MONSTRELET
lis LOHLr':ANAlS
d'Eu; mais sa deiiiaïule iio fut pas agrcéo, il retourna en Angleterre. Peu (le temps après son arri^•ée(1399), le peuple se souleva, enferma Riehard , mari disabelle de France , dans la Tour de Londres , et reconnut le duc de Derby roi sous le nom de Henri IV. Le bruit de cette révolution et du malheur de sa fille causa de nouveaux troubles dans l'esprit , déjà si faible , de Charles VL Le duc d'Orléans se flattait d'avoir prévu l'issue de ce mariage déraisoimable , et il se faisait un mérite d'avoir voulu l'empêcher. Le duc de Bourgogne lui conseilla de faire trêve à tous regrets et de profiter du mécontentement des gens de la Guienne , qui , fort attachés au roi Richard , refuseraient sans doute de se soumettre à l'usurpateur de ses droits. Mais on dut se contenter d'observer la marche des événements sans entrer en guerre ouverte avec l'Angleterre. Le nouveau roi , occupé du soin d'affermir son autorité , donna des marques de sa reconnaissance du bon accueil qu'il avait reçu à Paris ; et , après d'assez longues négociations , la jeune reine fut ramenée à Calais et rendue aux ambassadeurs de son père. La courtoisie des Anglais et leurs respects affectés ne purent faire oublier au duc d'Orléans et aux plus nobles seigneurs les traitements qu'avait subis à Londres la fille de leur roi. Ils voulaient qu'on leur rendît la dot et les joyaux de la princesse , chose à laquelle les Anglais se refusèrent obstinément. Le duc de Bourgogne prétendait que , la France n'étant point en mesure de guerroyer, mieux valait subir cette perte que de faire encore couler des flots de sang. Il était plus influent dans le conseil , et son opinion prévalut ; mais Louis ne voulut pas signer les quittances de restitution de la dot qui furent complaisamment données aux Anglais.
Ces discordes avaient alhimé de plus en plus la haine entre les deux princes. La mort du duc de Bretagne fit naître entre eux de nouvelles querelles. Louis d'Orléans demanda qu'on lui remît le jeune héritier de cette couronne. Les seigneurs bretons . encouragés par le duc de Bourgogne , lui répondirent qu'ils étaient en état de bien garder et
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dirigor leur i)i'ince , et Limis , honteux de s;i déinaiehr, icviut [)n's de Clissoii , qui 1 y avait poussé. Il paraît eependant (pie le vieux connétable ne put se résoudre à trahir les Mtlontés dernières de Montfort ni à dt'pouiller son héritier au profit de la comtesse de Blois, sa propre fille, qui osa l'en solliciter. — Mon père, dit-elle à Clisson , voici le jour venu où il faut me rendre cette couronne en-
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levée H mon mari. — Perverse! s'écria le digne chevalier, si tu vis longuement, tu détruiras l'honneur et les biens de tes enfants.
L'issue désagréable de cette affaire n'empêcha pas le duc d'Orléans de se mettre en aAant dans une foule de circonstances où son oncle de Bourgogne était d'avis (pi'il fallait s'abstenir. Ainsi , Yen-
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«T'slas, roi (le Holit'iiic, a\"aiit <''l('' (lc]jos(' , le duc |*r()iuit de lui veiiii' en aide contre ses sujets; et il se trouva taire, en agissant ainsi, un outrage aux électeurs de la Diète, (jue les ducs de I^ourgogne et (h; Berry comblaient alors de marques de confiance et d'égards.
