XXX PRÉFACE
et les théories de l’hérédité groupées sous le nom de mendélisme (15). Le grand principe darwinien universellement adopté aujourd'hui est celui de la survivance du plus apte (Herbert Spencer), qui est une application limitée de la théorie de Darwin. Peu de biologistes se posent aujourd’hui la question de savoir si le plus apte tend à survivre ou à être éliminé et si l'aspect actuel du monde vivant tout entier est dû à l’action de ce grand couteau de la sélection, qui constamment épargne les plus aptes et les mieux adaptés à l'environnement et tranche dans leur racine ceux qui le sont moins. Il est cependant certain — l'observation et l'expérimentation le prouvent — que les prédispositions du germe à des caractères distincts, ayant une valeur de survivance ou d'élimination, tendent à être conservées ou à être détruites par la sélection naturelle.
Cope a montré que la survivance du plus apte et l’origine de l'aptitude à survivre sont deux phénomènes très différents. Notre insuccès dans la découverte de l'origine de cette aptitude paraît devoir surtout être attribué à la marche qui a été suivie, en remontant des formes les plus spécialisées à leurs causes, de la forme à l'énergie, de la matière à l'énergie, au lieu d'aller de l'énergie à la matière et à la forme. C’est placer la voiture devant les chevaux.
Toute spéculation sur les origines de la vie, si infructueuse qu’elle puisse d'abord paraître, a l'avantage de nous amener à renverser le point de vue du naturaliste, en nous obligeant à partir de l'énergie pour atteindre la forme ; car à l'origine la forme n'est rien et l'énergie est tout. L'énergie paraît être le principe de la vie ; les premiers efforts de la vie, les adaptations les plus primitives ont pour objet de la capter, de l'emmagasiner et de la transformer.
La matière, à l'état de repos relatif qu’elle présente dans la forme des plantes et desanimaux, a certainementune existence, mais dans les types supérieurs elle masque les opérations de l'énergie beaucoup plus que dans les types inférieurs. De même l'adaptation que nous observons chez les Bactéries et les Monades est l'aptitude à grouper et à organiser diverses sortes d'énergie: l'énergie des molécules, celle des atomes, celle des électrons, qui appartiennent aux élé-
(15) Le mendélisme vise principalement la distinction qu'on doit faire et les lois qui existent dans la distribution de caractères séparés ou connexes, afférents au germe héréditaire et à l'organisme au cours de son développement.