CHAPITRE IX
Louis XI. — Mort de Dunois. — Charles VIII. — Louis XII. — Traité de Blois. — Bibliothèque de Blois. — Henri, duc d'Orléans. — Règne de François T'''; Chambord ; entrée du roi à Chartres.— Calvin et sa réforme; commencement des persécutions religieuses. — Vendôme, Cléry.
— Passage de Charles-Quint à Orléans. — Henri II et Diane de Poitiers. — Les sires de Lorges.
— Progrès du calvinisme. — Catherine de Médicis; les Guise. — États d'Orléans. — Mort de François II.
RK IX.
A i.'an 1560.
Charles VII , dont le nom est resté populaire dans l'Orléanais, eut pour successeur un prince aigri par l'exil. Le premier soin de Louis XI fut de renverser ce que son père avait élevé, de changer les ministres , de chasser les favoris , d'abaisser les seigneurs . de s'entourer de gens de mince condition , et de faire sentir, moins par esprit de vengeance que par calcul politique , qu'une révolution sociale et gouvernementale commençait. Il abolit la Pragmatique San( -
tion, et porta un coup violent aux seigneurs qui avaient de l'influence dans les élections ecclésiastiques. Par son ordre, tant il avait à cœur de prouver que les gens de naissance vulgaire lui étaient plus chers , dans leur mémoire et honneur , que les grands seigneurs , on commença tout à la fois des poursuites contre le sire de Chabannes et contre les juges de la Pucelle. Deux de ces misérables étaient encore vivants : traduits devant un tribunal, ils confessèrent l'innocence de Jeanne, et furent punis de la peine qu'ils lui avaient fait souffrir. Les cadavres des autres juges furent exhumés et livrés aux flammes.
Les empiétements de Louis sur les droits et l'autorité des grands vassaux ne tardèrent pas à susciter contre lui une ligue redoutable , (jui prit le nom de ligue du Bien public. La plupart des princes s'armèrent, résolus de soutenir la lutte jusqu'à la dernière extrémité. Le roi fit bonne contenance, et marcha sans hésiter à leur rencontre. Près de Montlhéry s'engagea une bataille où de part et d'autre l'une des ailes fut victorieuse ; cependant le comte de Charolais , chef des confédérés , se proclama vainqueur. Étampes devint le point de réunion de tous les mécontents, et l'attaque de Paris fut résolue. Louis, réduit à traiter, accepta toutes les conditions de ses adversaires. " Jamais la féodalité n'avait remporté une si grande victoire ; elle se trouvait pour ainsi dire reconstituée, et Louis XI n'était plus, comme Louis VI , que le suzerain de ses vassaux ' . - Mais aucun prince ne supporta mieux l'adversité et ne se sentit plus de ressources alors qu'il semblait tombé plus bas. Il s'humilia devant tout le monde , suscita des embarras , des guerres à ceux qui s'étaient déclarés ses ennemis , et parvint à obtenir ainsi toutes les réformes qu'il avait méditées.
Le bon duc de Bourgogne , Philippe , si facile à vaincre dans les négociations, ayant laissé sa couronne à son belliqueux fils, Charlesle-Téméraire, on vit Louis XI préparer à ce vaillant ennemi des luttes où il finit par succomber. En lui s'éteignit la dernière lueur
' LaVaI.LÉE, Histoire des Français.
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Je cette redoutable puissance des grands vassaux, ti le nu allci',Miil son but, l'affranchissement de la royauté, le bonheur, ou jilutol l'établissement des droits du peuple. Pour cela tous les moyens lui lurent bons, la duplicité, l'oubli de sa dignité, le crime même; car son bourreau a,battait ceux que la justice de ses parlements eût épargnés. Aussi, vers le milieu comme au déclin de sa vie, remarquet-on en lui une dévotion outrée qui attestait le trouble de sa conscience, ses inquiétudes et ses remords. 11 enrichissait les églises, faisait présent à Sainte-Croix d'Orléans de magnifiques tapisseries , et prenait la qualité d'abbé et de chanoine de Saint-Aignan , où il fit plusieurs voyages (1466). En ces occasions, il revêtait le surplis et l'aumusse; il faisait fabriquer une châsse d'argent pour y mettre le corps de saint Aignan , et deux autres plus petites qui devaient renfermer la mentonnière et le bras du saint; il offrait à la même église une grosse cloche qui reçut son nom , et faisait reculer l'enceinte des murailles au delà de cet édifice, afin de le soustraire à de nouvelles chances de destruction (1478). Il achetait au comte de Dunois, seigneur de Cléry, l'église de ce bourg, et montrait pour
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ce lieu une dévotion particulière. 11 obtint du pape une bulle qui l'instituait chanoine de Notre-Dame de Cléry, ainsi que tous les rois ses successeurs , et lui permettait de siéger en cette église à la première stalle du chœur, revêtu du surplis, de la cape et de l'aumusse. Il la fit reconstruire en partie, la dota de deux mille trois cent quatre-vingts écus d'or et de sept mille trois cent vingt-huit livres. Il lui fit aussi présent de deux figures en argent ciselé. Par lettres patentes il donnait à la même église quatre mille écus pour dire chaque jour une messe solennelle et deux messes basses à l'autel de la Vierge. Cette chapelle , objet de tant de sollicitude , ayant été détruite par un incendie, il ordonna qu'elle fût réédifiée, et il la concéda aux chanoines. Il allait, disait-on, se coucher de son vivant dans le tombeau qu'il s'y était fait construire. Cependant il défendait aux ecclésiastiques d'aller à Rome quérir ou pourchasser bénéfices ou bulles expectatives, et surtout de les acheter à prix d'argent. Il se ménageait l'occasion de reprendre la Pragmatique et de réveiller les libertés de l'Église gallicane , " qu'il tenait toujours en réserve pour les moments où il n'était pas content du pape^ - Il chargea des docteurs en théologie de faire un extrait des griefs du clergé du royaume , et ordonna qu'une assemblée de ces saints et doctes personnages se réunît à Orléans Elle eut lieu et les membres envoyèrent une députation au roi , pour lui exposer les vœux et les besoins de l'Eglise. Il résultait de leur délibération qu'on devait solliciter du pape la convocation d'un concile général , afin d'aviser aux besoins delà catholicité. Enfin les députés d'Orléans offraient au roi de lui indiquer les ambassadeurs qu'il conviendrait d'envoyer au saint-père, de recevoir les doléances et plaintes des universités , et de tout disposer pour les délibérations à venir.