Les haines éclatèrent l)ientôt ouvertement. Le duc de Bourgogne ayant partage ses États entre ses enfants , Jean , comte de Nevers , eut la Bourgogne et la Flandre ; Philippe , le plus jeune des trois frères , reçut le comté de Rhétel , et devait , au cas où le duc de Beri'\' mourrait sans héritier , avoir le comté d'Etampes avec les seigneuries de Gien et de Dourdan. Pendant qu'il réglait ainsi ses affaires de famille , le duc d'Orléans assembla une troupe de tiuinze cents hommes d'armes pour remplir la promesse qu'il avait faite à Venceslas ; mais ce dernier se résigna aux décrets de la Diète , et l'expédition n'eut pas lieu. Louis fit alors un traité avec le duc de Gueldre , ennemi personnel de Philippe de Bourgogne , et le jH-ia d'être parrain d'une fille dont Valentine de Milan venait d'accoucher. Puis il revint avec son nouvel ami , qu'accompagnait un corps de troupes assez nombreux. L'hôtel du duc d'Orléans , situé à la porte Saint-Antoine , devint une espèce de forteresse où il convoqua tous ses vassaux du comté de Dreux , d'Orléans , de Blois ^ , et jusqu'à des compagnies écossaises qui abandonnèrent leurs garnisons de Guienne pour se mettre à sa solde. Le duc de Bourgogne s'installa à l'hôtel d'Artois avec sept cents gentilshommes , qui formèrent le noyau d'une petite armée grossie chaque jour de chevaliers et de gens de guerre. Les deux partis n'aspiraient qu'au trouble et au pillage , et les bourgeois se voyaient à la merci d'une soldatesque prête à tous les excès. Vainement la reine et les autres princes s'efforçaient d'apaiser les deux adversaires. Rien ne put les déterminer à. la retraite; ils promirent seulement de s'observer et d'éviter tout sujet de collision. Enfin , après un mois de cruelles perplexités , Paris les vit se doimer des témoignages publics de réconciliation. Us
' .\1. lu: B\K\N-n:, /Jistonr i/rx r/iics dr. Jloiiii/niinc , éd. in l'J, vol. \, p. 1(19.
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montèrent à cheval et parcourarent ensemble li's rues île l;i ville ; mais leurs cœurs n'étaient pas sincères. L'antipathie qui existait entre les deux duchesses contribuait à réchauffer une querelle (|uc' les divergences d'opinion sur la (|U('sti(in de l'Eglise ranimaient à chaque instant. Le duc d'Orléans prenait un grand intérêt à cette affaire , (jui divisait le clergé , l'université et la cour. Il reprochait au Bourguignon de prêter la main à la continuation du siège d'Avignon , et l'accusait de sacrilège. Un jour il déclara en présence du roi qu il irait lui-même délivrer le Pontife. Dans une autre occasion il maltraita de paroles un l'ecteur de l'universitc' ipii p(''i-orait dans un sens contraire à son opinion.
Pendant un voyage que le duc de Bourgogne tit à Arras , Louis d'Orléans , à l'instigation de flatteurs qui exaltaient son ambition , sollicita du roi , alors en son ])on sens , le gouvernement absolu du royaume a\ec le droit de le suppléer pendant ses terribles accès. Il ne tarda pas à jouir du })ou\oir, car les crises de cette triste maladie se rapprochaient de plus en plus. Son premier acte fut d'augmenter les impôts ; et , comme le peuple était aux abois, la taxe atteignit le clergé , qui refusa de payer. Le duc ne se laissa point intimider par les menaces des évêques. Il fit paraître de nombreux édits pour la levée d'une taxe générale et souffrit qu'on insérât dans les actes ([ue l'impôt était approuvé par les ducs de Bourgogne et de Berry. (-'eux-ci se hâtèrent de le démentir. Le second écrivit même au prévôt des marchands qu'on lui a^■ait offert deux cent mille écus ])our obtenir son consentement. Le peuple se prit à voir un protecteur dans le duc de Bourgogne et à maudire de mille manières Louis d'Orléans. La voix publique l'accusait de ne rien faire pour la guérison du roi , et de se prêter au contraire à des arrangements (}ui entretenaient la maladie et prolongeaient la durée des accès. La reine ne voulant plus rester près de son époux, dont elle redoutait le délire , on amenait dans la chambre royale des femmes lie basse naissaiice (jiii flattaient les fantaisies du pau\re malade
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;m (iraiid (l:ui<;t'r de sa vie. Le duc d'Orléans le dominait dans ses instants lucides , et saisissait toutes les occasions de lui faire approuver ses actes et ses plans. A la nouxclh.' de ^arri^•ée du duc de Bourgogne, il se hâta de faire aunoncer (juc Charles, sur ses instances, ordonnait \mo diminution des taxes.
(1402.) Mais, dans une séance du grand conseil , à laquelle ne furent point admis les deux rivaux, on discuta plus librement l'importante question de savoir à qui seraient définitivement confiées les rênes du gouvernement. On y tint compte au duc d'Orléans de son affabilité et de ses autres qualités , mais on signala son inconstance. Sa jeunesse avait besoin d'être souvent dirigée : en sorte qu'il n'était pas possible d'hésiter entre lui et un homme grave et plein d'expérience , comme le duc de Bourgogne. Le roi donna la direction des affaires à celui-ci , qui ne souffrit plus que son neveu s'en mêlât.
