L DESCRIPTION DH L'OKLKA NAIS
tout les ruines triin ])niit de constructioi! romaine. Fonlcnay n'offre rien d'intéiH^ssant sous le rapport de l'art. Sur le territoire de Nargis est une ferme-modèle , qui occupe les bâtiments du château de Thounj. Les communes de Sceaux, de Mignières, de Mignerette sont en partie couvertes de marais. Aux environs de Ferrières est la source de la })etite rivière de Clairy. Amilhj, traversé par le canal de Loing, a les meilleurs vignobles de la contrée. Nous citerons à divers titres Cepoy, qu'embellit un château de construction moderne; Lombreuiî, avec son antique manoir; Vimory , théâtre de quelques escarmouches sous le règne de Charles VII , et Paucourt, au centre de la forêt de Montargis , dont le château était le rendez-vous de chasse des sires de Courtenay .
Bellegarde est adossé à la forêt d'Orléans. Ce fief, qui appartint d'abord aux comtes de Beaumont , passa dans la maison de L'Hôpital. On le retrouve aux mains du duc de Bellegarde, grandécuyer de Henri IV, puis en celles de madame de Montespan. Le château réunissait le grandiose des constructions féodales aux riches détails de la Renaissance. Les écuries, dont on citait l'élégance, existent encore, et sont surmontées d'une flèche indienne. Les jardins avaient été dessinés par Le Nôtre; mais jardins, corps de logis, parc, fontaines, tout a disparu. La charrue ouvre de riches sillons dans ces allées solitaires qui virent d'illustres promeneurs et retentirent des sons joyeux du cor. " Les pierres, le fer, le plomb et les matériaux provenant de la démolition auraient suffi pour construire une ville de trois mille âmes. " Moins boisée que le territoire du canton de Ferrières, cette partie de l'Orléanais renferme une assez grande quantité de prairies et des plaines médiocrement cultivées. Les communes de Quiers , de Beauchamp, à'Auvillïers, de Mou/on, de Nesploy, de Chapelon , de Laclon ne présentent aucun aliment à la curiosité.
Lorris , fameuse par sa coutume et par la naissance de l'un des plus grands poètes du moyen âge , étale tristement les rares Aestiges
ET I)K LA (Jf:M-HAI.nÉ DOIILÉANS. i.i
de son ancienne splenck-ui-. Son cliâlcau, bâti par Piiilippe 1", lui habité par Louis-le-Gros, Louis VII et Philippe- Auguste; saint Louis y si«iiia un traité de paix avec le comte de Toulouse. Cette châtellenie, rachetée par les ducs d'Orléans, fit partie de leui- apanage jusqu'à la ré\olution. La lue principale est bordée de jolies maisons. On voit encore les ruines des anciennes murailles , et deux habitations gothiques bien conservées. Les coutumes, qui étaient les plus anciennes du royaume, remontent au temps de Louis-le-Gros; elles consacraient divers usages barbares. Le duel entre les nobles, et le pugilat entre les vilains , décidaient du i)on droit dans les eus douteux. Le combat à outrance n'était permis que dans les accusations de crime; trois choses y concouraient, savoir : crime autre que larcin; commencement de preuves, grande présomption, et la preuve non entière. Toutefois, les casuistes n'admettaient que deux causes de duel : la première, quand un j)rince justement offensé manquait d'argent ou de soldats pour guerroyer; il pouvait alors demander le combat ; la seconde , quand un homme sous le coup d'\me accusation emportant la peine capitale appelait les faux témoins au jugement de Dieu. En matière civile, on se battait seulement à coups de poing, et le vaincu ou le battu payait l'amende , pour avoir essayé de tromper la justice V
Noyers possède des sources minérales ferrugineuses , maintenant abandonnées. Cliangy et Presnoy avaient des châteaux dépendant des sires de Courtenay. Cette dernière ville, placée dans un site riant et agréable, étale les ruines du vieux château où naquirent deux empereurs de Byzance, Pierre et Robert de Courtenay, et l'évêque Robert , qui sacra Philippe-le-Long. Les Anglais le démantelèrent du temps de Charles VII , et la construction qui le remplaça
' De là ce ijuatraiii :
C'est un proverbe et commun ris , Qu'à la coutume de Lorris, Quoiqu'on ait juste demande, Le battu paye Tami-nde.
i.ii DHSCIUPTIU.N Diï LOHLÉANAIS
disparut ù suii tour. L'église paroissiale est dans un état de dégradation con)plète. Près de la ville, on aperçoit les vestiges d'une voie i-oinaine qui se dirigeait vers le bourg de Trignères. Près du gracieux village de Saint-Hilaire-lcs-Andresis, sont les ruines du castel de Montauban, qui était un rendez-vous de chasse, et fut démoli dans le dix-septième siècle. Les souterrains du manoir de Chantecoq. concédé à Philippe -Auguste par Robert de Courtenay, peuvent encore s'apercevoir. Dans ces lieux, Thibaut composa ses lais d'amour pour célébrer les charmes de la reine Blanche. Ce pays, un des plus pittoresques et des plus giboyeux de l'Orléanais , est couvert de maisons de campagne et de châteaux.
Exigea, près du canal de Briare, a des papeteries estimées. Cepoy, sur le canal de Loing, était une ville importante, ainsi que l'attestent les ruines d'un pont de construction romaine, et des restes de bains publics pavés en mosaïques. Châtil Ion-sur- Loing est le berceau des Coligny. Un arrêt du parlement, rendu peu de jours après la Saint- Barthélémy, avait prescrit de raser ce castel, de couper les arbres du parc et de semer du sel là où s'élevaient ces insolentes muraille^. Cette mesure, dictée par les haines politiques , ne fut point exécutée. Le cadavre de l'amiial ayant été détaché , par les soins de Montmorency, du gibet de Montfaucon , fut transporté à Chantilly, et confié à la garde d'un serviteur fidèle. La chaux consuma les chairs, et les ossements , d'abord inhumés à Montauban , furent ensuite rendus à la veuve de Teligny, qui les renferma dans le tombeau de ses pères, à Châtillon-sur-Loing. Aux environs de Corguil-le-Roi, est le castel du Châtelet ; ces lieux abondent en antiquités romaines. La petite ville de Chàteau-Regnard n'était, dans l'origine, qu'une forteresse construite par Regnard-le-Vieux , comte de Sens. Louis-le-Gros assiégea et détruisit ce repaire (1230) , qui fut rebâti un siècle après par Robert, comte de Joigmj. On voit les ruines du donjon qui dominait la campagne. Cette seigneurie, acquise par le duc Charles d'Orléans, (it retour à la couronne du temps de Louis XII. Gaspard
HT l)F LA Gr:M: IIALITK l)( UU.r- ANS. i.iii
de Colig-ny l'acheta de Fiaii(,-(iis 1". Los ealvinistes convertirent If château en place d'armes, où ils reiiterniaient leurs prisonniers. Les troupes de Louis XUI le démantelèrent en 1G27, et l'on n'en retrouve pas de traces aujounihui
Près de Nogent-sur-l'eniisson , et dans le parc du château de Chenevier, on voit d'assez beaux restes d'un amphithéâtre romain formé de petites pierres cubiques , semblable à ceux des aqueducs de Lyon, des arènes de Fréjus et delà tour Magne à Nîmes. C'est, aux yeux des antiquau'es, un des plus remarquables que possède la France.