Il était dur envers les grands, mais libéral avec le menu peuple. Un jour qu'il était à Cléry en prières, un clerc, nommé Guillaume de Culant, se jeta à ses pieds pour lui demander assistance contre un créan-
' M. DE Harante, Histoire des ducs de. Bourgogne.
AM.iiùN i;t .mui)i;i{m;. .un
cier qui l'avait tenu douze mois eu prison, et voulait emori- l'y l'aire renfermer. •• Tu as bien pris ton temps, mon compare, lui dit-il ; puisque je viens d'implorer la miséricorde de Dieu, il iaut que j'aie pitié de toi." 11 paya sa dette. Parfois, au sortir de ses monieries, il déj)loyait pour le plaisir une ardeur passionnée. 11 ouvrait la saisoi\ des chasses à Malesherbes , car •• le Gâtinais lui semblait le meilleur i)ays du monde pour prendre des cerfs et des sangliers. - D'autres fois, il procédait à ses rudes exécutions contre les seigneurs. Antoine de Chatenaud, grand boutillier de France, prisonnier à Meung, traversa Orléans pour se rendre au château de Sully, où il fut mystérieusement noyé. François Villon, poète accueilli par le duc Charles, expiait dans ce même château de Meung ses torts envers Thibaut d'Assigny, évêque d'Orléans. Le roi ne se fit aucun scrupule de protéger ce poète licencieux, et au moment où il ordonnait sa mise en liberté '. il faisait périr d'épouvante le duc d'Orléans. 11 avait assemblé à Tours les États-généraux pour leur soumettre ses griefs contre François II, duc de Bretagne. Le duc s'y rendit avec René, roi de Sicile , les ducs de Berry et de Nemours. Louis se plaignit amèrement d'un homme qui était son ennemi personnel . et qui ne cessait de guerroyer. 11 termina son discours en priant les princes de s'expliquer avec franchise et de lui indiquer le moyen de maintenula paix dans le royaume; il assurait que le meilleur avis serait infailliblement suivi. Le roi de Sicile protesta de son dévouement et n'épargna pas les flattenes. Charles d'Orléans, moins adroit et plus sincère , osa faire l'apologie du duc de Bretagne et opiner pour la paix. Louis XI n'avait pas demandé des conseils, mais l'approbation de ses plans : la guerre et la ruine du duc de Bretagne. Il in-
I Dieu mcrcy à Jacques Thibault,
Qui tant d'eau m'a fait boire , En un bas lieu, non en ung hault, Manger d'angoisse enceinte poire.
Enferré ! Quand j'en ai mémoire, Je pry pour luy [et reliqua > Que Dieu lui doint ( et voire, voire i Ce que je y)VT\se {et calera).
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terroinpit le vieux prince avec colère , et l'accabla de paroles; dédaiij^neuses. Le duc, effrayé, se hâta de reprendre la route de Blois, mais il fut saisi à Amboise d'une maladie violente, et mourut peu do jours aprî's (1465), à l'âge de soixante-quatorze ans. Ses restes furent transportés à Blois , et déposés dans l'église de Saint- Sauveur. Plus tard ils furent, par l'ordre de son fils, transférés en l'église des Célestins de Paris , et enfermés dans le tombeau de son père. Comme l'infortuné Louis, il alliait l'insuffisance politique au besoin d'agitation , le désir de bien faire à de remarquables défauts. Mais, s'il ne fut pas le plus grand prince de sa race, il fut sans aucun doute le meilleur poète de son temps. C'est un faible éloge pour un homme qui porta la couronne ducale ; cependant il faut accuser de ses imperfections le malheur de sa vie et les circonstances oîi il se trouva. Il fut captif durant les plus belles années de sa jeunesse , et retenu loin du théâtre où ses qualités le rendaient propre à jouer un beau rôle. A son retour en France, il était presque vieux, et se trouvait glacé par le terrible regard d'un homme capable d'écraser de plus vigoureux athlètes que lui. Alors il se fit poète, et chercha une gloire moins éclatante et plus durable que celle de la guerre. Dévot en raison des grandes fautes dont il implorait le pardon, il avait coutume de faire asseoir à sa table , le vendredi , treize pauvres qu'il servait lui-même, le jeudi saint, leur lavant les pieds , en mémoire de la cène de Jésus-Christ. Il était beau et riche de taille, libéral et de grandes manières. Les plus fiers seigneurs se tenaient honorés d'être admis dans sa maison. Il était sans haine et ne cherchait pas la vengeance. On retrouvait en lui l'esprit, la grâce et la finesse de Valentine de Milan, qui l'avait élevé, il eut trois femmes , Isabelle de France , fille aînée de Charles VI et veuve de Richard II, roi d'Angleterre; Bonne d'Armagnac, et enfin Marie de Clèves, qui lui donna trois enfants.
Bientôt mourut aussi, à l'âge de soixante-dix ans, le comte de Dunois , qui avait jeté sur le règne précédent un si grand éclat.
