussi, mais seulement quelques centaines, sur la cote Sud-Est, à l'embouchure du Matitanana^ et aux environs de Fort-Dauphin. Ils sont originaires de l'Arabie 3) et ont d'abord habité une des îles du canal de Mozambique, qu'ils ont du quitter après des guerres longues et san-

t1) 11 y on a dans tout I" Ynkarana '*\ mais ils sont beaucoup moins nombreux dans l'Ouest, où Ton en trouve seulement quelques familles éparses ça et là au milieu des autres habitants du pays. Vohémar est aujourd'hui leur centre principal , parce que, lors de la conquête du Nord de Madagascar par Radamâ Irr, les Antankaranâ s'étant enfuis dans l'intérieur du pays et les Onjatsy ayant au contraire fait de suite leur

soumission, ce roi nomma l'un d'eux chef de cette province.

'i: Les villages de VohipenÛ et de Monja, qui sont tout près de la bouche du Matitananâ. sont habités par des OnjatsJ.

'* Tous sont d'accord à cet égard. Quelques-uns même citent la Mekke comme leur pays d'origine (Guiïiet); d'autres disent qu'ils ont d'abord habité Malindi (Noël, Rech. Sakalavà, tirage à part, i843, p. 9.3).

(*} En 1700, les Hounuili (OnjaUy) tribu musulmane, occupaient en nombre la côte Nord-Ouest de Madagascar (Noël, Recherches sur les Sakahnu, Bull. Soc. Geogr. Pari», i863, t. JIX, p. 380, et t XX, p. 391 ; i8&5, t. I, p. Ai 1). - Dans la province d'Ambre, il existe une petite peuplade particulière, Antzalzi (OnjaUy ) y qui élève des chèvres (Dict. manuêcrit du Ch" de Frobertitte, Bibl. du Muséo britannique). — Dans le manuscrit n* 99 des Qirtons de )[adaga$rar den \rchivesdcë Fortification* de% Colonin, manuscrit daté de 1816 et par conséquent antérieur à la conquête de l'Ankarana par Radamâ l*r, il est dit que les Anizatci (OnjaUy) habitent le bord de la mer depuis la haie de Rodo (ia° 38' 3o" lat. S.) jusqu'à la rivière Ifontsy (i3* à' 3o" Ut, S.). — D'après Bernier, les habitants de l'Ankarana se subdivisent en plusieurs castes, notamment les HenézowiBtts (Onjatty), c'est-à-dire les véridiques (!), qui habitent la cote depuis Vohémar jusqu'à la haie d'Àndravinâ (is* 55' lat. S.) [Notes sur le Nord de Madagascar, i83A, Bull. Soc. Geofrr. de Bordeaux, 1886, p. to3]. — 11 y a, sur les côtes Est et Ouest de l'Ankarana, des OnjaUy qui sont les descendants ou tout au moins les représentants d'une ancienne caste sacerdotale; ils ont la réputation de faire des miracles et d'attirer à leur volonté des bénédictions ou des malédictions sur la tête de leurs amis ou de leurs ennemis ; ils ne se marient qu'entre eux et ils ont des mœurs assez particulières (Batcuelob, Notes on the Antankaranâ, Antananariro Annual , 1877^.31, reproduit dans Oliver, Madafraêcar, t. II, 1886, p. 39). — Avant la diffusion de l'Islamisme (par les Sunnites) parmi les Antankaranâ et les Sakalava du Boinâ, il y avait dans le Nord-Ouest de Madagascar une caste religieuse, les Anjuali (OnjaUy) , qui ne se mariaient qu'entre eux et qui avaient de l'influence sur les autres Malgaches (Hildebbajdt, Ausllug xum Ambergebirge, Zeittchr. <L Ge$ell$ch.f. ErdL., Berlin, 1880, p. 975).

MADAGASCAR

Ils se marient entre eux; néanmoins ils ne se distinguent point par l'aspect extérieur des autres Malgaches au milieu desquels ils vivent(,), et ils sont tout aussi paresseux et ivrognes. Ils n'ont pas. comme les autres tribus de Madagascar d'origine arabe, l'obligation de ne manger que la viande d'animaux tués par certaines personnes et suivant certains rites. Ils momifient les cadavres et recueillent les liquides putrides qui en découlent1^, mais la caractéristique de leurs mœurs consiste dans le triste et abominable usage, qu'ils se transmettent religieusement de génération en génération et qui est tout à fait typique, de pratiquer l'inceste sans réserve, n'hésitant pas à avoir des relations avec leur mère, leurs sœurs, leurs filles'3', quelque criminel que soit cet usage aux yeux de

^ Bien que les Onjatsy ne se mariassent qu'entre eux, leurs femmes, dont les mœurs sont aussi libres que celles de tous les Malgaches, ne se faisaient pas faute d'entretenir des relations passagères avec les hommes des autres peuplades; leur race s'est trouvée ainsi métissée, sans compter que probablement beaucoup d'entre eux ont, au début, pris femme parmi les indigènes.

(2) Voir Hildebràfidt (Ausflug zum Ambergebirge, Zeitschr. d. GeselUch. f. Erdk.,

Berlin, i88o,p. 1270) et Alfred Gbandidiei (Rites funéraires chez les Malgaches, Revue d'ethnographie j i88G, p. ai 5).

(3) Sans cependant les épouser. — Cet usage extraordinaire n'existait pas chez les Arabes païens M (Paithier, Les Litres sacrés de rOrient, p. 5 18), mais chez les habitants de l'Arabie Heureuse qui, d'après Strabon (Géographie, livre XVI, trad. française, t. V, 1819, p. 3oo), n'avaient le droit de s'unir qu'aux femmes de leur famille, qui étaient

par leurs seules prières, et tu n'as pas ôté ce pouvoir à leurs enfants. Ne crois pas que je m'attribue des ancêtres qui ne sont pas les miens, car je suis réellement un descendant de la Sirène qui est fille de Sarifo, et jamais je n'ai fait de talismans ni d'amulettes, ce qui serait contraire aux usages de mes pères. Or, voici une vache et son veau qui ne doivent pas être séparés, voici une vacbe grasse, voici du rhum et de l'eau dans ces bouteilles , voici des plats neufs, le tout mis sur une natte neuve. C'est ce que t'apportaient mes ancêtres, et c'est ce que j'apporte moi aussi, t'invoquant, te priant, comme ils ont fait de tout temps, pour qu'à ma demande ta conjures les malheurs qui pourraient tomber sur le Roi. Accorde-lui de nombreuses années de vie ! donne-lui bonheur et prospérité ! Périssent les individus qui lui veulent du mal , qui conspirent contre le bien de son royaume! 0 mon Dieu, exauce cette prière que je t'adresse suivant le rite de mes ancêtres et fais que le Souverain, content de mon exorcisme, nie donne une bonne récompense!» Se levant alors, il aspergeait la vache et son veau avec du rhum et de l'eau pris dans les bouteilles et il en versait un peu dans leurs oreilles , après les leur avoir fendues, puis il les mettait en liberté, et on ne devait plus jamais y toucher; c'étaient des animaux émissaires. 11 aspergeait aussi la vache grasse, puis il l'immolait et faisait carboniser la bosse et le foie au milien d'encens; pendant cette cérémonie, l'Onjatsy disait : «Ayez confiance, mon Roi, vous vivrez de nombreuses années, votre royaume prospérera et personne ne lui nuira!» Le reste de la viande était mangé par l'exorciste et ses quelques compagnons ou distribué dans les villages voisins. — Les Onjatsy ont la curieuse coutume d'exorciser les enfants dans Te mois qui suit leur naissance, à leur première sortie ; ils portent en cérémonie le nouveau-né sur le tas d'ordures qui existe toujours auprès des cases malgaches, et sur lequel on le couche. Chacun de ses parents s'assoit, l'un après l'autre, à côté de lui et, le prenant dans ses bras, l'élève en l'air en lui souhaitant toutes sortes de bonheur, et criant à haute voix Kama-Kama !

(a) Si les Arabes païens ne nouaient pas de relations avec leur mère, leurs filles et leurs tantes, ils épousaient, contrairement à la prescription du Koran, la femme de leur frère, les veuves étant considérées par eux comme faisant partie du bien de leurs maris, et aussi la soeur de leur femme.

du Nord, qui, au moins dans le vieux temps, ne se servaient pas d'amulettes ni de gris-gris, ils ont, au contact des Antimoronà, acquis une grande habileté dans la confection et la vente très lucrative des talismans contre les balles, contre les sa gaves, etc. On leur donne, comme aux Tsimetô, le nom de Gardiens du pays el du peuple (Mpitaizâ ny iany sy ny vahoakà), et ils sont chargés de veiller à la conservation de deux des exemplaires du Sorabé ou Livre sacré (,). Leur aspect physique n est pas du reste différent de celui des Antimoronà au milieu desquels ils vivent : figure ronde et plus ou moins plate, lèvres plus ou moins épaisses, nez plus ou moins élargi à la base, cheveux plus ou moins crêpés, mais jamais droits, ce qui montre, quoique quelques individus aient encore la tête des Sémites, qu'ils sont intimement mélangés avec les indigènes.

Les Onjatsy qui vivent dans la province de Fort-Dauphin^ sont venus, dit-on, dans le Sud avec les ZafindRaminia, dont ils auraient été les matelots; ils v forment la troisième et dernière caste des descendants d'Arabes ou Antampasimakà (litt. : habitants des sables de la Mekke), comme on les nommait au \vnc siècle; mais ce que la tradition ne dit pas, c'est s'ils ont accompagné les Antambahoakà et ZafindRaminia depuis la Mekke ou tout au moins depuis l'Inde, ou si ce ne sont pas plutôt, comme c'est très probable, des Onjatsy établis déjà dans le Nord de Madagascar avant leur arrivée sur la côte Nord-Est qui se sont attachés à eux et les ont suivis dans leur voyage le long de la côte orientale jusqu'à Matitanana et jusqu'à Fort-Dauphin.

Quoi qu'il en soit, il est possible que ces Onjatsv(3) soient des descen-

cette incantation. — Les Malgaches attribuent aux Onjatsy du Sud-Est le pouvoir de charmer les oiseaux et de les attirer dans leur main , d'enlever les yeux de leurs orbites pour les laver et de les remettre en place, etc.

(I) Shàw, Antanan. Annual, 1893, p. io3.

('2) Flacourt dit que <? les Ondzatsi (du Sud- Est) ont la peau rouge et les cheveux longs, point ou peu frises?) (Histoire de Madagascar,

iG58, p. (J). Ils sont tout différents aujourd'hui.

(3) Ce nom est peut-être une transcription malgache des mots Olonâ ny Azdy (litt. : gens de la tribu d'Azd); en effet, On est une contraction de Olonâ et le mot Azd, qui est trop dur pour une oreille et un gosier malgaches, est devenu Adzy ou Atsy, d'où Oniatsy, Onjatsy. L'hypothèse n'est pas invraisemblable et je la crois même exacte.

MADAGASCAR

appartenant à une classe de la société plus élevée et connaissant l'art de Técriture, qu'ils se sont transmis de père en fils dans les principales familles, ils ont des annales, très rudûnentaires, il est vrai, où sont curieusement mélangés des souvenirs bibliques et quelques rares prescriptions du Koran eloù Ton reconnaît le souvenir confus et embrouillé des événements et des luttes qui ont marqué les premiers siècles de l'Hégire.