AHHONDISSEME.NT D1-: PITIlIVIEfiS.
La ville de Pilhiviers, d'abord fondée aux environs d'un lieu nommé Pithiviers-Ie-Vieil , s'est éloignée de son berceau pour venii' occuper la place où nous la voyons aujourd'hui. De nombreuses médailles des empereurs Galien et Claude II, des débris d'armes et d'ustensiles romains attestent son antiquité. Aloïse de Champagne, qui portait le titre de duchesse d'Orléans, fit bâtir un castel de formi' carrée, flanqué à l'un de ses angles d'une immense tour; dans l'enceinte était une église, sous l'invocation de saint Georges et de saint Luc. Bientôt les habitants de Pithiviers-le-Vieil bâtirent leurs demeures sous l'abri protecteur du château. L'accroissement de la nouvelle ville rendit nécessaire la construction d'une seconde église. Henri L'' y assiégea un chef de l)andes appelé Bardoulfe ; irrité de sa longue i-ésistance, il livra la ville aux flammes. Les pastoureaux y
DESCIUPTION l)H IdIU.l'AN.MS, KTC. iv
commirent des excès, que surpassèrent ])lus tard encore ceux des Anglais, en 1356. Salisbury y pénétra de vive force en 1428. Les calvinistes saccagèrent la ville, massacrèrent les prêtres, brûlèrent les reliques et pillèrent les églises. Henri III et le roi de Navarre en chassèrent les ligueurs , et firent pendre à un arbre du cloître Saint- Georges le capitaine Faucamberge. La ville, depuis long-temps dépour\ ue de toute espèce de fortifications , subit de la part des cosaques un effroyable pillage, accompagné de mille autres crimes.
Le château couronnait la cime du coteau, et communiquait avec la ville par un pont-levis ; le donjon avait un aspect imposant. L'église, autrefois fort belle, avait été restaurée à grands frais; elle fut, pendant la révolution, convertie en salj)êtrière. Lors des réparations, on voyait dans le chœur le tombeau d'Aloïse. La statue de cette princesse était étendue couchée et les mains jointes ; à ses pieds était un lévrier , symbole de sa fidélité à son époux , Raynard de Broyés , dont elle ne cessa de pleurer la mort. Sur l'une des portes latérales de l'église de Saint-Salomon , se lisait une inscription * placée audessous du buste de Henri IV, dont la funeste mort inspira de vifs regrets aux habitants de Pithiviers. Dans le faubourg de Gàtinais, on remarque les ruines du prieuré de Saint-Pierre, fondé par les fils d'Aloïse.
Aux environs est une fontaine minérale , dont les propriétés ferrugineuses furent préconisées par Rosset, en 1560. Long-temps délaissée , elle est de nouveau recherchée par quelques malades du pays. On prétend que saint Grégoire d'Arménie , évêque de Nicopolis , choisit pour retraite une grotte près de Pithiviers, et qu'il y mourut^. Au château du Hallier vécut une recluse d'un autre genre , Marie Touchet. Charles IX l'y visitait parfois à l'insu de Catherine. Une nuit qu'il chevauchait en compagnie de deux écuyers seulement , il tomba au milieu d'une bande de calvinistes , réfugiés dans la forêt
' Quod morlalis fala lugcnl.
' SyMPHORIEN GlYON
Lvi DESCRIPTION DE L'ORLÉANAIS
d'Orléans. Ils lui offrirent de l'hydromel et les restes d'un pâté qu'il trouva délicieux; aini's quoi ils le laissèrent continuer son voyage. Le monaniue vanta le mérite de ce pâté , et de là vient , dit-on , l'antique et si juste renommée des pâtés de Pithiviers. A Malesherbes , Henri IV oublia, près de la perfide marquise de Verneuil , le tracas des affaires qu'elle-même lui suscita plus d'une fois. Yèvre-la-Ville ne mérite aucune description; mais, tout près, sous les ruines à' Yèvre-Je-Châtel , au milieu d'une vaste plaine, s'élève une colline isolée que couvrent des débris de tours et des murailles. Du fond du vallon surgissent de hauts peupliers qui embellissent le paysage. Les fossés , autrefois larges et profonds , n'existent plus. La première enceinte était fianquée de tours auxquelles se suspendaient les herses et le pont-levis. A l'intérieur se trouvaient les logements des gardes, aujourd'hui remplacés par des demeures rustiques et une petite église paroissiale ; dans la seconde enceinte était le donjon ou le réduit. Le guichet , percé près de la tour du nord-est , communiquait par un pont-levis avec la première enceinte. Le donjon commandait le reste du château ; sa forme était celle d'un carré parfait , ayant quatre tours aux angles et une cinquième tour un j)eu en avant du mur de la façade de l'est. Des courtines, pratiquées dans l'épaisseur des remparts , faisaient le tour de l'enceinte , et on y arrivait en gravissant des escaliers de pierre construits dans l'intérieur de chaque tour. Chaque face du carré avait environ cent pieds de longueur. L'espace intérieur devait être occupé par une place d'armes et par des jardins. Le logis du seigneur se composait de trois pièces d'inégale grandeur, ornées de colonnes et de sculptures grossières ; d'épaisses voûtes de pierre couvraient , dit-on , toutes les parties de ce castel, d'où les hommes d'armes s'avançaient au loin dans la campagne , par de nombreux et profonds souterrains. Quant à l'origine de ce fort, quelques archéologues la font remonter jusqu'au temps des Romains, et ils s'appuient pour cela de la découverte d'armures et de médailles, communes dans tout l'Orléanais. 11 est plus probable que
r:T I)K I.A GÉNÉRA LITK DOHLKANS. ,.vm
sa fondation ne remonte pas au delà du règne de Henri I»' , et que ce prince en fit le point d'appui de ses attaques contre les barons féodaux. Nous citerons des lieux sans importance historique , tels que Cèsarviïïe, Avdevil/e, 3IorviUe, Nangeville, 3ïonteviUe , et enfin Outai'ville que recommande seulement son assemblée des Corps-Saints La petite ville de 3faleshe7'bes , située sur V Essonne, est dominée par de jolis bois; son château fut habité par le président Lamoignon de Malesherbes, défenseur de Louis XVL Avxy se montre entourée de ruches et de champs de safran. L'une des cloches de Beaune-la-Rolande porte une inscription qui a soulevé de grands débats entre les archéologues de l'Orléanais. Bois-Commi/n fut détaché du domaine de couronne et donné en apanage au fils de saint Louis. Le jubé de son église paroissiale est un des plus beaux de France. Louis VI avait coutume de s'arrêter dans cette petite ville lorsqu'il se rendait au château de La Motte-d'Egry.
