‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 36 sur 38 · ANCIKN II MODI.UM · texte numérisé non relu

ANCIKN II MODI.UM

tioiis, son devoir et 1 hiMiiicur. .Mais il s'ahusail >ui- 1rs (ll>|l(l-^lll()Ils (les grands, et surtout sur (cllcs du luenu jx'Upk-; les ]iaiii|»lilets étaient loin do représenter l'opinion , et rien n'était plus iaux (pie de croire à la possibilité d'une régence exercée par Philippe V. Le eomplot , traiTK' dans ce but . fut révéh' à Dubois par une courtisane

pAcNf

nommée Fillon. On se rendit maître des correspondances; l'ambassadeur d'Espagne étant venu réclamer, chez le ministre d€ la guerre, ses dépêches que l'on avait saisies, fut arrêté. Dubois le reconduisit jusqu'en son hôtel , et fit apposer , en sa présence , les scellés sur tous ses papiers. Les portes de la Bastille se fermèrent sui- le duc de Richelieu, le marquis de Pompadour, Saint-Geniez et quelques autres conspirateurs; Vincennes reçut les moins importants.

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riulippe, sioil rli'iiR'iice , soit politique, n'exerça ])oint une justice sëvère: il voulut ainsi représenter cette conspiration comme une intrigue s;ms portée. Mais il (it arrêter le duc et la duchesse du Maine, cl obtint peu de mois après de cette princesse la déclaration jniblique qu'elle seule avait tout dirigé à l'insu de son mari. Humiliant aveu, qui jetait sur son époux un triste ridicule! Mais elle était femme de peu de tête et de peu de cœur, car elle acheta sa liberté au prix d'une dénonciation, en li\rant à l'échafaud quatre pauvres gentilshommes assez insensés pour se mêler des (]uerelles des grands!

La conspiration de Cellamare ne fit qu'affermir le pouvoir du duc d'Orléans. Les excès , qui achevaient d'énerver son corps , ne lui avaient rien ôté de sa vigueur d'esprit. Philippe V s'était plaint avec hauteur du renvoi de Cellamare, et l'avait nommé vice-roi de Na- \arre. Le régent , sensible à cette insulte , fit alliance avec les cours de Vienne et de Londres, et déclara la guerre à l'Espagne (1719). Les p()litii]ues et les gens de l'ancienne cour blâmèrent cet acte de violence envers le petit-fils de Louis XIV et un pays allié de la France. Mais Philippe n'était point homme à reculer. La destruction de la marine espagnole, si ardemment souhaitée par les Anglais, commença. Les forteresses d'Urgel et de Fontarabie tombèrent au pouvoir des Français, ijue n'ébranlèrent point les tentatives de séduction du roi d'Espagne. Le maréchal de Berwick incendia les chantiers et neuf vaisseaux de la marine espagnole , tandis que Byng battait et dispersait une flotte nombreuse. vVlberoni fut honteusement chassé du conseil du roi , dont les vaines illusions étaient dissipées , et on signa une paix qui consolida le repos et la tranquillité de l'Europe.

Malheureusement la France, lasse et épuisée par la guerre, fut en proie à d'autres fléaux : un incendie consuma la moitié de la ville de Rennes ; des bandes de loups affamés se montrèrent dans l'Orléanais, y tuèrent plus de deux cents personnes, et obligèrent les officiers de vénerie de leur faire la chasse avec les meutes du roi. La peste exerça d'horribles ravages à Marseille et dans les ])rovinces

