‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 32 sur 38 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DR i'an 15f,0 A I"\V 1588

Charles IX n'était âgé que de dix ans. Médicis , déclarée régente , accorda au roi de Navarre le titre de lieutenant -général du royaume. Le connétable de Montmorency se rendit à Orléans et fit mettre en li berté le prince de Condé , qui se retira en Picardie pour oliserver la marche des événements. Le roi , entonna d'une garde nombreuse , fit l'ouverture des États-généraux , mais les seigneurs le laissèrent dans l'abandon, tandis que le duc de Guise , tranchant du souverain, se faisait siiivre de l'élite de la noblesse et allait pompeusement en pèlerinage à Notre-Dame-de-Cléry (1560).

TM L'OHLflANAIS

La priiu'ipalo haranyuo fut celle de Michel de L'Jlôpital. Ce vertueux magistrat traça le tableau des maux qu'avaient causés les persdcutions religieuses , et (xhorta les deux partis à ne s'occuper que du bien public. Tout le monde sembla pénétré de la sagesse de ses conseils ; le clergé , las de scandales , promit de se corriger , pourvu (ju'on rétablît les élections ecclésiastiques. La noblesse, favorable aux protestants , émit le vœu qu'on accordât des temples aux religionnaires; le tiers-état demanda la réforme de divers abus, l'abolition de la vénalité des charges , et l'institution d'Etats-généraux convoqués à des époques fixes et déterminées. Après avoir reconnu que la dépense s'élevait à 43,000,000 et que la recette était d'environ 12,000,000, les députés se séparèrent sans indiquer le moyen de parer au déficit.

La régente fit alors rendre l'ordonnance d'Orléans", prélude d'importantes réformes dans l'administration du royaume et la discipline de l'Eglise gallicane. Déjà Médicis , importunée des exigences de Rome , se rapprochait des calvinistes ; elle défendait , sous peine de mort, de se servir des termes injurieux de huguenot ou de papiste. Les protestants trouvaient en elle un ferme appui : ils exerçaient leur culte en public; et la ville d'Orléans , capitale de l'apanage particulier de la régente , fut, par un édit spécial (1562), mise au nombre de celles qui eurent un prêche et des temples. Verdet, procureur du roi et deux autres catholiques de Châteauneuf , arrêtés pour avoir maltraité des huguenots , furent amenés à Orléans , et pendus sur la place du Martroi; les catholiques en firent des martyrs. Cependant, par opposition à ces tendances de la cour, le peuple, accoutumé à respecter une hiérarchie sociale qui lui faisait honorer la personne du roi, voyait avec répugnance l'insubordination religieuse menacer d'un complet bouleversement la hiérarchie ecclésiastique, objet de son culte et de sa vénération. " Le catholicisme était • l'âme de la famille , de la cité , de la nation ; il était pour le peuple •• la samtioii du passé et de l'avenir, la garantie de tous les droits.

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■• la souivc de toutes les jouissances; il était la \ie entière. J^ois, •• mœurs , actions , pensées , arts , cérémonies , foyer domestique . " existence publique, tout était imprégné de catijolicisnic. - Le peuple alarmé regardait le protestantisme comme la ruine de la société ; à ses yeux ces sectaires étaient des étrangers , de barbares iconoclastes , dignes de toute l'animadversion qu'avaient méritée les fils de Mahomet. Les Guise remarquLM'ent le progrès de ces idées, et voulurent en tirer parti. Le Parlement, revenu au catholicisme depuis le supplice du conseiller Dubourg , rendit , à l'instigation des Lorrains , des édits contre les calvinistes. Le chancelier proposa la convocation de nouveaux Etats à Pontoise, dansl'espoir de diminuer l'influence des catholiques. Le résultat répondit à ses désirs : ils demandèrent que les Guise fussent exclus du conseil , et exprimèrent le vœu que l'on vendît les biens de l'Église pour éteindre la dette publique et allégeiles impôts*. Le clergé para le coup dont il était menacé en faisant un don de quinze millions. Alors le gouvernement, fort de l'approbation des États , décréta l'abolition de l'édit qui interdisait l'exercice du culte calviniste. Peu s'en fallut que la secte nouvelle ne devînt la religion de l'État et du roi. Au colloque de Poissy, qnï mit en présence les évêques et les ministres des deux cultes, Théodore de Bèze prit la parole et osa proclamer •• que le Christ , dans l'Eucharistie, est autant éloigné du pain et du vin comme la terre l'est du ciel. " Les prélats crièrent au blasphème, et l'on fut oMigé de dissoudre, pour cause de violence et d'emportement , une assemblée dont on avait espéré la conciliation.