ARRONDISSHMENT DE BLOIR.
Après avoir traversé la forêt de Bussy , on aperçoit le château de Beauregard , bâti sous le règne de Henri 11, par Jean de Thiers. Le domaine qui l'entoure eut autrefois pour maître Gaucourt, le brave gouverneur d'Orléans à l'époipie du siège et de la Pucelle. Fournier, dans ses Essais sur Blois, parle d'une ancienne route connue sous le nom de chemin de Charlemagne et qui se voit près du bourg de CeUettes. Le château de Chailles domine de belles prairies. La crème de Saint- Gênais est fort connue des gourmands. Près de Saint- Dyé est le bourg de Monthivaut . Vineuil , aux bords du Cosson, est formée de riantes habitations dont les blanches murailles se détachent sur la verdure de la forêt. Lachaussée , presque aux portes de Blois , fut saccagée par les calvinistes , mais les reliques de saint Victor échappèrent à la destruction. Lors des processions , on remarque le costume bizarre de ceux qui portent la châsse Marie de Médicis prit sous sa protection les eaux ininérales que pos-
l)I::SCUlPri()N I)K LOIILKANAIS, KÏC i.ix
sède Scvnt-Denis , et elle séjourna quelque temps dans le iliâteau voisin. Saint-Lubin et Saint-Bohnire se montrent dans les plaines de la Beauce. Non loin de ce dernier hameau existe un dolmen formé d'une pierre ])late soutenue par quatre autres. Fossé, Sahil- Svlpice , sur les confins de la forêt, ont un territoire fertile et bien cultivé. HerhauJt possédait un château magnifique bâti par un maître-d'hôtel de François I*'. Dodun , marquis d'Herbault , qui fit reconstruire cette demeure sous le règne de Louis XV , y déploya le luxe et les prodigalités des financiers de cette époque. On visite, non loin de là , à Orchaise , une grotte creusée dans les flancs d'un coteau. Les gens du pays racontent à ce sujet mille fables sans intérêt. Les vins rouges de cette localité étaient autrefois en grand renom. Les ruines du château de Bury s'élèvent au sommet d'une colline baignée par la Cisse. Bernier donne l'histoire du manoir féodal auquel succéda le splendide monument construit par Florimond Robertet , ministre de François \". Il ne reste aucune trace du luxe déployé à l'intérieur, et quelques pans de murailles seuls sont encore debout. Le vieux castel d'Onzam appartenait aux seigneurs de Neilhac, devenus propriétaires de la terre de Bury. On prétend que Voltaire y composa plusieurs chants de son poème de la Pucelle, infâme plaisanterie consommée sur les lieux mêmes témoins des exploits et de la gloire de Jeanne d'Arc ! C'est sur les bords de la Cisse et près d'Onzain que fut livrée la bataille entre Lothaire et Louis-le-Débonnaire.
L'abbaye de La Guiche, qui renfermait les tombeaux des comtes de Blois , fut fondée par un sire de Châtillon et par son épouse , la comtesse Alix, en 1277. Les calvinistes violèrent les sépulcres de tous les princes et princesses qui y reposaient depuis trois siècles ; l'église n'existe plus aujourd'hui. Celle de Mesland a subi peu de dégradations .
