L'AUTEUR DE L'APOCALYPSE
recevant un pareil livre comme censé provenir d'un apôtre qu'on savait bien ne plus exister^ ? »
Mais, si l'Apocalypse n'est pas un écrit apocryphe, si, d'autre part, son auteur Jean ne peut être un autre que le personnage de ce nom, célèbre dans les Eglises d'Asie, à savoir Jean d'Éphèse, à identifier avec Jean l'apôtre, il faut donc conclure que le livre est bien, de par son propre témoignage, comme de par le témoignage de la plus sûre tradition, l'œuvre authentique du fils de Zébédée.
Ce qui le confirme pleinement, c'est que tous les caractères de l'ouvrage, composé pourtant en Asie- Mineure, accusent un auteur d'origine juive et palestinienne.
Non seulement notre écrivain parle des Gentils à la façon d'un Juif-, et emprunte ses nombreuses images à l'Ancien Testament 2, mais il connaît les Écritures dans la langue originale, ou une version araméenne^; lui-môme a visiblement pensé en hébreu ce qu'U exprime en un grec barbare, qui n'était pas sa langue maternelle^. Bien que ces particularités
1 Renan, L'Antéchrist, p. xx\T3, xxix.
^ Apoc, XI, 2 ; XX, 3, 8.
* Par exemple, le Messie est « le Lion de la tribu de Juda », « le rejeton de David, » Apoc, v, 3 : cf. m, 7, 14 ; vn. 4 sq., etc.
* Renan, op. cit., p. xxxi : « Il est familier avec la version grecque des livres sacrés ; mais c'est dans le texte hébreu que les passages bibliques se présentent à lui. » P. xxm, note 1, à propos de la traduction du texte de Zacharie. cité ci-dessus, p. 263 : « Cette traduction diffère de celle des Septante et est plutôt conforme à l'hébreu. » H. Holtzmann, Einl., p. 421; Jûlicher, EinL, p. 214: « Il a lu l'Ancien Testament dans la langue hébraïque ou une traduction libre en araméen. »
* Renan, loc. cit. -. « C'est un grec calqué sur l'hébreu, pensé en hébreu, et qui ne pouvait être compris et goûté que par des gens sachant l'hébreu. » Jûlicher, loc- cit. -. « Il comprend l'hébreu, témoin n, 14 sq., la traduction de Bileam en Nicolaos; in, 14, le Amen ; IX, 11 ; XVI, 16. » « Son livre est partout écrit en grec liébraïque, une langue qui ne manque pas de clarté, parfois aussi d'harmonie et de vigueur, mais qui. avec ses barbarismes, ses vio-
puissent, à la rigueur, se comprendre d'un Juif de la Dispersion, étranger à la Palestine, cependant, soit son attachement pour Jérusalem et la Terre Sainte, soit le caractère de sa langue et sa familiarité avec l'Ancien Testament, tendent plutôt à faire de lui un Juif palestinien, réfugié en Asie-Mineure. « L'auteur de l'Apocalypse, écrivait Renan, est le plus versé dans les Écritures, le plus attaché au temple, le plus hébraïsant des écrivains du Nouveau Testament ; un tel personnage n'a pu se former en province ; il doit être originaire de Judée ; il tient par le fond de ses entrailles à l'Église d'IsraëP. »
Tout parait donc bien garantir l'attribution de notre ouvrage à saint Jean. C'était la thèse soutenue par Renan^; elle est aujourd'liui encore défendue par MM. B. Weiss, Zahn, Reynolds ^ ; MM. Drummond, Stanton, Sanday^ se déclarent disposés à l'admettre.
Si maintenant nous passons aux Épîtres, nous trouvons que la deuxième et la troisième se réclament d'un auteur appelé « le Presbytre » ou « l'Ancien ».
Quand on se rappelle que, dans le milieu où naquirent les divers écrits johanniques, vivait un per-
lations de la grammaire et de la syntaxe grecques, ne s'explique que chez un écrivain dont ce n'est pas la langue maternelle, et qui pense en sémite. Certains morceavix ont presque l'air d'être traduits littéralement de l'hébreu, tel le chapitre xn ; et cependant personne ne soutiendra cela de l'Apocalypse dans son ensemble, par exemple de i, 9-11, ou des Lettres du chapitre ii. Or nulle part on ne saisit une différence de style : la chose n'en est que plus remarquable. »
1 Renan, L' Antéchrist, p. xxiv, cf. p. xxxii.
* Id., U'id.