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méridionales. L'a chute du système do Law détruisit la fortune publique et bouleversa toutes les existences ; le parlement , ayant refusé son concours au régent, qui avait besoin de faire enregistrer des édits, fut exilé à Pontoise; le cours de la justice se trouva suspendu, et le peuple accusa la cour de provoquer, par des désordres, tant de calamités. Le régent voulut tenir tête à l'orage. Il montra de l'énergie, mais ne sut pas appliquer les remèdes. Les jésuites, d'abord sacrifiés aux colères des parlements , furent réhabilités pour flétrir les arrêts de ceux-ci. Le régent blessa les justes susceptibilités du clergé par son mépris des choses religieuses; à son exemple, les ])lus hauts fonctionnaires se firent honneur de leurs dérèglements. De cette époque datent la décadence des idées religieuses et la licence des mœurs. Les vices, jusqu'alors réservés aux gens de cour, se glissèrent dans la bourgeoisie. Mais on accuserait à tort le duc d'Orléans d'avoir fait de la corruption un système. Il subissait la fatale influence de Dubois. Jamais il ne prit de résolution importante sans consulter cet homme dépravé, qu'il surpassait en génie et en lumières ; il le méprisait, lui montrait du dégoût , et se laissait guider par lui. Inexplicable travers de l'esprit humain! mystérieuse alliance de deux cœurs si peu faits pour se rapprocher! Était-ce un éclatant témoignage de l'adresse de Dubois, de sa finesse, de son astuce? Était-ce la récompense des avis utiles qu'il avait parfois donnés et du dévouement dont il avait fait preuve? Peut-on y voir un indice de cette faiblesse, de cette bienveillance poussée à l'excès, et qui formaient la base du caractère du duc d'Orléans? Plusieurs écrivains ont essayé d'expliquer autrement le crédit et la puissance de Dubois, mais il n'entre point dans notre cadre de refaire le tableau si (onini des mœurs de la régence , et d'exposer ici de triste^s vérités. Les goûts et les plaisirs de Henri IV souriaient à Philippe d'Orléans, qui les fit changer de forme et les dénatura. Dubois sut tirer parti de cette disposition du prince; mais, pas plus que les femmes de son entourage, il ne lui arracha, en aucune circonstance, les secrets de

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l'État. Mesdames de Parabère et de Sabran eurent sur le régent peu d'inHuence et parfois, il leur faisait sentir cruellement son mëpris.

A la mort de Dubois, on espéra voir quelque changement dans la conduite du prince; mais ses habitudes étaient enracinées et la vieillesse était venue le chercher avant le temps. Las du pouvoir , il se hâta de faire sacrer Louis XV et de lui rendre l'exercice de l'autorité. Son empressement répondait aux calomnies qui l'avaient naguère assailli. Le jeune roi le sollicita vivement de présider au conseil , en sa qualité de premier ministre; il s'y refusa d'abord par ennui des affaires et par indolence, puis il accepta. On le vit alors mener une existence incroyable , travaillant le jour et passant des nuits sans sommeil au milieu des plaisirs. 11 mourut, frappé d'un coup de sang, dans les a])partements et près de la duchesse de Phalaris (1723).

Cm prince, que les écrivains ont diversement jugé, les uns en l'accablant do reproches et de calomnies \ les autres^ en le comblant

- Vie du duc d' Orléans, par M. L. M. D. M. Mémoires de la Régence, par Piospen ; Histoire de la Régence, par Marmontei..

' Voi.T.MKi;, Siècle de Louis XIV cl de Louis AT.

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d'éloges, ce prince était doué de qualités rares et même de quel(|ue> vertus. Sa magnanimité, sa clémence étaient sans bornes; les ofleiises le trouvaient toujours prêt au pardt)n, ou plutôt à l'uuhli. Lors d'une émeute affreuse, où la populace promena sous les fenêtres de son palais trois cadavres sanglants , tombés victimes du système de Law, il resta sourd aux insultes et aux imprécations , et ne voulut pas qu'on employât la force pour disperser ces malheureux ; d lisait avec intérêt les satires de La Grange-Chancel, et ne s'émouvait ]);i ^ des atroces imputations qu'elles renferment. Un seul trait sembl;i l'affliger, ce fut l'inscription destinée au tombeau de sa mère : Ci-gil l'Oisiveté (mère de tous les vices) ! et cela le blessait pour la mémoire de la duchesse plus encore que pour lui-même. Il montra du courage à la guerre , de l'habileté dans le conseil et de la sagacité en affaires. Le système de Law, si chaudement protégé par lui , était une œuvre de génie qu'il fallait deviner, qu'il apprécia, et dont il ne sut point arrêter les excès. A ces qualités d'un prince, il alliait les talents de l'homme privé. La Fare composa le poème de deux opéras dont il fit la musique , et qui furent joués dans son palais. Les murs du château de iMeudon offrirent long-temps à l'attention de connaisseurs d'excellentes peintures de sa composition. Enfin, on lui attribue les estampes d'une belle édition de Daphnis et Chloé , traduction d'Amyot. On ne connaît que trop son luxe , son faste et ses prodigalités ; mais parfois il fit des dépenses dignes du chef d'un puissant royaume. La couronne lui doit l'acquisition du magnifique dian)ant connu sous le nom du Régent.

