‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 2 sur 38 · XXII- i)i:sr.Hii'ri()N un lorléanais · texte numérisé non relu

XXII- i)i:sr.Hii'ri()N un lorléanais

constellations. Do ce point (Mevé , la vue s'étentl à plus de dix lieues ; on découvre à gauche li's llèches et les clochers de Chambord, et la forêt de Boulogne ; à droite sont les bois de Russi ; sur la droite la Loire va se perdre dans un horizon où apparaissent çà et là des villes et des châteaux. La tour du Foix domine des bâtiments en briques, qui rappellent les édifices de la Flandre et des Pays-Bas au quinzième siècle. Derrière ces constructions est la petite chapelle de Louis XII , sur l'emplacement de l'église de Saint-Calais. Ce prince naquit dans les appartements qui se trouvaient à l'est du château; il fit plus tard remplacer cet édifice par la façade actuelle. Bâtie en pierre jusqu'à une certaine hauteur, elle se termine par des murs de brique , dont le fond rougeâtre fait mieux ressortir encore la richesse des sculptures des balcons , des croisées , des lucarnes et même des cheminées. Là se retrouvent une variété infinie de petits sujets, dont quelques-uns blessent la décence. Les curieux remarquent à l'intérieur, sous l'encorbellement d'une tourelle qui s'appuie au grand escalier, un groupe dont la pudique Anne de Bretagne dut détourner les regards, mais qu'elle ne fit point enlever. La porte principale du château est au milieu de cette façade , entre deux colonnes dont les fiits sont chargés d'hermines et de fleurs-de-lis. Audessus de cette porte existait la statue équestre de Louis XII , entourée de fleurs-de-lis d'or ; une inscription latine consacrait le souvenir de la naissance du roi et de son avènement au pouvoir dans le château de Blois. La dernière fenêtre, à gauche de cette façade, est celle de la chambre à coucher. A l'intérieur,, une suite d'arcades soutenues par des colonnes sculptées va de l'un à l'autre des deux pavillons. Chacun d'eux renferme un escalier; mais celui qui conduit à la salle des Etats est le plus remarquable. Les auteurs rapportent que ce bâtiment était couvert en plomb doré, et surmonté d'une crête à jour découpée en festons. La richesse des tentures et des ameublements répondait à la magnificence de l'architecture. La salle des Etats se trouve en retour d'équerre du côté nord. L'esca-

ET DH LA Gr:Nl^:RALlTi': I) ORLEANS. xxiii

lier, qui semble se détacher de la façade même, passe à juste titre pour un chei-d'œuvre , mais il a subi de grandes mutilations. » Re- •• présentons-nous , dit un historien * , cet escalier revêtu de tout le " luxe de sa décoration primitive; rendons-lui par la pensée ses bal- " cons avec leurs balustres ; replaçons les salamandres et les F cou- •• ronnés dans les écussons des rampes; rétablissons les sculptures " des niches et "des entablements , les chiffres gigantesques de Fran- " çois I" et de Claude de France, les hermines et les lleurs-de-lis •• sans nombre , et les arabesques qui étreignaient les contreforts , " comme les rameaux entrelacés du lierre. Que l'on se figure ensuite •■ le roi François I" entouré de sa cour brillante; les femmes aux " chaperons de velours étincelants de pierreries , aux étroits corsages •• et aux robes traînantes ; les hommes à la toque ceinte d'une longue " ])lume , au justaucorps noir à crevés couleur de feu , au manteau •• court et à la large dague ; ou bien encore le roi Henri III descen- " dant de ses appartements à la nuit , suivi de ses pages et de ses " mignons , entouré de ses quarante-cinq , et allant aux flambeaux " entendre la messe de Noël... » La façade extérieure est fort dégradée. Entre les fenêtres sont pratiquées des niches qui devaient contenir des statues ; les quatre tourelles à pans étaient ornées d'arabesques ; sur les culs-de-lampe qui les soutiennent , on voyait des bas-reliefs. Le bâtiment est divisé en trois étages sur une partie de sa longueur, et seulement en deux dans l'autre moitié. Une galerie soutenue par de légers pilastres règne au-dessus de l'entablement. Toute cette partie est masquée par des constructions récentes. Henri III tenait sa cour dans cette aile du château. La salle des gardes , la chambre à coucher du roi , les cabinets sont dans le plus triste état; les lambris en bois de l'oratoire de la reine, ouvrage d'un goût exquis, ceux de la chambre de Catherine, sont recouverts d'un triste badigeon. La porte de la salle des gardes s'ouvrait sur le grand escalier; on en avait fait la salle du conseil. A droite de cette

' M. du La Saussavf.