3 B. Weiss. Einl., p. 342 sq. ; Zahn, Einl., t. ii, p. 615 sq. ; Reynolds, art. John, p. 708-709. Cf. Batiffol, Six leçons..., p. 106-
* Drummond, Fourih Gosp., p. 443 ; Stanton. Gospels, p. 171- 172 ; Sanday, Fourth Gosp., p. 249.
sonnage du nom de Jean, qui parait avoir été connu comme « l'Ancien » par excellence, en sa qualité dt dernier représentant de la génération apostolique, on est amené tout naturellement à identifier le Presbytre des deux petites Épitres avec ce Jean d'Éphèse.
C'est d'une façon tendancieuse et par simple préjugé que M. J. Réville s'y refuse. A son dire, « la dénomination de pre?l>ytre est d'usage commun dans la chrétienté primitive, et il n'y a absolument aucune raison de supposer que nous ayons affaire ici au presbytre nommé Jean plutôt qu'à tout autre ^. » Contre une telle interprétation, la généralité des critiques objecte à bon droit qu'im chrétien quelconque ne pouvait, dans le milieu éphésien. se présenter hautement comme « le Presbytre » par excellence, s'il n'était en effet le fameux disciple du Seigneur.
« L'Ancien qui se donne comme l'auteur de ces Épîtres, dit M. von Soden, devait être un homme de haute considération, puisqu'il juge même inutile de donner explicitement son nom-. > « Pourquoi, dit M. Jûlicher, l'inconnu, qui se plaît si bien à un demianonymat dans la première Épitre, se décou\Te-t-il maintenant au lecteur dans la seconde et la troisième ? Et ce faisant, pourquoi, au lieu de révéler expressément son nom, adopte-t-il une désignation aussi générale, et par conséquent aussi peu précise, que celle de presbytre ?... Cela ne peut se comprendre que si le personnage en question était universellement connu dans le monde chrétien comme le Presbytre par excellence, peut-être même mieux connu sous ce titre que par son propre nom^ »
D'après M. Jiilicher, ce titre « ne fait que marquer l'identité du personnage avec celui dont parle l'Évan-
1 J. Réville, Le quatr. Évang., p. 49. * Von Soden, Urchristl. Lit., p. 215 216 » Jûlicher. Einl, p. 200.
274 TÉxMOIGNAGE DES ÉCRITS JOHANNIQUES
gile, XXI, 22 : c'est le disciple qui ne meurt pas, l'Aiicien parmi les anciens ))^. Or, » on sait qu'au début du second siècle un tel Ancien existait sous le nom de Jean. Il faut conclure que c'est là l'auteur de nos Épîtres, ou bien qu'un écrivain inconnu s'est emparé de son nom pour assurer à ses instructions morales une autorité convenable^. » M. Loisy pense lui-même que les Épîtres ont été publiées sous le patronage « du célèbre disciple »^
Cependant, l'hypothèse d'une attribution fictive semble particulièrement invraisemblable en ce qui concerne les petites Épîtres. Ce sont des lettres adressées à des personnages précis. A supposer, ce qui n'est pas du tout établi, qu'il faille voir dans « la Dame Élue », à laquelle est écrite la seconde, la personnification symbolique d'une chrétienté*, il est difficile de voir dans « Gaïus », à qui est destinée la troisième, un personnage typique ou simplement imaginaire^. L'auteur paraît écrire à des individus ou à des Églises dont il est bien connu et qu'il connaît bien lui-même.
Or, peut-on raisonnablement croire qu'un écrivain anonyme ait osé publier des Épîtres au nom de Jean d'Éphèse, dans le milieu même où l'on était censé savoir, et où l'on aurait pourtant totalement ignoré, le nom des indi\àdus ou des communautés que ces lettres visaient ?
Est-il, d'autre part, possible de songer à une attribution apocryphe, pour des écrits aussi courts, aussi peu tendancieux, presque entièrement composés
1 Jûlicher, EinL, p. 339.
=> Id., ibid; p. 200. Cf. H. Iloltzmann, Einl., p. 482; Schmiedel, art. John, col. 2561.
