L-MÏÉ DE LLLiL AUTEUR 2ô
pour les prendre avec lui. On ne peut nier la signification eschatologique de ce passage^. »' « L'Esprit annoncera les choses à venir. On reconnaît à ce trait les préoccupations eschatologiques de l'époque, et Ton songe à l'Apocalypse^. » Enfin, « rien n'invite à penser » que l'auteur « répudie une seule des espérances chrétiennes qui ont trouvé leur expression dans l'Apocalypse. Y a-t-il rien de plus conforme aux doctrines et même au style du quatrième Évangile que cette fmale de la grande Révélation : Et l'Esprit et l'épouse (l'ÉgHse) disent (à Jésus) : Mens. Et que celui qui entend (cela) dise : Viens. Et que celui qui a soif s'approche, et que celui qui en veut prenne pour rien l'eau de vie »^ ?
Au point de vue du style, M. Bousset n'a pas moins démontré, de l'aveu de M. Jiilicher*, la parenté étroite de nos deux documents. L'Évangile et l'Apocalypse^ appliquent au Messie le passage de Zacharie, xii, 10, et le traduisent de la même manière. L'un et l'autre donnent au Christ les titres de « Verbe de Dieu »^ et d' « Agneau »". Tous deux emploient les mêmes compa-
1 Loisy, Le quatr. Évang., p. 742.
" Id., 'ibid., p. 784.
' Id., ibid..p. 818. Nous aurons l'occasion de montrer en détail ailleurs qu'on n'a pas le droit d'attribuer simplement au quatrième Évangile, en opposition avec l'Apocalypse, « un mysticisme indifférent à la parousie, » pas plus que « les allégories savantes d'une religion spirituelle ».
* Jùlicher, cité ci-dessus, p. 68.
'" Apoc, I, 7 ; Jean, xix, 37.
* Apoc, XIX, 13; Jean, i, 1 sq. Weizsacker, Apostol. Zeit., p. 484, 485 : « L'affinité des deux ouvrages est suffisamment démontrée par le fait que tous deux, et eux seuls parmi les écrits du Nouveau Testament, bien plus, dans toute la littérature de l'époque qui peut leur être comparée, représentent Jésus comme le Logos divin... Dans l'Apocalypse, l'idée n'est sûrement pas conçue avec un sens moins élevé que dans l'Évangile. »
' Apec, V, 6 sq., etc.; Jean, i, 29, 36. Jùlicher, Einl., p. 221 : <» C'est dans ces deux livres seulement que le Sauveur est représenté comme un agneau. » Bousset, Offenb., p. 206 : « Que
raisons allégori(jiies de « l'eau vive ))^,du « pasteur »"^, de « r époux ))3. Certaines expressions leur sont communes, qui ne se rencontrent que rarement, ou nulle part ailleurs, dans le Nouveau Testament. Ainsi affectionnent-ils les termes de [jLapT'jpîa, « témoignage, » et 'jiapTupsIv, « témoigner'*; » o'I'.s, « visage, » ne se trouve que dansle quatrième Évangile et l'Apocalypse ^; 3-cpà^£w, « tuer, » que dans l'Apocalypse et la première Épitre de saint Jean^; « vaincre » le monde est une expression propre à l'Évangile et à l'Apocalypse, en parlant du Christ' ; à l'Apocalypse et à la première Épitre, en parlant du chrétien'^ ; « garder la parole^, » « garder les commandements^", » de Dieu ou de son Christ, sont des formules familières à l'Apocalypse, et qui ne se présentent, fréquemment aussi, que dans l'Epître et l'Évangile. Enfin, il n'est pas jusqu'à des singularités fort remarquables dans l'emploi des prépositions et conjonctions^^, dans la construction des phrases ^^, dans la liaison des verbes à
le Christ soit appelé Agneau dans l'Évangile et dans l'Apocalypse, cela est très remarquable, alors même que là se trouve employé le terme v-d-^jq^, et ici àoyio-j. »
^ Apoc, XXI, 6 ; XXII, 1, 17 : yrjwp Çwv;;. Jean, IV, 10 sq. ; Yil, 38 : ■joojp 'Cw.
^ Apoc, VII, 17; Jean, x, 1 sq., 27, 28;xxi, 16.
* Seulement dans Apoc, xxi, 2, 9 ; xxn, 17, et dans Jean, ni, 29. L'Église est appelée simplement vûuyïj, « l'Épouse » (du Christ).
* Apoc, 9 fois ; Jean, 14 fois ; Ëpîtres, 6 fois ; ailleurs, 7 fois.
* Apoc, i, 16. Jean, vn, 24 ; xi, 44. " Apoc, 8 fois; I Jean, in, 12.
' Apoc, n, 21 ; Jean, xvi, 33.
* Apoc, n, 7, 11, 17, 26, etc.; I Jean, n, 14 ; v, 5.
' Apoc, m, 8, 10 ; xxn, 7, 9; Jean, 7 fois ; I Jean, n, 5.
" Apoc, xn, 17 ; xiv, 12 ; Jean, 4 fois ; I Jean, 4 fois.