Ces annales nous apprennent que les ancêtres des Anlambahoakà et des Zaiindllaminia sont originaires de la province de la Mekke, qu'ils ont ensuite habité l'Inde et qu'ayant été surpris par une tempête au sortir du

Lohavohitsâ et Ontsoa (par opposition aux Roandrianà ■') et Anakandriand *k\ qui sont de race arabe), sout, suivant l'expression malgache, des tompontùnïj (litt. : maîtres du sol), c'est-à-dire qu'ils habitaient le pays avant l'i m migrât ion des sémites. Mais si les Voajirï étaient probablement des descendants d'Indiens venus d'ancienne date, les deux autres classes étaient dorigine indo- mélanésienne. T)e même, les Ranomenâ ■'•, les Sahatavy d , les Antaray ('*, les Antisambô (f), les Sahavoay et les Sahafatranâ '■*', les Zafintsoronâ h), les Antifasina "l\ les Antisaka !j\ les Antimahazô |k), etc., tribus qui habitent le Sud-Est de Ma-

dagascar, sont d<*s tompontani;. — Quant aux Maroseraninà. dynastie qui règne chez les Mahafaly, les Tsienimbalala. les Sakalava et les Antiboinà. aux ZafimanelÔ. dynastie des chefs Bara, et aux ZaGmanara, dvnastie des chefs Antandrov, ils descendent tous des chefs Antisaka. qui sont probablement, comme nous le verrons plus loin, des descendants d'Indiens du Goudjerat ou du Malabar. Les Malgaches d'origine arabe refusent de manger la viande des animaux tués par les membres de ces diverses familles. Les ZaGrambô* (chefs des Tanalâ) ont, paraît-il , pour ancêtre une princesse ZafindRaminia.

(*) Roandrianà ou Haonirianà pour Ra-Andnana (litt. : le m»ignenr Prince) est te titrv qu'on donne à Madagascar à tous les noble* de race étrangère.

{k' Le titre iYAnakandrianà (litt. : fils de Prince) est appliqué à ceux qui, bien qu'apparenté* aux nobles, ne sont pas de race pure et ne peuvent pas par conséquent prétendre à être chefs ou seigneurs féodaux.

(*> Les Ranomenâ habitent la côte orientale entre la rivière de Fanantara (90* 5t' Ut. S.) et Marolaita, sur le lac Ranobé (ai" 25' lat. S.). Ils ont cédé sans résistance une parti*' de leur territoire aux Anlambahoakà.

(d) lies chefs des Sahatav), dont le pays va de l'embouchure du Namomna* au Sud du Faraony, et dont les ancêtres sont Rantsony et son fils Mandrambé , se sont alliés à des Arabes du Matitanana et ont pris pour rois des Antiony (dont le premier a été Mandre*iarivô) [Fbrraxd , Le» MuMulmatu à Madag., 9" part. , 1 893 , p. 89].

<*) Les Antaray habitent dans l'Ouest de la province de Matitanana; ils ont pour chefs des Zafikaximambô.

W lies Antisambô habitent aux sources du Matitananà.

('j Les Sahavoayet les Sahafatranâ habitent an Sud d'Ikongô, sur les bords du Manampatrana'.

(*) lies Zafintsoronâ, dont les chefs s'appellent Antikaraokà, habitent Mahamaninfi et ses environs, sur les bords du Manambavanô.

M Les Anlifasinâ habitent la partie de la côte Sud-Est comprise entre a*.* degrés 1/2 et a 3 degrés de latitude Sud, qu'arrose le Manampatrana.

M Les. Antisaka, dont les chefs sont de la famille des Zarabeha vanâ , habitent la partie, de la cote Sud-Est comprise entre 93 degrés et 9 3 degrés 1/9 de latitude Sud, qu'arrose le grand fleuve Mananarà. — Flacourt dit (Hi$t. Madag.y i658, p. 10 et 11) qu'il n'y a pas de ZafindRaminia entre le Mananarà (9 3* 17') elle Manantenà ( 9 6° 17'), <roù les habitants sont tous noirs et crépus*.

(l) Les Antimahazô habitent les bords delà rivière lavibolà, dont l'emlioucbare est par 9 4* 10' lat. S.

MADAGASCAR

Ravalûnia de Médine et de la Mekke dans l'Inde (1), puis de Mangalore, grand port situé dans le royaume de Malabar, h Tune defe iles Comores et à Iharanà (Vohémar) sur la côte Nord-Est de Madagascar, k la suite d'événements, mal définis dans leurs récits, qui les ont forcés & s'ex-

gendra Raminia, le roi de In Mekke'*'. — D'autres disent que Raminia était non pas un homme, mais une femme, la mère même de Mahomet, Amineh (Ra-Emineh ou Ra- AwUna), qu'ils marient avec Abraham [h). — Enfin, il y en a qui racontent que Raminia était un grand prophète que Dieu a envoyé sur la terre K — Pour moi , je crois que le nom de Raminia est une contraction de Ba-Imtm, simple titre signifiant le seigneur Imâm, le chef. 11 n'est pas, en tout cas, douteux, d'après toutes les traditions, que les ancêtres des ZafindRaminia étaient de noble race.

(1) M. Gevrev a émis l'idée, dans son Essai sur les Comores, 1870, p. 78, que la ville dénommée par Flacourt Mangaroro (Hist. de Madag., i658,p. &g)ou Mangueiore (p. 5o), n'était autre que Mogdicho, le grand comptoir arabe de la côte orientale

d'Afrique. Mais il n'est pas possible d'admettre cette identification, car le Père Luiz Mariano, en 1 6 1 3, dit très catégoriquement, comme nous l'avons rapporté plus haut note a, p. 1 a3, que les ancêtres des ZafindRaminia, originaires de la Mekke, sont venus à la pointe Nord de Madagascar de Mangalort dans finie (Boletim da Soc. de Geogr. de LUboa. 1887, p. 33g), et Flacourt raconte, d'une part, que Raminia, quittant la Mekke, «s'en est allé en une terre dans f Orient, nommée Mangadsini ou Mangaroro, où il vescut le reste de ses jours et fut grand prince*, et, d'autre part, que son fils aine Rahatsy, qui lui avait succédé comme roi de ce pays de Mangaroro (ou Manguelorc), «fit un grand voyage par toutes les Indes*. — Les ZafindRaminia actuels ont oublié cette étape de leurs ancêtres dans l'Inde, car ils ne m'en ont point parlé.

<■'• Il est à remarquer «pie les légendes consignées dans les livres des ZafindRaminia et des Antimoroni contiennent un certain nombre de mots d'origine européenne (Ut abat ri pour table, boky pour livre, etc.), d'origine merinâ (voafora pour circoncis» au lieu de voasambatri) et d'origine soabily (mozinga pour canon), qui prouvent qu'elles ont été écrites de mémoire, longtemps après l'arrivée de leurs ancêtres.

(*' Une autre légende dit que Raminia a pour premier ancêtre une nommée Bao (?) et qu'elle a épousé Abraham, dont elle a eu d'abord trois enfants : Ravahinia, Rakombilahy et Rakovasaf ; puis, étant venue à Madagascar avec le Valalanampy (éléphant de pierre) qu'elle débarqua i Sakaleony, eue en eut d'autres : Ravalarivô, Ramihalazâ, Ratsitambaninâ, Rasatrokefti, Belamosy, Ramenant, Fohivanonà et Radamalavarivô, après quoi eue retourna à la Mekke où elle mourut (Fihand , Le$ Musulmane à Madmgatcar, *# partie, 1893, p. iô).

M «Du temps que Mahomet vivoit et estoit résident i la Mecque, Ramini fut envoyé de Dieu au rivage de la mer Ronge, proche la ville de la Mecque, et sortit de la mer i ta nage, comme un homme qui se serott sauvé d'un naufrage. Toutesfois ce Ramini estoit grand Prophète, qui ne tenoit pas son origine d'Adam comme les antres hommes, mais avoit esté créé de Dieu i la mer, soit qu'il l'aye fait descendre du Ciel et des Estoîlles, on qu'il l'aye créé de Tescume de la mer. Ramini estant sur le rivage s'en va droit trouver Mahomet à la Mecque, luy conte son origine, dont Mahomet fut estonné, et luy fit grand accueil, mais, lorsqu'il fut question de manger, il ne voulut point manger de viande qu'il n'eust couppe la gorge luy mesme au bœuf, ce qui donna occasion aux sectateurs de Mahomet de luy vouloir mal et mesme furent en dessein de le tuer, à cause du mespris qu'il faisoit de leur Prophète. Ce que Mahomet empescha, luy permit de coupper la gorge luy-mesme aux bétes qu'il inançeroit, et quelque temps après il luy donna une de ses filles en mariage, nommée RaJatème (Fatime). Ramini s en alla avec sa femme en une terre dans l'Orient nommée Mangadsini (Manjaischwar?) ou Mangaroro (Mangalore), où il vescut le reste de ses jours, et fut grand Prince. U eut un fils qui s'appeiloit Rahouroud, qui fut aussi très puissant, et une fille nommée Raminia, qui se marièrent ensemble et eurent deux fils, l'un nommé Rahadxi et l'autre Racoube ou Racouvatsî.

«Rahadn estoit l'aisné et Roy de la terre de Manghadsini ou Mangaroro ( Mangalore) ; il n'avoit point d'enians et

ETHNOGRAPHIE

patrier avec leurs vassaux (Antivandrikft(,), Motia et peut-être Tsimetô'*') et leurs esclaves.

W Les Àntivandrikâ, qu'on appelle également Zafindakanbarana , habitent aujourd'hui le village de Masianaka(a3°36'Iat.S.); il y en a aussi à Namorona, à Furaony et h Tsarav.iry. J'ai eu pendant longtemps à mon service un cuisinier qui appartenait à cette famille. — La légende dit qu'une tcmp&c s'etant déclarée peu avant l'arrivée de Raminia à Sakaleony, et le boutre qui le portait étant en danger de chavirer, les devins déclarèrent qu'il fallait, pour conjurer le malheur, offrir en holocauste à la mer les enfants qui étaient à bord. Raminia fit alors tendre une voile en travers du navire, afin qu'on ne pût voir de l'avant ce qui se passait à l'arrière, puis il fit monter des pierres qui étaient à fond de cale et les fit jeter par dessus bord les unes après les autres, en poussant à chaque fois un fort gémissement. Les Antivandrikâ, entendant les pierres

tomber avec fracas dans l'eau et croyant que leur seigneur sacrifiait vraiment les enfante de sa famille, se mirent ù jeter les leurs à la mer. Lorsque, la tempête apaisée, ils atterrirent à Sakaleony et qu'ils s'aperçurent qu'il les avait trompés, tis*eniblcs sous un vandrika (arbre d'où ils tirent leur nom), ils le maudirent, lui et ses descendants, et ils s'arrogèrent le droit, qui leur est encore aujourd'hui reconnu, de prendre les menus objets à leur convenance qu'ils trouvent dans les cases des ZafindRnminia où ils entrent. W Plusieurs chefs ZafindRaminia mettent les Àntitsimetoranohâ (litt. : les Antitsimetô ou TsimetS dont l'ancêtre est Ranoha) parmi les vassaux qui ont accompagné Raminia depuis l'Arabie et qui étaient, disentils, leurs devins et leurs écrivains. Celte version n'est pas admissible; il est, en effet, presque certain, suivant d'autres traditions

