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L'AFRIQUE, GRAND THÉATRE D'EXPANSION DES MAMMIFÈRES

Le rôle de l'Afrique dans les premiers stades de l'évolution des Mammifères est une découverte relativement récente. Nous ne savons pas encore d’une façon positive si le grand centre biologique de l'Afrique du nord n'était pas en relation étroite avec celui de l'Asie méridionale dans l'Éocène et au début de l'Oligocène, ainsi que les plus récentes découvertes paraissent l'indiquer. À tous les stades de l'histoire géologique, l'Afrique a été et est restée un grand théâtre de l’évolution de la vie terrestre. Dans l’état actuel de nos connaissances, l'Afrique du nord a développé une faune extrèmement variée, comprenant trois principaux éléments : 1° des types étroitement apparentés aux ancêtres des Singes et des Anthropoïdes supérieurs et par suite à l'Homme ; 2° une série de formes qui ont atteint des dimensions gigantesques, qui n’ont jamais émigré du continent africain et qui s’y sont éteintes ; 3° une série de types tels que les Zeuglodons, ancêtres des Baleines, des Siréniens (Laman-

tins et Dugongs), qui ont quitté leurs foyers africains et se sont largement répandus dans l'hémisphère boréal et dans les régions équatoriales.

Parmi les tribus géantes qui sont issues de ce très ancien continent, les Proboscidiens nous offrent un exemple de la plus extrême divergence qui se soit produite dans l'évolution d'un type terrestre EE EN PRE sm apparenté à-celui des Siréniens | k | dont les Veaux marins et les Lamantins actuels sont des exemples d'évolution aquatique, fluviale et littorale.

Dans la transformation du type Palæomastodon (fig. 122) en type Elephas, il y a d'importants changements de proportions, en même temps que perte de plusieurs caractères, tels que la disparition des défenses inférieures, le développement et l'incurvation des défenses supérieures, l'allongement

Fc. 122. — Changements dans les proportions chez les Proboscidiens. de la trompe, le raccourcissement

Ces animaux proviennent du Pa- du crâne, l'allongement désirer læomastodon (en bas), qui fréquen-

tait les anciennes rives du Nil à l'épo- bres, le raccourcissement relatif

li D t qui roduit, par une ) N A ere A ne re les des vertèbres cervicales et dor-

types actuels d'Éléphants indiens et africains et l’ancien type de l'Elephas | (en haut). Reconstitutions du Muséum Les membres deviennent aptes à américain d'histoire naturelle sous le pporter des poids lourds. Les Charles R. KNIGHT. membres postérieurs atteignent des

proportions qui convergent avec celles du Titanothère Brontotherium (fig. 118). La perte finale de caractères, telle qu’elle apparaît dans la réduction extrêmement graduelle des défenses inférieures, est un exemple des méthodes qu'utilise à loisir la nature ; l’évolution a demandé deux millions d'années dans la lignée de l'Éléphant ; chez le Mastodonte, les défenses inférieures existaient encore à l’époque relativement récente de l'extinction, qui s'est produite après la dernière glaciation de l'Amérique du nord. Un autre exemple de perte d'éléments par ralentis-

sement des caractères est la réduction du nombre des paires de

sales, la réduction de la queue.

molaires, qui sont passées d'abord de sept à six et qui ont été finalement réduites à une dans l'Éléphant adulte moderne. L'addition de caractères apparaît surtout dans l’évolution de la couronne des molaires et dans le développement du système musculaire de la trompe. Il est trèsimportant de noter que ces évolutions, comme celle des Chevaux (plus haut, p. 240-241), suivent indépendamment un cours similaire dans toutes les parties du monde. L'unité d'évolution des Proboscidiens dans les diverses régions de la terre n’a pas été maintenue par des croisements, mais par l'unité de l'hérédité ancestrale et par l'identité des er .

actions réciproques entre les ani- | maux et leur milieu. Des descendants très éloignés d’ancêtressemblables peuvent évoluer d’une façon tout à fait similaire, quoique non identique. Les ressemblances sont dues à l'acquisition indépendante de caractères nouveaux similaires et à la perte de caractères anciens. Les différen.

ces sont dues surtout à la vitesse

F1G. 123. — Les champs de glace de la quatrième glaciation.

inégale des caracteres, qui dans Extension méridionale des glaces sur

3 : . à le nord-est des États-Unis pendant la certaines lignées apparaissent ou quatrième période glaciaire. Modèle par

D di -cntplusrapidementque, HOWALE d'aprés les fravaux de CHawr BERLAIN.

dans d’autres.

