RÉACTIONS DES MAMMIFÈRES AUX CHANGEMENTS DU MILIEU
Buffon fut le premier à observer les réactions directes des Mammifères au milieu environnant et considéra comme évident que les changements du milieu, surtout leschangements de climat, étaient la cause directe des variations biologiques. Pas plus que Lamarck, il ne s’avisa de rechercher si ces variations étaient ou non héréditaires. Nous avons noté que les Poissons accomplissent cependant une évolution remarquable de forme et de couleur dans un milieu physicochimique relativement constant, alors que les Reptiles restent stationnaires dans tous les changements du milieu de l’époque tertiaire.
On admet généralement aujourd'hui que ces réactions ne constituent pour la plupart que des variations des cellules et de la chromatine somatiques; elles provoquent l'apparition de ce qu'on peut appeler des espèces « de l’environnement » (environmental species), par opposition aux espèces « de la chromatine » (chromatin
species) (16), qui ont leur origine dans la production ou l'altération de caractères héréditaires. Il existe de nombreuses variétés et même sans doute de nombreuses espèces géographiques de la première catégorie. Ces variétés des caractères des cellules somatiques sont tout à fait différentes des variétés que présente la chromatine héréditaire. Les unes et les autres existent dans la nature.
Les changements géologiques séculaires du milieu ont précédé un grand nombre de variations profondes dans l’évolution des Mammifères, qui sont en action et réaction réciproques aussi étroites avec le milieu physique et vivant que les Reptiles, les Amphibiens et les Poissons; mais une très grande part de cette évolution a été et est encore complètement indépendante des changements du milieu. Le milieu constitue ainsi l’un des quatre complexes de causes évolutives et non la cause prééminente, comme l'admettait Buffon dans ses brillantes spéculations.
L'action réciproque des Mammifères et du milieu vivant (Bactéries, Protozoaires, Insectes, beaucoup d’autres Invertébrés, autres Vertébrés, provisions alimentaires du monde végétal en constante évolution), est extrêmement étroite. Par suite, les vicissitudes du milieu physique, qui sont elles-mêmes les causes de nombreuses vicissitudes du milieu vivant, nous présentent, dans leurs relations avec le monde animal, l'exemple le plus complexe d'interactions que nous connaissions. En d’autres termes,les Mammifères sonten action réciproque avec toutes les formes survivantes du monde biologique issues d’une évolution antérieure. Comme l'a suggéré Lyell, sansen fournir la démonstration qui est relativement récente, l’une des causes principales de l'extinction de groupes de Mammifères, les plus parfaitement adaptés, est leur non-immunité à l'égard de maladies infectieuses répandues par les Bactéries et les Protozoaires (17). Ainsi un changement du milieu ou du climat peut ne pas affecter directement un Mammifère, mais avoir sur lui une action profonde indirecte par son action sur le milieu vivant environnant.
Ces interactions étroites des Mammifères avecleurenvironnement physicochimique et vivant ont été constamment troublées par les
(16) On pourrait dire : espèces ontogénétiques et espèces phylogénétiques. (Note du traducteur.)
(17) Sur l'histoire et la discussion de cette question, voir OsBoRN (H.-F.), The
Causes of extinction of Mammalia, dans Amer. Naturalist, vol. XL, nov. et déc. 1906, p. 769-795 et p. 829-859,
migrations dans les douze habitats (ou davantage). Pendantl'époque tertiaire, qui est celle où l’évolution des Mammifères a été la plus considérable, les changements géologiques ont été moins importants que pendant les époques mésozoïques et paléozoïques (18). L'évo-
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