eut dessein de faire un grand voyage par toutes le* Indes ; et pour cet effet fit esquiper une flotte de soixante vaisseaux ; cependant donna ordre à l'éducation de son frère qui estoit jeune et le donna en charge à un Anaeandriia bien sage et bien sçavant, nommé Amboulnor, qui, entre autre, estoit grand politique et universel en toutes les sciences. Avant son départ, il fit convocquer tous les Grands de son Royaume, leur proposa son dessein et leur dit que si dans certain temps il n'estoit point de retour et que Ton n'eust pendant son voyage aucunes nouvelles de luy, que Ton mist son frère sur le Trône et que Ton le recogneust pour Roy. . . 11 partit avec sa flotte, il demeura plus de dix ans sans revenir, ny sans envoyer nouvelles. . . L'on eslût aussi-! ost Racoube Roy. Huict jours après son eslection, la flotte de Rahadxi arriva au port de Mangnadsini ( Manjaisehwar 1 à 1 5 kil. S. de Mangalore)et le nouveau Roy estoit i Manguelor ou Mangaroro, autre port . . Rabadzi envoyé sçavoir des nouvelles de son frère. Racoube, nouveau Roy, ayant peur de s'eslrc trop baslé de se faire eslire, et appréhendant que son frère ne le fist mourir, fait promptement esquiper un grand Navire (d'autres disent trente navires) et se met en mer avec trois cens hommes, entre lesquels estoient ses plus confidents amis et domestiques, embarque tout ce qu'il avoit de richesse, or, argent, et autres choses, met la voille au vent et s'en vient le long de la coste de ta mer vers le Sud. Rahadxi, sçachant la fuite de son frère, ne voulut point desbarquer et se met en mer à le suivre dans un autre grand navire où il y avoit trois cens hommes et furent ainsi trois mois en mer, tant que Racoube arriva à Tlsle de Coinoro, qu'il trouva habitée : de là tire vers l'Orient et passa au Nord de l'Isle Madagascar. H suit en après la coste jusques à ce qu'il arrivas! à l'cmbouchenre d'une rivière nommée Harcngazavac (Rangaxavà), à deux lieues de Manama ri (Mananjary), dans la province des Antavarres (Antavaratrii, ou gens du Nord par rapport aux Antanosy), et là il eschoûa son navire, desbarqua tout son monde et toutes les richesses et meubles. Treize jours après, Rahadxi arriva à Lamanouflt (Analamanofy, près de Sakaleony), terre des Ambohitsmènes (Ambobimena ou le pays des montagne» rouges), et là eschoûa aussi son navire, là où il apprit que son frère estoit arrivé à Uananxari. 11 lui envoya un nommé Geofarere avec quelques siens serviteurs pour luy faire sçavoir ta venue et pour luy tesmoigner qu'il ne le poursuivoit poiot pour le perdre, mais an contraire pour le faire revenir et l'asseurer de son amitié. . . Geofarere s'en retourne vers Rabadzi et luy raporte que son frère estoit allé loin dans la terre. Raliadxi dit que, puisqu'il avoit suivy son frère si loin en mer, il n'estoit pas obligé d'en faire davantage. Il se tint à Lamanouffi (Analamanofy, près de Sakaleony), se maria à la fille d'un Grand du pais, de laquelle il eust des enfans et vid mesme des enfans de ses enfans : puis fit refaire un autre vaisseau ou fit radouber le sien qu'il avoit conservé et s'embarqua dedans avec cent hommes pour s'en retourner au lieu de Mangaroro

MADAGASCAR

La tradition nous apprend quelles ont été leurs diverses étapes sur la côte Est de Madagascar. D'Iharanti (Vohéraar) où il avait abordé (1), sans qu elle donne les raisons de cet exode qui a été certainement occasionné par l'arrivée d'Arabes d'une autre secte w, Raminia est descendu vers le Sud et s'est établi à l'embouchure de l'Ivondrona où il a laissé la grande jarre de terre cuite (3) qu'on y voit encore aujourd'hui au lieu

et d après l'ensemble des faits, que les Tsiraetô sont arrivas à Madagascar postérieurement à Raminia, mais qu'étant considérés comme de race inférieure à des soi-disant descendants de Mahomet, ils ont été au début traités en vassaux par lesZafindliaminia qui les ont employés comme écrivains et comme magiciens.

(*) *Sua origein vinha de Mangalor e Meca, d'onde eram naluraes seus antepassados, os quaes desgarrando-se em uina ou mais naus da cosla da India, vieraui a dar lia ponia do Norte da ilha e pouco a pouco niultiplicando-se linham chegado aie a do sul» (P. Luz M a ri a no, Exploraçaoem iO 1 3 , BoL Soc. Geogr. Luboa, 1887, p. 33g). — M. Guillaume Grandidier a signalé en 1899 l'existence à Vohémar même d'un grand cimetière arabe, actuellement envahi par la végétation, dont les nombreuses tombes sont (ailes en ciment très dur.

(*) Si Raminia et ses compagnons n'avaient pas du céder la place à de nouveaux immi-

grants, ils n'auraient certainement pas quitté une région si propice à la colonisation et entrepris inutilement un voyage aussi long et aussi pénible. Du reste, l'auteur anonyme que cite si souvent le chevalier de Froberville dans son Dictionnaire manuscrit a appris a Fort-Dauphin de deux OmbiasS que les ZafiudRaminia avaient abordé a ia côte Nord de Madagascar et y étaient demeurés jusqu'à ce qu'ils en aient été chassés , après avoir soutenu deux grandes guerres qui les forcèrent à chercher un asile dans le Sud. — Flacourt (Hist. de Madag. , 1 658 , p. 3 1) raconte qu'un orfèvre antanosy lui a dit que ses ancêtres étaient venus de Vohémar. '**) Cette cruche ou jarre , Sinibé vatô ( li tt. : la grande cruche de pierre) comme l'appellent les ZafindRaminiadans leurs livres, a été apportée par les Àntambahoaka de Mangalore; on sait, en effet, que les bateaux malabars avaient rieur eau dans de grands vaisseaux que nous appelons jarres *» (Gauche, Relation du voyage à Madagascar ,

( Mangalore), sa patrie. De Rahadzi sont descendus tous les Blancs qui se nomment Zafferamini (Zafind Raminia), qui demeurent aux Ambohitsmènes(Ambohimenà), Antavarres (Antavaratrâ)et aux Matatanes(Matitanana). <r Raeoube ou monte le long de la rhière deMananzari (Mananjarv) jusqties à Hombes (Anomby), delà à Sandranhante (Sandrananlô), de là s'en va à Manamhondrou (Manambondrû), de là à Saafine (SahafenÔ), de là à Somenga (Soamangà), de là aux Anachimoussi (Anakimosy), de là à Aïonringbels ( tlazoringit*à ) ; là où il se maria à la fille du Grand du pais. . . laquelle l'aima fort, jusques là mesmes qu'elle l'advertit de la mauvaise volonté qu'a voit son père qui le vouloit faire mourir pour avoir son or et ses richesses. Raeoube commanda à ses gens d'accoutumer a 00 boeufs, qu'il avait acheté, à porter des pacquets, ce qu'ils firent; et, comme ils furent en estât de porter des pacquets, il pria Dieu d'envoyer un sommeil à son beau-père pour trois jours (d'autres disent qu'il iuy fist prendre quelque drogue), ce qui arriva, et, pendant ce temps, il se relira arec sa femme et ses gens en diligence du costé du Sud de l'isle. Et, après plusieurs journées, il arriva à Bohits Anrian (Ambohitsandriani), où il mourut [C'est ce Raeoube qui est l'ancêtre des Zafind Raminia de ia province d'Anosyj» (Flacourt, Histoire de Madagascar, i658, p. 68-5 a). — On peut rapprocher de ce récit, où Flacourt dit que Raeoube a atterri à une des fies Comores avant de s'établir sur la cote Est de Madagascar, celui que m'ont fait les habitants de Ngazidya d'après leurs livres , qu'un prince et une princesse de Chiraz , partis jadis chacun sur un navire, ont été séparés par une tempête; la soeur aborda à Ngaiidya (la Grande Comore), où s?s descendants vivent encore, mais le frère fut porté sur la côte Est de Madagascar oè il a demeuré.

pierre (,) (voir la planche), a Ambalatany (prèsduFaraony) et enfin à Matitananù(2). Ce long voyage a-t-ii eu lieu parterre ou par mer? Il semble difficile qu'il ait été fait par mer, surtout au Sud de Tamatave ; car il n'y a, entre rivondronà et Sainte-Luce, aucune baie où un navire puisse se mettre à l'ai) ri des tempêtes et de la forte houle qui est continuelle sur cette côte, et les embouchures des rivières y sont ensablées, avec des barres si peu profondes qu elles ne peuvent pas le plus souvent donner entrée à des boutres même d'un faible tonnage, surtout montés par des marins ignorants de ces parages inhospitaliers et réellement dangereux; la tradition, du reste, dit que lVléphant de pierre a été porté du Nord au Sud a dos d'homme.

La généalogie des ZafindRaminia ou descendants de Haminia varie un peu suivant les chefs auxquels on s'adresse, aussi bien au point de vue de la filiation que du sexe de certains personnages. On peut cependant considérer comme à peu près exacte la suivante, laissant de côté tout ce qui a trait à Haminia lui-même, qui est un personnage légendaire, et surtout à ses prétendus ancêtres; on sait combien, en tout pays, les familles nobles se plaisent à s'attribuer des filiations extraordinaires, cherchant à se rattacher aux plus illustres personnages du monde et même à des dieux ou tout au moins à des demi-dieux. Cette tendance vaniteuse, dont le

lombahoakâ viennent v faire leurs dévotions, leurs vœux (tsakofarà); ils y versent quelques gouttes de rhum et y déposent un peu de riz cuit. Son corps est malheureusement couvert des noms des voyageurs qui ont passé par là; la plus ancienne inscription remonte à 1861. D'après les Antambahoakâ, la femelle de cet éléphant est enterrée à quelques kilomètres de Sakaleony. La légende dit qu'outre l'éléphant, Ram i nia a apporté au même endroit une (ablette de pierre et un canon également de pierre (qui est dénommé mozinga vota dans leurs livres (*)) [Fkrrand, les Musulmans à Madagascar, 9e partie, 1893, p. 11].

(i: La pierre avec laquelle ont été faits l'éléphant et les vases est du chloritoschisle, pierre qui se taille facilement avec un couteau, et qui semble provenir du Nord-Est de Tile; on dit qu'on n'en trouve pas dans les environs de Sakaleony. J'ai rapporté plusieurs fragmcnls de ces vases et mon fils en a trouvé de tout semblables dans les fouilles qu'il a faites à Mahanara (à Go kilomètres environ au Sud de Vohémar).

'2) Quelques ZafindRaminia prétendent qu'après avoir résidé quelque temps sur les bords du Matitanana Rnminia est revenu à Sakaleony et s'y est embarqué pour retourner dans son pays.

(':' Mozinga est le mot soahiii (rVsl-à-Hirc de la côte du Zanguebar) pour dire canoo.

ETHNOGRAPHIE

but était de se grandir aux yeux du peuple et de mieux affermir leurs privilèges et leur autorité despotique, se retrouve dans toutes les histoires que racontent les Arabes de la côte Sud-Est, mais qui n'en contiennent pas moins, au milieu de fables, des renseignements qui nous permettent de remonter à leur véritable origine (l).

Donc Raminia, ou Ra-Imania, l'Imam, le chef, que ses descendants, dans leurs récits si différents qu'ils soient, donnent toujours comme originaire de Médine ou de la Mekke et même comme apparenté à Mahomet*3'

11 J La légende, très célèbre sur toute la côte orientale de Madagascar, des géants Darafify et Fatrapaitananâ est très probablement une simple réminiscence de l'exode des Zafind Raminia du Nord au Sud et de leur établissement dans ie Sud-Est. Darafity (lilt.: riiomme aux joues de darà, c'est-à-dire aux jours d'un rouge clair comme le fruit mûr de ce pelit dattier malgache) personnifie les colons arabes, et les combats que relaie la légende ont trait à la lutte de ces nouveaux venus avec les indigènes personnifiés par Fatrapaitananâ (litt. : l'homme à la poigne solide, dont la main f nippe dur'*)). Suivant la tradition hetsimisaraka, c'est Darafify qui, venant du Cap d'Ambre, a apporlé la fameuse cruche qu'on voit encore à ^mbodisiny (à l'embouchure de l'Ivondronà, par t8° t6' lat. Sud) et que les Zafin- «IRaminia réclament comme leur bien ; c'est «ncore Darafify qui, 2 3 kilomètres plus au Sud, terrassa à Antanifotsy, où les lietsimisarakS en montrent la trace, un fananô ou hydre monstrueuse, c'est-à-dire probablement une bande de pillards qui désolait ces parages'1*) ; enfin, c'est Darafify qui se battit avec Fatrapaitananâ sur les bords du fleuve appelé aujourd'hui Matitanana.