Mer, fameux à l'époque des guerres de religion , est la patrie de Jurieu, théologien protestant. La tour de l'église est digne d'atten-
LX DESCIliniON DE L'ORLÉANAIS
tion. Ce bouri; , (lui j)ossède un pont sur la Loire, se nommait anivcïoh Jlrnars- la- ï'f//e , et c'est k 3Iénars-Je- Château qu'il faut chercher des souvenirs intéressants; là s'élève un chcâteau que madame de Pompadour fit construire ù la place d'un ancien édifice où séjourna Stanislas , roi de Pologne. Le luxe des ameublements et la richesse des décors répondaient au grandiose de l'ensemble. Ce domaine, vendu à la révolution, passa aux mains de plusieurs maîtres, pour venir en celles du maréchal de Bellune. Le château a été converti en un Prytanée. On jouit , du haut des terrasses , d'un immense horizon. Snèvres est entourée de vignes et de hauts noyers. Ataray se reconnnande par le souvenir du compagnon d'exil de Louis XVIII et par son château, l'un des plus beaux de l'Orléanais. La ville de Marchenoir , dont le nom se mêle au récit de nos guerres féodales , était beaucoup plus considérable que nous ne la voyons aujourd'hui. Dans l'origine, c'était une maladrerie fondée par Thibaut V, dotée de droits d'usage dans la forêt. Saccagée tour à tour par les Anglais et les Orléanais , cette cité reprit quelque importance lorsque le temple protestant, qu'un édit autorisa, y eut ramené de nombreux habitants de la religion réformée ; elle souffrit de nouvelles pertes par suite de la révocation de l'édit de Nantes , et depuis lors elle n'a jamais repris son ancienne prospérité. On montre les ruines de son donjon et des murailles qui formaient l'enceinte. On a découvert à Josnes d'assez nombreuses antiquités. L'église renferme un tableau de Boucher qui fut, dans l'origine, destiné à la chapelle de Chambord. Près de là est le château de Cerqueux , où 1 on a trouvé plusieurs cercueils de pierre. A hy, se voient encore des ruines attribuées par les archéologues du pays , dont le témoignage est douteux, à un temple d'Isis. Non loin d' Huiseau-sur- Mauve était Mon/p?peau , jadis magnifique séjour, maintenant déchu de son ancienne splendeur. Oucques possède des richesses minérales, deux tumuli et des vignobles assez estimés. Les antiquaires se sont efforcés de trouver l'étymologie du nom d'Ouzouer-
ET l)K LA GfiM'RAIJTK DOKLÉANS. lxi
le-Marchè . Ce mot Ouzouer se retrouve sur plusieurs points du département , et en général dans les lieux où s'élevaient des oratoires , quelques auteurs ont donc adopté l'idée que cela venait d'0/7' jungere, prier. Au delà de Verdes^ovX les ruines de l'abbaye du Petit- Coteaux , fondée par Thibaut , comte de Champagne , et dévastée successivement par les Anglais, puis par les calvinistes. Parmi les abbés de ce monastère on retrouve les noms de Juvénal des Ursins , d'Hippolyte d'Est, d'Eustache du Bellai. L'étang de Verdes est remarquable par son étendue.
Sur l'autre rive du fleuve est Bracieux, village que côtoie le ruisseau de BonneJieure. Enfin nous arrivons à Chambord. Les comtes de Blois y avaient, dès l'an 1090, un rendez-vous de chasse, dont les rois de France acquirent la propriété. François \" chargea 1 Primatice d'élever un magnifique château dans ce lieu si favorable à la chasse, et qui lui rappelait les plus doux souvenirs de son enfance. Le Primatice eut à sa disposition des sommes considérables. Dixhuit cents ouvriers travaillèrent sans relâche pendant plus de douze ans à l'édifice, dont l'architecte Ducerceau nous a transmis la description. " Le bâtiment est situé dans une plaine, à quatre lieues de •' la ville de Blois , du côté d'orient , prochain d'une lieue de la ri- " vière de Loire. Le logis est accompagné d un bois assez grand; •• au pied d'icelui logis , du côté de la rivière , se présente un marais •• avec un canal, par le moyen duquel l'on pourroit pratiquer de •• grandes beautés, et qui donneroient beaucoup de contentement. •• La commodité du dedans a été ordonnée avec raison et sçavoir, •• car au milieu et au centre est un escalier à deux montées , percé à " jour, et autour icelui quatre salles, desquelles l'on va l'une à l'autre •• en le circuisant. Aux quatre encognures d'entre chaque salle, il y ■ a un pavillon garni de chambres, garde-robbes, cabinets et montée. " Plus , es quatre coings de la masse de tout le bastiment , se voient " quatre grosses tours garnies à chacun estage de toutes commo- " dites , comme chambres , garde-robbes , privés , cabinets et mon-
Kxii DESCRIPTION DE l/OilLÈANAIS
» tées. Cet édifice a trois estages sans le galetas, et tant aux quatre '■ pavillons et es quatre tours ; les quatre salles du troisième estage '• sont voûtées , sur lesquelles il y a quatre terrasses régnantes à " l'entour de l'escalier, ainsi que les salles. Quant à l'escalier, il " règne en hauteur au-dessus d'icelles. Oultre plus, autour de ce corps •■ de logis que j'appelle le donjon , est la tour régnante en trois côtés, " qui sont fermés de bastiments dont les bas estages servent d'of- " fiées ; et le dessus , ce sont ces terrasses qui ont été ainsi ordon- " nées pour garder les vues dudit donjon. Es encoignure de ces der- " niers édifices , vous voyez par dehors quatre grosses tours pareilles " à celles du donjon , dont les deux ne sont avancées que jusqu'au " premier estage, encore qu'au-dessus de l'élévation je les aye faites. " Et aux deux côtés plus prochains du même donjon, sont élevés les " estages au-dessus des terrasses, d'une certaine longueur, à l'une " desquelles est comprinse une salle , garde-robbe et montée , et à " chaque estage , ainsi que à chaque angle d'iceux par dedans , il y " a une montée par la cour, de fort bonne ordonnance, qui sert pour " la commodité de membres prochains ^ " André Duchêne, dans ses Recherches sur les villes et châteaux de France, complète ainsi la description : " Cette royale maison a sa vue jusque sur la ville de ' Blois , encore qu'elle en soit distante de trois lieues , et limitée de
• tous côtés de prés, eaux et forêts. . , Au bout du jardin de la Reine,
• grand de cinq arpents , vous remarquerez , vers la foret de Blois , ' une allée large de six toises et longue de plus d'une demi-lieue , ' embellie de plus de quatre rangs d'ormeaux plantés à six pieds ■ l'un de l'autre, montant à plus de six mille, et si adroitement ali- ' gnés au niveau, que ceux du roi de Perse, tant vantés, ne seroient
• rien auprès... En l'état où elle est maintenant, on tient cette demeure assez ample pour loger tous les princes de l'Europe , et il semble qu'elle met derrière soi tout ce que jamais l'architecture a produit de singulier. - Cette architecture , en effet , n'a rien du
' DnrERCEAU, Des plus r.xceUcnts bâtiments dp France.