Nous trouvons peu de traces du passage de ce prince dans son duché , ni la preuve qu'il ait porté aux Orléanais l'intérêt que leur avaient accordé plusieurs de ses ancêtres. Un édit de Louis XV, publié par le régent, rétablit la Monnaie d'Orléans, dont les pièces étaient marquées de la lettre R. (1716). Une bibliothèque pubhque fut ouverte pour la première fois dans le couvent des Bénédictins, et confiée plus tard aux soins de dom Méri, savant personnage. Il nomma

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KobiTt Pothicr, jurisconsulte, alors âgé de vingt et un ans (1720), conseiller au présidial d'Orléans. Le chevalier de Louville, astronome de l'Académie des sciences, fit établir un observatoire sur les bords de la Loire, à Saint- Jean-de-Bruge , et là, encouragé par Philippe, il se livra pendant la luiit à des travaux qui le firent passer pour sorcier aux yeux des habitants de la contrée.

Philippe laissait trois filles , dont l'une épousa le duc de Berry, lautre le duc de Modène, la troisième fut abbesse de Chelles, et un fils, Louis, duc d'Orléans, né à Versailles (1703). L'éducation de ce jeune prince fut dirigée par un prêtre vertueux , qui le déroba aux fâcheux exemples de la cour. Il épousa la princesse de Bade, et la perdit après deux années d'une union parfaite. Il renonça au monde et ne parut que rarement à la cour, dans les circonstances où sa présence était nécessaire. Le cardinal de Fleury lui ôta la charge de colonel-général de l'infanterie , sans qu'il laissât paraître le moindre déplaisir. L'étude des sciences naturelles , la culture des lettres lui offraient des consolations. Pendant dix années, il alla faire une sorte de retraite dans l'abbaye de Sainte-Geneviève , et il s'y fixa tout à fait (1742), après avoir remis l'administration de ses biens à la duchesse d'Orléans, sa mère. Plus que jamais il consacra ses revenus à des œuvres de bienfaisance et de piété , à encourager les littérateurs et les savants*. Les langues orientales lui étaient familières. 11 avait cherché , dans la connaissance de l'hébreu , du syriaque et du chaldéen , les sources de la religion. Fidèle à son Dieu, à son roi qu'il éclairait parfois de ses sages avis , et à la patrie qu'il dotait de jeunes savants et de bons ouvrages, il mourut (1752) consumé par les travaux et les austérités. Cependant le calme de ses derniers moments fut troublé par l'insistance de Bouettin , curé de Saint-Étienne-du- Mont , (jui voulait lui faire rétracter quelques opinions suspectes de jansénisme. Louis recommanda qu'on ne poursuivît pas ce prêtre qui

• 1\ accepta la dédicace de la première traduction complète de la Jérusalem délivrée , par Mirabaud , secrétaire des commandements de madame la duchesse d'Orléans.

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lui refusait la communion , et il se tit administrer par son aumônier- Son corps fut, ainsi qu'il l'avait prescrit, inhumé sans pompe dans l'église du Val-de-Gràce. Le roi ne permit pas que le corps de ce sage prince fut , suivant sa dernière volonté, livré aux élèves de l'École de chirurgie. •• Ce bienheureux, qui laissait après lui une foule de malheureux, •• légua à l'abbaye de Sainte-Geneviève un riche niédailler , et aux Dominicains une magnifique bibliothèque avec de précieux manuscrits. On cite de lui quelques ouvrages : une traduction littérale des Psaumes faite sur l'hébreu, avec des notes, accompagnée de dissertations; des traductions littérales d'une partie des livres de V Ancien Testament et des EpHres de saint Paul ; des Dissertations en réponse au livre hébreu intitulé le Bouclier de la Foi; un traité contre les Spectacles et une Réfutation des Hexaples.

Un prince si peu mêlé aux événements généraux de la politique ne paraît point dans l'histoire des faits relatifs à la province, qui perd elle-même son individualité et se confond dans celle du reste de la France. Mais les noms de Pothier, l'une des gloires de l'Orléanais , de Louis Lemaire , ancien notaire à Beaugency et historien , survivent à ceux des compagnons de la jeunesse de Louis XV. La ville d'Orléans , abandonnée à ses propres instincts et à la sagesse de ses échevins , ne tarda point à s'embellir. Son pont surgit du sein des flots de la Loire , et la rue Royale traversa majestueusement les nies gothiques témoins du séjour de Jeanne d'Arc. Chambord, si long-temps silencieux, devint l'écho de douleurs étrangères : Stanislas , renversé du trône de Pologne , y chercha l'asile que la France accorda toujours au malheur. " Il y passa dans le repos les huit plus belles années de sa vie (1735), •- lui rendit sa splendeur, l'orna de constructions nouvelles , et sanctifia par sa piété un séjour créé pour les fêtes et les folles joies.