\Mv DHSCKII'TION DE LOULÉANAIS

pièce étail le cabinet de Henri 111; l'oratoire séparait la chambre à coucher d'une pièce carrée, appelée l'ancien cabinet. Guise, invité à se rendre près du monarque, s'arrêta dans la salle du conseil , et traversa la chambre à coucher pour passer ensuite dans le cabinet royal. Les assassins étaient cachés dans le couloir et derrière les tapisseries. Au moment où le duc se retournait, comme pour fuir son misérable sort , il reçut un premier coup de dague , et eut la force de traîner ses assassins jusque près du lit , oîi il tomba lourdement. Son corps fut porté dans l'oratoire et remis à la garde d'un chapelain. Les eml)rasures des croisées offrent encore des restes de sculptures et de peintures à fresque. Le plafond est formé de caissons de bois , dont quelques compartiments présentent des lambeaux de cuir doré.

Mansard érigea la façade située à l'ouest du château sur l'emplacement de l'antique manoir des comtes de Blois. La terrasse nommée le Porche aux Bretons servait de promenade aux soldats de la reine Anne. Les jardins, qui occupaient la partie basse de la place et l'endroit où s'élève l'église des Jésuites , communiquaient avec le palais par une galerie dite des Cerfs. Gaston d'Orléans, préférant à l'architecture si riche et si somptueuse de la Renaissance les monuments sévères du règne de Louis XIV, résolut de renverser de fond en comble le château. Sur la façade extérieure est un avantcorps en saillie , et à ses deux extrémités s'élèvent deux pavillons : le premier étage est d'ordre dorique , et le second d'ordre corinthien ; cette partie du bâtiment repose sur les anciennes fortifications , qui sont d'une grande solidité. La façade intérieure présente trois étages, y compris le rez-de-chaussée; les ailes en retour sont inachevées. Les appartements eux-mêmes n'ont jamais été terminés. L'escalier, placé dans l'avant-corps du centre , se terminait par une coupole richement sculptée.

La place qui se trouve au pied du château était entourée d'hôtels occupi's [laj- les gens de la cour; on montre celui (hi cardinal d'Am-

ET DK LA GÉNÉRALITÉ D'OU LÉ AN S. xxv

boise. Deux rampes servent de communication avec la ville. Du côté de la place, on sort de lavant-cour en passant sur un pont-levis.

Pendant les règnes de François I" et de Louis XII , les appartements étaient meublés avec luxe , tendus de drap d'or et de magnifiques tapisseries ; on y vojait des tableaux de Raphaël , du Titien , du Pérugin , de Léonard de Vinci ; des statues , des vases richement ciselés , des sphères , des instruments d'astrologie et une bibliothèque de seize mille quatre cent trente-cinq volumes.

Ce magnifique édifice fut converti en caserne dès l'année 1789, et occupé sucessivement par les régiments Royal-comtois , de Roussillon, deRouergue. En 1810, la ville fit acquisition du château, à la charge de veiller et de pourvoir à sa conservation. Depuis 1833 , il est occupé par des troupes d'infanterie.

Le Palais-de- Justice , situé à l'extrémité de la place Saint-Louis , fut fondé vers le treizième siècle. Les seigneurs de la maison d'Orléans le firent continuer; Henri III l'acheva. La tour de Beauvoir, qui sert de prison, faisait partie du castel des sires d'Herbault. L'Hôtel-de-Ville, dont la belle façade est moderne, appartenait aux sires de Sa verse. Le monument le plus remarquable, après le château , est l'hôtel d'Alluye , bâti par Florimond Robertet , intendant des finances sous François 1". Les appartements ont conservé des traces de leur première beauté. Tout près est la maison de Denis Dupont , jurisconsulte , où se trouve un escalier orné de sculptures et de devises allégoriques. L'hôtel de Guise ressemble aux manoirs du quatorzième siècle; mais rien ne justifie cette dénomination, puisque le Balafré habitait le château. Du haut des terrasses de l'évêché , on jouit du plus admirable panorama. L'hôtel de la préfecture fut construit sur les dessins de Gabriel, architecte de Louis XIV. Mansard bâtit l'ancienne église des Jésuites. L'aqueduc, qui fournit les eaux à une partie de la ville , est taillé dans le roc ; plusieurs personnes peuvent y marcher de front. La promenade des allées forme à l'extrémité nord-ouest de la ville une avenue d'une demi-lieue de

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loup-, cjui aboutit à la l'oivt . Le mail borde le quai de la Loire; la salle de spectacle, les abattoirs, la poissonnerie offrent quelque intérêt; riiùjiital est pourvu d'un jardin botanique.