Les indigènes disent que ce Fatrapaitananâ

était le roi du pays au Sud de ce fleuve et qu'ayant appris les hauts faitsetlcs conquêtes de l'invincible Daraiify, il se mit en marche afin de se mesurer avec lui ; en arrivant sur le bord droit du Matitanana, il se trouva en face de son rival qui au même moment atteignait le bord gauche. Aussitôt les deuxgéants se déGèrent et, étendant le bras au-dessus du fleuve, Darafify s'écria : «■ Tiens, voici ma main, prends-la, si tu l'oses*. Fatrapaitananâ s'en .saisit aussitôt et l'étreignit si violemment qu'il l'arracha du bras et il la laissa tomber dans l'eau; Daraiify, rendu furieux par la douleur, le prit aux cheveux et le terrassa, puis le jeta dans la mer où il périt. C'est depuis cette époque que ce fleuve porte le nom de Matitanana, c'est-à-dire la main morte, qui toutefois n'y resta pas puisqu'elle est, diton, enterrée à Xosy Faho, petite île située un peu au Sud de la bouche de l'Ivondronâ. '*) Flacourt rapporte, comme nous lavons dit plus haut, que les ZafindRaminia se targuent, les uns de descendre de Ra- Amaneh 'r), la mère de Mahomet, les autres de Fatiroe, sa fille, qui aurait épousé leur ancêtre Raminy (llman, c'est-à-dire Ali) et en aurait eu une fille Raminia laquelle épousa son frère Rahorodyeteutdeux fils, Rahalsy et Rakovasay (Hist. de Madag., t658, p. 48).

{fe) Voir A. Gbaxdidikr, Histoire de la Géographie de Madagascar, 1891, p. io5, notes 5 et a, et aussi p. 98, note ai ; p. 99, notes ai et a A, et page 100, notes 3 et à.

M Majeur relate cette légende (Voyage à Anrove en 1780, Mus. britannique et Ms. Bibl. Grandidier, p. b).

(*> Flacourt écrit «huma» et, j>our les noms suivants, son orthographe est respectivement frRafatème» t Rahourod «> , « Rahadri » et « Racouvatsi %

BTH50GRAPBIE.

130 MADAGASCAR

et surtout à sa fille Fatinie 1;, a eu deux fils, dont l'aine, nommé Rabevahoakà™ suivant les Antambahoakà, qui en tirent leur nom

'*' CtMiom était cher aux ZafindRaminia1'. '*' Rabcvahoakâ a eu deux fils, Rajosefa

La principale femme du roi Andriantaiani- et Tompomanarivo; ce dernier a donné

bany, avec lequel le P. Luiz Mariano a élo en naissance à Ravalarivô , arrière-pet it-ûls par

relation en 1 6 1 3 , s'appelait Fatema ( Cas- conséquent de Raminia et père des cinq chefs

tanhkda, Hist. descobr. India. t. III, p. 3 17), dont descendent tous les Antambahoakà

ainsi que celle d'un fils d'Andriand'Ramakâ actuels k' : Ramihalaza r , Rafandaharanâ,

(Cai.che, Relat. Voy. à Madag.. if>f)i.p. 62). Ratsiankâ, Ramasindia et Kasatrokarivo.

'*< Voici les opinions émise», au >ujet de l'origine des ZaundBaminia par quelques-uns des anciens auteurs qui ont écrit sur Madagascar : i° »• Les rois Antanosy m'ont dit qu'ils étaient ori;pnain*« de Manjyalore et de la Mekke, patrie de leur> ancêtres. Ils partirent de la cote de l'Inde sur un ou plu<>i<>iir> natire*. vinrent atterrir à la (jointe septentrionale défile, et, pou à |>eu, de\enant plus nombreux, allèrent dans le Sud» (11. 1\ Luz MiRUNo, Etploraçao portugueza de Madagascar em i6i3. Holehm da Sitciedade de Geographia de Lisboa, 1887, p. 335, et Alf. («iu*didieh, trad., Bull, (jtm, Madag., 1898, p. 5oi). — a'' «-La commune opinion est que les Blancs d'An os y sont venus de Chine, main je croirais plutôt qu'ils sont race d'Européens, pas un d'eux n'ayant le nez, ni le \i-a;j«> plat> comme le> (Chinois. Le roi \ndriand'Ramaka axait le teint un peu enfumé, mais plus blanc que ne 1«* sont les Castillans- (Ctccnc, Relation du toyagr à Madagascar, i638, p. 10), mais il y a lieu de remarquer que plusieurs- d* > ft m mes de Tsiaml>any, qui *>t le [hto de iiamaka. étaient des mélis de Portugais (P. Luz Mariano, Inc. cit., p. 33 9- 3 '10) et que, par concluent, c'est parce que sa mère avait moitié de sang européen qu'il a\ail I*' teint basané dt*s Espagnol?*. — ;r Flarourt dit «pie, dans la province d'Anosy, fil y a deux sortes de |rene* d'hommes, sçavoir les Blancs «»t l«»s Noirs-», et que les Blancs -se disent venus de la Mecque et s'en être d'abord allés en une terre dans l'Orient, nonim m» Mangadsiui ou Man^aroro» (Histoire de Madagascar, 1G08, p. 67 et /19). — à' v Les habitants d'Anosy sont de deux sortes: les Noirs et les Blancs. Les premier* sont originaires du pavs, les autres sont venus autrefois de Mozambique d'où ils furent chassés par le tyran de Quiloë (Kiloa). . . Ils échouèrent en notre {rrande il*'. . . Ils nVuront pas de ]>eino à s'emparer des meilleures place* qu'ils occiqwnt encore aujourd'hui.. . (ietb- nation est beaucoup plus éclairée «pie les originaires; ils savent lin1 et écrire en hébreu* (CtRPEit di" Saissit, Voyage à Madagascar, iT>63, ebap. xwui). — 5° "Les Zafy Raminia se regardent comme descendants de la mère de Mahouiet (Raminia) ... Ils sont étrangers comme nous; c'est une colonie d'Arabes venus dans file, il y a a5o ans environ. Ils sont devenus de véritables Madécasses à la n'*servi' dune légère différence dans la couleur, qui est moins noire que celle des naturels du pays, et d'une teinture, plus légère encore, de lettres et de lumières qui s'est jusqu'à présent conservée parmi eux. . . Us ont quelque connaissance de l'art d'écrire; ils se servent pour cela de caractères arabes qu'ont apportés les ancêtres (les Boandrians. \j> papier >e fabrique dans la vallée d'Amboule et, au lieu de plumes, ils emploient le bambou. . . Le peu de livres que les Madécasses possèdent consistent en quelques traités de géomancie, d'astrologie, de médecine et quelques petites histoires insensées. Ils sont tous écrits dans la langue ma décasse avec l'alphabet arabe. . . Leurs savants se nomment Ombiasses ; les plus renommés sont dans le pays de M a ta ta ne* «> ( Mudati, \rchivr$ coloniales, 1768). — 6* In mémoire daté de 1769 dit quelles Boandrians (d'Anos>) sont venus il y a 3oo ans et qu'il ne reste

S lus que flj de ces familles?» (Maidaîe (?), Ârchirei coloniales). — 7" -Quelques aventuriers «?ral»es vinrent ans l'.Anosy au nombre de sa familles, qui, plus instruits que les indigènes et les ayant [>ei>uadés que. comme sorciers, ils disposaient de la vie, de ia santé, de la famine, des éléments, n'eurent aucune peine à soumettre ces nègres timides et crédules aux lois qu'il leur plut de leur imposer. Ces a k familles, venues il y a 3oo ans, existent encore aujourd'hui et ils ont conservé l'alphabet arabe, niais ont oublié la langue; ils n'ont aucune idée de Mahomet. I>»ur couleur primitive est bien altérée» (Maudavi. Archive* coloniales). — 8* tloasigny dit en 1773 que a 4 familles arabes, venues de la côte d'Afrique, se sont établies à Fort-Dauphin, il y a plus de 200 ans (Dict. manuscrit du Ch" de Froherritle, Musée britannique). — 90 II y a des auteurs modernes qui, comme Crémazy (i88a), disent que les livres conservés par les Zafind Raminia et les Antimoronà sont écrits en caractères hindous (1!).

b Les Antambahoakà habitent aujourd'hui, comme nous l'avons dit plus haut. Mananjary et ses environs. *'• Il y a une liste qiû donne Bamihalaxà comme fils unique de Ravalarivô et comme |ière de Ramanantolo (quia été son successeur), de Batsitambanina, de Ratsiankâ, de Ramasindia et de RasatrokeCl ; les deux premiers seraient les ancêtres des deux chefs IabanitsiombanA et labaniviavv, qui commandaient ces années dernières le district Nord de la province de Mananjary, et les trois autres, ceux des chefs du district Sud; labanimandro et Fabaniramaîni , qui gouvernent actuellement ce district Sud, descendent tous deux de Basatrokefâ (Fessas». Les Muêuhmttm»

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Combien de temps y sont-ils demeurés et où allaient-ils quand la tempête, les prenant au sortir du port de Mangalore, les a jetés sur la côte de Madagascar, c'est ce que leurs descendants ignorent. 11 est vraisemblable que ce nouvel exode est dû à des dissidences religieuses entre ces nouveaux venus et leurs devanciers.

Les ancêtres qu'ils se donnent sont, avec récriture arabe que quelquesuns d'entre eux se sont transmise de père en fils, presque le seul lien qui les rattache aujourd'hui aux autres tribus malgaches d'origine musulmane, car ils n'observent même pas les quelques rares prescriptions de l'Islam auxquelles se soumettent encore les Antimoronâ (1). Ils ne s'en disent pas moins Silamo, musulmans, comme le proclamait le roi antanosy Tsiambany en 1 G 1 3 '-', et ils conservent pieusement quelques passages du Koran.

Dans les légendes que les ZafindRaminia racontent, il y a un fait qui jette un jour sur les usages de leurs ancêtres; il y est dit en effet que le frère et la sœur se sont mariés, et aujourd'hui encore chez les Antam-

raçao porlugueza cm i6i3, Boletim da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1887, p. 33();trad. franc; . par Alfred Gra*didier, Bulletin du Comité de Madagascar, 1898, p. 59a) et les prêtres ou devins (Flacourt, But. Mad.y iC58, p. 83). Or, on sait que ce mot, qui en Arabie signifie pauvre, est employé dans l'Inde» pour désigner les religieux, indous ou mahoniétans. — Gauche dit qu'ils appellent les devins ou médecins Marabouts (Relat. Voy. Madag., i65i, p. 83). (*) Cependant du temps de Flacourt, en 16&8, sans suivre rigoureusement les prescriptions du Koran pendant le mois de Ramadan, ou Ramavahâ comme ils l'appelaient, les ZafindRaminia ne mangeaient ni ne buvaient du lever au coucher du soleil (*). Ce mois musulman de Ramavahâ correspondait au mois malgache de Makâ et, le premier jour du mois suivant ou du mois de Hiahia, ils se baignaient et célé-

braient la fête du nouvel an ou Misavatsd (Hiit. de Madag. , i658, p. 3&û). Pendant tout ce mois, ils ne répandaient pas le sang et on noyait ceux qu'on voulait mettre à mort (loc. cit., p. 390). On m'a assuré qu'aujourd'hui encore les nobles n'avaient de relations avec aucune femme pendant ce mois qu'ils appellent Mifehivavâ (litt. : où l'on ferme la bouche). — Les AntambaboaLà de Mananjary m'ont dit que leur roi se baigne le premier jour du mois qui suit celui de Ramavahâ et qu'il asperge ensuite son peuple en lui souhaitant bonheur et prospérité; puis ils sacrifient des bœufs et prient devant un bol plein du sang de la victime. M Un Voyage de découvertes sur les côtes Ouest et Sud de Madagascar en 1 6 1 3- 1 6 1 6 , relation par le R. P. Luiz Mariako (Boletim da Sociedade de Geographia de Usboa, 1887, p. 339, et trad. franc, par A. Grasdidier, Bull, du Comité de Madagascar, 1898, p. 5g 1 )•

f> Le P. Luiz Mariano, en 161 3. dit que les ZaGodRaminia observent le Ramadan, cseyvào o Remcdam» (Beletiui da Sociedade de Geographia de Ltêboa, 1887, p. 339).