Louis-Philippe, duc d'Orléans, héritier du titre et de l'apanage, naquit à Paris le 12 mai (1725l. Son éducation avait été confiée au comte de Balleroy, qui remplit mal ces importantes fonctions. Héri-

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ticr du cuiuafïc de ses aïeux, il se signala dans les campagnes de Flamlre , et fut créé maréchal-de-camp après la bataille de Dettingen, où il fit des prodiges de valeur. A son retour de l'expédition du Rhin , il épousa , malgré ses défiances personnelles , la princesse de Bourbon-Conti , femme belle et spirituelle , dont les défauts troublèrent sa vie. Il voulut s'étourdir au bruit des armes, et assista aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes, de Fribourg, deTournay, et à la bataille de Fontenoy. Après les victoires de Raucoux et de Laufeld , il obtint le gouvernement-général du Dauphiné et prit le titre de duc d'Orléans. Il chercha, dans la culture des lettres, l'oubli de ses chagrins domestiques , et donna courageusement l'exemple des innovations salutaires à l'humanité. En 1756, il fit inoculer, par Tronchin , célèbre médecin de Genève , son fils unique et sa fille , la duchesse de Bourbon. Le succès de l'opération mit en vogue dans l'apaniige cette pratique dont les bons effets ne sont point avérés. Il reparut à l'armée du Rhin , prit Winkelsen à la tête de cent compagnies de grenadiers et combattit à Hastembeck.

La duchesse d'Orléans étant morte (1 759) , il se livra sans trouble à ses goûts d'intérieur, et fit construire , dans sa maison de campagne de Bagnolet , un théâtre , où il joua lui-même la comédie avec succès ; il excellait dans les rôles de financier et de paysan , et fit valoir toute la bonhomie de celui du meunier Michaud, dans la Partie de chasse de Henri TV, représentée chez lui pour la première fois*. Une foule de gens de lettres étaient admis dans son intimité. 11 avait pour lecteurs ordinaires Saurin , Collé et Carmontelle. Protecteur des talents inconnus , il donnait aux jeunes poètes des pensions qui les mettaient à même de se livrer à leurs goûts et à leurs inspirations. On tenta vainement de l'arracher à cette douce et noble vie, pour le mêler aux querelles de Maupeou avec les parlements. Les Bretons le sollicitaient de prendre leur défense , mais il ne voulut point encourager la guerre civile, et montra pour la cour une dé-

' Coricspondiince de Grimm.

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férence, une soumission que l'on attribue à son (h'sir d'éviter toutes tracasseries au sujet de son mariage avec madame de Moiitesson. A un goût plus vif pour le plaisir, il joignait l'inépuisable bienfaisanc** et la charité de son père. Il se cachait pour faire le bien, et dépensait chaque année plus de cent cinquante mille francs en aumônes. II laissa d'universels regrets (1785). On prononça sur son cercueil i)lusieurs discours. L'un des orateurs, l'abbé Maury, se signala par l'inconvenance de ses détails louangeurs sur la vie privée du prince, suison union secrète avec madame de Montesson , et par le panégyrique public de cette dame, fait dans la métropole de Paris. L'abbé Rozier, chanoine de la cathédrale d'Orléans, composa une oraison funèl)re qu'il prononça long-temps après dans l'église de Sainte- Croix. On a parlé avec amertume de ce prince bon et affable', lui reprochant " d'avoir passé à côté de son siècle sans jeter nul éclat ; " prince sans élan, sans scandales et digne de se perdre dans la con- " fusion des personnages que le siècle emportait pêle-mêle parmi ses •• désordres. " D'autres ont dit de lui , avec raison , " que sa vie offrait plus à louer qu'à citer. -