* Loisy, Le quatr. Évang-, p. 135. cité ci-dessus, p. 252.
* Ce qui paraît s'opposer à cette interprétation est la mention des «fils » de la Dame Élue et des «fils» de sa «sœur»: II Jean, 1. 13.
" Au verset 9, Gaïus parait expressément distingué de l'Église. Les salutations, au verset l'i, sont tout à fait personnelles.
de détails personnels et vivants ? Dans l'un et l'autre, l'auteur s'excuse de ne pas écrire davantage : ce qu'il ne veut pas confier à la plume, il espère le dire bientôt de vive voix, et, en attendant le prochain revoir, il charge de saluer les frères, pour lui et pour ses aniis. Enfin, c'est à la conduite de personnages bien caractérisés qu'il fait allusion, dans la troisième Épitre, à propos de Diotréphès, qui tient contre lui de i méchants discours », « ambitionne la première place, » empêche de recevoir les frères^, » et de Démétrius, c à qui tout le monde rend témoignage. » îLes deux petites Épitres sont donc à prendre pour des écrits authentiques de Jean d'Éphèse. Ainsi pensait Renan- ; ainsi pensent encore, avec les critiques conservateurs, MM. Harnack et von Soden^.
^ M. J. Réville, op. cit., p. 50, voit dans ces traits « la preuve formelle » que le Presbytre en question n'est pas l'apôtre Jean. « Si lepresbytre qui écrit ce billet, dit-il. était le vieil apôtre Jean, fort d'un long et glorieux ministère dans la région, une pareille opposition de la part d'un membre régulier de la communauté seraitelle possible et, si elle l'était, ne trouverions-nous pa,« tout au moins dans la lettre elle-même une revendication quelconque des droits supérieurs de l'apôtre ?«> — Mais, précisément, l'auteur menace, au verset 10, de dénoncer publiquement la conduite de Diotréphès: le langage est pareil à celui que tient saint Paul en mainte circonstance, et il dénote une particulière autorité: de même, la façon dont le Presbytre, au verset 12, sépare son témoignage de celui du commun des frères et en souligne la valeur spéciale. Quant à l'opposition elle-même, elle peut se comprendre contre saint Jean, aussi bien que contre saint Paul, de la part d'un intrigant dans une communauté isolée.
^ Renan, L'Église chrétienne, p. 79 : « Nous croyons que Presbyteros en est aussi l'auteur ; mais cette fois il n'a pas voulu faire passer ses opuscules pour des œuvres de Jean. * Note 1 : « Il est plus probable que o -of^ÇOrcoo; représente ici le personnage même que Papias appelait par excellence ô TroîToOrcOo;. »
^ Harnack, Chronol., t. i, p. 675 : « Dans les 11^ et III'= Épitres johanniques. l'auteur se nomme simplement 6 ttosto-jtîooç, juste comme Papias nomme le presbytre Jean. » P. 678, note 2 : « J'ai essayé... de regarder l'attribution des Épitres au presbytre comme fictive : cela ne se laisse motiver en aucune façon ; si l'on
Comme, malgi'é l'opinion de ces derniers critiques, l'on ne peut voir en Jean d'Éphèse un presbytre distinct de l'apôtre de ce nom, il faut, en fin de compte, admettre qu'elles sont réellement l'œuvre de l'apôtre saint Jean. C'est la thèse soutenue par MM. B. Weiss, Zahn, Salmond^, aussi bien que par la généralité dos critiques catholiques^.
De son côté, l'auteur de la première Épître s'adresse à ses lecteurs avec un ton de paternelle autorité. D'une façon habituelle, il les appelle ses « enfants », ses « petits enfants »; et ses recommandations, à la fois pleines de force et de tendresse, sont bien celles d'un chef d'Église, prémunissant ses fidèles contre l'erreur et désireux de les voir fermes dans la vraie foi. Or c'est exactement l'attitude de l'Ancien dans les deux petites Épitres. Cette circonstance, jointe à l'identité manifeste du style, oblige à voir dans l'auteur anonyme de cet écrit le même Jean d'Éphèse.