MADAGASCAR

que les Arabes sunnites de la tribu El Harth, qui se sont établis à Magdocho en 908 et peu après à Malindi et en divers autres points de la cote d'Afrique, aient pris pied dans les îles Comores, aprrs en avoir chasse les Azd et le prince fatimitein, et aient installé dos comptoirs d'abord sur la côte Nord-Ouest de Madagascar, dans Mot de Langanj ou Nosy Mail j si (baie de Mahajamba), et ensuite sur la côte Nord-Est, à Vohémar'2). CVst au xie siècle ou au commencement du xii* qu'ils ont abordé cette

terre, car les ZafindRaminia d'Anosv ont dit à Flacourt au commencement

du xvii* siècle que leurs ancêtres étaient arrivés à Madagascar cinq siècles environ auparavant (3), et les dinars d or fatimites qu'on a trouvés près de Sahambavany dans un vase de terre"1' (voir la planche) ont été fabriqués entre 975 et 996 ; or nous avons vu que les Karmathes, après leur expédition en Egypte de 978, tout infructueuse quelle ait été. ont touché

(]) Ce prince serait-il Raminia?(v. p. 111).

-1 * Pedreanes a trouvé dans 1<» Nord-Est, on 1 5 1 h , un port que les indij<*ne« appellent Bemaro (Yohémar), ou il a acheté beaucoup d'ambre (copal)* [Barros, DaAsia. Dec. III, liv. i , cliap. 1 , p. 5 et G J. r Les Maures de Malindi, qui de longue date viennent a Madagascar, y ont établi deux comptoirs, où vivent encore aujourd'hui leurs descendants gouvernés par descheiks. l'un dans une île située au milieu d'une baie appelée M an ratage (baie de Mahajamba), l'autre sur la côle Nord-Est dans une baie nommée Bimaro (baie de Vohemar)* [Voyage de Balthazar Lobo de Sousa eu 1 5 5 7, Dior.o do Couto, Da Asia (iGo3), édit. 1782, Dec. VII. Uy. it, chap. v, p. 3i 1 a)J. — Si d'après Sousa ce sont des Arabes sunnites de la tribu El-Harth qui ont colonisé la Grande-Comore(.\gazidya) et fondé les comptoirs de Langany et de Vohémar, il y avait dans les autres Comores et

dans les ports du Nord-Ouest de Madagascar des Persans chiites venant de Kiloa 011 ils étaient établis depuis 97. > (Barro*. Da Asia, Dec. I, livre vin, chap. iv, p. aiA; (îe\rey, Essai sur les Comores. 1870, p. 7 G).

■y> Flvcourt, llist. Nad. y p. .'{ avant-propos.

4 (Test sous le règne d'El-'Azîz billah. de \)1'} ** ïlll^ • qu'on a frappé les dinars portant l'inscription qui existe sur les pièces trouvées à Madagascar : x^~ -*a-c .^0 !j^& V;*a ami ^> | Au nom d'Allah a été frappé ce dinar à Misr (vieux Caire), l'an. . . . ], avec la formule centrale adoptée par ce 5' khalife fit imite : aM! ïyJu* y^ Ju6 [ Sur le meilleur de V élection de Dieu (cest-ii-dire des élus de Dieu. Mohammed ) ] ^ . — Quoique je croie que ces diuars ont été apportés à Madagascar par les ancêtres des Zafind Hanii nia, ils peuvent aussi venir des Azd qui, jusqu'à leur expulsion des iles Comores, ont été en relations commerciales continuelles avec les karmathes.

'*' « Os Mouros de Melinde , que antigamente alli foram ter, fundârani duas povoaçoes , em que aiuda hoje vivem sous descendentes governados por Xeques : huma em huma ilha, que esta no meio de hum rio châmado Mauzalage, e a outra da outra banda de fora em outro rio chamado Bimaro ».

(b) Je dois ces renseignements à l'obligeance de MM. Barbier de Meynard, Drouin <t P. Casanova. — Le* pièces trouvées à Madagascar ne sont pas en réalité* de vrais dinars, mais des imitations.

ETHNOGRAPHIE

d'El-'Azîz, le cinquième khalife fatimite, un tribut annuel de 70,000 dinars pour renoncer à leurs projets et retourner dans le Bahreïn, nous avons vu aussi que, dans la seconde moitié du Ie siècle, leur autorité s'étendait sur le Pundjab et qu'ils faisaient un commerce suivi avec l'Inde; il est probable que les ancêtres des Àntambahoakà et des ZafindRaminia ont quitté l'Arabie à cette époque et sont venus à Mangalore , d où ils sont partis soit pour la mer Rouge, soit pour l'Afrique; surpris par une tempête, ils ont été jetés sur la côte Nord-Est de Madagascar vers l'an 1 1 oo(,). Après y avoir vécu deux à trois siècles (2), ils ont été chassés dans le Sud par les immigrants sunnites, venus de Malindi, auxquels on doit les constructions de pierres dont on trouve aujourd'hui les ruines auprès de Sahamhavanv, de Mahanara, de Vohémar, etc., et ils sont descendus vers i3oo ou i35o les uns, les Antambahoakà, jusqu'à Sakaleony et Mananjary, les autres, les ZafindRaminia, plus au Sud, jusque sur les bords du Matitanana ; ceux-ci , après des guerres avec de nouveaux venus débarqués à l'embouchure de cette rivière un à deux siècles encore plus tard, se sont retirés dans l'Anosy, où ils se sont établis au commencement du \vic siècle (3); ils n'y étaient pas encore en 1 5 08 lorsque Diogo Lopes de Sequeira a mouillé sur la rade de Taolanara (le Fort-Dauphin actuel)''1'. Le beau vase de cristal baharite qui a été trouvé à Sahafary, près de Sakaleony, au milieu de débris de vases de pierre, et non loin de l'éléphant, et qui date du xmc ou peut-être même du commencement du xive siècle f5) (voir la planche), a été

(l> Peut-être après avoir touché auxComores (Flacourt. Hist. Mad., p. 5 1 , et notule p. 1 2 5).

W Le roi Andrianlsiambany a dit au P. Luiz Mariano en 1 6 1 3 qu'il comptait dixsept générations dans une ligne et quatorze dans l'autre depuis la venue de ses ancêtres dans le Sud-Est. En donnant à chaque règne une moyenne de dix-huit à vingt ans, ce qui est très sensiblement exact, puisque les mariages ont toujours lieu dans le jeune âge, avant vingt ans, on arrive à t3oo ou i35o pour Tannée où les Àntambahoakà et les ZafindRaminia se sont établis dans le Sud-Est (entre le Sakaleony et le Matita-

nana) [P. Luiz Mariano, Boletim da Soc. de Geogr. de Lisboa. 1887, p. 33g, et trad. par Grandidibr, Bull. Corn. Madag., 1 898, p.09 1 ].

W Flacourt (Hist. de Madag., p. 5) dit, en i648, qu'il y a cent cinquante ans que le^ ZafindRaminia sont dans la provinced'Anosy.

W Rarros, Da Asia portugueza , Dec. II, Hv. iv, ch. m, p. 393.

(5J M. Lavoix pense que ce vase à eau a été fait entre tafio et i35o, probablement aux environs de i3oo. Sa provenance ne peut pas être fixée avec une certitude absolue, mais il rappelle tout à fait les vases des sultars baharites des xn* et xiu* siècles, qui

MADAGASCAR

certainement apporte dans le Sud de Madagascar par les Antambahoakà et les ZafindRaminia, qui lavaient reçu du Yémèn ou du Babreïn par les navires qui ont amené à lharana (aux environs du Vohémar actuel) les premiers Arabes sunnites, dont la venue vers i3oo a précisément nécessité leur exode du Nord vers le Sud.

Le P. Mariano a vu en 1 6 1 3 dans l'Anosy « des hommes qui avaient presque le teint des Européens et dont les cheveux lisses et longs flottaient sur leurs épaules à l'ancienne mode portugaise..., qui étaient vêtus de beaux pagnes et de pantalons faits dans le pays, qui portaient des bijoux d'argent d'un beau travail et des colliers de corail, et dont la t<Ue était couverte de calottes brochées à l'instar des Chinois (ou des Indiens) * (ly. rr Beaucoup avaient au cou des croix en étain ; quelques-uns en avaient de tatouées sur la poitrine; ils disaient que c'était un excellent talisman que leur avaient donné les Portugais naufragés sur cette côte au xvie siècle^. Certains de ces individus avaient un teint beaucoup plus clair que les autres, notamment les fils du roi de Fanjahira, Tsiambanyfl(3), car rla plupart des femmes et des fils de ce roi avaient du sang portugais dans les veinesfl((,) et cria femme du roi Andriamanoro était la petite-fille de l'un des naufragés t>{5);

ont été reproduits par les sultans du Yémèn. L'épaisseur extraordinaire du verre prouve qu'il a élé fait pour l'exportation. 11 porlc le même mol arabe répète huit fois, quatre fois gravé en creux et quatre fois en relief, peint en or, yJUJi {EU A lira), le savant; c'est l'un des titres ordinaires des Sultans, qui alterne d'habitude avec le mot El-Adel. On voit au bas du vase, dans un cartouche circulaire, un aigle terrassant une bête, qui représente sans doute les armes du Sultau ou du chef auquel il était primitivement destiné. W P. Luiz Mariano, Exploraçao portugueza de Madagascar, Boletim da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1887, p. 334. — Dans le récit que donne Castanheda de cette exploration du P. Luiz Mariano (Hist. de los descubrimientos, t. 111,167;"), p. 3ti), il dit que les gens venus à Ranofotsy avec le roi Tsiambany tétaient au nombre de 5oo, presque

blancs, à cheveux droits, velus de tuniques et de pantalons en cotonnade richement et artislement colorée, portant des boutons d'argent d'un travail fin, des pièces de ce même métal, des manilles et autres ornements en perles de verre, en corail et en or*.

M Fa ri a y Sousa ( A sia portugueza , t. III, p. 3 19) dit que les indigènes (dans l'Anosy) ont cité le nom de Lacerda lorsque les Portugais leur ont demandé des renseignements sur la croix de l'îlot de Fanjahira. Il semblerait donc que, parmi les naufragés qui ont construit le fortin dans cet Ilot, il y avait des marins de la flotte de l'amiral Lacerda qui s'est mise à la cote dans le Sud-Ouest de Madagascar en 1697.

(3] P. Luiz Mariano, Boletim da Sociedade de Geog raphia de Lisboa, 1887, p. 336.

