L'AUTEUR DE L'APOCALYPSE
difficulté absolue à l'origine apostolique de l'Apocalypse, ni le caractère général de l'ouvrage, ni aucune de ses données secondaires. Notre examen doit se porter tout entier sur le témoignage direct que peut offrir le livi-e au sujet de son auteur.
Or, le voyant de l'Apocalypse se présente lui-même sous le nom de Jean, et ce Jean, comme nous l'avons observé^, ne peut être que l'illustre Jean d'Éphése, c'est-à-dire l'apôtre, fds de Zébédée.
Supposera-t-on, avec Weizsâcker et M. Wernle-, que cette identification est purement fictive ? Mais il n'est guère possible de prendre l'Apocalypse pour un ouvrage pseudépigraphe. De l'aveu du plus grand nombre des critiques, elle est réellement d'un auteur nommé Jean, soit que l'on voie dans cet auteur Jean l'apôtre, comme les partisans de la thèse traditionnelle, soit qu'on y voie Jean le Presbytre d'Éphèse, distinct du fils de Zébédée, comme MM. Bousset, Harnack, 0. Holtzmann, von Soden^, et, avec quelque réserve, MM. H. Holtzmann, Schmiedel, Loisy*, soit enfin qu'on le prenne simplement pour un prophète de ce nom, inconnu d'ailleurs, comme MM. Jùlicher, Porter et J. Réville ^
^ Ci-dessus, p. 167.
* Weizsiicker, Apostol. Zeit., p. 486 sq. D"après ce critique, l'Apocalypse serait l'œuvre de disciples de saint Jean, qui l'auraient composée peu après la mort de l'apôtre, et à l'aide de traditions prophétiques reçues de lui. Cf. Wernle, Anf. Relig-, p. 258.
' Bousset, Offenb-, p. 41 sq. ; Harnack, Chronol., t. i. p. 675; O. Holtzmann, Joh. ecang-, p. 170 ; von Soden, Urchrisll. Lit., p. 215, 222.
* H. Holtzmann, Einl.. p. 424, 473 ; Schmiedel. art. John, col. 2515 ; Loisy, Le quatr. Évang., p. 134 : « L'Apocalypse a été composée par un prophète chrétien nommé Jean, qui a vécu en Asie-Mineure... Ce Jean pourrait être le disciple dont Papias invoquait l'autorité. * Cf. p. 948, cité ci-dessus: p. 170, note 4.
* Jiilicher, Einl., p. 219 ; Porter, art. Révélation, p. 265 : J. Réville, Le guatr- Êvang-, p. 44 : « L'Apocalypse n'est pas un écrit anonyme ni une œuvre impersonnelle, mais... l'auteur fait connaître son nom à plusieurs reprises et met constamment sa
« Tant qu'il ne sera pas prouvé, dit M. Jiilicher, que toute apocalypse doit être nécessairement pseudépioraphe — et une telle assertion a dès l'abord contre elle le fait duPt/rfeard'Hermas — nous n'avons aucun droit de faire la supposition arbitraire que notre Apocalypse a été écrite sous un faux nom^. » « J'ai essayé, dit à son tour M. Harnack, de me représenter le Jean de l'Apocalypse comme un pseudonyme; mais cela mène à des conséquences inacceptables et n'est à justifier par aucune considération^. »
M. von Soden remarque à bon droit que « la manière dont le nom de Jean apparaît dans i, 4, est trop exempte de prétention, et, dans i, 9 et suiv., son ton trop personnel, pour laisser supposer que l'auteur ait voulu placer son œuvre sous un patronage fictif ^)^.
Renan arguait non moins justement de ce fait que le livre a été publié dans la région même où ce Jean devait être bien connu. « L'Apocalypse canonique, dit-il, si elle est pseudonyme, aurait été attribuée à l'apôtre Jean du vivant de ce dernier, ou très peu de temps après sa mort. N'était les trois premiers chapitres, cela serait strictement possible ; mais est-il concevable que le faussaire ait eu la hardiesse d'adresser son œuvre apocryphe aux sept Églises qui avaient été en rapport avec l'apôtre ?... Le livre est écrit comme si le révélateur était encore vivant ; il ?st destiné à être répandu sur-le-champ dans les Églises d'Asie ; si l'apôtre eût été mort, la supercherie était trop évidente. Qu'eût-on dit à Éphèse,... en
personnalité en jeu. II parle à la première personne du singulier, comme il convient à un homme qui transmet une révélation divine qu'il a seul vue et dont il est personnellement l'unique garant. L'auteur s'appelle Jean. » P. 47 : « Voilà la véritable signature de l'Apocalypse... Elle se donne clairement comme le témoignage de Jean le prophète. » Cf. p. 315-316.
1 Jiilicher, Einl, p. 219.
2 Harnack, Chronol., t. i, p. 678, note 2. » Von Soden, Urchristl LU., p. 222.