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Guerrier d'un grand courage, il n'était point sans ciui-Uiue niérito politique, et on le vit se mêler avec succès de comi)lots et de négociations. Pour amener la chute du ilangereux favori La Trémouille, il fit révolter le dauphin contre son père. Mais, rougissant d'une telle action, il" eut toi dans le pardon de Charles VII, qui le chargea de traiter de la paix, à Londres, et de la liberté du duc d'Orléans, son frère naturel. On dut à son habileté la soumission du Maine , et à sa valeur la conquête de la Normandie. En récompense de ce dernier service, il fut créé comte de Longueville. Après l'expédition de Guyenne , il reçut la mission d'arrêter un de ses anciens frères d'armes , le duc d'Alençon , et obtmt par ses instances une commutation de peine en sa faveur. Il fit partie de la ligue du Bien Public , et harangua les Parisiens au nom des princes. Plus heureux ou plus adroit que les autres conjurés , il se réconcilia avec Louis XI et négocia la paix de Conflans. Rendu plus calme par l'âge, il vécut tranquille au milieu d'une cour orageuse. Suivant sa 'volonté dernière, il fut inhumé dans une des chapelles de l'église de Cléry, qui devait servir aux membres de sa famille. On porta son cœur à Châteaudun. Louis, l'aîné des enfants du duc d'Orléans et de Marie de Clèves, était né à Blois (1462) ; il n'avait que deux ans à la mort de son père. Élevé loin de la cour et avec tendresse par sa mère , il se faisait remarquer par son affabilité. Il brillait dans tous les exercices , et avait hérité de la galanterie et de la légèreté de ses meux. Louis XI lui destina pour épouse Jeanne de France, sa propre fille , princesse difforme et d'une santé délicate. - Il me semble, disait le vieux monarque, que les enfants qu'ils auront ensemble ne me coûteront guère à nourrir. •■ Poursuivant jusque dans l'avenir ceux qui , trop près du trône, lui faisaient ombrage, il ne voulut pas confier la régence au duc d'Orléans, et la donna à sa fille, Anne de Beaujeu , âgée de vingt-deux ans. La tempête, formée de toutes les humiliations subies par les grands sous le dernier règne, gronda autour du jeune Charles VIII. Mais sa sœur et sa tutrice apprit aux méc.mtents
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qu'elle n'avait aucune des faiblesses de son sexe, et qu'elle possédait une partie des qualités du dernier roi. Ceux qui s'étaient flattés de disposer du sceptre, parce qu'il était aux mains d'une femme, reconluireiit leur erreur. Le duc d'Orléans, âgé de vingt et un ans, se lia avec les mécontents ; son cousin , le duc d' Angoulême , et le fils de Dunois , l'engagèrent à soutenir les droits de sa naissance , et lui rappelèrent l'ordonnance de Charles V qui décernait la régence au prince le plus rapproché du trône. Anne de Beaujeu , pour gagner du temps, donna au duc d'Orléans le gouvernement de l'Ilede-France et de la Champagne, et au comte de Dunois celui du Dauphiné. Elle poursuivit les ministres du feu roi, et les prisons s'ouvrirent. Les Etats-généraux furent convoqués à Tours. Les députés ne lui étaient point favorables, le duc d'Orléans pouvait faire tourner à son profit leurs dispositions ; mais par un excès de loyauté , il désira (ju'ils examinassent librement les questions en litige, et s'abstint de leur faire savoir ses intentions. La régente tira parti de cette faute : ses émissaires travaillèrent des hommes disposés à se laisser corrompre ; elle fléchit les plus récalcitrants , intimida les plus faibles , et feignit de compatir à des maux qu'elle se proposait d'entretenir. L'assemblée décida qu'au milieu de tant de plaintes et de calamités ses prétentions ambitieuses ne méritaient qu'une attention secondaire, et qu'il suffisait au duc d'Orléans d'être reconnu comme premier prince du sang et chef du conseil de régence , auquel devaient être ajoutés douze députés choisis par les États. Il résulta de cette déclaration qu'Anne s'était jouée du duc d'Orléans , et les courtisans se rangèrent du côté du plus fort.
La duchesse de Beaujeu usa de son pouvoir avec violence et dureté ; elle traita avec une sorte de haine son cousin, qui avait jadis dédaigné son amour. Craignant pour sa sûreté , Louis se retira près du duc de Bretagne, dont la fille lui inspira une vive passion. Il s'occupait de faire annuler son premier mariage , afin de contracter une alliance mieux assortie , lorsque la régente , tourmentée par la jalousie , lui
ANCih.N i:t M(i|)i;um;. ,<(,h
onv()>-a 1 Drdn' de venir uu saere du roi, où son niii^ lui fjusait un devoir d assister 11 obéit , et déploya dans les fêtes qui suivirent cette cérémonie un luxe l't une recherche extraordinaires. Au milieu de ces joutes frivoles , il ourdissait avec Tancien complice? de ses premières ré\ oltes , le duc de Bourbon , une nouvelle trame contie la régente. Ils mirent en avant le nom du Roi , de telle sorte que la duchesse de Beaujeu , soupçonnant la sincérité de Chailes VIII , 1 Vn-
leva et le conduisit à Montargis. Louis, désirant faire sanctionnei' ses actes, se rendit au Parlement , accompagné de Dunois et de son chancelier, Denis Lemercier. f{ui , dans un long discours , exposa les torts de madame de Beaujeu, persécutrice implacable du duc d'Orléans et de ses amis. L'austère président Lavacquerie répondit au prince avec calme et froideur, et ce résultat trompa l'espoir des mécontents. Ils eurent alors recours à l'Université, dont les vingt mille écoliers formaient un puissant levier pour les troubles et les émeutes. Les docteurs se montrèrent aussi réservés que le Parlement.
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La régente qui n'ignorait point toutes ces menées, laissa son adversaire courir à sa perte, et justifier par son imprudence, la rigueur des mesures (lu'elle allait prescrire. Des honnnes d'armes déguisés pénètrent dans Paris, avec l'ordre d'enlever Louis, et se présentent tout à coup dans la salle du jeu de paume. Deux officiers se hâtent d'avertir le prince, qui s'élance sur une mule et disparaît. Madame de Beaujeu lui retire ses commandements, destitue Danois et décharge sa colère sur tous ses partisans.
Le duc s'était réfugié à Verneuil. Anne de Beaujeu l'y assiège avec le roi. dont elle guide les troupes. D'Orléans se soumet et consent à la suivre dans son voyage à travers la Normandie ; puis il recommence ses attaques , lève une armée , essaie vainement d'entraîner Orléans dans sa révolte et marche sur Beaugency, oii La Tremouille , par sa ferme contenance , le force à la retraite. Ces deux échecs ne le découragent pas; sans cesse il poursuit ses complots. Ne trouvant plus d'appui chez ses vassaux et dans son apanage , il s'adresse à l'archiduc Maximilien, dont les menaces hautaines excitent l'indignation des Français. Le duc de Bourbon pour traiter avec la cour se rend à Blois , tandis que son cousin , le jeune Dunois , s'enfermait dans Parthenay pour y défendre les droits de la fille de François II , qui semblait atteint d'une maladie mortelle. Louis s'enfuit en Bretagne , et fait répandre des proclamations dans les villes de la Guyenne , dont il était gouverneur. Le comte d' Angoulême , son cousin , tient fermées les portes de Cognac; puis, forcé dans cette place, il obtient son pardon et la main de Louise de Savoie , âgée de onze ans , qui fut mère de François V. Après la reddition de Parthenay, Dunois se retire à Nantes. Le duc d'Orléans évacue Vannes et le rejoint au moment où l'armée royale commence les opérations du siège. Maximihen lui envoie un secours de quinze cents hommes et le déhvre.
Dans un lit de justice tenu à Paris , Louis , Dunois et le duc de Bretagne furent accusés de haute trahison , mais la guerre n'en continua pas moins avec une sorte de fureur. Vannes tomba au pouvoir
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des Bretons et des OrliMiiais, l;uidis que Lu Treinouillr ivtaMissail à Fougères l'autorité du roi.
