L- AUTEUR DE L APOCALYPSE
■< il est visible que c'est surtout pour des raisons dogmatiques ; » d'autre part, leur « polémique prouve que, dès le milieu du second siècle, les chrétiens conservateurs d'Asie et les Montanistes considéraient l'Apocalypse comme un écrit de Jean m^. Enfin, c'est encore plus haut que nous pouvons constater en Asie-Minem'e cette tradition, car « Justin MartjT, écrivant au milieu du deuxième siècle, converti au christianisme certainement avant l'an 140, dans la région même où l'Apocalypse a vu le jour, la désigne expressément comme une œuvre de l'apôtre ))^.
Une tradition ainsi constatée, dans la propre patrie de l'ouvrage qui nous occupe, et avant la fin de la génération qui le vit paraître, présente à coup sûr des garanties fort sérieuses de vérité. Elle s'impose à l'adhésion du critique, si l'examen interne de l'écrit n'offre rien qui contredise cette attribution traditionnelle et lui apporte au contraire une réelle confirmation. Or tel paraît bien être le cas.
Déjà nous avons rencontré et résolu^ la difficulté tirée de ce que l'auteur de l'Apocalypse semble se distinguer du groupe des apôtres. On essaye pareillement d'objecter que nulle part il ne témoigne d'une connaissance personnelle du Christ historique. « L'ouvrage, dit M. H. Holtzmann, reflète la personne de Jésus sans accuser le moins du monde en un i^elief vivant son individualité*. » « Pour un témoin oculaire de la vie de Jésus, déclare M, Schmiedel, on aurait attendu une image plus vivante de la personnalité du Christ^. » « Ce qui manque absolument dans l'œuvre du Voyant de Patmos, reprend à son tour M. J. Réville, c'est une relation personnelle, vivante, entre les révélations
* J. Réville, Le qualr. Évang., p. 36 et note i. ^ Id., ibid., p. 38.
' Ci-dessus, p. 166.
* H. Holtzmann, Einl., p. 423.
* Schmiedel, art. John, col. 2514.
qu'il reçoit du Christ céleste, et celle qu'il a reçue du Christ terrestre. Celle-ci n'existe pas pour lui^. » D'autre part, l'auteur « se qualifie lui-même de serviteur de Dieu, écrivant à des serviteurs de Dieu; il est leur compagnon, leur frère, ayant part à leurs souffrances, à leur fidélité et à leurs espérances. Pas un mot, pas une allusion, même lointaine, à sa dignité apostolique r.
Ainsi, dit M. J. Réville, «l'Apocalypse, œuvre sig-née, ne se présente pas à nous comme écrit d'un apôtre, mais au contraire comme l'œuvre d'un prophète qui n'a rien de commun avec les apôtres. Donc la tradition ecclésiastique a fait fausse route, en y reconnaissant un écrit de l'apôtre Jean^. »
M. Loisy se borne à dire brièvement : « L'Apocalypse a été composée par un prophète chrétien nommé Jean, qui a vécu en Asie-Mineure et qui paraît bien, lui aussi, n'avoir été ni apôtre ni disciple immédiat de Jésus ^. »
Mais il ne semble pas qu'il y ait grand fond à faire sur les particularités ainsi alléguées par les critiques. Comme nous l'avons remarqué^, en effet, il ne faut pas oubher que nous avons affaire à un ouvrage d'un caractère tout à fait exceptionnel. C'est un ensemble de révélations que l'auteur déclare avoir reçues du Christ glorifié dans le ciel. Il n'avait donc point à nous parler de ses relations avec le Christ sur la terre. D'autre part, puisqu'il se présente comme organe de la révélation divine, on comprend bien qu'il se soit envisagé plus spécialement comme prophète. En tout cela, il y a le plus grand compte à tenir du genre très spécial et extraordinaire du livre en question.
On ne peut donc opposer dès l'abord, comme une
* J. Réville, Le quatr. Évang., p. 46.
* Id., ibid., p. 45.
» Id., ibid., p. 48.
* Loisy, Le quatr. Évang., p. 134.
* Ci-dessus, p. 1 66.