Catherine resserrait de plus en plus ses alliances secrètes avec le parti protestant; mais elle n'acceptait pas les avances du prince deCondé et des huguenots, qui lui offraient cinquante mille hommes. Le roi de Navarre se rangeait au contraire du côté des catholuiues. L'irritation des esprits était à son comble.

A la nouvelle du massacre de Vassy, Condé fait assembler tous

' Lm'I.ace, liv. vr.

.Ml I. OHLKANAIS

les protestants d'Orléans, et reçoit leur serment de fidélité au roi , à la reine, et de dévouement à sa personne. Il leur choisit pour gouverneur Fran(;ois de La Noue, surnomme Bras-de-Fer, guerrier plein de feneur et de courage; le corps des échevins est formé de religionnaires; les docteurs de l'Université sont chassés et les élèves dispersés; le service divin est interrompu; les prêtres insultés et poursuivis se cachent ; on profane les églises ; on viole les tombeaux. Le sépulcre de Louis XI à Cléry est ouvert; » sa statue en cuivre faicte au vif du roi estant à genoux - est brisée ; ses os , ceux de tous les princes et seigneurs . les restes du grand Dunois aussi bien que ceux de Tristan sont brûlés. A Saint-Aignan , les reliques des saints éprouvent le même sort. La châsse du bienheureux évêque , les riches meubles , la soie , les broderies , sont enlevés et grossissent le trésor des sectaires. Les statues des rois, celles de l'impitoyable Louis XI comme celle du bon Louis XII, sont renversées, traînées la cordeau cou dans la fange et jetées dans la Loire. L'église du couvent des Bénédictins est détruite de fond en comble. Les monastères de femmes sont livrés au pillage. On fond les cloches pour en faire des boulets. Le trésor de la cathédrale est pillé. Les protestants enlèvent " la fiole contenant le laict virginal de la glorieuse Marie •• et l'étendard du roi Robert. Le cœur de François II, arraché de la nef de Sainte-Croix, est réduit en cendres. A la tour Neuve, convertie en laboratoire et en hôtel des monnaies , s'engloutissent et disparaissent des objets d'art remarquables par leur richesse et le fini du travail. Odet de Châtillon-Coligny, cardinal et abbé de Saint-Benoît-sur- Loire , livre aux protestants les châsses et l'argenterie de son monastère ; les précieux manuscrits de cette bibliothèque , volés dans cette occasion, se retrouveront un jour au Vatican. La populace surprend un pauvre prêtre au moment où il disait la messe , et le met en sentinelle à la porte du pont, le forçant à garder les habits sacerdotaux, avec un morion sur la tête, une hallebarde sur l'épaule et l'épée au côté. Gueset, curé de Saint-Paterne et inquisiteur de

ANCll-N F-:T .MOltKUNi:.

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la Foi sous le règne de François 11, est découvert, saisi et traîné devant Groslot , qui, sur son refus d'abjurer, lu condamne à (''trc

pendu. Six religieux cordeliers, enfermés dans une prison, meurent presque tous de faim ou de misère. Un ministre protestant, Comand Badin, publie une satire intitulée VAlcoran des Cordeliers. On pend Sapin, conseiller au Parlement, et l'abbé de Gastine, en représailles des meurtres consommés par l'ordre du duc de Guise: Condé signe cet arrêt, apposant son glorieux nom près de celui de l'ignoble Rouge -Aurei lie, prévôt des bandes. Les lieux les plus saints , les églises et les monastères servent de casernes aux lansquenets allemands et d'écuries à leurs chevaux. Les détails de tant d'horreurs expliqueront un jour, sans les excuser, les vengeances des catholiques. Condé , à la tête de cinq ou six mille hommes , avait son quartier-général à Orléans. Les calvinistes le reconnurent pouidéfenseur du roi et légitnne protecteur du royaume; Coligny et Dandelot comptaient sur l'appui de la reine d'Angleteire. Les pniicipaiiy

liMy I/O lU.KA NAIS

clK'fs se parUvoèront les provinces pour y iilluiner l'incendie. Monl- <,M)tinnfrv, siiv de Lorges , se chargea de soulever la Normandie; Condt' lit i'acr aux dépenses avec les trésors qu'il avait enlevés à Orléans.