MADAGASCAR

leur arrivée dans Hic, ni même leur filiation. Toutefois, les historiens portugais du xvi'sièclo nous apprennent que si, vers Tan i5oo, les Arabes de Malindi, qui avaient depuis longtemps d^jà des comptoirs dans le Nord- Ouest et dans le Nord-Est de Madagascar, venaient quelquefois trafiquer h l'embouchure du Matitanana (1), ils n avaient encore à cette époque aucun établissement permanent au Sud du Faraonv; en effet, lorsque les Portugais ont atterri, en i5o8, à Taolanara (notre Fort-Dauphin actuel), ils n'y ont trouvé que des descendants de naufragés indiens, et, cette même année, Diogo Lopes de Sequeira, ainsi qu'un peu plus tard, en i5io, Luis Figueira à l'embouchure du Matitanana, ont constaté que des Arabes de Malindi visitaient quelquefois la cote Sud-Est en passant, mais qu'il n'y avait pas encore, tout au moins au Sud du Faraom, de ZalindRaminia. deTsimeto, d'Anakara ni d'Antionv. Ce n'est qu'après i ;"> 1 ;"> que des Arabes ou plutôt des métis d'Arabes se sont établis dune manière permanente dans le Sud de Madagascar. Suivant une légende que m'a contée un des principaux Antiuiorona 2) et qui mêle d'une manière très imprévue les

-1"' Bnrros dit que r Diogo Lope< de Sequeira, après avoir longé la cote Sud do Madagascar, arriva en i.r>o8 à un port que les naturels appellent Turuba\a, du nom d'un capitaine du Goudjcrat qui s'y perdit fi), et dont les habitants descendent des matelots de ce navires (Dec. H, liv. iv, ch. tu, p. 3<)3); ce n étaient donc point des ZaGndRaminia, qui sont, comme Ton sait, venus de la mer Rouge ù Man;;alore dans l'Inde et de là à la côte \ord-Estde Madagascar. Plus loin, il ajoute (loc. cit., p. 395) qif trune jonque javanaise portant une cargaison de girofle fut jetée vers 1006 sur la cote de Matitanana et que les indigènes, voyant que cette épice dtait recherchée par les Maures qui avaient commerce avec eux, recueillirent dans les bois certaines baies qui avaient la saveur de ces clous de girofle dans Tespé-

lance d'en tirer profit Ils cultivaient

aussi quelques pieds de gingembre à l'intention des Maures, qui appréciaient fort cette racine 1. Le même historien raconte ( Dec. III , liv. 1, ch. 1, p. 5) que. rsur Tordre du roi de Portugal, Luiz Figueira construisit un fortin à l'embouchure du Matitanana, auprès d'une ville populeuse où il y avait quelques Maures de la côte de Malindi. Il comptait s'y approvisionner de gingembre, mais après six mois de résidence, il fut attaqué par les indigènes et quitta ce pa\s inhospitalier?).

Œ Cette légende m'a été' contée» à Valomasina par le katibÔ anakariî Tsarany.

Katibô est le grade le plus élevé parmi le» Ombiasy, « c'est comme on dirait évesque* (Flacoirt, Histoire de Madagascar, t658, p. 171).

'"'' Ce port n'est autre que celui que nous nommons aujourd'hui Fort-Dauphin. Le nom de Turubcya ou plutôt de Tourouaya [pour Tourouara], comme récrit Castonheda (Uittoria de Veuulrimienli t , t. U, i55t, ch. cri, p. 3&i), n'est pas du tout le nom du capitaine du iiatire qui s'est perdu daus ces parages, mais une •impie corruption du nom local Taolanara (qui se prononce Toulanara).

MADAGASCAR

Mirent et ou j'ai encore vu leurs descendants en 1870. Ils prétendent être originaires de la Mekke et de Médine et descendre d'Ali (1); dans leurs prières, ils ne manquent jamais de dire en commençant : Nous, fils d'Ali et de Mahomet !(2) Ils habitent aujourd'hui sur les bords du Manankara, a Mangatsiaotnl et à Vatomasina sur le Matilananap).

Les Antiony w (lilt. : les gens de la famille d'Iony) et les Zafikazimambo (litt. : les descendants de Kazimambô), qui en sont la branche cadette, sont les derniers Arabes venus dans le Sud-Est de Madagascar. Arrivés d'après Flacourt au xvie siècle et ayant lutté avec succès contre les Anakara, qu'ils soumirent à leurs lois(5), ils se sont plus tard, vers 1620, battus avec les Antambahoaka ou ZafindRaminia, établis entre le Malitananà et le Faraony, qui voulaient leur imposer leur autorité despotique; ils en tuèrent un grand nombre, épargnant seulement les femmes et les enfants, qu'ils réduisirent en vasselage fc), et forçant les survivants à se réfugier à

W Ali, disent les Annknra , est venu à Madagascar après avoir été vaincu avec Mahomet par le Pharaon, et, au bout de trente ans de séjour sur la côte Sud-Est, il a eu deux fils : Ândriandrahary et Andriamanorobé, qui sont leurs ancêtres directs.

<2) Le kalibô Tsarany, de Vatomasina, m'a dit qu' Ali (Ka-Ali ou Ho- Ali) était le second (ils de Mahomet et leur ancêtre. — Voir Ferrand, auquel la môme légende a été contée ( Ij:s Musulmans h Madagascar, impartie, 1891, p. ai, aa, i/ia et ii3; a4 partie, 1893, p. 55).

W M. J. Sibree, qui a passé à Vatomasina en 187G, y a vu un des Anakara qui m'a aidé, en 1870, à copier des fragments du Sorabk. Cet Anakara lui a dit qu'il était un Zafin'lbraliimâ, un desrendant d'Abraham, ajoutant Jiosy mihitsy, tout à fuit juif! (South- East Madagascar, p. 34). Il y a à remarquer que Jiosy est la transcription malgache du mot anglais Jews (Juifs), et que c'est certai-

nement après avoir entendu les prédications des missionnaires anglais sur la Bible que cette idée lui est venue, Abraham étant compté parmi les ancêtres des Antimoronâ au même litre que Noé, Moïse, etc. — En réalité, les Anakara n'ont rien à faire avec les Juifs.

M On écrit aussi ce nom Antehony.

<5) * Les Casimambo (Zafikazimambo) sont venus en celte Isle dans de grands canots et y ont esté envoyez par le Califle de la Mecque ,ë\ à ce qu'ils disent, pour instruire ces peuples, depuis cent cinquante ans seulement *> (Flacourt, Histoire de Madagascar, iC58, p. 19).

O «Les Blancs de Matatanc (Matitananâ) qui sont Zafierahimina (ZalindRaminia) ont esté ravaliez par les Zaffecasimambou ou Casimambou (Zafikazimanibtf), qui sont Blancs aussi, mais tous Ombiasses (Ombiasy) et escrivains, en sorte qu'ils ne sont plus que leurs esclaves.

(°> On sait que les Khalifes ne résidaient plus à la Mekke depuis le tu* siècle et que cette dignité a été abolie en 1968, mais il ne faut pas prendre les expressions dont se sert Flacourt à la lettre; d'autre part, avant d'arriver à Madagascar, les Antiony ont certainement résidé longtemps en Afrique et aux Gomores.

143 MADAGASCAR

Les membres de ces diverses familles ont, contrairement aux Onjatsy, aux Antambahoaka et aux ZafindRaminia, conservé quelques notions et quelques pratiques de la religion musulmane. Le Koran est en grand honneur parmi eu\, quoiqu'ils soient incapables de le comprendre, puisqu'ils ne connaissent pas l'arabe, et souvent même de le lire; ils consultent plutôt leur Sorvbk qui est écrit en langue malgache avec des caractères arabes sur du papier fabriqué dans le pays, et où sont consignés sans ordre les faits qui ont frappé leur attention, où à des versets du Koran, à des formules de magie, a des prescriptions astrologiques, à des conseils médicaux, sont mêlés, au hasard, des légendes, des contes, le récit des événements de famille, etc.'1'.

Los Anlimoroua croient à 7 cicux, a 7 terres et à 7 enfers, et vénèrent les anges (Malaika) qui habitent le ciel, surtout Joborilina ou Jiborailà (Djebril des Arabes, notre ange Gabriel) qui porte aux hommes les ordres de Dieu, Minquelo (Mikhaïl des Arabes, notre Michel archange) qui préside aux éléments, Sirafelo (Israfil des Arabes) Fange de la mort qui recoup plus compliquée; d'après son dire, Ramakararô, a ru pour (ils AntakazimambÔ, Ramakararô, roi de !a Mckkc qui avait «Hé l'aïeul des Zafikazimambo (qui est uu détrôné, et quatre princes, ses frères, Ra- homme et non plus une femme comme josofa (Joseph), Andriamarohalà (Rama- précédemment). Quant à Ra-Alivoaziry, c'est rohalà), Ra-Alivoaziry cl Andrianboa- le perc des chef*» de la région de Taraouy ziribé (Ravoaziribé), vimrut de la Mekke (Ferrvxd, Les Musulmans à Madagascar, à Madagascar où ils demeurèrent pendant ae partie, t8o,3, p. Tiy et Go,). 62 ans, puis ils s'en retournèrent en Ara- l irDans leurs livres, il îfy a pas grande

bie, excepté Rnmarohala qui mourut et fut suile, ni doctrine, mais seulement par-ci, enterré à IvatÔ, village situé à l'embou- par-là. que Dieu est grand et quelque chose chure du Matitanana. Ces princes n'avaient de lAlcoran. Le reste du contenu consiste pas amené' de femmes avec eux; seul le roi en certaines figures, mal tracées, que les Ramakararô était accompagné de deux en- Ombiasses font croire propres à guérir les fants, un garçon Zorobabelâ et une fille maladies, à faire deviner les choses futures, Falimâ, qu'il maria et qui furent les an- à retrouver celles qui sont perdues, etc. cêtres des Antiony (branche aînée, nom- (R. P. Nacqiart, iG5o, Mémoires de li mée aussi Antimahasoa). Ramarohala, qui Congrégation de la Mission des Lazaristes à dans cette généalogie est le frère cadet de Madagascar, t. IX, p. 62).

nafulanilrâ; ia° ÀndriamtsinaotÔ ; i3° Andriapanobanarivô ; i&* Andrialsifoinarivô ; io° Andrinmilafikamô \ 16° Rabwiarivô; 170 Andriamboniarivo ; 18° RavoaLniiharivô ; 19" Anririamandanoarivft ; ao° lUvoajanabary ; ai0 Ramanotoloorivô; sV Rarnahafolakarivo; a3° Ramabavaliarivô; a/iQRatoadiarivô; i5° Andriambolamenarivè (le roi qui m'a fourni, en 1870, des renseignements sur les Anlimoronà), et a 6° RamahasitrakarivA( le gouverneur actuel d'AmliobipenA en 1901) [Revue de Madagascar, 10 juillet 1901, p. 483 et 484].

MADAGASCAR

prières, dans leurs lettres et même souvent dans la conversation, ils emploient les formules pieuses que tous les musulmans ont constamment sur les lèvres : aMI U UI in cha Allah, «s'il plait à Dieu»; M\ <->y£* mektoub

Allah, « c'était écrit par Dieu»; »Os**j -ai «x*Ji cl hamdou lillah ou ait dahou,

* louange à Dieu seul t> ; jS\ àa\ p**j}\ (sj^l ***' ^w biami Allah errait mon crranim Allah akbar* r, au nom du Dieu clément et miséricordieux, Dieu est grand t>(1) ; M\ J^«j *y&3 *Mt ^! *JI il la ilah Ma Allah ou Mohammed resoul Allah, rr il ny a pas d'autre Dieu qu'Allah et Mohammed est le prophète (I Allah r. Tous les vendredis, le matin avant de prier, ils se lavent la bouche, les oreilles, les mains et les pieds. Ils ne font pas de sacrifices, comme les Juifs et les Malgaches, en immolant la victime; ils se contentent d'offrir à Dieu (niilaha), en se tournant vers l'Est, les prémices de leur troupeau, de leurs récoltes, qu'ils rapportent ensuite chez eux pour fesloyer. Ils if observent plus le Ramavahanà (Ramadan), quoiqu'ils sachent que leurs deux premiers rois ont suivi à cet égard les prescriptions du Koran, jeûnant et ne versant pas le sang; toutefois, pendant ce mois, ils s'abstiennent de toaka (rhum) et, le dernier jour, ils font des ablutions lustrales et se livrent à des réjouissances, après avoir adressé des prières à leurs ancêtres. Pour les enfants des nobles, la circoncision se fait alternativement une année du vendredi et une année du dimanche; la chasteté est obligatoire pour tous ceux qui prennent part l\ la cérémonie. A l'article de la mort, ils doivent faire la confession générale et publique de leurs péchés (2). Ils ne mangent que de la viande d'animaux tués par un noble sachant prononcer les paroles sacramentelles obligatoires w.

