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PRÉFACE DU TRADUCTEUR XI

espèces, les individus et les tissus d'un même organisme ne sont que l'expression de la diversité de leur structure chimique. Et par diversité de structure il importe d'entendre non seulement la diversité des masses, des charges électriques, des nombres d'éléments et des figures qu'ils forment, mais la diversité des mouvements dont ces éléments sont animés : orbites des électrons, vibrations des atomes, parcours des molécules et des micelles, mouvements dont l'enchaînement dans le temps peut produire des rythmes beaucoup plus complexes que le jour et la nuit, la succession des saisons, les marées, et engendrer ainsi, dans la matière vivante, de nouvelles sources d’'innombrable diversité.

Cette diversité est limitée par la persistance de la forme spécifique, qui n'est que la persistance d’un type de liaisons statiques et dynamiques établi avant la naissance dans les cellules reproductrices. Ces cellules prolifèrent, produisant des cellules de même type ; elles se diversifient en tissus, qui se développent, s'accroissent par l'assimilation. Mais l’invariance du type fondamental persiste. C’est à cette invariance que se réduit la puissance directrice de l'hérédité, qui n’est pas un pouvoir mystérieux et téléologique, mais l'effet d’une cohésion résistant aux actions extérieures (1). Le mécanisme et les conditions de cette persistance constituent le problème de l’hérédité, qui est loin d'être résolu, mais qui peut s'exprimer dans les termes précis et positifs de la physicochimie.

Ici0sborn ne nous paraît pas avoir tiré de cette méthode physicochimique, qu’il a prise pour directive, tout le parti qu’elle peut offrir. Élevé dans les théories de Weismann, qui ont eu plus d'influence en Amérique qu’en France, il en rejette sans doute avec une louable indépendance certains dogmes, comme celui de la séparation radicale du corps et des cellules reproductrices ; mais il en retient la conception obscure et plus métaphysique que positive des caractères latents et de la préformation des caractères dans le germe. Il est regrettable à cet égard que, si bien informé de la

(1) Idée suggérée par BicHAT (1771-1802), qui, le premier, a cherché l'explication des phénomènes vitaux dans les propriétés des tissus.

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science française du xix® siècle, il n’ait pas mis à profit et cité les travaux généraux de nos biologistes contemporains (1), qui se sont attachés pour la plupart à montrer ce que cette conception a de purement verbal (2) et qui ont développé leur philosophie de la vie dans une direction beaucoup plus scientifique : celle de l’épigenèse (3) ou, selon l'expression de Delage (4), des causes actuelles. Cette conception n’est pas une théorie ; elle n'est que l'expression même de l'esprit scientifique, qui ne s’est jamais avisé d'imaginer la préformation, dans les corps, des transformations dont ils deviennent l'objet, mais qui considère ces transformatiôns comme le résultat de causes actuelles, de l’action réciproque entre les facteurs propres aux corps et les facteurs extérieurs. De même les transformations de l'organisme ne sont que les actions réciproques de facteurs internes et externes, intervenant pendant le développement même. Les « caractères » ne sont pas plus préformés et représentés dans le germe que les gerbes d’un feu d'artifice ne sont représentées dans la poudre qui s’est enflammée, ou, selon la comparaïison de Delage (5), que l'aptitude de l’eau à couler et à se précipiter en cascades, la propriété de faire tourner une roue et celle de former un tourbillon de figure déterminée ne sont préformées dans le nuage dont l’eau est issue. La biologie ne s'est dégagée que lentement du vieil animisme, dont le vitalisme n’est qu'une survivance métaphysique.

L'hérédité perd ainsi son mystère. Ce qui est en effet inconcevable, ce n’est pas que la structure et le mouvement moléculaires d’un organisme persistent à travers ses changements, mais que les

myriades de caractères que présente cet organisme à l'état adulte

(1) Voir les ouvrages de BouN, DASTRE, LE DANTEC, DELAGE, J. DUCLAUX, GIARD, Ed. PÉRIER, RABAUD, etc. cités dans les notes et en tête de chacun des chapitres de cet ouvrage ; et G. ManissK, Le mouvement scientifique CORSTIRONCES en France, I, Les sciences naturelles, Payot, 1921,

(2) Voir le remarquable exposé de DELAGE dans L'hérédité et les grands problèmes de la biologie $énérale, Schleicher, 1895, 2e éd., 1905, p. 773-870, et sa puissante analyse et critique du mendélisme, en collaboration avec M. GOLDSMITH, dans Le mendélisme ef le mécanisme cytologique de l'hérédité, extrait de l'Année biolo- £ique, 1919, librairie L'homme, 1919.

(3) Conception déjà exposée par C. Fr. Wozrr, dès 1759, danssa Theoria generationts.

(4) L'Hérédité, etc., p. 778.

(5) Zbid., p. 805.

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