(1785.) Héritier du titre et de l'apanage, Louis-Philippe-Joseph d'Orléans naquit à Saint-Cloud le 13 avril 1747. La nature avait été pour lui prodigue de ses dons. Ses traits étaient beaux et réguliers; sa taille était haute, svelte et élégante. 11 avait un esprit naturel, que ses instituteurs laissèrent sans culture. Il excellait dans tous les jeux et tous les exercices; on admirait son adresse à manier un cheval , et son habileté à guider à travers les rues tortueuses de Paris un char attelé de plusieurs coursiers. Passionné pour le merveilleux , il montait dans un aérostat pour encourager les premiers essais de Charles, et s'offrait en mille occasions de ce genre en spectacle au peuple ; mais les applaudissements qu'il semblait rechercher avec tant d'ardeur étaient parfois suivis de signes de blâme ; on trou-

• M. LaURE.ntie, Histoire des ducs d'OrUnns. Pamplilet en ijuatrc voliinu-s, où U- bion «si évité, où le mal est soigneusement exposé.

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\ait sa i-Diiduitc peu régulière, ses jnœurs relâchées, ses plaisirs indignes d'un prince. Des pamphlets circulaient , et peignaient sous des couleurs affreuses ses débauches impitoyables et ses orgies mystérieuses. Ses serviteurs, ceux qui l'approchaient, louaient , au contraire, sa bienfaisance, son affabilité, sa libéralité, et taxaient d'exagération tous ces bruits si méchamment répandus par ses ennemis. Ils prétendaient que la malveillance de quelques créanciers prouvait que son immense fortune ne suffisait point à sa générosité ; ils disaient encore que les Parisiens s'indignaient à tort de l'usage qu'il avait voulu faire du Palais-Royal , convertissant en boutiques , en vastes galeries ouvertes à l'industrie , une promenade devenue l'asile de tous les vices. Les nouvelles constructions avaient froissé tant d'intérêts , troublé de si nombreux calculs , qu'il faut y voir la première origine des infamies prêtées à un prince qui se moquait des satires et riait volontiers des caricatures et des calembours ^ Cependant il gardait le souvenir des offenses. L'archiduc Maximilien , qui était venu voir sa sœur, Marie- Antoinette, s'affranchit de l'ennui des visites d'étiquette , et oublia le duc de Chartres comme les autres princes. Des paroles amères échappèrent au duc. Bientôt deux partis se formèrent ; celui de la reine , outragée par de cyniques propos, et celui des princes. Lorsque les préoccupations de la politique firent place à ces futilités , les haines de cour trouvèrent de sérieux aliments. Las des vertus de son épouse, Marie-Adélaïde de Bourbon, fille et unique héritière du duc de Penthièvre, et dégoûté de tous les plaisirs dont il avait abusé , il se livra aux rêves de l'ambition , et sollicita la charge de grand-amiral , que son beau-père consentait à lui céder. Il attribua au mauvais vouloir de la reine les lenteurs que le roi mit à lui accorder cette satisfaction.

Louis XVI ne voulait point confier une flotte et la vie de milliers d hommes à un jeune prince étranger aux premiers éléments de l'art nautique. 11 falhit que le duc d'Orléans se livrât à de grandes

' On ]c roprésontait en cliifrnnnior cluTcliant tles lnqni><:-!(-li'rrr.

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cHudes, et servît coiiiiiie volontaire sur l'escadre de fl'OrvilliV-rN , ijui eroisait dans la Maiu hc A la hauteur dOuessant, lesFraiu;ais firent rencontre de la llottc anglaise, sous les ordres de lajniial Kejipel. J^e vaisseau le Saini- Esprit , coniinaiidr' par le brave Laniothc-Piquet , avait pour capitaine Imnoraire le duc d'Orlc-aiis. 1! tenait l.i tête de la division d'arrière-garde, et fut, par suite d'une manœuvre imprévue, le premier engagé. Les boulets renversèrent plusieurs hommes autour du prince, et coupèrent le banc de quart, où il se tenait. L'amiral avant ordonne' à l'arrière-garde de serrer \v. vent pour empêcher les Anglais de déboider la ligne, ses signaux furent mal compris, et la flotte anglaise échappa aux conséquences de cette manœuvre. Était-ce désobéissance aux signaux? Etait-ce le désir de nuire à la réputation du prince ou à celle du comte d'Orvilliers ( Les v<?rsions varient à cet égard , et laissent le champ libre aux i)lus injurieuses suppositions. Les ennemis du duc d'Orléans aflirmènnit qu'on avait voulu le retirer du combat et sauver sa vie, en négligeant l'honneur du pavillon ; d'autres allèrent jusqu'à prétendre que le Saint-Esprit s'était trouvé hors de la portée du canon, ce qui écartait l'imputation de lâcheté pendant le combat, mais détruisait aussi les actes de sang-froid et de bravoure que les amis du prince se plaisaient à citer. Le bon mot d'une femme, la marquise de Fleury, rendit aux faits leur véritable caractère*; les signaux avaient été mal interprétés. Vainement le public de l'Opéra le salua de mille applaudissements, le roi ne se décida point à lui donner la charge de grand-amiral , et sa nomination au grade de colonel-général des hussards prêta aux railleries de la ville et de la cour.