i:t de la généralité d Orléans. i.xm
style grec, ni lien du genre gothique; c'est un chef-d'œuvre à jDart, conçu par une imagination aussi riche que capricieuse. Le bâtiment principal offre aux regards trois ordres de pilastres d'une extrême simplicité. Toute l'ornementation semble avoir été réservée pour les terrasses, qui forment le toit du château; là se montrent prodigués les bas-reliefs et les plus élégantes sculptures , dues au ciseau des Jean Goujon, des Germain Pilon, des Cousin, des Bontems. Les pierres , tirées des carrières de Dinant et de Ménars , étaient trèspropres à recevoir et à garder les innombrables dessins dont elles furent chargées. De toutes parts se montrent l'F et la salamandre couronnés, et, de loin en loin, le croissant de Diane, et l'H et le D entrelacés ; on y voit aussi le soleil , emblème de Louis XIV, avec sa devise : Nec phiribus impar. Le grand escalier est pratiqué dans une tour située au centre du bâtiment ; par une disposition ingénieuse, cet escalier est à double rampe, se croisant l'une sur l'autre, et ayant un noyau commun. Deux escaliers d'un dessin admirable sont aux angles de la cour; dans celui de l'aile d'Orléans se trouvent trois cariatides ayant quelque ressemblance avec François I^"", la duchesse d'Etampes et la comtesse de Châteaubriant. Dans l'autre escalier, qui ne fut jamais entièrement terminé , l'artiste se proposait de mettre les portraits de Henri II, de la reine sa femme, et de Diane de Brézé. 11 y a deux chapelles, dont l'une, bâtie par Catherine de Médicis, est bien conservée; l'autre, ornée de délicates sculptures, était l'oratoire de la reine de Pologne. Au-dessus se trouvaient les appartements de François I".
Ce monarque y tint une cour brillante, formée de jeunes seigneurs et de damoiselles , auxquelles la reine faisait commandement exprès de se parer comme des déesses. On y menait la plus joyeuse vie , passant de la chasse aux festins, et de la table à d'autres plaisirs. Tous les gentillâtres du voisinage, leurs épouses, leurs filles et leurs sœurs recevaient bon accueil du monarque et de ses favoris. A son retour de Madrid, François vint se reposer à Chambord; la duchesse
lAiv DESCRIPTION DE L'ORLÉANAIS
d'Angoulême était «allée à sa rencontre avec une suite de jeunes beautés, parmi lesquelles mademoiselle d'Heilly brillait au premier rang. Le roi, désirant le silence et le mystère, recommanda aux architectes de multiplier les escaliers dérobés, les portes secrètes, les galeries souterraines, qui bientôt protégèrent d'infidèles amours. Madame d'Étampes, trompée à son tour, fut long-temps avant de soupçonner qu'il existât près d'elle une rivale et d'autres Intrigues galantes. Charles-Quint voulut voir cette célèbre demeure , et, au rapport de Davila , il déclara qu'elle renfermait tout ce que pouvait créer de mieux l'industrie humaine. Sur la fin de sa vie, irrité contre les dames, le vainqueur de Marignan écrivit, avec la pointe d'une émeraude , ces deux vers sur une vitre de son appartement :
Souvent femme varie , Bien fol est qui s'y fie.
Sous Henri II , le château ne perdit rien de son éclat et de sa magnificence. Un roi de vingt-neuf ans voulut prouver aux siècles à venir que les grâces du visage et les charmes de l'esprit avaient, chez Diane, bravé le passage de quarante hivers. Partout il étala ses chiffres et ses emblèmes , sans s'inquiéter des humiliations de Catherine de Médicis. Peut-être la belle Florentine laissa-t-elle échapper plus d'une fois un sarcastique sourire à la vue de ces sculptures où la chaste déité des forêts se montrait sous les traits de madame de Brézé, avec un arc, des flèches et un carquois. Peut-être aussi pensait-elle que l'amour porte en lui-même ses poisons et ses vengeances. En effet, une aventure qui fit quelque bruit couvrit Diane de honte , et son royal amant de ridicule. Henri faillit un soir se trouver face à face avec Brissac , qui sortait de chez la favorite. Le galant prit la fuite, et heurta Claude de Taïs, grandmaître de l'artillerie. Diane, fort irritée des indiscrétions de cet officier, sut présenter les choses sous un jour tel que le roi lui ôta quelque temps après sa charge, pour la donner à son rival. Fran-
HT DE LA OfiNf: IIAI-ITI"- I)(»n I. K A NS. iav
çois II, Henri III et Charles IX rendirent par moments à Chambord son éclat et ses fêtes. Henri IV le délaissa pour les ombrno^es de Saint-Germain. Louis XIII vint s'y consoler do l'élojf^nement de mademoiselle de La Fayette, et l'assigna ensuite pour lieu d'exil à Gaston , cjui y tint une sorte tle cour. Goûtant pour la première fois les charmes de la paternité, ce prince s'amusait à se faiic suivie pai- Mademoiselle, et à l'égarer dans la double montée du grand escalier, l'appelant d'un côté tandis qu'elle grimpait de l'autre. Trente ans après, l'orgueilleuse vieille fille y avouait au beau Lau?.un son amour en soufflant sur une glace et traçant avec le doigt ce nom adoré.