Le duc d'Orléans se retira à son château de Coucy. Pendant le séjour qu'il y fit , il lui prit fantaisie d'envoyer au roi d'Angleterre un cartel. Déjà , sous ses auspices, avait eu lieu près de Bordeaux un combat à outrance entre sept gentilshommes français et sept gentilshommes anglais. Un des jeunes seigneurs particulièrement attachés à Louis , le sire de Barbazan , ayant entendu dire que des guerriers de Guienne demandaient une joute , choisit pour ses seconds les sires Tanneguy Duchâtel et cinq autres compagnons renommés par leur force et leur adresse. Le duc d'Orléans fit tout pour donner de l'éclat à cette lutte; il alla même prier à Saint-Denis pour le succès des champions français. Les Anglais s'étaient préparés à bien faire en buvant et mangeant de leur mieux , et ils commencèrent l'action par un trait déloyal : deux d'entre eux assaillirent à la fois le sire Duchâtel , qui dut son salut à l'intervention fortuite d'un chevalier dont l'adversaire , Scales , chef des Anglais , venait de succomber. La victoire resta aux Français ^
■ M. DE Barante, Hisloirc clrs rhics de Bnurtjognr. — Juvénal.
ancii:n et modkrm:. i.-i.i
Le défi du duc était motivé par les i^nieis de la cour de France contre le nouveau roi d'Aiif^leterre , qui avait renversé le trône d'Isabelle.
Henri reçut mal les hérauts et ne leur lit aucun présent. Après un assez lon^ retard, il répondit entre autres choses ; " Qu il dési- " rait combattre seul à seul avec le duc , parce qu'il n'était pas utile •■ de prodio^uer le sang humain , et qu'il avait cependant à cœur de ■ rabattre l'outrecuidance de celui qui ne savait pas se connaître •• lui-même •• 11 lui recommandait en finissant : •• de mieux garder " ses promesses et sa signature (ju'il n'avait tait jusqu'à cette heure. •• Le duc d'Orléans répliqua et s'attira une seconde épître, ])lus vive et plus mortifiante que la première Cependant la joute n'eut pas lieu, malgré l'irritation des deux princes et les insultes qu'ils se prodiguaient. On blâma la conduite du jeune duc , parce que les termes mêmes de ces défis ne pouvaient qu'exciter les haines nationales et amener de nouvelles guerres. Le roi d'Angleterre fit demander aux ambassadeurs de Fi'ance si ces choses obtenaient l'aveu de leur maître. Ils répondirent que le roi Charles désirait qu'on obse^^■ât la trêve.
(1403.) Depuis cinq ans le pape Benoît était gardé dans son palais d'A^•ignon par des hommes dévoués au duc de Bourgogne et qui avaient ordre de le tenir au secret. Il parvint à gagner un capitaine normand chargé de sa surveillance et s'échappa. Le duc d'Orléans, qui entendait faire triompher la cause du Pontife , fit en sorte que les universités d'Orléans , de Toulouse , d'Angers et de Montpellier défendissent son opinion ; mais l'université de Paris maintint ses premières doctrines , et déclara qne la France ne pouvait reconnaître le pape d'Avignon en concurrence avec celui de Rome. Le duc d'Orléans , usant d'adresse , surprit à l'intelligence affaiblie du roi une ordonnance de retour à l'obéissance , qu'il se hâta de publier, malgré les véhéments reproches du duc de Bourgogne. Une telle manœuvre i<Midit aux anciennes querelles toute leur ardeur. La reine Isabeau
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amena de grands cliangements dans le conseil royal ; désormais les résolutions ne pouvaient plus être prises qu'à la pluralité des voix. On multiplia les lois d'avenir et les ordonnances qui toutes attestaient l'intime accord de la reine et de son beau-frère.
Au moment où les implacables luttes de la France et de l'Angleterre étaient sur le point de recommencer , le duc d'Orléans fermait les yeux du vieux connétable de Sancerre , l'ami et le compagnon d',armes de Duguesclin. Il mourut avec piété en suppliant le prince d'obtenir que son corps fvit inhumé dans l'église de Saint-Denis, à laquelle il léguait les trois mille écus d'or qu'on lui redevait sur les gages de son office. Le duc promit , mais se dispensa de faire payer la somme au trésor de la chapelle.