Aigri par ces mécomptes, ces insultes et les calomnies que les serviteurs de la reine ne lui épargnaient pas, Louis-Philijjpe se tint éloigné du château, et fit pour se distraire un voyage à Londres. Il y connut le prince de Galles , comme lui ami des plaisirs sensuels ,

• Le duc d'Orléans ayant dit qu'elle était la femme la plus laide de la cour.— "Que m'importe son avis! repril-«lle, il ne se connaît pas plus en signalement qu'en signaux. »

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et afficha dopuis lors le goût des usages et des modes anglaises. 11 opi'i-a une xt'fitablo révolution dans nos costumes, jusqu'alors éclatants drs plus vives couleurs et des plus riches broderies. L'excessive jiolitesse de nos usages, la, mignardise do nos jeunes seigneurs liiTiit place aux graves et peu courtoises habitudes de nos voisins. Les grands personnages évitèrent de recevoir les hommages de leurs inlV-rieurs, et affectèrent plus de laisser-aller dans leurs relations avec eux. La bourgeoisie lui sut gré de ces changements. Les brillants (h'iènseurs des États-Unis d'Amérique se groupèrent autour d'un prince enthousiaste des idées républicaines. Ainsi se formait une sourde conspiration dont il était le chef choisi, à son insu peut-être, <!t le véritable drapeau. Les francs-maçons de France ayant perdu leur grand-maître, il accepta cette espèce de dignité, qui l'offrait en spectacle et l'affiliait à une foule d'hommes remuants, dévorés par l'ambition , et en proie à des haines vivaces. Pour lui , toujours retiré de la cour, il se montrait indifférent aux agitations politiques, et continuait ses voyages à l'étranger. Personne ne pouvait l'accuser de prendre part aux manifestations hostiles du peuple contre la cour, ou d'encourager les affreuses calomnies répandues contre la reine. Mais lorsqu'on signala l'état déplorable des finances, causé par l'obstination des parlements rebelles aux édits, il reparut sur la scène, et assista à la fameuse séance du 24 novembre 1787, où Louis XVI, accompagné de tous les princes de son sang et des pairs du royaume, demanda compte aux parlementaires de leur opiniâtreté. La présence des pairs ayant voix délibérative constitua en faveur du gouverne- •ment une majorité qui détruisait les résistances de la majorité parlementaire, et Louis ordonna d'enregistrer les édits. Ce petit coup d'état risqué timidement pouvait, s'il eût réussi, sauver la monarchie; mais le duc d'Orléans se leva, et demanda d'un ton résolu si le roi avait voulu tenir un lit de justice ( Il ajouta qu'il protestait contre tout ce qui venait d'être fait,' Louis XVI, surpris et troublé , réjjondit avec embarras (jue c'était une séance royale , et

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que c'était légal, parce que telle était su volonté '. On ciiii au lU-spotisine, et une protestation fut rédigée.

Louis, affligé de la conduite de son cousin, lui onlonnii de se retirer au château de Villers-Cotterets. Mais l'exil du ])rince ne fut pas

de longue durée; il revint triomphant et au milieu des félicitations de la magistrature, dont il avait protégé les droits, et des hommages des brouillons, qui mettaient en lui leur espoir. Son nom devint si populaire, on lui prêta de si audacieuses prétentions, que le parlement, formé d'hommes sages, s'éloigiiii de lui pour se ranirer du côté de la cour.

La confusion était partout ; on crut y remédier en convo(iuant les Etats-généraux, et chacun se mit à travailler les élertinns. Les ins-

' SM-I.IER, ,-(,)>.'</'■< rr„i>rn;.<rs.