Aux dissentiments politi(iuesse mêlaient des haines jalouses excitées par la beauté' crAîme de Bretagne. Le duc d'Orléans, (ju'cUc aimait en secret , recevait d'elle des marques de sa préférence , alors qu'elle prodiguait à un autre de ses admirateurs , le vieux d'Alhret , des témoignages de son aversion. Un soir, veille de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, le duc d'Orléans fut averti que des hommes armés marchaient vers sa tente. Il reconnut d'Albret , cpii feignit d'être venu là pour faire une patrouille. Mais Louis l'accusa d'axoir médité un assassinat: d'Albret repoussa ces imputations, et la division était parmi les chefs quand on aperçut les troupes royales (1488). La Tremouille remporta une fiicile victoire. Le duc d'Orléans, prisonnier, faillit être victime des soldats , qui se disputaient une si importante capture. Ses compagnons d'infortune périrent égorgés.
A cette nouvelle, la régente témoigna une sinistre joie. Louis, enfermé dans la tour de Sablé , puis à Bourges , subit mille tortures. Tous les biens de Dunois furent confisqués. La duchesse d'Orléans se montrait épouse dévouée; ses prières, ses instances ne purent fléchir sa sœur; elle s'adressa au roi lui-même et parvint à l'émouvoir. " Vous aurez, lui dit-il, rol)jet de vos regrets, et viniille le ciel que vous ne vous en repentiez pas! •• En effet, le monarque, irrité des refus opiniâtres de madame de Bcaujeu , voulut prouver qu'il était le maître , et partit du château du Plessis-lès-Tours jwur aller briser les fers de son cousin. Mais, arrivé au pont de Baranjon, il chargea d'Aubigny de porter au duc d'Orléans la nouvi'llc de sa délivrance. Louis sortit de sa prison, dont les loisirs lui avaient servi à réparer les imperfections d'une éducation trop négligée 11 renonça à ses prétentions sur Anne de Bretagne et associa le secours de son influence sur cette princesse aux belliqueux témoignages d'amour que lui donnait Charles VIII. 11 se chargea donc de négocier l'alliance qui amena la réunion de la Bretagne à la couronne.
308 L'OKLKANAIS
Pour mériter l' amour de la plus l)elle reine qui fiit au monde , Charles résolut de se signaler par quelque grande entreprise , et il se prépara à la conquête du royaume de Naples. Le duc d'Orléans, chargé de guider l'avant-garde , franchit les monts et se dirige sur Asti, qui faisait partie de la succession de Valentine de Milan, sa grand'mère. Gènes le reçut avec transport; il conduisit les galères de France à la rencontre de la flotte de don Frédéric , qu'il obligea à prendre chasse. Ses premiers succès furent suivis de revers. Louis, déjà maître des plus importantes places du duché de Milan, s'enferma dans Novare et y soutint un long siège. Bravant comme ses soldats les fatigues et les privations , il tomba malade sans pouvoir se résoudre à capituler.
Cependant Charles VIII traversait l'Italie sans trouver d'obstacles et faisait dans Naples une entrée triomphale. 11 se crut pour toujours maître de sa conquête et reprit la route de ses Etats. A Fornoue , il culbuta les Vénitiens qui voulaient lui barrer le passage, et courut au secours de Novare. Malgré l'infériorité du nombre , il se disposait à livrer bataille, lorsqu'on lui annonça la reddition de la place. A son passage à Lyon, il perdit son fils imique et vint mourir lui-même au château d'Amboise. Son cœur fut déposé dans l'église de Cléry, qui, depuis peu, renfermait les restes de Tristan-l'Hermite et de François de Dunois , fils du compagnon de la Pucelle. (1498.)
Le duc d'Orléans , alors retiré à Blois , ceignit la couronne et prit le nom de Louis XII. Il pouvait exercer de légitimes vengeances , mais il prononça ces paroles : " Le roi ne venge pas les injures du duc d'Orléans. - 11 conserva ses ennemis personnels dans leurs emplois, et ne signala son avènement au trône que par des réformes utiles et des bienfaits. La discipline militaire fut remise en vigueur; on abrégea les formalités judiciaires ; la magistrature devint inamovible ; les lettres et les arts furent encouragés. L'amour qu'il avait jadis éprouvé pour Anne de Bretagne, devenue veuve, s'étant rallumé, il voulut rompre
ANciliN i:t mudi-um;
son union avec l'infortunée Jeanne de FniiKe, dont il a\iiil n-cu tant de preuves d'aflbctiun. Le pape a( cueillit sa demande de divorce : une commission , noinim'c par la cour de Rome, aimula son maria^'c et lui permit d'en contracter un second. Ainsi l'ut réalisée la douloureuse prédiction de Charles VI il à sa sœur.
Jaloux de faire triomjjher ses prétentions sur le duché de Milan et sur le royaume de Naples , il rassembla son armée aux environs de Lyon et la confia au maréchal de ïrivulce , qui ht en douze jours la conquête du .Milanais. Louis se rendit dans la capitale du duché et
y reçut l'hommage de ses nouveaux sujets. Mais il perdit sa conquête ; son armée fut détruite , et ses capitaines ne parvinrent qu'avec peine à sauver les fuyards. Ce désastre jeta le royaume dans une grande consternation; on avait fait de nombreuses fau-
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les. Louis n'avait déjà plus los illusions de la jeunesse , mais il ne voulait pas renoncer au fatal héritage que lui avait laissé son aïeule. 11 conclut une trêve de trois ans avec Ferdinand, qui gouvernait Naples. Puis il négocia le mariage de Claude de France avec Charles d'Autriche , dans le but de leur faire accorder les Etats napolitains. Ferdinand mit obstacle à ce projet, qui blessait ses intérêts , et ce fut à cette époque que l'archiduc et l'empereur conclurent avec Louis XII les trois traités de Blois. Louis et Maximilien , à la sollicitation des légats du Saint-Siège, font, par le premier, alliance, pour punir les iniquités des Vénitiens , qui avaient causé de notables préjudices à l'Église , au Saint-Empire romain et au roi très-chrétien, en s'emparant de plusieurs villes et provinces. Par le second, l'investiture du duché de Milan est accordée à Louis, par l'empereur, pour lui et ses héritiers mâles , et, à leur défaut, pour Claude de France, fiancée à l'archiduc. Par le troisième , on fixe la dot de la princesse , qui devait recevoir, mais seulement à la mort de son père, les duchés de Milan , de Bretagne , de Gênes, d'Asti et de Blois, et en outre la Bourgogne, si le roi ne laissait pas d'héritiers mâles. On retrouve dans ces traités les indices de la passion de Louis pour son duché de Milan. Il y ajouta une convention non moins impolitique, qui devait, selon lui , désarmer les plus dangereux de ses ennemis. Il céda au duc Ferdinand ses droits sur le royaume de Naples , sous la condition qu'il épouserait sa nièce. Les Vénitiens se plaignirent des termes et de l'objet du premier traité de Blois ; Louis essaya de suspendre les apprêts de la ligue formée contre eux. Georges d'Amboise, ministre du roi , reçut de l'empereur l'investiture du Milanais. (1505.) Mais le troisième traité suscita en France la désapprobation universelle. On eût vu avec peine la Bretagne se détacher du royaume, et on avait toujours regardé comme chose naturelle et nécessaire le mariage de Claude avec François , duc d'Angoulême , héritier du trône. Louis, étant gravement malade, ordonna par testament cette union. Plus tard, il déclara que •• l'alliance projetée avec l'archiduc