Anglais et Français saisissaient tous les prétextes , toutes les occasions de se combattre. La révolte d'Ecosse permit aux chevaliers français de se mesurer avec les troupes d'Henri IV, tandis que les marins des deux pays se livraient à de continuelles déprédations sur les côtes des deux royaumes. De part et d'autre les ambassadeurs repoussaient au nom de leurs maîtres tout soupçon de complicité , mais personne n'ignorait les encouragements donnés par le duc d'Orléans aux actes dont se plaignaient les Anglais. Bien que la trêve ne fût pas expirée , la guerre était commencée de fait. Clisson et les seigneurs de Bretagne se montraient les plus acharnés. Le duc de Bourgogne reçut ordre de se préparer à faire le siège de Calais , et le duc d'Orléans fut chargé de l'expédition de Guyenne.
Toutes ces mesures épuisèrent le trésor. On ordonnança une taille énorme, qui fut levée avec rigueur, bien que les princes, redoutant la colère du peuple , se fussent absentés de Paris. Les fortes sommes que l'on recueillit furent enfermées dans une tour du Palais , et on décida qu'elles n'en seraient retirées que d'un commun accord et pour la défense du royaume. Mais le duc d'Orléans , accompagné de gens déterminés , vint une nuit briser la porte et enleva le trésor.
La mort impréMie de Philippe-le-Hardi , duc de Bourgogne , dé-
li\ra le duc d Orléans d'un adversaire politique et le mit en jirésence d'un ennemi personnel dont le raractère était sinistre connue le xisage. Jean de Nevers, qui ceignait la couronne de Bourgogne, avant été fait prisonnier à la bataille de Nicopolis et conduit devant Bajazet , le sultan le considéra quekjue temps avec attention et lui fit grâce , parce que , disait-il , cet hortime serait vn jour funeste aux chrétiens.
Les attaques des Anglais redoublaient : pour leur tenir tête il fallait des troupes et de l'argent, mais le duc d'Orléans avait tout dilapidé. On assembla le conseil. Le duc de Bourgogne prit la parole; et , après avoir dit quelle était la misère du peuple , il ajouta : " Le
• conseil peut décider ce qu'il lui plaira ; mais , s'il s'accorde avec
• mon cher cousin d'Orléans pour mettre cette taille, je proteste tout •• haut que j'empêcherai bien que mes sujets en soient grevés ; elle " n'aura cours dans aucune de mes terres. Je suis prêt à mener •• mes chevaliers à la guerre , pounu qu'on nous explique ce qui a •• empêché la dernière taille d'être suffisante. - Le duc de Bretagne s'exprima de la même manière , au grand déplaisir de Louis , à qui les gens du conseil étaient dévoués. L'impôt n'en fut pas moins voté , et les plus violentes malédictions retombèrent de toutes parts sur le duc d'Orléans. On fut même obligé de faire défense aux gens du peuple de porter ni épée ni coutelas , tant on redoutait un attentat contre sa personne ' .
La popularité du duc de Bourgogne allait , au contraire , toujours en augmentant. Il ordonnait à ses vassaux de ne point payer la taille, et répétait dans ses lettres ce qu'il avait dit au conseil. Le duc d'Orléans , fort irrité , n'épargna pas à son adversaire les mauvais procédés. Ainsi , le duc de Gueldre , ennemi juré de Jean , dut à son intervention la main de mademoiselle d'Harcourt , cousine du roi. Loin de changer de conduite, il menait plus que jamais une vie désordonnée. Le ciel sembla lui envover plusieurs avis. Un jour qu'il accom-
' Le ReliijieuT de Siiint-Denis.
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})auniiit lsal)('au dans la l'orêl do Saint-Germain , lui orage éclata. Il monta , pour s'al)rit('r , dans la litière do la reine. Les chevaux , effrayés , s'emportèrent vers la rivière sans que rien pût les retenir. Par un bonheur inespéré , l'un des gardes coupa les traits au moment où la litière allait être précipitée dans l'eau. La foudre tomba à l'hôtol Saint- Paul. Les prédicateurs se servirent de ces accidents pour adresser au duc d'Orléans des réprimandes ; et , comme il était aussi prompt à faire pénitence qu'ardent au péché , il témoigna un grand repentir et commença par annoncer qu'il payerait ses dettes. Près de huit cents créanciers accoururent ; mais on les congédia en se raillant d'eux. Pour acquérir de nouveaux biens, il était peu scrupuleux La terre de Coucy passa dans son domaine à la suite d'un procès où sa délicatesse fut soupçonnée. On parla des faiblesses de la dame dt^ Bar, héritière des sires de Coucy, pour le prince et de l'indigne abus qu'en avait fait celui-ci. Pendant les accès de la maladie du roi, il se conférait à lui-même des charges , telles que le gouvernement de Normandie ; mais il éprou\a mille difficultés pour s'y installer .