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ti'.H'iions (lu lionvoriieinont aux bailliages choquèrent la masse de la nation , tandis que le duc d'Orléans et ses amis en adressaient d'excessivement libérales aux électeurs de l'apanage. Là sont formulés tous les principes de la révolution ; jamais manifeste p'us énergique, plus comiilet, n'avait été publié contre la royauté. On gardait le silence sur l'affaire des ]:)arlements , dont la ruine se trouvait naturellement consommée par l'adoption des mesures provoquées. Ces instructions révolutionnaires, rédigées par Sieyès, un des familiers du duc, furent, dit-on, envoyées dans l'Orléanais à l'insudu prince, et sans son aveu. A Paris on s'en aperçut à peine, mais elles produisirent dans notre province l'effet d'un brandon mcendiaire, et l'on ne peut douter (lu'elles n'aient eu beaucoup d'influence sur la marche de la révolution elle-même.

Depuis lors , tous les actes du duc furent interprétés avec méchanceté par la cour. Sa bienfaisance envers les pauvres, qu'il chauffait et nourrissait jusque dans son propre palais pendant un hiver rigoureux |17''^9), était mal jugée; on y voyait le perfide dessein de cares.ser la populace et d'entretenir un parti contre le roi. Les émeutes, celle entre autres où périt Réveillon, lui étaient attribuées; on l'accusait hautement de rechercher par tous les moyens une indigne popularité. Grâce au marquis de Limon, son serviteur fidèle, il fut élu, non sans difficultés et comme par surprise, député de la noblesse à Crespy. Il avait laissé croire qu'il n'accepterait pas, mais il vint peu de jours après remercier lui-même les électeurs et prêter serment. Aussitôt il entra dans la carrière révolutionnaire, avouant hautement sa haine contre la cour , et arborant sans déguisement le drapeau du parti qui se groupait autour de lui. Les députés de la noblesse ayant voulu faire passer, comme un point fondamental de la constitution, la délibération par ordres, le duc d'Orléans s'opposa à cette mesure anti -libérale, et fut soutenu dans ses attaques par une quarantaine de membres. Lorsque la majorité de la noblesse dénonça au roi la délibération du tiers-état, qui s'était constitué le 17 juin

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en assemblée générale, quarante-trois menibies protestèrent contre cette dénonciation , et le duc d'Orléans, absent pour cause de santé, fit parvenir son adhésion écrite à cet acte si violent, déclarant en outre ([u'il adoptait les principes des opposants. 11 se réunit à la minorité de la noblesse et au tiers-état , et répondit avec calme aux acclamations d'une multitude enthousiaste. Le 3 juillet , il fut porté à la présidence de l'assemblée, mais il déclina cet honneur.

La révolution , de plus en plus ardente , provoquait des émeutes et des rassemblements. Le jardin du Palais-Royal était le quartiergénéral des agitateurs; là se formaient les groupes qu'échauffaient de bouillants orateurs. Un rassemblement s'avisa de prendre dans la boutique d'un statuaire les bustes de Necker et du duc d'Orléans , et de les promener en triomphe dans les rues de la capitale. Cette manifestation sans objet causa les plus grands désordres. La cour en accusa le prince et ses familiers , mais on se livra en cette circonstance à des imputations odieuses, qui ne firent que l'irriter. Déjà les séditieux lui donnaient par acclamation le titre de lieutenantgénéral du royaume; la couleur des lys de France était remplacée par le bleu, le rouge et le blanc, couleurs de la maison d'Orléans. De là à un autre titre, de ce complot sans chefs à une révolution de dynastie, il n'y avait ([u'un faible intervalle; il est donc facile de comprendre l'éloignement que le prince inspirait à Louis XVL

Lorsque le duc, au sortir de la fameuse séance du 14 juillet, se présenta pour exposer au roi les vœux de la nation , dont il se croyait l'interprète, il reçut du baron deBreteuil la réponse que, le monarque ne voulant admettre personne , il serait loisible au prince de faire connaître par écrit les motifs de sa visite. Les uns ont prétendu qu'il venait, au nom du comité révolutionnaire de Montrouge, sommer le roi de lui conférer la lieutenance générale du royaume ; d'autres ont avancé qu'il n'avait d'autre dessein que d'obtenir la permission de passer en Angleterre. Breteuil , qui reçut la lettre du prince au monarque, emporta dans la tombe le secret de cette démarche. A