Sous le règne de Louis XIV, tout changea d'aspect. Les magnificences, les folies, les scandales de la cour rendirent une nouvelle vie à ces murs restés, au temps de Louis XIII , silencieux et taciturnes comme le pâle visage de Richelieu. Le jeune roi, désirnnt fasciner Mancini et plaire à La Vallière , fit sous leurs yeux, et au gré de leurs souhaits, d'immenses changements à l'œuvi'o du Primatice. Alansard y apporta ses gigantesques plans , mais les travaux qu'il entreprit sont inachevés. Deux ailes, destinées aux écuries et aux communs, eussent formé une vaste cour réunie au château par une grille. Sur les fondations de l'un de ces bâtiments , le maréchal de Saxe éleva les casernes que l'on voit aujourd'hui. On prétend que Mansard fit à Chambord le premier essai des toits à pans coupés, auxquels il a laissé son nom. Louis XIV parut pour la dernière fois à Chambord vers 1684. Déjà madame de Maintenon prenait faveur, et les mémoires du temps la citent parmi les personnes qui étaient dans la voiture du roi. Louis était décidé à y chercher un abri derrière la Loire, si Villars eût succombé à Denain. Lorsque Stanislas perdit le trône de Pologne , Chambord lui fut donné pour demeure ; la reine Marie y passait sa vie dans de saintes pratiques ; lui-même y goûtait le calme et le repos, après tant de troubles et d'agitations. Il fit combler les fossés et planter le grand parterre. Une médaille a
lAM DKSCHIPTION 1)K L'ORLÉANAIS
conservé le souvenir de son séjour à Charnbord. Plus tard, le maréchal de Saxe reçut ce prix magnifique de la victoire de Fontenoy. Les paysans des environs racontent mille anecdotes sur ce héros, et la plus poj)ulaire est celle de son entrée en voiture à six chevaux, (|ui montèrent le grand escalier. Parmi les obligations des maîtres de postes , était celle de conduire eux-mêmes , au lieu et place de leurs postillons, les carrosses des personnages importants. Un original , nommé Moreau , qui résidait à Nouant , entra à toute volée de ses six chevaux dans la première cour, et arriva jusque dans la salle des gardes du rez-de-chaussée ; le maréchal mit la tête à la portière et lui cria : » Où me conduis-tu t " — •• A votre appartement, monseigneur. " En effet, les deux premiers chevaux étaient déjà lancés sur les marches de l'escalier. " Cette fanfaronnade plut beaucoup à Maurice , qui fit donner un large pourboire à ce maître de poste des anciens temps. - Le maréchal avait près de lui deux régiments de hulans , qu'il soumettait à une sévère discipline. Tous les matins il présidait aux manœuvres, et l'on voyait arriver sur la place d'armes, à l'appel sonné par les trompettes, des chevaux d'Ukraine, qu'on laissait vivre en liberté dans le parc. Les soldats étaient pendus sans pitié pour la plus légère faute; on a montré long-temps, près du champ de manœuvre , un gros orme qui servait à ces exécutions , et que la foudre brûla en 1820. D'autres plaisirs partageaient la vie du héros ; c'étaient les spectacles donnés par la troupe de Favart , et dans la salle qui servait à ces délassements on avait pratiqué une petite loge grillée pour l'évêque de Blois. Maurice de Saxe y connut mademoiselle Chantilly, et cet amour hâta la fin d'une existence que les fatigues de la guerre avaient dès long-temps minée. Il mourut des suites d'un frisson qu'il prit en forçant un cerf. Mais rien ne pourrait détruire dans la contrée l'opinion que ce frisson avait été causé par l'épée du prince de Conti. » Vers les derniers jours du mois " de novembre, vers huit heures du matin, une chaise de poste, •• précédée d'un courrier sans couleurs, entra dans le pnrc de Cham-
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" bord par la porte de JMuides; elle s'arrêta au bout de l'avenue du " parterre; il en descendit deux personnes; le courrier se rendit au " château , chargé d'une lettre pour le maréchal , qui était encore " couché. Monseigneur, après avoir lu cette lettre, s'habilla à la " hâte, fit prévenir son aide -de -camp, et, suivi de son valet do " chambre, il descendit par l'escalier dérobé de son appartement, " sortit par les fossés du château, et marcha à la rencontre des étran- •• gers. Le père Dessins, l'un des fermiers des environs, le vit mettre " l'épée à la main, et bientôt après les deux inconnus remontèrent " en voiture; le maréchal, soutenu par son aide-de-camp, revint " au château et se remit au lit. Le bruit courut qu'il venait d'être " blessé par le prince de Conti ; mais on ordonna le plus grand secret •> à tous les gens de service. On expédia un courrier à Fontainebleau, " où se trouvait la cour , et le roi envoya aussitôt , dans une de ses •• voitures , son médecin , M. Sénac , qui arriva quelques heures •' avant sa mort. •• Les motifs de ce duel étaient les paroles fâcheuses prononcées par le maréchal de Saxe sur les hésitations du prince de Conti à attaquer la colonne anglaise qui nous disputait le champ de bataille de Fontenoy. Le maréchal , près d'expirer, dit : " Je sens que la vie n'est qu'un songe; le mien a été beau, mais il a été court. " On rendit à ses restes les plus grands honneurs. Tous les appartements furent tendus de noir. Le corps fut exposé sur un lit de parade, dans une chapelle ardente, durant quarante jours. Les drapeaux conquis à Lawfeld et à Raucoux l'entouraient. Six pièces de canon , prises aux ennemis de la France , tiraient par intervalles depuis le lever jusqu'au coucher du soleil; après quoi le maréchal fut transporté à Strasbourg , et déposé dans l'église protestante de Saint- Thomas.
Cette magnifique demeure échut au comte de Frisen , neveu de Maurice de Saxe , puis elle fit retour à la couronne.
Pendant la révolution, l'intérieur du château fut dépouillé, et en quelque sorte saccagé. On enleva les tentures d'Arras, les meubles
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jiicrusti's d'ivoire et de nacre, les tapisseries des Gobelins et de la Savonnerie , et toutes sortes de richesses artistiques qui s'y étaient accumulées depuis plusieurs siècles. Tout fut vendu aux criées par ordre du District de Blois. Mais ce qui est inexplicable, c'est la destruction des parquets, des chambranles de cheminées, des boiseries, des jalousies et des fenêtres, des portes même du château. On avait prescrit de faire disparaître toutes les fleurs-de-lis et les insignes de la royauté qui se trouvaient sculptés en divers endroits ; mais l'architecte chargé de faire le devis des dépenses qu'occasionnerait cette mesure eut assez de patriotisme et d'adresse pour élever les frais à })lus de cent mille francs, ce qui fit reculer les profanateurs. Sous le règne de Napoléon , Chambord fut désigné comme le chef-lieu de la quinzième cohorte de la Légion-d'Honneur, et affecté à la demeure de son chef, le maréchal Augereau. Vers 1809, ce domaine fut réuni à la couronne, mais pour peu de temps seulement; car à l'époque de son mariage avec l'archiduchesse d'Autriche, Napoléon fit don de Chambord à Berthier, négociateur de cette illustre alliance. Une des conditions essentielles du présent impérial était que tous les revenus seraient , pendant cinq ans , affectés à la l'estauration du parc et du château, ce qui formait l'obligation d'y employer trois millions ; mais le maréchal accepta sans se mettre en devoir d'exécuter son obligation, et cette clause resta dans l'oubli. Sous la restauration , la princesse de Wagram ne rendit aucun lustre à Chambord, dont elle chercha seulement à tirer parti en louant les bâtiments et le droit de chasse à un Anglais , qui fit retentir les bois des fanfares de sa patrie. Bientôt , jugeant qu'une propriété de cette espèce était fort onéreuse, elle voulut la vendre. On se souvint alors de la condition dont nous avons parlé plus haut , et que son époux n'avait point exécutée. Cependant une ordonnance royale, rendue sur ses vives sollicitations, autorisa, le 11 aoiit 1819, la vente de la terre et du château. Les spéculateurs accoururent , tous se proposaient de démolir l'édifice et d'abattre la forêt; mais le chef-
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docuvre du Priiiuitice échappa à la destruction. M. ih ('alonne, ancien officier attaché à la maison du roi , proposa une souserijjtion nationale. Les jneneurs royalistes vinrent en aide à cette idée, et l'on obtint le résultat désiré. Le château et ses dépendances, estimés par les experts à 1,301,180 fr. 11 cent., furent adjugés pour le prix de 1 ,542,000 iV. , outre les charges. A part quelques souscriptions indignement extorquées à de pauvres officiers et à des employés besogneux, forcés d'obéir aux désirs de leurs chefs, on peut dire que les vrais royalistes avaient acquis de leurs deniers, et volontairement, le magnifique présent qu'ils offraient à l'héritier du sceptre des Bourbons'. Cette affaire, car c'en était une pour les deux partis, mit (Jhambord en grande vogue, et de tous les points de la France on accourut pour le visiter. Les artistes reproduisaient tous les détails de cette admirable demeure , et des ouvrages d'un luxe sans égal et d'un prix inusité trouvèrent de généreux acheteurs. On agita la question de restaurer cette spkndide demeure ; mais il fallut renoncer à cette dépense, évaluée par un architecte à trois millions. La duchesse de Berry n'y vint qu'en 1828. Elle fit son entrée par la ])orte de Muides, sans garde ni suite, au milieu d'une foule inuneiise que sa présence avait attirée. Elle voulut inscrire son nom sur les murs, et ce badinage fut accompagné de quelques paroles bienveillantes , qui retentirent au t-œur des habitants.