" Comparer surtout l'emploi de ïva dans Apoc, n, 21 ; xui, 13 ; xiv, 13 ; xxn, 14, et dans Jean, \Tn, 56 ; ix, 2 ; xi, 15 ; xn, 23 ; XIII, 1 ; XV, 13 ; XVI, 32 ; I Jean, l, 9 ; m, 1.
*■■* ComparerApoc.i, 5-6, avec Jean,i, 32;v, 44; II Jean, 2; Apoc-, n, 26, avec Jean, xv, 2; Apec, m, 9, avec Jean, iv, 34 ; v, 40; Apec, I, 11; IV, 1; x, 8, avec I Jean, ii, 25 ; Apoc, i, 7, avec Jean, vm, 53 ; I Jean, i, 2.
leurs compléments^, qui ne soient communes aux deux groupes d'écrits-.
Dans ces conditions, M. Loisy a bien raison de dirt? que, depuis les récents travaux, non seulement la parenté d'origine de ces ouvrages ne peut plus faire do doute, mais l'unité même d'auteur « a cessé de paraître impossible ». Or, si, au point de vue de la critique interne, l'unité d'auteur est reconnue possible — et les observations que nous venons de faire tendent à la rendre à bien des égards probable — comme, d'autre part, les dissemblances constatées entre les documents peuvent s'expliquer, soit par la distinction très marquée du genre littéraire, soit par la diversité des matériaux employés pour leur composition, soit enfin par l'espace de lemps qui a pu sé])arer leur rédaction respective, il semble bien qu'il faille attribuer une valeur pleine et décisive au témoignage de la tradition asiate la plus ancienne, qui rapporte nos écrits johanniques au même auteur.
Telle est la pensée de critiques, comme MM. B. Weiss, Zahn, Reynolds^. Tout en reconnaissant que la question de critique interne est encore à l'étude, MM. Drummond, Stanton, Sanday*, se rangent également à l'opinion traditionnelle. Il est très remarquable que M. Ilarnack lui-même n'a pas craint d'adopter formellement cette opinion : « Je déclare, dit-il, me ranger à l'hérésie critique, qui rapporte l'Apocalypse et l'Évangile à un même écrivain^. »
^ Par exemple, hv.j'j.v.'liij ota, 'iv'i.ilv ixi-.'/. rivor; â-A'i'i.'JU^jil-j a-ra, ivpoay.uvîîv avec le datif ou l'accusatif. Comparer Apoc, xi, 1 70j: — ooT/.vvoùvra; iv v.'jzy (©•j!Ti«7T/7piw), et Jean, vm, 20 : ït/jj.r.nz-j hj Tôi ■yaÇoyjAaxiw.
* Cf. Weizsacker, Bousset, Jûlicher, loc. cit. ; B. Weiss, EinL, p. 362 ; Zahn, EinL, t. ii, p. 619.
2 B. Weiss, Fini., p. 566 ; Zahn, EinL, t. ii. p. 617-618 ; Reynolds, art. John, p. 708-709. Cf. Batiffol, Six leçons..., p. 106.
* Drummond, Fourlh Gosp., p. 442 ; Stanton, Gospels, p. 172; Sanday, Fourth Gosp-, p. 249.
' Harnack, ChronoL, t. i, p. 675, note 1.
Récemment encore, un critique non moins indépendant, M, von Soden, se prononçait nettement pour l'unité d'auteur de l'Apocalypse et des Épitres. « Le ton de ces Épitres, écrit-il, est tout à fait semblable à celui des lettres aux sept Églises : de pari et d'autre, l'auteur prend la même attitude d'autorité purement personnelle^. «Or nous avons vu que, malgi^é l'opinion étrange du même critique, l'auteur des Épîtres johanniques est à identifier sûrement avec celui du quatrième Évangile.
i: II. — L'auteur de l'Apocalypse et des Epitres johanniques.
Si l'on admet — et il semble bien qu'il faille admettre — l'unité d'auteur des écrits dits johanniques, tout ce que l'Apocnlypse et les Épîtres peuvent offrir d'indications sur le personnage auquel elles doivent le jour, vaut également pour notre Évangile.
Or, pour commencer par l'Apocalypse, nous avons vu que ce livre est attribué par la plus sûre tradition au fils de Zébédée.
« Si nous nous en tenons aux témoignages les plus anciens, déclare M. J. Réville lui-même, aucun des écrits johanniques n'est mieux certifié que l'Apocalypse. Origène et Clément d'Alexandrie, Hippolyte et Tertullien n'hésitent pas à la citer comme une œuvre de l'apôtre Jean ; Théophile d'Antioche s'en sert pour combattre le gnostique Hermogène ; Méliton de Sardes en fait un commentaire ; son contemporain Irénée en attribue expressément la paternité à l'apôtre^. » Seuls, les Aloges antimontanistes paraissent contredire la croyance, qui a cours sur ce point en Asie-Mineure ; mais, remarque le même critique,
1 Von Soden, Urchristl. Lit., p. 223, cf. p. 224. ° J. Réville, Le quatr. Évang., p. 37.