W Les Malgaches prononcent cette formule ainsi qu'il suit : Betsimilahtj ramanarahimo Àlahô làbaro.

W Cet usage existe aussi de tout temps chez les ZafindRaminia. Flacourt en parle dans son Histoire de Madagascar, p. 59.

,5) Les paroles qu'ils prononcent à cette occasion sont tout simplement : Au nom de Dieu clément et miséricordieux. — cr Les Zafikazimambo sont plus basanés que les autres Blancs, mais toutefois ils sont les maistres, et les autres Blancs n'oseraient pas couper

la gorge aux bestes, ny mesme aux volailles, quoy qu'elles soient à eux, mais il faut que ce soit un Casimambou (ZaOkaziniambô) qui le fasse, lequel ils mandent chez eux pour cet effet, quand ils veulent tuer un bœuf ou autre animal pour manger» (Flacourt, Histoire de Madagascar, 1C08, p. 17). Cette prohibition s'appelle en malgache tsy homatUsombidy ou tsy homantsombody. — Les Àntiony ou ZafîkazimambÔ ont aujourd'hui perdu ce privilège après de longue? luttes.

Il*

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du mkilifw ou jeu divinatoire à laide duquel ils prétendent pronostiquer l'avenir, substituant au aikily par le sable ou flmui le sikily à laide de graines. Les uns, comme les Anakarà et les Zafikaximambo, Fondent leurs prédictions sur la position des astres, sur 1 aspect du soleil et de la lune (1); les Tsimetô, au contraire, tirent leurs pronostics des phénomènes et des faits qui se passent à la surface de la terre J); lorsque l'avenir est dévoilé à leurs yeux, ils procèdent à des incantations ou font des charmes afin d'empêcher les malheurs prévus de se produire (3).

Si les Zafikazimambô et les Tsimetô sont les plus lettrés des Malgaches du Sud-Est de Madagascar, où ils tiennent encore aujourd'hui des écoles comme du temps de Flacourt au \vnr siècle, les Anakarà, qui se targuent d'une noblesse très supérieure à celle des autres clans, se sont emparés du pouvoir dynastique et religieux et fournissent les rois qui commandent à tous les Antiinorona '*' ; ils ne se marient qu'entre eux , et leurs villages sont entourés dune palissade à l'intérieur de laquelle nul n'est admis sans une autorisation spéciale; les femmes des chefs ne sortaient autrefois que le vendredi et voilées. Ils avaient la coutume, comme les autres Malgaches, de tuer les enfants nés sous une mauvaise destinée;

à desjriaiiies i sol des (Burtok, Firtt FooUteps in East-Africa, London. i85G, note p. T>5 ).

11 ' Ce sont les mpanandro ou astrologues.

(2) Il suffit de jeter les yeux sur les figures des livres arabo-malgaches pour reconnaître que la cabalistique est venue aux Malgaches, comme le reste de leur civilisation et leurs idées religieuses, des environs de Mascate (et par conséquent de l'Oman). Cest la cabalistique musulmane issue de In cabalistique juive, mais à côtr d'innocentes productions qui tiennent leurs pouvoirs du Koran, il y a des recettes d'une magie dont

les moyens plu* matériels et plus offensifs viennent d'anciennes superstitions locales (Jacquet. \orabulaire arabe-malacasse. Journal Asiatique, février i833, p. 97).

3) Lorsqu'un Ombiasy est convaincu de miasa zezikâ (litt. : de travailler des ordures), c'est-à-dire d'avoir de mauvaises intentions, on le met à mort.

(4> Les villes sont souvent administrées par trois chefs ou vieillards (comme à Namoronâ), dont on fait précéder le nom du mot loba (le Père), mot tiré de l'appellation arabe Abou (le Père), Aba (6 Père).

nombre de ceux qui restent jusqu'à l'une des divisions; ai le nombre est impair, il marque un seul point; s'il est pair, il en marque deui ; il opère alors romme il est dit a la notule précédente. Cette géomancie , très primitive, que les Musulman* pratiquent aujourd'hui à l'aide de leur chapelet, date en réalité d'une époque extrêmement reculée , car elle est répandue dans un grand nombre de j>ays. Le* Somalis la dénomment Fml. Les devins ont soin d'ordinaire de ne pas donner de réponses défavorables, mais ils recommandent d'offrir certains sacrifices, de faire des aumônes, etc., et comme, le plus souvent, leurs prescriptions sont négligées, ils ont d'excellentes excuses i donner lorsque leur prédiction ne se vérifie pas (fiosvoa).

1A8 MADAGASCAR

Des événements que nous avons résumés d'après les chroniques locales et du court aperçu de mœurs que nous venons de donner, il ressort d abord que Tune au moins des trois familles Anlimorona qui sont d'origine arabe, celle des Anakara, appartenait à la secte chiite puisqu'elle reconnaissait pour ancêtre Ali, le neveu et le gendre de Mahomet.

Les Tsimetô, qui ont précédé les Anakarâ, sont probablement des descendants d'Arabes de Malindi appartenant à la secte sunnite, peut-être de ceux que Luis Figue ira a trouvés à l'embouchure du Matitananà en

Quant aux Antiony et aux Zafikazimambo, qui se disent originaires de la côte occidentale de l'Arabie, et dont le premier ancêtre à Madagascar, Ramakararô, est, parait-il, au moins le dixième successeur de celui qui a été, suivant eux, obligé de quitter la Mekke à la suite d'une sanglante défaite, ce sont probablement des Alides, peut-être même des Zeïdites, qui ont séjourné longtemps en Afrique et qui, chassés de place en place par des compatriotes plus instruits et plus intelligents, ont uni par échouer sur la côte Nord de Madagascar, d'où ils ont peu à peu gagné le Sud , toujours poursuivis par l'hostilité des Sunnites.

Que valent toutes ces hypothèses? C'est ce que je ne puis dire. Si je les ai émises, c'est plutôt comme base d'études et de recherches ultérieures que comme l'expression exacte des faits. Il est à remarquer que, tandis que leurs compatriotes et coreligionnaires ont construit des maisons de pierre, des mosquées, des murs d'enceinte en ciinnet dans le Nord de Madagascar, ils n'ont rien fait de semblable dans le Sud-Est.

li° AmalaotrX. — La côte Nord-Ouest de Madagascar est fréquentée par les Arabes, de temps immémorial. Au ixe siècle, lesdaous ou navires de l'Oman et du Yémèn y venaient fréquemment chercher des esclaves, de la cire, de Fécaille, etc., et, depuis lors, elle n'a cessé d'être en relations commerciales suivies avec l'Arabie , avec la côte Nord-Ouest de l'Inde et avec la côte orientale d'Afrique (2), relations qui ont jeté dans le Nord des

M Barros, Da Asia portugueza > Dec. III, autres géographes arabes, on peut conclura

liv. i, ch. i, p. 5» que leurs compatriotes fréquentaient les

(*) Des récils de Maçoudi, d'Edrici et parages de Madagascar au «• siècle et

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seulement par la religion , mais aussi par son organisation sociale , son activité et ses occupations exclusivement commerciales. Les Antalaotrà avaient des cheiks auxquels seuls ils obéissaient. 11 n'y eu avait pas seulement sur la côte Nord-Ouest; on en trouvait sur la côte Ouest jusqu'au Manambolo(1) [ 19° o' lat. S.] et ils avaient plusieurs comptoirs sur la côte Nord-Est (2).

Bouki et ses habitante Oua-Bouki. Les anciens auteurs portugais désignent toujours les Malgaches sous le nom de Banques, qui vient du nom soohili (voir mon Histoire de la Géographie de Madagascar , 1899 , p. 34 ). M Le P. Luis M aria no, qui a visité la côte Ouest en 1 6 1 3, dilque, depuis la pointe Nord de Madagascar jusqu'à Sadia(Sonliazd, lat. S. 190 ao), les habitants de la côte parlent la même langue que ceux de l'Afrique orientale dont ils se rapprochent par la couleur et les mœurs, mais que les gens de l'intérieur comme ceux de la côte au Sud de Sadia parlent la langue bouqua ou malgache , différente de celle des Africains et semblable au

malais ( Kxploraçao portugueza de Madagascar em 161 3, Boletim da Sociedade de Geograpkia deLisboa, 1887, p. 3 «4; traduction française d'À. Grandidieb, Bull, du Comité de Madagascar , 1898, p. 58 1).

'*> On a jusqu'à présent signalé des ruines ou des vestiges de constructions arabes dans les endroits suivants : 1* sur la côte Nord-Ouest, dans la baie d'Àmpanasinâ'1), à Nosy kombà \ sur la plus grande des Nosy Mamokô(c', à Àntseranantalaotra (à l'en'.rée Ouest de la baie d\\mpasindavà)(d), à la pointe d'Anorontsangà ou Sada W, sur un ilôt à l'entrée de la baie de Mnha jambe et à Nosy Manjâ ou Langan^ dans cette même baie '), à

O À AmpanasinA (baie Jenkioson d'Owen). il y a, a-t-on dit au commandant Guillain, des vestiges de constructions et de murs bâtis par des immigrants venus du golfe Pertique vers la fin du xvi* siècle (G cillai*, Documenté sur la côté Ouest de Madagascar, i8A5, p. 338).

<*' (le sont les Arabes dont il est question dans la notule précédente qui , trouvant la baie d'Âmpanasinâ peu favorable à la colonisation, se sont transportés à Nosy Kombà, d'où ils allèrent quelque temps après dans la baie de Mabajamba (Guillaih, toc, cit , p. 358). <* Los ruines des bâtiments à Nosy KombA sont en maçonnerie de même grandeur et construction que ceux que j'ai vus au Sud de Yobémar, ce qui me porte à croire qu'ils sont du même temps et de la même nation» (Matels, Voyage dans le Nord de Madagascar en 177a, Mutée britannique cl Manuscrit Bibt. Grandidier, p. 8 1 , note a ) .

(e) Sur la plus grande des trois lies , celle que MM. Robin et Dams ont appelée Y Ile aux Ruinée sur la carte hydrographique de la haie d'AmparindavA qu'ils ont levée en i865, il y a des ve>tiges d'habitations, des pans de muraille en maçonnerie très solide, sur lesquels on voit encore quelques ornements d'architecture arabe. Je les ai visitées en 1869.

'*> Les Antalaotrà ont eu jadis un comptoir i la pointe Ouest de la baie d'AmpasindavA (non loin de Kiaimnny), mais il était abandonné en 177». Cette pointe, qu'entourent trois ilôts situés tout près de terre, s'appelle Antseranantalaotra (litt. : le port des Antalaotrà) [M aï kir, Voyage dans le Nord de Madagascar en 1775, Musée britannique et Manuscrit Bibt. Grandidier, p. 6A].

<*) Commentario» do A IL tiquer que , 1007, parte 1, ch. xt p. Ai, et Biaaos, Asia portugueza, Dec. II,liv. 1, ch. 1, p. îG. — Le colonel Robert Hunt raconte que, vers 1660, quatre à cinq cents Malgaches, révoltés contre le roi d'AnorontsangA, se sont réfugiés sur l'île d'Assada (Nosy Ovy) et ont pillé les boutres arabes qui venaient dans ces parages. Ce ne fut pas sans peine que le roi en vint a bout (Description d'Assada, i65o).