T.es Guise, secondés par Philippe. Tl, rf)i d'Espagne, se mirent en dé fen.se.

Aussitôt la guerre civile répandit ses fureurs. Le roi de Naxarrc s'avança pour faire le siège d'Orléans , pendant que Condc se dirigeait vers Paris, (ju'il comptait surprendre. La reine-mère, affli géç de ces événements, essaya vainement une entrevue à Toury, pour rapprocher les deux frères. Tous deux croyaient agir pour le bien de la Couronne et du pays. Les huguenots montraient une confiance insolente en leurs chefs et dans leur nombre. Nobles pour la plupart , ils méprisaient les manants sur lesquels s'appuyaient leurs adversaires. De faibles victoires exaltèrent leur orgueil : ils prirent d'assaut la ville de Beaugency et la livrèrent au pillage; mais les catholiques traitèrent avec la même barbarie d'autres cités plus importantes , Blois , Tours et Angers ; bientôt toute la basse Loire fut en leur pouvoir. Le découragement éclaircit les rangs des calvinistes, les généraux se dispersèrent; Condé et Coligny s'établirent à Orléans. " Ils retinrent près d'eux les affectionnés, se mirent sur la défensive en attendant les étrangers , et envoyèrent les malcontents faire la guerre chez eux , lesquels firent mieux qu'ils ne pensoient , aucuns pour leur conservation , autres en espérance d'établir des tétrarchies , et infinis pour saccager ' . " L'armée royale vint assiéger Rouen , que Montgommery défendit long-temps avec courage sans pouvoir la sauver Condé, enfermé dans Orléans , reçut les auxiliaires que Dandelot lui amenait d'Allemagne. Il prit les petites villes de la Beauce, échoua devant Corbeil et menaça les faubourgs de Paris. Les royalistes, renforcés de sept mille Espagnols et Gascons, le contraignirent à la retraite. Chemin faisant il prit Gallardon, d'où il en-

' T\vsNNi;>i, liv. .\M.

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voya sommer le gouverneur de Chartres, le sieur d'Eguilly. (jui resta fidèle aux Guise. N'osant point commencer le s\6frc , il gagna Dreux en toute hâte. Au moment où il traversait l'Eure à .Maintenon , une vieille femme entra fort avant dans l'eau, le saisit par sa botte, et lui dit : " Prince, va, tu souffriras; mais Dieu est avec toi. •• Ces paroles lui semblèrent de mauvais augure , et il engagea la vieille à prier pour lui *. Le connétable de Montmorency, chef des catholiques, se porta pendant la nuit entre le Boulay-Mivoie et Marville Moutier- Brûlé. Il s'appuyait sur Dreux, et se trouvait couvert par la rivière et les bois de Mont-Mousset. Son avant-garde, conduite par Guise et Saint- André, était formée de cavalerie; il se tenait au centre avec l'infanterie et la gendarmerie; les artilleurs et les Suisses étaient en troisième ligne. Coligny fit face au connétable. Condé se rangea en présence des Suisses, Mosny et d'Avarel se tenaient au centre. Après quelques légers combats, l'armée catholique se porta en avant et fut rompue par une charge de Suisses. Les Enfants perdus et les Argoulets , soldats déterminés , fondirent sur ces montagnards , et parvinrent à les entamer. Ils se rallièrent , et tinrent ferme pendant que Coligny enfonçait l'escadron du connétable , dispersait son escorte et le faisait prisonnier. Les catholiques , poussés de la sorte, se jetèrent sur les lansquenets protestants et les mirent en déroute. Condé accourut à leur secours avec les reîtres et r()m[)it une seconde fois les escadrons royaux. Il paraissait sûr de la victoire, lorsque la réserve, conduite par Guise , Saint- André et Damville , tailla les reîtres en pièces et mit en pleine déroute l'escorte du prince, qui fut enveloppé et se rendit. Les fuyards essayèrent de se rallier et tuèrent le maréchal de Saint-André ; mais, dispersés une seconde fois par les bandes espagnoles, ils perdirent leur artillerie On compta sur le champ de bataille sept mille morts. Trois mille huguenots étaient prisonniers. Condé, traité avec de grands égards par le duc de Guise, fut conduit à Chartres et enfermé dans la Henaudièrf . prisoti

' Chevard, Hislohe de Chartres.

