PRÉFACE XXIX
tions successives. Lamarck (12), le fondateur d’une théorie plus large et plus moderne, conclut aussi que les variations du corps et du système nerveux produites par l'habitude et le milieu environnant s'accumulent dans le germe et sont transmises aux générations successives. Les idées fondamentales du lamarckisme ont été précisées et développées par Herbert Spencer, par Darwin lui-même, par Cope et beaucoup d’autres; mais elles n’ont pas reçu la confirmation décisive de l'observation et de l'expérimentation et ont beaucoup moins d’adhérents aujourd’hui qu’il y a quarante ans.
On s’est aperçu depuis que la pensée originale de Darwin était orientée vers l’idée opposée, celle de variations soudaines accomplies dans le germe héréditaire (13), qui déterminent directement des variations dans la forme et les fonctions somatiques, et qui se conservent et s'accumulent, si elles sont favorables, par l’action de la sélection naturelle. Ce darwinisme pur a été précisé et développé par Wallace, Weismann et plus récemment par de Vries, dont la théorie des mutations est, en un nouveau sens, purement darwinienne. La grande contribution de Weismann à la biologie générale a été de faire apercevoir la distinction tranchée qui existe indubitablement entre les prédispositions du germe héréditaire et leur expression dans l'organisme. D’après Weismann, c'est dans le « plasma germinatif » (désigné dans cet ouvrage par le terme «chromatine héréditaire (14) ») queseproduit la véritable évolution de toutes les prédispositions de formes et de fonctions ; le problème des causes de l’évolution est devenu ainsi infiniment difficile, depuis que Weismann nous a obligés à reconnaître que la question essentielle est celle des causes de l’évolution germinale, plutôt que celle des variations somatiques ou de l’évolution du milieu environnant.
Le principe darwinien de la sélection naturelle, en tant qu'explication de l'origine de toutes les adaptations morphologiques et fonctionnelles, a également perdu de son prestige, malgré la puissante défense du darwinisme pur que Weismann et de Vries ont présentée sous un aspect nouveau, en faisant revivre la loi de Mendel
(12) Pour un exposé plus complet de la théorie de Lamarck, voir plus bas, p. 130-131.
(13) OsBoRN (H.-F.), Darwin's Theory of Evolution by the Selection of minor saltations, dans The Amer. Naturalist, février 1912, p, 76-82,
(14) Voir plus bas note (16). (Note du traducteur.)