Les détails du procès qui suivit la révolution do 18.'30 sont encore présents à tous les souvenirs ; on voulut enlever au duc de Bordeaux la propriété de Chambord , ou du moins le forcer à vendre un immeuble trop considérable pour un prince exilé. Le bon sens public repoussa cette prétention, dont les tribunaux firent justice. Et nousjnêmes , qui eussions vu avec plaisir restituer de modestes sommes
' Plusieurs faits, ébruités par li.-s journaux, avaient fini pur jeter de la défaveur sur cette affaire. Louis XVni et le comte d'Artois ne voyaient point avec plaisir qu'on mît en présence les deux partis pour un but difficile à bien juger. Monsieur reçut avec beaucoup d'humeur le comte de *'*, qui, au sortir de l'adjudication , vint tout essoufflé lui annoncer qu'elle avait eu lien au profit du duc de Bordeaux. — De ijuui vous miélez-rous ! répliqua durement le prince, dont la fierté s'était émue en écoutant cette plate confidence.
i.\\ DMSCIMPTION l)K L'ORLÉANAIS
arrachées à de pnuvres souscripteurs, nous applaudissons à ce résultiit , (pli fut, (il (lt'liiiiti\(\ favorable à la conservation d'un tel nionunicnt. 11 est difficile de faire des revenus de Chambord un plus noble usage. Us sont chaque année employés à des réparations, à des restaurations et à l'entretien de l'édifice. Les terres s'améliorent, et leiH' valeur est aujourd'hui triplée. Mais le château est désert, ses uiuraillcs sont nues, ses vastes appartements délabrés; les terres, incultes faute de bras, appelknit quel(|ue établissement rural, (quelque prince de l'industrie, dont la Sologne vàvifiée payerait au centuple les frais et les efforts.
Le bourg de Chainbord est au milieu du parc, qui contient environ cin(i mille cinq cents arpents clos de murs. Dans cette enceinte sont renfermés quatorze étangs et onze fermes. Saint- Dyé n'est plus qu'un bourg, et l'on n'y retrouve pas de vestiges du monastère que Clovis y fonda. Saint-Laurent-des-Eaux est dans un pays humide et malsain , où les fièvres sont endémiques. Contres se recommande seulement par le souvenir du pacte que signèrent Louis XII et les envoyés de l'archiduc d'Autriche. Le château de Cour-Cheverny est un des plus intéressants de l'Orléanais. Il appartient encore aux descendants de Philippe de Hurault, son fondateur. Dans la chapelle, qui sert de sépulture aux membres de cette famille, est une épitaphe que nous transcrirons ici :
Passant, ce pfv Je marbre avaremeut enserre
Les cœvrs ensevelis de troys proches parents ,
Tovs troys morts en troys ans en troys actes de gverre ,
Tovs troys pareils en sort et tovs trois différents.
Car l'vn perdit la vie av choc d'vne bataille ,
Noyé dedans ion sang covlant de tovtes parts,
L'avtre finit ses jovrs forçant vne mvraille.
Et l'avtre en gardant vne et savvant ses remparts :
Ils brvlèrent tovs troys d'vne commvne flamme ,
Dont la saincte vertv fvt l'vniqve fiambeav :
Levrs troys corps en vivant n'cvrent qv'vne niesme asmc ,
Levrs troys cœvrs estant morts n'ont qv'vn mesme tombeav.
