‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 28 sur 38 · M\ I/OHI.KANAIS · texte numérisé non relu

M\ I/OHI.KANAIS

sur le corps de ?"alstaf avec tant de rapidité que ce chef donna aux siens l'exemple de la fuite. L'infanterie se jeta dans le village et les taillis. La déroute était déjà complc 'te lorsque laPucelle arriva. Talbot voulut en vain rétablir le combat; il fut forcé de se rendre à Saintrailles.

Alors '• commença la chasse des fuyans " qui espéraient trouver une retraite à Janville. Les habitants leur fermèrent les portes , et l 'avant-garde française en tua un grand nombre. Les hérauts d'Angleterre, chargés de compter les morts , avouent (ju'ils en trouvèrent deux mille deux cents. Les Français et des chroniqueurs dignes de foi prétendent qu'il y en avait plus de cinq mille. Si à un tel désastre on ajoute l'effet moral produit par cette victoire , la première que nous eussions remportée depuis huit ans , on comprendra l'importance et la célébrité de la bataille de Patay. Tous les généraux de cette armée conduite en France par Salisbury étaient morts ou captifs. Talbot, surnommé l'Achille anglais , répondit à Saintrailles qui lui parlait du résultat de cette triste journée : " C'est la fortune de la guerre ! » Il fut enfermé dans le château de Beaugency et traité avec égards par son vainqueur.

Falstaf , qui s'était enfui lâchement, fut dégradé de l'ordre de la Jarretière; mais il imputa l'issue funeste de la bataille à Talbot. La nouvelle de la défaite des Anglais excita dans Paris une grande rumeur. Le duc de Bedford se hâta de revenir dans cette capitale pour comprimer les mouvements populaires. Son orgueil était humilié. Vaincus par une femme , les léopards perdaient la proie qu'ils avaient saisie sans réussir à l'étouffer. Il envoyait des messagers pour solliciter l'appui de ce duc de Bourgogne qu'il avait traité avec insolence peu de jours avant le siège d'Orléans. Les Parisiens étaient choyés par lui et admis dans ses conseils , d'où ils avaient été jusqu'alors exclus. Il s'aperçut de la froideur et du découragement de ceux qui se montraient naguère Bourguignons exaltés. Le parti anglais lui-même comptait dans ses rangs peu de Français , et parmi les seigneurs

traîtres à leur roi et à Unir patrie, il en était plusieurs chez qui se faisait entendre la voix du remords. Les châteaux ou\raient leurs portes aux Français ; les garnisons anglaises abandonnaient toutes les petites places de la Beauce , après avoir incendié les maisons et rasé les murailles. C'était le moment de les poursuivre et d'achever la conquête de tout le pays d'outre-Loire ; mais La Tremouille , faA ori de Charles VII , irrita les ressentiments de ce monarque contre Richemont , qui avait pris le commandement de l'armée et se parait des lauriers de la Pucelle. On expédia aux troupes l'ordre de rétrograder vers Orléans , oii le roi annonça l'intention de venir lui-même pour témoigner aux habitants sa reconnaissance de leur patriotisme, et pour marcher ensuite sur Reims. A cette nouvelle les Orléanais firent de grands préparatifs pour recevoir dignement le jeune monarque ; mais, docile à toutes les volontés du sire de La Tremouille , il s'arrêta à Sully-sur-Loire, châtellenie de ce seigneur.

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