ANCIKN KT MODKUM:. 3M
était contraire au bien , profit et utilité de la chose publicjue. •• Cependant la reine Anne de Bretagne, qui n ainiail pas la France, s'était opposée à la a iolation du troisième traité de Blois, et avant insisté pour qu'on tînt la promesse faite à Maxiinilien , les États-généraux furent convoqués à Tours. Les députés y décernèrent à Louis le titre de Père du peuple; personne ne se plaignait des malheurs de la guerre, car la prétention du roi sur l'Italie lui était personnelle, et il en avait fait les frais avec ses propres ressources et les revenus de son duché d'Orléans; le sang qui avait coulé était celui des nobles, toujours ardents pour la guerre , ou celui d'aventuriers prêts à tout risquer pour le pillage. Les impôts n'avaient donc ])as subi d'augmentation et l'on remarcjuait de l'ordre dans les finances. Les députés n'avaient garde de songer aux infortunes des soldats d'Italie (|uanil ils voyaient le peuple heureux; mais ils firent des représentations suila partie des traités relative au mariage de Claude avec un autre prince que l'héritier présomptif de la couronne. Le roi accueillit ces observations, qu'il avait peut-être suggérées. Il déclara que, docile au vœu national , il choisissait le duc d'Angoulême , petit-fils de Louis d'Orléans, pour l'époux de sa fille. Les Etats jurèrent de faire accomplir cette union, et Claude fut fiancée à François. Ainsi se trouvaient annulées les principales dispositions du troisième traité. Philippe garda le silence, mais il assemblait une année pour tircM* vengeance de son injure lorsqu'il mourut.
Tandis que la guerre d'Italie reprenait plus terrible (1507), Louis devenu veuf d'Anne de Bretagne, qui expira au château de Blois (1514), épousa Marie d'Angleterre. Il fut victime de son imprudente et folle passion pour cette jeune princesse , et eniporta dans la tombe les regrets de son peuple. Bien qu'il aimât le faste et la magnificence , son duché , administré par d'habiles serviteurs , fournit à ses dépenses sans qu'il grevât le trésor. Il gouverna les finances du royaume avec la même sagesse. 11 aimait la ville d'Orléans et y séjourna en diverses circonstances. Lors de son mariage avec Anne de
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Bretagne, les hatutanls lui liieiil une réception pompeuse, et il logea à la maison royale. 11 assista à la procession de la Quasimodo, oii furent montrées toutes les châsses des saints. Les échevins , pour se conformer à un ancien usage, essayèrent de réunir une somme de six mille livres , qui devait être- offerte à leur seigneur et duc ; mais les Orléanais , fidèles à leurs principes d'éconotnie , ne se cotisèrent que pour quatre mille livres que le bon roi refusa généreusement. Il fit rédiger l'Histoire du siège d'Orléans et du procès de la Pucelle, et chargea Léon Tripault, avocat , de recueillir et de publier les coutumes de notre province. Il prenait des mesures sévères pour qu'on ne nuisît pas à la réputation de son bon vin d'Orléans , et faisait punir les marchands qui se rendaient coupables de quelque tromperie. Guillaume ïassin subit, pour un délit de cette nature, un châtiment exemplaire. •' Blois fut toujours le lieu du monde qu'il aima le plus , et il en fit son séjour habituel * . - Bien que sa jeunesse eût été leste et galante , il faisait punir ceux qui péchaient avec scandale. Une pauvre sœur hospitalière de l'infirmerie d'Orléans , ayant écouté les doux propos d'un archer, fut dégradée et flétrie publiquement. Protecteur éclairé des lettres et des arts, il appela. en France les hommes les plus distingués de l'Italie et forma la plus riche collection que l'on conniit alors des ouvrages de l'antiquité. Les bibliothèques des rois de Naples et des ducs de Milan furent réunies à celle de Blois. " Il eust en son temps du bien et du mal beaucoup, par quoy il avoit ample cognoissance du monde * . - C'est un des plus illustres princes du nom d'Orléans.
François V était de la branche cadette d'Orléans , et descendait en ligne directe de Louis , assassiné par Jean-sans-Peur. En montant sur le trône , il cessa de porter son titre de duc de Valois , et donna le titre de duc d'Orléans et l'apanage à son second fils, Henri. Nous aurons à parler des faits historiques relatifs à la province plutôt qu'à
' Bernier, Hisluire de Blois.
> Smnt-Gelais , Histoire dn Lovis XII.
ANCiKN i; I .M (H)i; Il Ni-
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décrire les exploits et les amours de ce grand mi. Pi-u après son avènement , il se rendit à Orléans accompagné de la reine; les poMcî-
de la ville composèrent en leur honneur des vers et des devises , on joua des proverbes et des mystères, et les rues furent sablées sur leur passage. Lorsque la reine accoucha du dauphin , les Orléanais signalèrent encore leur dévouement au descendant de leurs ducs, par des feux de joie et des fêtes. Après la paix d'Italie (1517), il traversa cette bonne ville, où il fut reçu avec enthousiasme. L'année suivante (1518), il fit son entrée à Chartres avec la reine son épouse et sa mère , descendit à la cathédrale , et reçut les hommages des échevins ; mais, peu satisfait des présents qu'ils lui oilVirent , il leur demanda cinq cents écus - que les habitants payèrent en rechignant . - Peu de jours après expira dans cette ville im personnage fameux par les agitations de sa vie , et qui avait joué un rôle important dans les guerres d'Italie, Jacques Tri\ulce, Milanais, l'un des plus grands capitaines de son temps. Érard de Lamark , évêque de Chartres, fit mettre sur son tombeau : fci re'pos.e ceJu-i qui jamais ne s rtaïf reposé .