Dans les instants lucides du roi, on s'efforçait de mettre sous ses yeux la vérité. Les désordres de la reine Tsabeau lui furent révélés et en quelque sorte clairement démontrés. Un chevalier, son complice, fut jeté à l'eau enfermé dans un sac. Le duc d'Orléans, objet de jaloux soupçons , reçut l'ordre de venir au conseil , où étaient appelés tous les princes du sang. Mais, instruit que son cousin de Bourgogne se disposait à s'y rendre accompagné d'une petite armée , il prit l'alarme, se concerta avec la reine et l'emmena au château de Pouilly près Melun , laissant à Boucicault le soin d'enlever le Dauphin. Le maréchal obéit et fut arrêté par le duc de Bourgogne , qui le rejoignit et lui arracha l'enfant royal. Louis et la reine se retirèrent à Melun.
Jean -sans-Peur traversa Paris avec le jeune prince au milieu des acclamations do joie dos Parisiens. 11 se logea au Louvre et fit pu-
ANCIKN i: 1 -MODKRNE.
lilici' un luaiiitcstf nii il ('nuniérait tous les griefs du pays coiitro le frère du roi. Il se présentait lui-même comme un sujet fulMe et
comme le protecteur du peuple. Le duc d'Orléans écrivit au Parlement pour qualifier d'attentat contre la majesté royale l'action du duc de Bourgogne. Les magistrats et les habitants tremblèrent que les deux partis n'en vinssent aux mains , et les deux rivaux agirent de façon à entretenir de légitimes alarmes. L'un appelait à lui , au nom du roi , les gens de guerre , tandis que déjà le duc Jean recevait des renforts Cette soldatesque ravageait les pays qu'elle traversait. Dans Paris même les principaux hôtels étaient mis en état de défense ; le guet , fort de cinq cents hommes , suffisait à peine pour intimider les pillards. On barricada les rues , on les ferma avec plus de cinq cents grosses chaînes , et chacun se nnmit d'armes pour sa propre sûreté.
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C'était raiiarchie dans toute son horreur. Le duc de Bourbon se rendit à Melun afin d'essayer de faire entendre des paroles de conciliation et pour prier Louis de cesser les armements. Toutes les instances le trouvèrent inflexible. Aux princes qui vinrent le visiter, il répondit avec sa grâce et son éloquence accoutumée par ces mots : " Celui qui a bon droit le défend bien * . »
Chaque parti croyait avoir des traîtres dans son sein, et, tandis que la reine chassait ses damoiselles et serviteurs , le capitaine de la porte Saint-Martin était soupçonné par les Bourguignons et mis en prison. Lorsque le duc d'Orléans eut rassemblé les troupes qui lui arrivaient de la Lorraine et les soldats du comte d'Armagnac, il passa la Seine et prit Charenton. Jean-sans-Peur établit ses cantonnements entre Argenteuil et Montfaucon. Sur les bannières d'Orléans on voyait un bâton noueux avec ces mots : " Je l'envie. " Sur celles de Bourgogne se montrait un rabot, pour enlever les nœuds du bâton, avec cette devise : " Je le tiens. •> Mais on ne s'attaqua pas. Les troupes du duc d'Orléans avaient ruiné le pays , et les vivres commençaient à leur manquer. Le conseil du roi crut le moment favorable pour faire des ouvertures aux deux adversaires ; il leur fit proposer de licencier leurs armées en leur accordant de conserver pour leur sûreté chacun une réserve de cinq cents hommes. Le duc de Bourgogne ne voulut point accepter cet arrangement , par le motif que ses troupes venaient de loin et qu'il ne les aurait point sous la main, tandis que le duc d'Orléans tiendrait en réserve les siennes. Il assembla les principaux bourgeois de Paris , chercha à les effrayer sur les desseins sinistres du parti de la reine , et leur affirma qu'il remettrait toutes choses dans un état paisible s'ils lui prêtaient leur concours. Ils le remercièrent; mais comme ils craignaient le retour du duc d'Orléans, ils déclarèrent qu'ils ne devaient leurs services qu'au roi en personne ou à son fils.
Enfin la reine et son beau -frère se montrèrent plus traitables.