Le fait général que les Éléphants, peu prolifiques, aient évolué beaucoup plus rapidement que les Rongeurs prolifiques, tels que les Rats et les Souris (Muridés), est une des nombreuses preuves que l'évolution n’est pas activée par la sélection naturelle et l'élimination. Par exemple, dans le genre Mus des Rongeurs, la progéniture annuelle est extrêmement nombreuse et l’accouplement très fréquent, tandis que, chez les Éléphants, iln'y a qu'une seule portée et l’accouplement est relativement rare ; cependant les molaires des Proboscidiens ont évolué beaucoup plus rapidement et présentent des structures beaucoup plus compliquées et plus développées que les molaires du plus fécond des Rongeurs. Il n’en serait pas ainsi si l'évolution était due à l’action de la sélection sur des variations fortuites.

Les Elé phants sont,comme les Chevaux, un exemple de l’admirable perfection mécanique que peut atteindre un organe unique, la dent, dans une forme relativement peu prolifique et en un temps relative-

É DE La

F1G. 124, — Troupeaux de Rennes (Rangifer tarandus) et de Mammouths poilus «(Elephas primigenius).

Aspect de l’âge du Renne et du Mammouth à l’époque la plus froide de la quatrième slaciation de l’Europe. Peinture murale du Muséum d'histoire naturelle par Charles R. KN1IGnT, sous la direction de l’auteur.

ment court, L'adaptation des molaires des Proboscidiens au milieu est extrêmement précise; elle présente toutes les transitions entre les structures partiellement appropriées à brouter l'herbe ou le feuillage et les structures des Mastodontes exclusivement appropriées

F1G. 125. — Environnement pleistocène glaciaire des Rhinocéros poilus.

Rhinoceros tichorhinus, du nord de l’Europe, contemporain du Mammouth poilu. Reconstitution du Muséum américain d'histoire naturelle, peinture de Charles R. KNIGHT, sous la direction de l’auteur.

à brouter. La plasticité corporelle, la faculté d'adaptation des Proboscidiens aux habitats extrêmes n’ont d’égales que celles de l'Homme dans son adaptation aux climats les plus différents par l'effet de son intelligence. Le Mammouth poilu (fig. 124) représente

un des extrêmes de l'adaptation des Proboscidiens, leur adaptation au climat arctique, qui est comparable à celle de l'Esquimau parmi les races humaines; les Éléphants africains et indiens sans poils peuvent être rapprochés des races humaines chauves vivant à l'équateur. |

Le champ d'observation, qui donne le plus d'espérances pour les recherches et les découvertes paléontologiques, est incontestablement l'Asie.

Les chaînons de la série des Mammifères, surtout des Primates (Lémuriens, Simiens, Anthropoïdes), qui conduisent aux ancétres de l'Homme, seront probablement trouvés dans ce continent encore très imparfaitement ex-

ploré; car, d’après denom-

L s , Fra. 126. — Pygmées des montagnes comparés à GES ponoisnases, ere des hommes de la plaine dans l’ouest central gions inexplorées du nord de la Nouvell& Guinée. de l'Asie ont été un grand Extrait de l'ouvrage de Rawling, Land of the

: New Guinea Pigmies, avec l'autorisation de Seecentre de peuplement an1- ley, Service et Cie. La question se pose de savoir st Le nanisme est du à la sélection naturelle, à des conditions de milieu défavorables prolonadaptatif, de la région gées, ou aux sécrétions internes anormales de

’ ' certaines glandes, telles que la $lande thyroïde. occidentale vers l'Eu- On observera que le nanisme est disproporrope et de la région nord- honné, les têtes étant relativement fortes. A ; comparer avec les moutons et chiens nains des

est vers l'Amérique du figures 111 et 112.

mal et de rayonnement

nord. Les anciens Verté-

brés fossiles de ce vaste territoire sont encore complètement inconnus, C’est là que les premiers ancêtres éocènes ou peut-êlre oligocènes de l'Homme seront probablement mis à jour, dans les sédiments de la première moitié du Tertiaire ; leurs descendants de la seconde moitié du Tertiaire, de l'Oligocène à la fin du Pliocène, y seront

sans doute aussi découverts, probablement au sud de l'Himalaya.

Nous réservons la question des ancêtres préhumains et de leur évolution pour les dernières séries des Hale Lectures. Dans les recherches des causes et surtout des facteurs physicochimiques internes de l’évolution, l'Homme est parmi les Mammifères l'un des plus précieux auxiliaires; car, chimiquement, physiquement et expérimentalement, il est à l'heure actuelle le mieux connu de tous les organismes.

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