3,i.s L'ORLÉANAIS

de l'ahbaye de Saint-Père. Les seigneurs morts furent déposés dans

l'étrlise de Saint-Pierre de Dreux.

Les protestants, ralliés par Coligny, se retirèrent en bon ordre vers le Berry. Guise les suivit jusqu'aux portes d'Orléans, et l'on s'attendait à une nouvelle bataille , lorsque l'amiral , incjuiet des mutineries des reîtres, se replia vers la Normandie. Dandelot, son frère, enjoignit à tous les habitants catholiques d'évacuer la place , et les protestants arrivèrent en foule à Patay, quartier-général de Coligny. Celui-ci reprit l'offensive, s'empara des petites villes de la Beauce et du Vendomois, et passa la Loire à Beaugency, où il comptait s'opposer à la marche de Guise contre la ville d'Orléans. Mais celui-ci parut avec des forces supérieures, força l'armée protestante à évacuer Jargeau, et vint camper au bourg d'Olivet.

Catherine de Médicis et le jeune roi se retirèrent à Beaugency, avec le prince de Condé, qu'ils laissèrent dans le donjon. Le duc de Guise commença le siège avec vingt mille hommes , fit enlever Cléry par les arquebusiers , et livra des escarmouches à la hauteur de Saint-Marceau et au Portereau. (1563.) La tête du pont des Tournelles tomba en son pouvoir, et il établit des batteries qui causèrent d'affreux ravages. Craignant d'attacher son nom à une œuvre de destruction , il pria la reine-mère de permettre que Condé vînt entretenir le duc de Montmorency , prisonnier à Orléans , pour que ces deux chefs avisassent aux moyens de conciliation. On lui répondit qu'il fallait avant tout pousser le siège avec vigueur , mais il déclara que la résistance se prolongerait , et obtint enfin de Catherine l'autorisation nécessaire pour la conférence indiquée. Condé fut amené sous bonne garde dans l'Ile-aux-Bœufs, près d'Orléans, oîi il trouva Montmorency. Mais cette conférence n'ayant abouti à rien, Guise ne se crut pas obhgé à d'autres ménagements. Il fit tirer à outrance ses canons et bombardes , " mandant à la reine que , sous vingt -quatre heures, elle aurait nouvelle de la prise d'Orléans. '• L'exaspération était grande parmi les })rotestants. L'un d'eux, Jean

ANCIFÎN HT MODKHM:

Poltrot de Méré, jeuiu' lioiunie de vingt-six ans, se dévoua pour le salut de son parti. Caché derrière une haie, non loin de Lazin, il épia le retour du duc qui était allé au-devant de son épouse , lui tira un coup de pistolet chargé de balles empoisonnées, et l'atteignit a l'épaule. Guise fut transporté mourant dans une maison appelée les

Vaslins, àOlivet, où il expira. L'assassin, après avoir couru toute la nuit, se retrouva le matin près du lieu où il avait commis son crime , et xm secrétaire du duc l'arrêta.

La mort de cet illustre chef laissait à Catherine l'exercice absolu du pouvoir dont elle avait long-temps souffert le partage. Ses rapports avec les catholiques devenaient meilleurs; elle sentait la nécessité de s'unir à eux et d'écraser les protestants, dont elle maudissait l'arrogance. Mais les hasards de la guerre civile l'enVayaient; amie de la temporisation , elle ne jugeait pas à propos de frapper un coup

:tii) i;uhliUnais

d'i'-tat ; elle écouta donc les ouvertures de paix , et fixa elle-même les articles d'un nouveau traité qui fut arrêté dans l'Ile-aux-Bœufs, et s\<rné quatre jours après par les principaux chefs. On accordait aux calvinistes la liberté de conscience, le droit d'exercer leur religion, et amnistie entière pour tous les crimes et délits politiques. Cependant les deux partis exceptèrent du pardon général les assassins et les traîtres. Poltrot de Méré prétendit cj^ue l'amiral de Coligny l'avait poussé au meurtre , ce qui ne le sauva pas du dernier supplice. Un soldat qui avait livré aux catholiques le fort des Tournelles fut abandonné aux bourreaux.