Comme le remarque justement M. von Soden, « il est difficile d'admettre que deux personnages distincts aient pu, dans l'école johannique, occuper une position d'autorité aussi exactement semblable que celle que supposent les trois Épîtres, dont les auteurs ne jugent pas même nécessaire de préciser leur nom^. »
A ce compte, la première Épitre est donc à prendre, comme les deux dernières, pour l'œuvre de l'apôtre saint Jean.
Contre cette attribution, M. J. Piéville objecte que l'auteur ne parle en aucune façon de relations person-
avait dessein de tromper, pourquoi n'avoir pas mis le nom du fils de Zébédée î s Von Soden, Urchristl. Lit., p. 188, 216, 223.
1 B. Weiss, Einl., p. 449 sq. ; Zahn, £'i>i/., t. ii,p. 582 ; Salmond, art. John (Epistles oj\ dans le Dict. of tfie B., t. ii. p. 740.
* Cf. Mangenol, art. Jean, col. 1200, 1202.
* Von Soden, Urchristl. Lit., p. 195.
nelles, entretenues avec le Sauveur. <■<. II n'y a pas, dit-il. dans la première Epitre johannique, un seul mot qui dénote qu'elle ait été écrite par Jean. Elle atteste depuis le commencement jusqu'à la fm qu'elle n'est pas l'œuvre d'un apôtre. Ici encore la tradition ecclésiastique a fait fausse route ^. »
Mais nous pouvons également nous demander si ici encore M. J. Ré^*ille ne se lEÙsse pas entraîner par une préoccupation systématique. Il est impossible d'indiquer aucun passage de l'Épître où l'on trouve réellement attesté qu'elle n'est pas ^œu^Te d'un apôtre. D'autre part, on peut fort bien comprendre que l'auteur n'ait pas eu, dans cette lettre, à raconter ses rapports historiques avec Jésus, étant donné que son but était tout différent et que ses lecteurs étaient suffisamment instruits sur ce sujet par son Évangile.
Au surplus, notre écrivain n'est pas sans marquer, en termes assez clairs, sa qualité de témoin oculaire du Sauveur. Nous lisons, en effet, au début de l'écrit : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont palpé, touchant le Verbe de vie — car la vie s'est majiifestée, nous l'avons vue, et nous en rendons témoignage, vous annonçant la vie étemelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons à vous-mêmes, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous ; or, notre communion à nous est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit parfaite^. »
Pour éluder la force de ce témoignage, on a prétendu que les expériences sensibles, auxquelles il est fait allusion, seraient à interpréter dans un sens métaphorique et idéal, ou bien que l'auteur, s'identifiant avec
1 J. Réville, Le quatr. Évang., p. 57. ' I Jean, i, 1-4.
QUATCIÊME ÉVASGIIE. 16.
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la communauté chrétiemie par l'emploi de la première personne du pluriel, aurait fait corps, pour ainsi dire, avec les témoins directs de Jésus, qui étaient à l'origine de cette communauté, et parlé fictivement en leur nom. « L'Église, déclare M. von Soden, pouvait dire de son Seisfneur : « Ce que nous avons entendu, ce a que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons ;( contemplé et touché de nos mains, » bien que pas un individu ne vécût alors sur terre à qui ces paroles pussent littéralement s'appliquer^. »
M. Harnack est pareillement d'avis que les expressions « peuvent s'entendre autrement que dans leur sens matériel »-.
M. J. Réville explique un peu différemment comment « nous n'avons pas affaire ici à un témoignage concret, mais à l'affirmation d'une thèse abstraite ». « L'auteur, dit-il, entend bien affirmer que les disciples de Jésus l'ont vu, l'ont entendu, l'ont touché ; dès les premiers mots il pose la réalité incontestable de la matérialité de la vie humaine du Christ, mais il n'y met aucun accent personnel ; il se garde bien de dire : « J'ai vu, » ni de raconter le moindre souvenir de ses expériences personnelles à ce sujet ^. »
Ces interprétations paraissent tout à fait insoutenables. Les termes très concrets employés par l'auteur, pour marquer les diverses constatations que l'on peut attendre d'un témoin, la façon insistante dont il accumule les expressions, en choisissant les plus caractéristiques, et en en soulignant, pour ainsi dire, avec force la portée, obligent à penser, comme l'a très bien remarqué M. J. Réville, que l'auteur a voulu insister sur la réalité matérielle de la manifestation terrestre du Verbe incarné, et par conséquent a bien entendu parler de l'expérience sensible qu'en ont faite ses
1 Von Soden, Urckristl. Lit., p. 191.
* Harnack, Chronol., t. i, p. 676.