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\mvùv de ce moment, le duc d'Orléans ne fut plus un prince aspirant ù la royauté , mais un tribun fougueux siégeant parmi ces membres exaltés que Mirabeau interpellait en les appelant les frenie voix. Est-il permis de croire qu'il ait dirigé les mouvements des 5 et 6 octobre (1789), provoqué des meurtres, conduit le bras des assassins? Doit-on ajouter foi aux procédures dans lesquelles il se trouva c(imj)roinis, et à la suite desquelles le Châtelet demanda qu'on l'abandonnât à la justice ordinaire? Doit-on, au contraire, reprocher à ses ennemis des mesures irritantes , capables d'exaspérer l'homme le plus paisible et le moins hostile à la cour, et faut-il penser, comme l'Assemblée nationale, alors indépendante et libre de toute influence, qu'il ne s'élevait aucune charge contre le prince calomnié? Quoiqu'il en soit de l'opinion de la postérité sur la conduite de Louis-Philippe dans ces cruelles journées, on ne peut nier qu'il repoussa avec énergie les accusations dont il était l'objet. Sans tenir compte de son rang, il adressa un cartel au président de Frondoville , qui avait provoqué les poursuites du Châtelet. Il publia un mémoire, et fut défendu dans l'Assemblée nationale i)ar le duc de Lauzun et le marquis de Ferrière , députés royalistes. Mais la satisfaction que lui causa la décision de l'assemblée ne l'empêchait point de frémir du passé, et de redouter l'avenir. Vainement Mirabeau , que l'on supposait complice de ses desseins ambitieux, voulut le i-etenir; il résolut de passer en Angleterre, se déroba aux terribles élans de l'amour du peuple de Boulogne , et franchit le détroit.

Du fond de son exil , il donna plusieurs fois des témoignages de sa sympathie pour ses anciens alliés ; il envoya son adhésion au serment civique prononcé par le roi le 4 janvier (1790), et écrivit enfin à l'assemblée pour demander (soins inutiles peut-être) la permission de rentrer dans son sein. Une réponse favorable ne se fit point attendre , et il accourut , malgré les observations de La Fayette , qui trouvait son retour prématuré. Aussitôt parurent dans les feuilles publiques des attaques violentes contre La Fayette , chef du parti

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constitulionnel. Le peuple fit les manifestations les plus violentes, et le due d'Orléans , qui ne pouvait plus arrêter le lion déchaîné , se laissa dominer par de sinistres pressentiments. De la conduite (pi'il allait tenir dépendait , non plus son élévation au trône , mais son existence et sa vie !

Apr5s la fuite do Yarennes, le ])arti républicain prépara une adresse aux départements pour demander la déchéance de Louis XVI et sa mise en jugement. On prétend que cette œuvre des démagogues fut rédigée par Laclos , secrétaire du duc d'Orléans , et protégé de madame de Genlis, institutrice des enfants du prince. Une sédition populaire, vigoureusement réprimée par Bailly, en fut la conséquence. L'assemblée nationale rejeta la pétition à la presque unanimité, et le club des Jacobins fut dissous. La société des Feuillants, qui se forma aussitôt , et où le duc d'Orléans se fit admettre , proclama des sentiments conservateurs. Dès les premières séances, les modérés attaquèrent vivement les moteurs de l'insurrection du Champ-de-Mars, et surtout Laclos, secrétaire du prince. Le marquis de SiUery se hâta d'annoncer que le duc était étranger à l'œuvre de son secrétaire , auquel il avait sur-le-champ retiré ses bonnes grâces; mais Louis Philippe vint le lendemain au club déclarer d'un ton ferme que Sillery s'était trop avancé, et que Laclos n'avait pas perdu ses bonnes grâces. Il se sépara des Feuillants, et suivit les séances des Jacobins, hommes turbulents, prêts atout risquer. On y fit de la propagande pour exciter les peuples à se révolter contre les rois; des libelles, des jouraaux incendiaires se répandirent dans toute l'Europe, se glissèrent au milieu de l'Assemblée législative, et la cour, épouvantée , mesura toute l'étendue du danger.

Louis XVI fit alors offrir au duc d'Orléans la charge de grandamiral , qu'il avait si long-temps briguée. Il parut touché de cette démarche , manifesta le désir de voir le roi , et eut a\ ec lui une assez longue conférence. - Je suis de votre avis, dit Louis XV! à Bertrand Moleville , ministre de la marine; il revient à nous, et ;>'effor-

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