La réconciliation paraissait sincère et durable ; les protestants allèrent saluer la reine au château de Caubray, près Olivet; six trompettes, dont trois catholiques, publièrent à Orléans la nouvelle de la paix. Les religionnaires, usant de leur droit, célébrèrent avec pompe la Cène dans l'église de Sainte-Croix ; mais , échauffés par les discours de Théodore de Bèze , ils firent mine de saccager cette cathédrale. Condé essaya vainement de calmer leurs transports, et il fut obligé de faire avancer les arquebusiers.

Charles IX, encore enfant et bercé de dévotes idées, éprouvait pour les protestants une grande aversion. Il fit son entrée dans la capitale de l'Orléanais, et accueillit avec faveur les requêtes des papistes. Les gens de son conseil, exploitant ses secrètes dispositions, prirent des mesures rigoureuses à l'égard de tous ceux qui s'étaient signalés dans les récentes querelles. On poursuivit Sureau-Durozier, auteur de divers écrits dans le sens calviniste. Les soldats catholiques , renfermés dans les bastilles , se portaient à mille excès contre les religionnaires, qui, s'abusant sur leurs forces, ne cessaient de provoquer des mesures de plus en plus contraires à leurs intérêts. A Orléans , à Chartres , à Châteaudun , dans les petits villages de la Beauce, tels que Mézièreset Talcy, s'ourdissaient des complots, éclataient de sanglantes collisions Cette paix, de si équivoque durée, excitait l'indignation des deux partis. Les catholiques criaient à la

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trahison et ne pouvaient concevoir qu'on vendît pour trois millions de biens du clergé afin de payer la solde des reîtres protestants , il le fallait cependant, pour débarrasser le royaume de ces bandes étrangères. " Ainsi les vaincus étaient gratifiés au détriment des vainqueurs, et ceux-ci payaient les instruments de la révolte. •■

Le concile de Trente rendit à la catholicité son unité et sa force première. L'autorité du pape se trouva restreinte dans de plus étroites limites; sa puissance d'action s'en accrut. Dès lors, il fut le régulateur de la discipline , l'interprète suprême des canons , le chef incontesté de l'Eglise, et il fut désormais facile de prévoir l'issue de la lutte qui recommençait.

Les chefs catholiques, les Tavannes, les Montluc, les Montpensier traitaient de sacrilège cette paix faite avec des sectaires hautains , ombrageux, " la main sur l'épée et toujours prêts à la rébellion. •• Les hommes de guerre , peu scrupuleux quand il s'agit de verser le sang, laissaient leurs soldats commettre des meurtres et des assassinats. Cent trente-deux calvinistes périrent, et la justice ne daigna pas s'en occuper. Les duels étaient choses journalières ; on se battait pour assouvir des instincts féroces ou par fanatisme. L'autorité de la reine était méconnue , et cependant jamais reine-mère ne déploya un zèle aussi grand pour sauver la couronne de ses fils. Elle tolérait le dérèglement des mœurs et encourageait les amours des gens de sa cour, dans l'espoir d'adoucir leur naturel sauvage ; des femmes brillantes de beauté entouraient de séductions, énervaient de plaisirs les austères protestants et les licencieux catholiques. Mais les haines des partis ne s'apaisent point au bruit des concerts et des fêtes. Le résultat trompa les calculs de Catherine; •• l'amour, ainsi conçu, se revêtit de formes cruelles; " on égorgeait son rival, on tentait, pour plaire à une dame, les entreprises les plus bizarres. Tel catholique , répondant à un défi , se jetait du haut de la tour Saint-Jacques d'Orléans et se tuait , victime de son extravagant délire ; tel autre se précipitait dans les gouffres du Loiret ; tel autre

n 'hésitait pas à se ruer sur sept rangs de hallebardes; on ne parlait que duels, adultères, divinations, astrologie. Les maladies contagieuses, nées de la corruption, substituèrent leurs ravages au fléau de la guerre, et resi)èce humaine se vit ainsi menacée de destruction par des éléments de mort plus affreux que ceux des combats.