^ J. Réville, Le quatr. Évang.. p. 55, 56.
témoins historiques. « En jetant au travers de sa phrase, dit M. Sanday, cette proposition : « ce que nos mains « ont palpé, » l'auteur semble avoir voulu exclure toute ambiguïté ; il est difficile d'interpréter une expression aussi forte autrement que d'un touch-^r physique^. »
D'autre part, il est très certain que l'auteur se range lui-même parmi ceux qui ont été ainsi les témoins et les auditeurs immédiats de Jésus. 11 se déclare, en effet, par rapport à ses lectem-s, qu'il appelle ses enfants, le transmetteur des leçons reçues directement du Christ : « Nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père... Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons-. »
Il faut donc, semble-t-il, conclure, avec la généralité même des critiques, que l'auteur de la première Épître a voulu se présenter aux lecteurs avec une certaine autorité apostolique. Dès lors, on est amené comme nécessairement à penser qu'il a l'intention de se faire passer pour un témoin oculaire et de s'identifier avec quelque apôtre particulier.
La présence des pluriels ne doit pas faire illusion^. Il est manifeste qu'au verset 4, le pluriel est employé pour le singulier : ce n'est pas au nom d'une collectivité, et encore moins au nom de la communauté pri-
1 Sanday, Fourth Gosp., p. 76. Cf. B. Weiss, Einl., p. 440.
- I Jean, i, 2, 3 ; cf. i, 5 ; iv, 14.
^ Malgré ce que pense M. Jùlicher, Einl., p. 193 : « Pour ce qui est de l'Épître, dit ce critique, il faut d'abord poser en fait que l'auteur ne se nomme pas, donc qu'il ne peiit être question de pseudonymie, et cependant qu'il se présente comme une autorité apostolique (i, 1-3, 5), tout en évitant le titre d'apôtre... Rien, en dehors du témoignage personnel de l'auteur, ne ferait conclure à la composition de l'écrit par un apôtre ; et, comme ce témoignage est restreint à l'introduction de la Lettre, on peut, eu égard surtout aux nombreux pluriels de i, 1-5..., se contenter d'admettre qt'il a voulu placer son écrit sous le patronage de témoins oculaires et auriculaires, plutôt qu'il n'a voulu proprement se faire passer pour un apôtre déterminé. >>
mitive, que l'auteur peut dire : « Nous vous écrivons ces choses afin que votre joie soit parfaite. » La proposition correspond exactement à celles que nous trouvons dans la suite : « Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point ^. » « Je vous ai écrit cela..., afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle^. »
Dans la troisième Épître, on rencontre le même mélange de pluriel et de singulier. Après s'être exprimé d'abord à la première personne du singulier, l'auteur écrit tout à coup : Diotréphès « ne nous reçoit pas », « il tient contre nous de mauvais propos. » Et, ce qui montre bien que le nous s'applique personnellement à l'auteur, c'est que celui-ci se distingue expressément du reste de la communauté : non seulement Diotréphès « ne nous reçoit pas », mais « il ne reçoit pas non plus les frères »^. Plus loin, après avoir déclaré : « Tout le monde... rend témoignage à Démétrius, » il ajoute pareillement : « Nous aussi, nous lui rendons témoignage, et tu sais que notre témoignage est vrai*, » sauf à reprendre ensuite le langage au singulier. Ce dernier emploi du pluriel, à propos du témoignage rendu à Démétrius, n'a évidemment pas sa raison d'être dans une identification idéale de l'écrivain avec les témoins oculaires du Christ. Il ne peut convenir à l'auteur qu'à raison de son autorité personnelle et exceptionnelle.
De même en est-il dans le cas de la première Épitre. Tout parait bien garantir que l'auteur se vise personnellement et directement sous ces pluriels extraordinaires.
Sans doute, l'on pourrait penser qu'il a l'intention de ne point se séparer des autres témoins du Sauveur,
^ I Jean, n, 1.
" I Jean, V, 13.