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Los rcviT:? (|uc nos niincs avaient sul)is n'('ini)L'chèrent point lo roi (le l'aire de iiouvrlles tentatives sur l'Italie. Vaincu à Pavie, il "gémissait captif, lorsipie Salviati , légat du pape, vint en France pour traiter de sa rançon ; ce prélat fut reçu avec honneur par les Orléanais. Le clergé, les magistrats, l'Université, " les échevins allèrent à sa rencontre, et le ramenèrent, sous im dais de damas blanc , jusqu'en l'église de Saint-Marceau , où il se revêtit de ses habits pontificaux. - La ville d'Orléans fut taxée à trente mille écus pour sa part , dans celle de deux millions d'écus d'or exigés pour la délivrance du roi .
A son retour, François connut à Bordeaux une jeune femme, dont le nom se rattache à la plupart des événements de sa vie , Anne de Pisseleu , fille de la dame de Sanguin. 11 la fit comtesse de Penthièvre et duchesse d'Etampes , la maria avec Jean de Brosse , et , mettant les intérêts de son amour d'accord avec ceux de sa politique, il empêcha , par cette union , le retour des querelles des maisons de Blois et de Montfort. La faveur dont jouissait madame d'Etampes s'étendit sur Antoine Sanguin , son parent. Admis à la cour, ce prêtre répondit au roi, c^ui lui demanda s'il était gentilhomme: " Je le crois bien, sire, car je descends en droite ligne de l'un des enfants de Noë, mais je ne me rappelle pas bien duquel. >- Cette repartie lui valut, dit-on , l'évêché d'Orléans avec les titres de prédicateur du roi , de grand-aumônier de France et enfin de cardinal. Un autre dignitaire ecclésiastique de cette époque , Antoine Duprat , grand- chancelier et cardinal-légat , s'était fait donner la riche abbaye de Saint-Benoîtsur-Loire ; mais il ne put entrer paisiblement en jouissance de ce bénéfice. Les religieux, prétendant qu'ils avaient un privilège spécial pour élire leur abbé, résistèrent, et le chancelier, obligé de plaider contre eux en s'appuyant sur le concordat , eut bientôt recours à la force des armes pour les réduire. Alors se renouvelèrent toutes les disputes religieuses auxquelles donnaient lieu les prétentions des rois de France, en opposition avec celles de l'Église gai-
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licane. Et, par inallieur, se tirent jour aussi, pour lii piciiuèic litis, les doctrines de Jean Calvin.
Cet ardent réformateur faisait alors ses études de droit à 1 uni versité d'Orléans; il avait reçu (1530), en sa qualité de Picard, la maille d'or de Florence , (jui était due annuellement aux élèves de Picardie par Beaugency, et s'était prêté volontiers aux cérémonies puériles qui s'accomplissaient, en pareille occasion, devant la jjorte de l'église Saint-Firmin de cette ville. En lui, rien n'annonçait le hardi logicien dont l'audace surpassa celle de Luther. 11 avait couru les bénéfices, recherchant la faveur des grands personnages, lorsque la direction de ses idées changea tout à coup. Prenant pour base de la croyance l'inspiration , il attribua le salut de l'homme aux mérites seuls de Jésus-Christ, et déclara mensongers et inutiles les dogmes sur la pénitence, la confession, le purgatoire, le culte des images, la messe, l'impanation des luthériens et la transsubstantiation des catholiques; il n'admettait que le baptême et la cène. Il publia à Bâle son livre de Y Institution Chrétienne , et le dédia à François I'"' ; puis il se retira à Genève, où domina bientôt sa foi sévère et impérieuse. 11 avait conçu le plan d'un ordre de choses si austère que le monde devait être changé en un couvent. 11 défendait les jeux et les distractions, et n'accordait aux fidèles d'autres délassements que le prêche ou la lecture de la Bible. Toute infraction au culte, toute faiblesse , tout acte de débauche ou d'irréligion était puni sans miséricorde. Genève devint la Rome du calvinisme qui se propagea et s'organisa, séduisant les esprits révoltés du paganisme de Zwingle et dégoîités du papisme de Luther. La France accueillit les idées nouvelles ; nobles, magistrats, bourgeois, gens du peuple, tous ceux (jui alliaient à la science une certaine hardiesse de pensées, professaient ouvertement la réforme. Les femmes aussi l'embrassaient, soit par mode , soit par conviction : on citait les princesses Renée et Marguerite; on soupçonnait la duchesse d'Étampes; de nombreux pamphlets poussaient les esprits à la ruine du catholicisme.
Moins soucieux de tlcfendre le pape que de repousser les principes démocratiques de Calvin , François I" ordonna des enquêtes contre les hérétiques, et plusieurs périrent au milieu de supplices où toute la cour assista. Parmi les victimes on cite Etienne Dolet, Orléanais. Déjà connu par la. fougue de son éloquence et l'emportement de ses écrits, il dut à l'amitié de Minot, président au parlement de Bordeaux et ancien professeur de droit à l'université d'Orléans , d'échapper aux conséquences d'une condamnation qui l'atteignit à Toulouse. Il se retira à Lyon et y fonda une imprimerie qui lui servit à répandre ses ouvrages et à multiplier le nombre de ses ennemis. Enfin il fut saisi , traduit en jugement et brûlé vif^ Ces terribles
exécutions n'arrêtèrent point les progrès de la religion nouvelle; les martyrs enfantèrent les prosélytes, et l'audace grandit avec le danger. On raconte que François l" ayant trouvé, jusque dans sa chambre
' Son épitaphe fut ainsi faite :
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à coucher de Chcinibord , des pltu iirds contiv lu uit-ssf, m coïK^ut uiic telle colère " qu'il jura d'exterminer tous les novateurs*. •• il fit brûler six hérétiques , et vint exprès de Blois à Paris jxmr assister à leur supphce. Il portait un llaniheau ; les ducs dUrléans et il'Angoulênie, le duc de Vendôme et le dauphin tenaient les cordons du dais. François proscrivit les imprimeurs, ou détendit tout au moins d'imprimer aucun livre sans l'autorisation royale. Mais l'hérésie fit une résistance courageuse , et " le dragon ne se laissa pas dompter aisément. -
L'université d'Orléans , qui avait nourri dans son sein ce terrible ennemi de la papauté , reçut du roi d'Angleterre , Henri VIII , une preuve de haute confiance en son savoir 11 envoya les chevaliers Bacon, Fox et Paget pour consulter ces illustres docteurs sur son divorce avec Catherine d'Aragon et son mariage avec Anne de Boleyn. Il les récompensa généreusement, et donna peu de temps après au duc d'Orléans , qui était son filleul , quatre cent mille écus pour aider au payement de la rançon du roi. Il ajouta à ce don magnifique une fleur-de-lys d'or enrichie de pierreries , qui contenait du bois de la vraie croix enchâssé '■^.