Les calvinistes , protégés par leur foi sévère , résistaient pour la plupart à ces attaques; ils rougissaient en voyant les amours de Condé avec la belle de Limeuil ; leurs prédicateurs tonnaient contre la moderne Babylone. Un voyage que Catherine fit avec le roi dans les provinces indiqua quelles étaient les dispositions secrètes de la cour. Les villes infectées de protestantisme recevaient des garnisons catholiques; les gouverneurs de Blois et de Chartres étaient remplacés ; la citadelle de la porte Bannier menaçait les émeutiers d'Orléans. Enfin Charles IX, ému à l'aspect de diverses ruines, ne cachait pas sa pieuse horreur pour les destructeurs de monastères , de croix et d'églises. Il rencontra, lors de son passage à Bayonne, le duc d' Albe , personnage sombre et aux avis sanguinaires , qui lui conseilla, s'il voulait sauver sa vie, de faire un massacre général des protestants , >■ parce que dix mille grenouilles ne valaient pas une tête de saumon. "

La réaction catholique trouvait les calvinistes disposés à la résistance, et prêts à un soulèvement général ; ils s'organisaient en silence, prêts à sacrifier leurs fortunes et leurs vies pour le triomphe des réformes qu'ils avaient proclamées. Sur ces entrefaites , le roi vint à Blois fixer sa résidence. Tandis que Catherine s'efforçait de réconcilier les chefs des deux partis , Coligny se purgeait par un serment public de toute complicité dans le crime de Poltrot, et les Guise semblaient s'adoucir; mais les querelles particulières, les émeutes locales suscitées par la diff'érence de religion continuaient , et c'était chaque jour de nouvelles victimes, surtout parmi les huguenots. Leurs historiens déclarent qu'il en périt de la sorte plus de trois mille dans les provinces d'outre-Loire. Ces sinistres avertissements n'ef-

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frayaient point les calvinistes. Fiers et intraitables, ils disaient hautement que c'était chose licite de tuer le roi et la reine. Condé menaçait la cour d'une prise d'armes; l'Allemafi^ne ])rotestante envoviiit des ambassadeurs au roi, qui répondait avec aigreur : •• J'ai bonne idée, à mon tour, de prier vos princes de laisser dire la messe dans leurs villes. •• La hauteur et l'emportement de ses paroles n'indiquaient que trop ses projets.

Les revers de Marie Stuart , fille de Lorraine et alliée des Guise, avaient livré l'Ecosse catholique à l'Angleterre protestante. C'était un triomphe pour les calvinistes. La révolte du Brabant , de la Hollande et de la Frise leur inspira plus de confiance et d'orgueil. Condé et les Coligny engageaient la reine à soutenir les rebelles afin de diminuer la puissance de l'Espagne ; ils offrirent au roi une armée de vingt mille huguenots. La reine se contenta de s'entourer de Suisses, braves soldats et mercenaires fidèles. De sourdes rumeurs firent craindre aux protestants que la cour ne songeât à les surprendre et à les exterminer. Châtillon-sur-Loing était le séjour de Coligny ; il y réunit les chefs et les décida à finir par la guerre l'état d'incertitude où ils vivaient depuis cinq ans. Dans cette conférence célèbre furent adoptés les plans de campagne du parti. On de^ait enlever le roi et la reine , gouverner en leur nom , et laisser la liberté de conscience à tout le monde.

La cour avait des espions, qui ne purent la servir; l'un d'eux vit à Châtillon Coligny " habillé en ménagier , faisant ses vendanges , •• et le lendemain toutes les routes étaient couvertes de protestants ; cinquante places fortes tombaient en leur pouvoir. La cour se retira àMeaux, et, tandis que Montmorency parlementait avec l'ennemi, les Suisses arrivèrent et se formèrent en bataillon carré ; le roi , la reine, ses femmes et ses ministres se placèrent au centre, et l'on se dirigea vers Paris. Les calvinistes se nièrent inutilement sur les piques de ces intrépides montagnards. Condé se mit en devoir de bloquer Paris , comme s'il eût eu à sa disposition cent mille hommes ;

;)i4 L'ORLÉANAIS

hi bataille de Saint-Denis lui i)iouva que le nombre était du côté des calliDluiues, et il se retira jus(iu'à Pont-à-Mousson , où il fut rejoint par le lils du l'électeur palatin , qui lui amenait neuf mille hommes. Il se dirigea aussitôt vers la Beauce pour délivrer Orléans , assiégé par les catholiques. Ne pouvant forcer Beaugency, il parlementa avec le gouverneur, Charles de Berthinville , et obtint la permission de traverser seulement la ville. Lorsque la moitié de l'armée protestante fut passée, on leva les ponts-levis , ce qui valut aux auteurs de cette -perfidie les plus violentes injures ' de la part des soldats.