^ III Jean, 9-10.
* III Jean, 12.
et de présenter son témoignage comme faisant corps avec le grand témoignage du collège apostolique; peut-être pourrait-on également croire que, dans les pluriels de la troisième Épître, il envisage son autorité personnelle, que méconnaît Diotréphès, comme unie à celle de l'Église apostolique qu'il représente, et son témoignage en faveur de Démétrius comme le témoignage particulièrement compétent de l'un des témoins authentiques de la vie et de la doctrine du Christ : cela n'empêche pas que l'examen sans préjugé et la comparaison impartiale des divers passages en question garantissent que l'auteur se vise personnellement sous ces formules de pluriel et se désigne par conséquent lui-même comme témoin oculaire du Sauveur.
C'était la pensée de Renan. « L'auteur de cette Épître, dit-il, comme l'auteur de l'Évangile, se donne pour témoin oculaire de l'histoire évangélique. Il se présente comme un homme connu, jouissant dans l'Église d'une haute considération^. » Weizsâcker estime pareillement que « les recommandations de la première Épître représentent d'une manière vivante la pleine autorité de Jean l'apôtre »^. M. Loisy luimême suppose que la première Épître, comme d'ailleurs les deux autres, a été mise « sous le même patronage ))3 que l'Évangile, c'est-à-dire sous le patronage du célèbre disciple d'Éphèse, censé identifié avec le fils de Zébédée.
Cependant la fiction littéraire, qu'ici encore l'on suppose dans l'attribution de la première Épître à saint Jean, ne paraît pas se soutenir davantage que pour les autres Épîtres ou l'Apocalypse. Dès lors qu'on est obligé d'attribuer la même origine à ces divers ouvrages, toutes les invraisemblances si graves, qui empêchent de supposer la fiction, en ce qui regarde
* Renan, Vie de Jésus, p. 539.
* Weizsâcker, Apostol. Zeit., p. 540.
[ ^ Loisy, cité ci-dessus, p. 252.
les écrits jusqu'ici examinés, et en particulier le quatrième Évangile, s'opposent pareillement à cette supposition, pour ce qui concerne notre présente Épître.
D'autre part, à considérer simplement cette Epître elle-même, il paraît inconcevable qu'un écrivain, voulant se couvrir de l'autorité de Jean l'apôtre, l'ait fait parler d'une façon si mystérieuse, et que ce ton si pénétrant, de tendresse paternelle et de douce autorité, soit après tout l'œuvre d'un faussaire.
Nous ne pouvons donc que suivre des critiques tels que MM. B. Weiss, Zalm, Salmond, Drummond, Sanday^, en regardant la première Épître johannique, aussi bien que les deux autres et que l'Apocalypse, comme l'œuvre authentique de l'apôtre saint Jean,
Tel est le résultat précieux, auquel aboutit notre enquête. D'une part, les Épîtres johanniques et l'Apocalypse apparaissent publiées, en Asie-Mineure, vers la fin du second siècle, sous le même patronage que le quatrième Évangile-, à savoir sous le patronage du fameux Jean d'Éphèse, à identifier avec Jean l'apôtre. Cette simple communauté d'attribution semble être, à elle seule, une garantie de vérité, tant il est invraisemblable qu'il faille voir, en tous ces écrits à la fois, autant de fictions littéraires.
D'autre part, les écrits, autres que l'Évangile, offrent des garanties toutes spéciales d'authenticité. Les petites Épîtres en particulier ne peuvent raisonnablement être prises pour des compositions apocryphes.
Comme il paraît non moins incontestable que les
1 B. Weiss, Einl, p. 440 sq. ; Zahn, Fini., t. ii, p. 575 ; Salmond, art. John (Epistles of), p. 736 ; Drummond, Fourth Gosp., p. 177 ; Sandav. Fourth Goxn. p. 76 Cf. Man^enot. art. Jean. col. 1193.
* Bousset, Offenb., p. 49 : « L esi la même personnalité qui est derrière tou.=. ces écrits. »
trois Épitres sont du même auteur que l'Evangile, il faut en conclure légitimement que l'auteur du quatrième Évangile est bien authentiquement le Presbytre Jean d'Êphèse, c'est-à-dire l'apôtre, fils de Zébédée.