François 1" , restaurateur des lettres, éleva dans l'Orléanais de nombreux monuments. Germain Pilon , Jean Goujon , Picric Bontemps, Jean Lescot, Phdibert Delorme, Viart rivalisèrent avec les artistes et les sculpteurs de l'Italie. Primaticcio traça le plan deChambord, et dix-huit cents ouvriers furent occupés à extraire, tailler et disposer les pierres des carrières de Dinant et de Ménars. Rien ne fut épargné pour élever uu palais admirable dans ces lieux, qui rappelaient au roi les aventures de sa jeunesse. La belle comtesse de Thoury, la châtelaine de Montfrault, y apparaissaient dans son souvenir. Il y tenait une cour galante où les filles d'honneur de la reine se faisaient remarquer près des épouses et des damoiselles des châ-
' Gaill.\RI), HisLuirc de François A'.
* Le Père Daniel, Ilisloire de France.
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telaiiis d alentour •• que le roi prenoit plaisir à y attirer, afin d'étabHr la politesse et la courtoisie , en donnant de vives pointes de générosité aux âmes l)ien faites * . " Cela peut expliquer l'usage des mystérieuses constructions de Chambord. Partout on y trouve des escaliers dérobés , des portes secrètes , des galeries souterraines qui servaient à mettre à couvert l'honneur et la réputation des conquêtes du prince. Ces jardins et ces appartements, témoins de tant de fêtes joyeuses, furent visités par un monarque grave et sérieux , Charles-Quint. " Il •• y passa quelques jours pour la délectation de la chasse aux daims, " qui étoient là dans un des plus beaux parcs de France , et à très- " grande foison. » Puis il fit son entrée à Orléans, accompagné du roi , du dauphin , du duc d'Orléans et des plus grands personnages de la cour de France. Les habitants lui offrirent un buffet d'argent et de vermeil (1439). La hardiesse de l'empereur permit au roi de manifester la loyauté de son caractère ; mais les princes du sang disaient tout haut qu'il fallait se saisir de sa personne, et lui faire rendre ce qu'il avait si durement exigé au moment du traité de Madrid. Le duc d'Orléans sauta un jour en riant sur la croupe du cheval de l'empereur, qu'il étreignit dans ses bras. " Pour le coup, s'écriat-il , vous êtes mon prisonnier. " Charles tressaillit , mais tourna la chose en plaisanterie. Le jeune duc, d'accord avec le roi de Navarre et le duc de Vendôme, résolut d'arrêter Charles-Quint à Chantilly, et le complot manqua par le refus de Montmorency, maître de ce château.
Les malheurs dont le royaume fut si long-temps à se remettre avaient été causés par la trahison du connétable de Bourbon. La découverte de ses complots eut lieu à Vendôme. Larcy, un de ses secrétaires , essaya de corrompre deux gentilshommes qu'il avait rencontrés dans une hôtellerie de cette ville. Ceux-ci le dénoncèrent au sire de Brézé , qui en écrivit à la reine-mère, alors à Cléry. Elle re-
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vint à Blois, et ne négligea rien pour perdre le lonm-table, qu'elle poursuivait de sa haine jalouse. Saint-V allier, l'un des complices de Bourbon , tut traité avec rigueur, et ne dut la vie qu'aux k-itres de grâce, datées de Blois, qui lui furent apportées au nioiucnt suprême. Nous ne répéterons point ici ce qui fut raconté du })rix que le roi mit à cet acte de clémence; prix acquitté, dit-on, à Chambord. Papillon, chancelier du Bourbonnais , et l'un des conspirateurs , se laissa saisir à Orléans.
La guerre recommença. Le roi la lit précéder d'un cartel adressé à l'empereur. Celui-ci répondit par un de ses hérauts, qui fut reçu à Paris avec solennité. François le fit introduire dans la grande salle de son palais, où il était entouré du duc de Vendôme, d'Hercule d'Est, duc de Chartres et de Montargis; du duc de Longueville, comte de Dunois; de Salviati , légat du pape, et de plusieurs prélats. Bayard signa le procès-verbal des faits que le roi avait à cœur de présenter avec exactitude aux siècles à venir. Ces défis ne pouvaient qu'entretenir sans résultat l'animosité des deux souverains. Les guerres furent presque continuelles sous ce règne , et les peuples étrangers n'étaient pas les seuls à en gémir. La soldatesque, qui s'acheminait tantôt du midi vers le nord, tantôt du nord vers le midi, ravageait tout sur son passage. Les Orléanais, pour se soustraire à ce fléau , construisirent im petit pont à l'extrémité de la ville , afin de permettre aux soldats de Gascogne de suivre la route de Paris sans pénétrer dans leurs murs. On tenait alors les portes fermées; des chaînes barraient les rues, et l'artillerie se tenait prête à foudroyer les maraudeurs qui auraient voulu choisir un autre chemin .
Au milieu des événements que nous avons décrits, disparaissent les ducs d'Orléans. Sous François I", ce titre fut porté par le second fils de France , Henri , qui devint roi , et s'attacha dans sa première jeunesse à Diane de Saint-Vallier, fille du complice de Bourbon. Le jeune prince se mêla aux luttes religieuses, mais en restant fidèle à
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la religion i'ath(»li(|ue. L'épouso qu'on lui désigna, Catherine de Mé-
(licis, lui apjioita cii dot des piv tentions sur l'Italie, c'est-à-dii'o un
levain de nouvelles guerres. A la mort du dauphin, son frère, il céda le titre de duc d'Orléans à Charles, troisième fils du roi.
Ce jeune prince, né en 1521, était brave comme un héros, spirituel et joyeux compagnon. Lorsque François P' eut, malgré ses pétulants avis, laissé passer librement l'empereur, il prit le commandement de l'armée qui envahissait le Luxembourg. La campagne fut brillante; mais le duc, au lieu de conserver sa conquête, quitta brusquement les troupes, joignit l'armée du Roussillon , et laissa l'ennemi réparer ses pertes. L'année suivante il reprit Luxembourg , place importante qui se défendit avec vigueur. L'histoire ne dit pas
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autre chose de ce prince, qu utic fièvre ravit tout à coup à raffcction du roi.
Après lui , le titre fut donné à Louis de Fi'cUice , second fils de Henri II , qui ne vécut qu'un an et neuf mois ; puis à Charles-Maximilien , roi sous le nom de Charles IX.