Coligny se procura la solde des reîtres en rançonnant les villes et en saccageant les églises. Une telle conduite excita de grandes clameurs dans l'Orléanais ; sa tête fut mise à prix ; on fit proclamer dans toute la contrée qu'une récompense de cinquante mille écus d'or serait donnée à celui qui le livrerait mort ou vif. Il opéra sa jonction avec l'armée protestante du midi , débloqua Orléans , et marcha sur Beaugency, sur Blois et Vendôme, dont il s'empara, et qui souffrirent de la présence de ses soldats. Enfin Condé s'approcha de Chartres, sans trouver d'obstacles capables de l'arrêter.

Cette ville n'avait qu'une faible garnison ; mais, poussés au désespoir par le bruit qui s'était répandu qu'on liyi'erait les maisons au pillage, les habitants résolurent de se défendre. Ils avaient pour chefs Antoine Delinières et Jean de Bourdeilles, gentilhomme gascon. Ce dernier, homme de talent et de courage , fut tué dès le commencement du siège, à l'assaut donné le 8 mars (1568) au ravelin de la porte Saint-Michel. Avertis par le peu de succès de cette attaque, les protestants dirigèrent leurs efforts contre la porte Drouaise et la tour des Herses ; les canons pratiquèrent une brèche que les habitants eurent de la peine à réparer. Une nouvelle brèche ne permit point encore de livrer l'assaut, et plusieurs jours se passèrent en mousquetades sans résultats. Alors on reçut dans la ville l'ordre du roi de

' Et le surnom rlc chala aux habitants (U> ncausonry.

ANciKN i-;i MoDi. uni:. hi-,

suspeiulie les hostilités. Condé , accoptaiit lu Iiônl'. lit lelrailt' par Boniieval et Illiers, ajn'ès avoir iiitendié les églises de Saint-Chéron, de Saint-Georges, de Saint-Barthélémy et de Beaulicu. Les reîtri-s allemands , chargés de butin , égorgèrent des prêtres et hiissèrenl jnirtout des traces de leur cruauté. Las d'être pillés, les i)avsans les harcelèrent et jetèrent le désordre parmi eux. Les hostilités avaient à peine duré cinq mois; les protestants eux-mêmes désiraient la paix , mais ils se fiaient peu en la parole royale , et les catholiques mécontents trouvaient qu'on avait tort de foire la moindre concession. Pie V occupait le trône de saint Pierre. 11 était de mœurs rigides, et ne donnait point prise aux récriminations des huguenots, si fondées à l'égard d'Alexandre VL Philippe II, roi d'Espagne, secondait, par les exécutions qu'il prescrivait dans son royaume, ce pontife, jadis grand inquisiteur, qui ])ersécuta les hérétiques, et porta au protestantisme les plus terribles coups.

La reine-mère entrevit le but politique des huguenots, et commença à les voir d'un œil de haine : elle abandonna le système de tempérament et de modération qu'elle avait adopté. ■• Ils n'ont que trois mois à vivre, laissait-elle dire autour d'elle, et le roi, s'il veut empêcher qu on ne les assassine, sera détrôné et mis dans un couvent. - Les prêtres prêchaient ouvertement le meurtre; deux mille calvinistes tombèrent égorgés. La cour lança un édit qui d»'fendait , sous peine de mort , l'exercice de tout autre culte que le culte catholique, et prononçait l'exil de tous les ministres réformés. Soudain les huguenots se levèrent en masse; la France se couvrit de soldats et de brigands qui, à l'abri tlu drapeau religieux, saccageaient les provinces. La bataille de Jarnac enleva aux protestants leur chei', Condé, tué par derrière d'un coup de pistolet.

(1569.) Henri de Navarre, jeune homme de quinze ans, reconn\i pour généralissime , fut placé sous la direction des deux Coligny. Il demanda le corps du prince, et le fit inhumer à Vendôme dans le tombeau de ses aiicêtres, •• dont il avait jadis violé les cen-

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