Le pont , (|ui est un des plus beaux de France, fut commencé en 1717 et terminé en 1724. Sa longueur est de 302 mètres , sa largeur (le 11 mètres, et sa hauteur de 13 mètres 6 décimètres au-dessus du nu eau des eaux moyennes; il fut coupé en 1793 par ordre des représentants du peu|)le. La cathédrale de Saint-Louis, fondée vers le septième siècle, est d'une pauvreté peu en rapport avec la richesse de la ville de Blois. Dans l'église de Saint-Laumer , on voyait les tombeaux d'Isabelle de France , fille de Charles VI et comtesse de Blois, et de Guillaume Pot, gouverneur d'Orléans et de Blois. L'église de Saint-Saturnin reçut le cœur de Gaston d'Orléans , celui de mademoiselle de Montpensier, et les restes de la veuve du grand Sobieski, morte à Blois. Anne de Bretagne fit reconstruire presque en entier cet édifice, qui est d'un style majestueux. Marie de Médicis l'enrichit de ses dons.

Les anciennes armoiries de la ville étaient une Heur-de-lis d'or sur un champ de sable, soutenu du loup et du porc-épic.

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CHARTHl

Chartres est située sur le penchant d'une colline dont l'Eure baigne le pied ; les rues de la basse ville sont tellement escai-pées , que les voitures n'y peuvent circuler. Les quartiers neufs attestent les progrès de la civilisation et le goût des demeures bien distribuées. Beaucoup de maisons sont en pans de bois. Une partie des vieilles murailles a été convertie en jardins et en promenades , d'où l'on jouit d'un horizon fort étendu.

Le principal monument de Chartres , celui qui commande tout d'abord l'attention, est la cathédrale, lune des plus magnifiques créations de l'art au moyen âge. Faute de documents authentiques, on n'est pas d'accord sur l'époque de sa fondation Mais on connaît les sinistres que subit le temple élevé dans les premiers âges. Un vieux poète indique qu'il y eut un incendie vers l'année 770, pendant l'épiscopat de Flavius; mais on sait, d'une manière plus authentique, qu'Hasting prit Chartres en 858 et brûla les égli.ses.

WMii DESCRIPTION DE L'ORLÉANAIS

Deux autres incendies se succédèrent en 962 et 1020. La piété des fidèles éclata par un grand nombre de dons , et bientôt on s'occupa de la reconstruction de l'édifice. Les principaux bienfaiteurs de l'église furent alors Eudes de Chartres, Henri I", roi de France, Reau Cormier, son médecin, et Adelard, doyen du chapitre. Deux ans après, les cryptes du monument étaient déjà terminées. L'évêque Fulbert, qui poussait les travaux avec un grand zèle, laissa, en mourant , une somme considérable pour qu'on achevât son œuvre déjà fort avancée. La dédicace eut lieu sous Thierry, successeur de Fulbert, en 1037. Le jubé fut construit sous l'épiscopat de saint Yves, de 1090 à 1115. Un incendie , qui ravagea la ville , causa de grands dégâts dans l'intérieur de la cathédrale, vers 1194. Ce fait , contesté par plusieurs historiens , semble maintenant établi*. La princesse Mahaut , veuve de Guillaume-le-Bâtard , duc de Normandie , avait fait couvrir en plomb le chœur, la croisée et une partie de la nef. Les clochers devaient être faits sur le même dessin , mais on n'avait achevé que celui de droite, appelé le vieux clocher, lorsqu'on fut obligé de le reconstruire en partie vers l'année 1395 et de l'entourer de cercles de fer; depuis lors, il a bravé les vents et les saisons. L'autre clocher, construit en pien^e et sur la plate-forme d'une tour carrée , se terminait par une flèche en charpente , recouverte en plomb. Il fut frappé par la foudre le 26 juillet 1506. La violence des flammes fondit le plomb, six cloches, et calcina une partie de la plateforme, construite en pierres. Pour sauver l'église, on se hâta de couper les charpentes et de démolir la partie des toits voisine du clocher. Les chanoines , qui reçurent des princes et du roi Louis XII d'abondantes aumônes, rétablirent le clocher en pierres. Jean Texier, surnommé de Beaûce , en fut l'architecte. Grâce à ses efforts, cette pyramide s'acheva en moins de sept années. Ainsi, les diverses réparations et restaurations à la cathédrale se prolongèrent pendant près de deux siècles ; on la dédia à la Vierge.

■ Par los dissertations de MM. Benoit, Chasles et Rossard.

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