Au commencement du règne de Henri II se manifesta une maladie épidémique qui ravagea l'Orléanais; un impôt de soixante-dix mille livres fut levé sur les habitants du duché ; la Loire franchit ses bords et inonda les campagnes ; la persécution contre les hérétiques recommença , et l'on cite parmi les victimes de ces excès religieux Anne Audelot et Pelonquin , brûlés vifs par sentence de Louis Dodien , prévôt d'Orléans, et la demoiselle de Challet , exécutée à Chartres. Pierre Gaillard , prêtre soupçonné d'hérésie , fut condamné à faire amende honorable, tête et pieds nus. Pour calmer les plaintes des Orléanais, Henri visita leur capitale (1551) avec Catherine de Médicis et Diane de Poitiers. Il se rendit à Saint-Aignan , et y revêtit l'habit et l'aumusse, en sa qualité de chanoine d'honneur. La duchesse de Saint-V allier tomba de cheval près de Saint-Pierre-Em • pont, et se cassa la jambe. Non loin de la maison où elle fut transportée, prenait naissance un enfant devenue fameuse, Marie Touchet. On connaît l'amour de Henri II pour Diane. Anet en offre de nombreux témoignages. La belle veuve de Louis de Brezé séduisit par ses grâces et son esprit un monarque moins âgé qu'elle de vingt années. Phihbert Delorme éleva ce monument, admirable dans son ensemble et dans ses détails. La porte d'entrée était garnie de trophées et ornée des chiffres D. H. Un bas-relief en bronze représentait Diane couchée sur des peaux d'animaux , entourée de lions , de biches et de loups , le bras passé autour du cou d'un cerf. Les plafonds et les murs étaient revêtus de marbre et décorés avec le plus grand luxe. Partout se montraient des chiffres et des emblèmes amoureux. A Chambord, l'H couronné et le croissant se mêlent, dans les frises, à l'F et la salamandre de François I" Cependant on assure
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que la fidélité de cette maîtresse si publiquement adorée était loin de répondre à l'éclat d'une telle passion. Brissac fut surpris dans un rendez-vous galant avec elle par Claude de Tais , grandmaître de l'artillerie, qui paya de la perte de sa place la possession d'un secret dangereux. Henri fit à Chambord (1554) l'essai des arquebuses perfectionnées , dont l'usage , presque inconnu ^es gens de guerre, s'introduisit rapidement dans les chasses; il y signa (1552) le traité avec les princes de la confédération germanique qui se détachaient du parti de Charles -Quint, traité qui lui valut la Lorraine et les villes de Metz, de Toul et de Verdun, concédées au vicaire de l'Empire. L'âge de Henri II semblait promettre à ses sujets un règne long et paisible, lorsqu'il fut tué dans un tournoi par Montgommery, seigneur de Lorges, dans l'Orléanais. Déjà le père de ce capitaine avait failli donner la mort à François I", au milieu d'un assaut joyeusement donné avec des boules de neige et d'autres projectiles , au comte de Saint-Pol , qui défendait l'entrée de son hôtel , à Romorantin ; un tison ardent , lancé par Jacques de Montgommery, atteignit François au menton. La cicatrice qui resta après la guérison fut l'origine de la coutume de porter la barbe longue et les cheveux courts. Ce fâcheux souvenir empêcha d'abord le jeune Gabriel de Montgommery d'accepter le défi de Henri II ; le roi , offensé , lui donna l'ordre de fournir la carrière. Montgommery brisa sa lance, mais, au lieu de jeter le tronçon , il atteignit involontairement le casque du roi à la hauteur de la visière qui se leva ; le bois s'enfonça au-dessus de l'œil , dans le cerveau, et Henri tomba mortellement blessé. Nous retrouverons plus tard son meurtrier mêlé aux guerres de religion.
François II était jeune et incapable de gouverner de si graves événements. Antoine de Bourbon , duc de Vendôme , et son frère Louis, prince de Condé , avaient embrassé la réforme , il ne tenait qu'à eux de saisir le pouvoir; mais Guise et le cardinal de Lorraine, tous deux catholiques, s'en emparèrent. Ils captivèrent le jeune roi , qui adorait
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la reine iMaiic Stuart, leur nièce, el qui détestait riu'n'su'. Ils lin-nt aussi alliance avec Médicis. Cette princesse, jusqu'aloi-s soupl.- tt ignorée, attendait le moment de satisfaire ses instinrts aml)itifux Le connétable de Montmorency fut disgracié, et Ion confri-a }>lusieurs de ses charges au duc de Guise. Le roi de Na\arre (Antoine de Bourbon), mari de Jeanne d'Albret, se retira dans st-s domainr-s. On renouvela les édits contre les hérétiques, et la réaction calholitiuo s'annonça par les plus cruelles mesures prescrites aux inquisiteui-s. Toutes les provinces étaient infectées de calvinisme et de protestantisme ; on comptait en France près de deux mille églises réformées (1559) ; on tenait publiquement des prêches ; les calvinistes, répandus dans l'Orléanais, excitaient le peuple par leurs discours et les écrits du maître. Les gens de cour et les seigneurs accueillaient surtout ces idées; on citait les Bourbon , les Châtillon , les MontmoniK y. 1rs Coligny, les Dandelot. Le parlement lui-même, (]ui coniiitait i)ariiii ses membres les Olivier, les L'Hôpital, les Cujas, les Coquille, montrait son opposition aux envahissements de Rome en évitant d'appliquer les édits. Plusieurs conseillers étaient protestants. Anne Dubourg, magistrat parlementaire, qui avait été l'un des plus brillants élèves de l'université d'Orléans, confessa publiquement sa foi . et souffrit avec courage le supplice du feu. Sa mort inspira des projets de résistance. Dociles aux exhortations de Calvin, les huguenots n'-solurent de défendre leurs doctrines " même à coups d'arquebuse. •■ Leurs réunions devinrent de véritables congrès politiques, où l'on délibérait de la guerre et des impôts. Le succès des calvinistes en Ecosse alluma l'ardeur belliqueuse de gens qui se voyaient insultés , et qui sentaient leur puissance. Les calvinistes demandaient que l'on rendît aux princes du sang le pouvoir usurpé par les Guise, dont l'ambition menaçait la couronne. Les plus violents disaient que ces tyrans avaient mérité la mort. La noblesse ne les aimait pf)int, parce (]u'ils accueillaient les solliciteurs en leur montrant les ixjtJ'nces à l'usage des plus importuns. Enfin les huguenots, tel fut le nom (ju on