(f' «La baie de MabajambA semble avoir été jadk habitée par des Arabes, car il existe sur le sommet de la petite lie de ManjA des tombes musulmanes, que le temps a noircies et qui tombent en ruines» (Bon- Lia, Narrative ofvoyayes to explore Africa , Arabia and Madagascar, i833, I. Il, p. i3s). — Tristan da Cunlia a trouvé, dans cet le Ile, en i5o6, une ville arabe populeuse dont il s'empara (voir page i53, note 9). H y venait des boutres de Malindi et de Mombaz, qui y apportaient des étoffes de Cambaye et y prenaient des esclaves, de la cire, des vivres, etc. (Cossu, As tendus da hdia, 1 1, p. 666, et Baabos, Dec. Il, liv. 1, ch. 1). Mais, en 1669, le capitaine du Petit Jan, envoyé par Mondevcrgue, et, en 1671, le capitaine de la Barque longue Gigault n'ont plus trouvé au Vied Macelage (baie de MabajambA) que des ruines de mosquées et de maisons en pierres, tans habitants (Manuscrit des Arckims colonial**,

132 MADAGASCAR

niant iiautement musulmans, ils suivent, tant hien que mal, les prescri|>tions de l'Islam, ils font partie intégrante tlu peuple malgache (1].

Int. S.)'"', auprès d'Anakao (t8° o lat. S.) b) à I embouchure du Mahanara (i3° 56' lat.

<;L à Ambiky, près la bouche du Namelà S.) ^et auprès d'Antalnhà (i/i° 55'lat.S.) W.

(i8° 2 lat. S. ) r); 3° sur la cote Nord-Est, à f,J En effet, par la supériorité de leur

Vohémar (i3°2 lat. S.)'*1' et aux emirons r', intelligence et de leur instruction, parleur

t!e* usages infâme* et abominables, les excitant à être musulmans» (Kxploraçao porttigueza de Madagas<ar em if'»i3, Bolelim da Soricdade de (ieographia de Litboa. 1887, p. 3 19; trad. franc, par A. Giu^didikg, Bail, du (j mité de Madaga$curf 1898, p. 078). — En 1671, le capitaine Gigault, de la Barque longue, dit que le Nouveau Mnrelage on la ville de Boinà faisait un grand commerce, qu'il y venait beaucoup de boutres, qu'il y avait dos maisons en pierres, des citernes, de* mosquées, des tombeaux superbes (Dubois, Voyage à Cile Davphme tu Madaga*cart 1 <3 7 'i , p. 7.*^. — K11 1O7S, Chevreuil indique, sur sa carte de la baie de l!oinà, une de avec trois belles mo«qué< s. — Vers 1710, le pirate Williams, qui avait mouilla sur cette rade, fut attiré dans un pu- t-apeus avec cinq de ses matelots et tué par le clieik, que le roi sakalatâ lit ensuite sagayer pour h» punir de sa traîtrise (\oir plus loin, p. i(îH). — En 1720, il y avait encore beaucoup d'Arabes dans la baie de Boinà, où il venait dt s boutres de la Mekke, de Surate et des Comores (battant pavillon rouge) [Vol. 8'i\ mer des Indes, Dépôt de» Carte* et Vlan* de la Marine]. — M. Jtilly a visité, en 1897, cet îlot d'Antsoribory et il y a trouvé les ruines d'une mosquée, «les portes arquées avec moulures, des tombeaux avec coupoles en chaux stuquée, de nombreux débris de poteries, d'ancien* va*-es en porcelaine de Chine, etc., en un mot. les restes d'une grande cité (voir les planches) [ AWs, lleconnaittance» et J'Lrphtralion* , 1898, p. /iio, avec dessins et plans].

1*) M. Douiiot a trouvé, aupiès de la Inmchc de la rivière Manomlri (à 27 ou 38 kilomètres au Nord de Moinliranô), des vestiges de trois habitations et de murs en pierres (Bull. Soc. (iéogr. Paris, 189G, p. 9» 6).

(b) M. Douiiot a con>taté l'existence auprès d'Anakao (à une vingtaine de kilomètres au Nord de Mai n tira nô) de ruine» arabes nter de nombreux fragments de poteiies (llull. Soc. Céogr. Pari*, 189c), p. 206).

's> 11 y a à Amhikv, sur les l)ords et près de rembouchure du Namcla (à 19 kilomètres au Nord de Maintiranô), les ruines dune ville arabe, i.omméepar les Sakalava Tratiombazaha (les maisons des 1 (rangers) [peutêtre la Pontanan des cartes du xu* siècle -- U» bras de mer d'Ampandahy (lat. S. i8° o')]. Cette ville était déjà abandonnée lorsque le premier roi sakalava a pris possession de cette région au milieu du xvn* siècle, tl reste deux pans de murs, dont l'un est long d? 8 mètres et épais de o"Vio et dont l'autre est percé de deux fenêtres; il y a, à côté, un puits qui e*t aujourd'hui comblé ( Dolliot. Bull. Soc. Géogi\ Pari», 1896, p. a 55).

'*) <rLes Maures de la côte de Maliudi, qui viennent à Madagascar de temps immémorial, y ont deux comptoirs où \ivenl aujourd'hui leurs descendants gouvernés par des cheiks, l'un dans un ilôt placé au milieu de la bnie de Manzalage (Mahajamba), l'autre (qui est marqué sur la carte de Pedro Reiuel de 1 5 1 7 ) sur la côte Nord-Est, en une baie nommée Bimaro (Vohémar)» (Voyage de Batthazar Loho de Souza en i557, Diogo do Couto, Da Ania, iCo3, édit. 178s, Dec. VII, livre iv, ch. v, p. 3 1 1 ). — M. Guillaume Grnndidier a signalé, en 1S99, l'ex^tencc à Vohémar même d'un grand cimetière arabe, aujourd'hui envahi par les herbes et les broussailles, dont les nombreuses lombes sont faites eu un ciment très dur. pareil à celui des ruines de Malianara. Celles de ces tombes qu'on a ouvertes ne contenaient que des ossements en marnais état, sans rien d'autre.

M En 1775, Mayeur a trouvé, rau Sud de la rivière de Vohémar, les restes de deux bâtiments de forme carrée, construits en pierres brutes, élevés par des blancs (Arabes) qui y ont habité avant le cyclone qui a détruit le port de Vohémar, jadis très sûr et très bon ( Voyage dans le Nord de Madagascar, Mutée britannique et Manuscrit de la BibL Grandidier, p. 37 et 38).

O M. Jully a découvert, en 1898, à l'embouchure du Mahanara (à 38 kilomètres au Nord de Sahambnvajiy et à 67 kilomètres au Sud de Vohémar) des ruines de constructions arabes, solidement maçonnées à la chaux et revêtues de ciment à l'extérieur, qui montrent qu'en cet endroit il y a eu jadis une ville importante. — M. Guillaume Grandidier a fait, en février 1899, des fouilles en cet endroit et il a mis à jour un mur d'enceinte très épais, long de plus de 60 mètres (voir la planche), et un puits en tubes de ciment dont la margelle esl creusée par les sillons qu'y ont laissés les cordes (voir la planche). 11 y a trouvé de nombreux fragments de poterie et des bols en porcelaine chinoise du x" tiède (voir la planche). Aucune tradition n'existe dans le pays au sujet de cette ville que la végétation a aujourd'hui complètement envahie. — A a> kilomètres au Sud de Sahambavany, à Bcnavony, sur le bord du Lokohô,on a découvert, enfoui dans la terre, un vase où étaient renfermés quelques bijoux et des pièces d'or dont les inscriptions montrent qu'elles sont des dinars fatimites du x* siècle; le sultan dont elles portent la légende a régné de 975 à 99G (voir la planche).

(*) M. Guillaume Grandidier y a fait des fouilles en 1899 et a mis à jour un grand mur d'enceinte bâti en cailloux roulés et ciment, qui entourait jadis la ville habitée p*r les Arabes (voir la planche).

154 MADAGASCAR

qu'après que 1 amiral Watson eut purgé l'océan Indien des forbans qui le sillonnaient en tous sens.

Nous avons vu que les premiers Arabes qui ont sinon fréquenté la côte Nord-Ouest de Madagascar, où il en est venu de temps immémorial pour y trafiquer, mais qui s'y sont établis sans idée de retour et l'ont colonisé, sont probablement les Azd delà côte d'Oman ou Onjatsy vers le Xe ou xi9 siècle. A cette même époque, les Arabes sunnites de Malindi(i), qui ont forcé les Azd k quitter les Go mores, sont, eux aussi, venus sur la côte Nord -Ouest et y ont fondé des comptoirs fixes, d'abord dans la baie de Mahajambâ, à Nosy Langany (Nosy Manjà), où les Portugais ont trouvé au xvie siècle une ville florissante qui a été abandonnée au xvii*; #puis dans la baie d'Anorontsangà , à Sadâ, et dans celle de Boinâ à Nosy Antsoribory, où ils construisirent au commencement du XVe siècle une très belle ville qui a été prospère jusqu'au delà de 1796 et qui n avait pas moins de 7 à 8,000 habitants; enfin à Majunga qui , fondée vers 1 700, n'a cessé jusqu'à la conquête hova d'être le principal centre commercial de Madagascar avec l'Afrique, l'Arabie et l'Inde, et qui, depuis lors, quoiqu'elle ait perdu une grande partie de sa population Antalaotrà et ait vu son commerce baisser considérablement, n'en a pas moins reçu chaque année la visite de nombreux boutres arabes, zanzibariens et comoriens. Ils ont aussi établi plusieurs comptoirs aux environs de Maintiranô, sur la côte Ouest, et, sur la côte Nord-Est, à Vohémar(il, à l'embouchure du Mahanarâ, à Antalahà(3) et probablement en plusieurs autres points.

La population musulmane, qui vivait dans ces diverses villes et qui était très nombreuse, était très mélangée; elle appartenait en majorité à la secte sunnite (division des Ghaféites); il y avait des Arabes du Yémèn, de l'Oman et du golfe Persique, des Persans, des Indiens du Cutch et du Goudjerat, des métis soahily et comoriens, etc., de sorte qu'il n'est pas possible d'attribuer aux Antalaotrà une origine unique, comme l'ont fait

(1) «Les Maures de Malindi ont établi un (2) Vohémar (Vohiiuarinades Malgaches)

comptoir dans un ilôt au milieu de la baie est le Bimaro des Portugais. Mazalnge ( Mahajambâ) et un autre dans W Comme en témoignent les ruines dont

l'Est à Bimaro n (Diogo do Couto, DaAsia, nous avons parlé plus haut, notules des

i6o3, Dec. VII, liv. iv, ch. y, p. 3n). pages 100, i5i et i5*.

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marchandises bonnes pour l'exportation. Leur langue est un mélange de malgache et de soahili.

En résumé, les premiers comptoirs arabes permanents qui ont été établis sur la côte Nord-Ouest de Madagascar semblent lavoir été par des arabes venus de Malindi, arabes sunnites qui, au xe ou plutôt au xir siècle, ont chassé des Comores les Arabes d'autres sectes qui les y avaient précédés, tels que les Azd d'Oman et les Zeïdites ou les Fatimites qui étaient leurs ennemis commerciaux et religieux. Mais les navires qui y venaient annuellement de l'Arabie, de l'Afrique et de l'Inde, y ont amené des musulmans de races diverses et des banyans de Gambaye qui, voyageant sans leurs femmes, ont donné naissance à Madagascar, comme sur la côte africaine du reste, à des métis de toutes les couleurs et de tous les types.

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