PRÉFACE DU TRADUCTEUR IX
mulée dans les tissus sous forme d'énergie chimique potentielle et s'alimente au dehors par la nutrition et la respiration. Cette énergie chimique se dissipe en chaleur, qui maintient l'organisme à une certaine température, et se transforme directement dans les muscles, par une opération encore mal connue, en énergie mécanique, source des efforts et des mouvements.
Les tissus des corps organisés sont des substances colloïdales, dont l'étude, depuis quelques années (1), a fait des progrès considérables, de véritables bonds ; ils sont constitués par des molécules, que rien ne distingue des molécules des corps de la chimie organique. Ces molécules sont beaucoup plus grosses que celles des minéraux : elles contiennent des milliers d’atomes et s’assemblent en des édifices extrêmement complexes : les micelles, qui peuvent être aperçues à l'ultramicroscope et dont les dimensions ont pu, dans certains cas, être mesurées (2). Suivant l’image de J. Duclaux (3), la constitution de la cellule est comparable à une superposition de plusieurs architectures d’échelles différentes : l'architecture microscopique de l'assemblage des micelles en parties de la cellule (noyau, nucléoles, chromosomes, etc...), qu'étudie l’histologie ; l'architecture ultramicroscopique de l'assemblage des molécules en micelles, avec laquelle on pénètre dans la chimie des colloïdes; l'architecture de l'assemblage des atomes en molécules et celle de l'atome lui-même, centre électrisé positivement autour duquel gravitent les électrons négatifs, qui sont du domaine de la physicochimie proprement dite. Mais cette comparaison n'est pas tout à fait exacte, car la notion d'architecture est celle d'un assemblage statique, alors que les éléments de tous ces édifices, situés à
des distances considérables par rapport à leur grosseur (4), sont en
(1) Voir J. Düucraux, Les colloïdes, Gauthier-Villars, 1920.
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(2) 10—5 à 10—° cm. de diamètre (x à 100 u), alors que le diamètre de la sphère de protection ou de choc des atomes (distance des centres de deux atomes voisins dans un corps solide) est de l’ordre de 10—* cm. (10° u).
(3) I. DUCLAUX, La chimie de la matière vivante, Alcan, 1910, p. 234-236.
(4) Le diamètre du noyau d'un atome est, d'après les données les plus récentes, environ 100000 fois plus petit que, dans un corps solide, la distance de deux noyaux voisins (diamètre de la sphère de protection ou de choc) ; de sorte que la distance de ces noyaux (électrisés positivement) est plus grande par rapport à leur diamètre
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mouvement perpétuel : agitation micellaire (mouvement brownien) et moléculaire, vibration des atomes, mouvement orbital des électrons ; et leur liaison ne constitue pas un équilibre statique, mais un régime dynamique, comme celui des planètes dans leur mouvement autour du soleil. En outre, les relations de tous ces éléments entre eux ne forment pas des chaînes relativement simples, comme celles de la chimie minérale et de la chimie organique. Elles se compliquent de phénomènes très complexes de corrélation, par lesquels les modifications chimiques, qui se produisent en un point, retentissent dans des régions éloignées de l'organisme.
Cette notion de corrélation est essentielle. C’est elle qui distingue surtout les tissus de l'être vivant de ceux des cadavres. Si elle n’est pas complètement élucidée, elle n’a rien de mystérieux; elle se ramène à des phénomènes très délicats d'équilibre chimique, qu'on retrouve dans la chimie des corps organiques et minéraux, et à des relations humorales, établies par des ferments, les diastases ou enzymes, que sécrètent certaines glandes de l'organisme et qui agissent par le même mécanisme que les catalyseurs en chimie minérale. Osborn montre toute l'importance de cette notion de corrélation humorale (complémentde lacorrélationneuro-chimique), qui a été introduite en physiologie par Claude Bernard, développée par Brown-Sequard et récemment par E. Gley et qui est devenue classique. Il la présente sous la dénomination d'interaction, qui n'est peut-être pas très heureuse et peut prêter à confusion; il la rap-: proche du phénomène chimique de la catalyse et, dans une généralisation qui nous paraît un peu verbale, il la relie à l’action et à la réaction de la mécanique newtonienne, dont la signification n'est pas exactement la même que celle de l'action et de la réaction biologiques.
C'est dans ces fondements énergétiques et physicochimiques qu'Osborn cherche l'explication des grands problèmes de la biologie générale : l'hérédité, la variation, l'origine de la vie. |
Les différences de formes et de fonctions que présentent les
que celles des planètes dans le système solaire, ou tout au plus du même ordre de srandeur (= s %