Près de MontiJs , et non loin de Beuvron, sont les ruines assez considérables d'un vieux château qui appartenait aux comtes de
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Blois. Madoit , ancienne maison de plaisance des évoques, était autrefois un rendez vous de chasse des comtes Le pays d'alentour, riant et agréable, est arrosé par le Cosson. A Ouchamps , à lùjitgèj'es, on voit deux châteaux : le premier, de construction moderne ; le second, bâti par le trésorier de Louis XL Monlrichard est une ville fort ancienne, située sur une colline dont le Cher baigne le pied. Foukiues Nerra, à son retour de la Palestine, y éleva une forteresse pour protéger les Tourangeaux contre les incursions des seigneurs de Pont-Levoy et de Saint-Aignan. On a cherché l'étymologie du nom de Montrichard , et on a cru l'avoir trouvée en disant qu'il signifie Mont du tricheur, d'après le sobriquet donné au comte Thibaut, l'un de ses seigneurs. Sans nous arrêter à cette définition, nous rappellerons que Gelduin, seigneur de Saumur et de Pont-Levoy, se plaignit à Eudes , comte de Blois , qu'on eCit bâti cette forteresse sur des terres qui étaient sa propriété. Celui-ci, empressé à rendre justice, assembla une petite armée et attendit sous les murs de Pont- Levoy Foulques Nerra , qui s'avançait avec son digne allié , Herbert, comte du Maine, surnommé Éveille-chien. Les deux armées, que trois lieues séparaient à peine, sortirent ensemble de leur camp, et se heurtèrent non loin de Montrichard. Eudes culbuta l'aile droite des Angevins, blessa Foulques Nerra et le fit prisonnier. Mais Herbert culbuta les troupes qu'il avait en face de lui , et rétablit le combat; puis, tout à coup, craignant d'avoir affaire à toute l'armée ennemie , il battit en retraite avec ordre. Eudes, satisfait d'avoir Foulques en son pouvoir, se tint tranquillement sur les bords du Cher, où ses soldats se reposaient sans défiance, lorsque le comte du Maine, revenant à la charge, les tailla en pièces et délivra les prisonniers. On porte à six mille hommes la perte des vaincus. La grosse tour de Montrichard fut bâtie par Hugues l'■^ seigneur d'Amboise. Les rois d'Angleterre, comtes de Touraine, y entretenaient une garnison. Phi lippe- Auguste la prit d'assaut en 1188. Deux ans après cette forteresse fut rendue aux Anglais , par suite du traité de
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Coulommiors. Richard Cœur-de-Lion releva les murailles, qui avaient été détruites. Louis XI, fort dévot à Notre-Dame de Nanteuil, faisait à Montrichard, voisin de Plessis-lès-Tours , do fréquents pèlerinag'es. 11 fit célébrer dans la chapelle du château le mariage de sa fille Jeanne, âgée de douze ans, avec Louis, duc d'Orléans. L'évêque d'Orléans, assisté de l'abbé de Pont-Levoy, donna la bénédiction nuptiale à ce couple si mal assorti. Louis XII vendit ce fief pour la modique somme de sept mille francs , mais avec faculté de rachat perpétuel. On n'est point d'accord sur l'époque du retour de Montrichard à la couronne. Dans le dix- septième siècle, cette terre appartenait à la dame de Montluc , qui la donna en dot à sa fille, en la mariant au marquis d'Effiat, premier écuyer du duc d'Orléans. Henri III reçut au château de Montrichard Rosny, porteur d'un traité d'alliance avec le roi de Navarre *, traité discuté et arrêti' on partie au château de La Motte, qui est dans le voisinage. Au mois de septembre 1589, Claude de Marolles, ligueur, s'empara de Montrichard, dont il fit sa place d'armes. La Trémouille réussit à l'en chasser. Peu de temps avant la révolution , les domaines d'Amboise et de Montrichard furent échangés par le roi contre la l)rincipauté de Dombes et le comté d'Eu , qui appartenaient au duc de Penthièvre , et la duchesse douairière d'Orléans en hérita de son père.
Les ruines de ce castel sont très-pittoresques. Un pan de muraille s'écroula en 1755, et détruisit une partie de l'ancienne chapelle de Sainte-Croix. En 1793 et 1794 la municipalité fit démolir les voiites et les parties de murs susceptibles de fournir du salpêtre. Le Prêche . maison qui se voit dans la ville, était, dit-on, un temple calviniste. On peut visiter l'ancien hôtel d'Effiat , celui dit de la Chancellerie, le pont et surtout l'église de N^anteuil, qui était autrefois un prieuré. Un des curés de cette église rapporta de la Palestine un morceau de la vraie croix et diverses reliques (]ui mirent N^otre-Dame de Nan-
' Sui.i.Y, Éc'in^mics royiilps.
ET DK LA (ir:NKHAI.ITK IVOIt L f: \ NS. i.wiii
teuil en grand renom parmi les pèlerins. Naguère encore on montrait à l'entrée de l'église le pied d'un voleur qui, sur le point d'enlever les vases saints , sentit la pierre s'amollir, et prit la fuite.
Au hameau de La Maladrerie existait un hôpital de lépreux. J.es carrières de Bourré ont servi à la construction des principaux monuments de l'Orléanais. Aux environs on montre les ruines d'un ancien couvent de templiers. Monthori , pays de carrières , possède de bons vignobles. Le château de Guè-Péan appartenait au ministre Amelot , mort en prison , sous le régime de la Terreur , après avoir dit qu'il ne voudrait pas du pouvoir s'il était privé des lettres de cachet. Ange lut le castel de l'un des chevaliers qui combattirent à Bovines. Poni-Levoy est célèbre par son abbaye , devenue un collège. Le château, dont on retrouve quelques vestiges, fut bâti , selon plusieurs auteurs , ou , selon d'autres , seulement agrandi par Gilduin , seigneur turbulent, sans cesse en guerre avec ses voisins. Au déclin de sa vie , il voulut régler ses comptes avec Dieu , et, se rappelant qu'il avait autrefois fait un vœu à la Vierge, il donna l'ordre de reconstruire la vieille église de Saint-Pierre , où l'on disposa la chapelle de Notre-Dame-des-Blanches , ainsi nommée par allusion à l'apparition qui s'était jadis offerte aux yeux du fondateur. Des moines de l'ordre de Saint-Benoît , tirés de leur couvent de Saint-Florent , près d'Amiens , s'établirent dans ce monastère avec l'autorisation de Théodoric, évêque de Chartres. (1034.) Gilduin leur accorda de grands biens et le droit de glandée dans sa forêt de Chaumont. Les religieux, livrés à d'austères pratiques, n'en ouvrirent pas moins une école où ils instruisaient les enfants pauvres. Telle fut l'origine du collège. Nous ne suivrons pas à travers les révolutions des âges les progrès , les revers et les succès de l'abbaye de Pont-Levoy, célèbre par le grand nombre d'hommes éminents qu'elle a eus pour chefs. Le fameux Armand du Plessis- Richelieu , l'un de ses abbés, y introduisit les statuts de la congrégation de Saint-IMaur. A ré})oque où Picri'e de Bérulle en fut nommé
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coininendataire , le séminaire fut érigé en collège. Son successeur y créa une chaire de philosophie. Parmi les élèves de cette époque on cite Crébillon. Dom Clémencet, auteur de l'Aj-t de térijier les dates, y professa vers 17.3'2. Louis XVi donna à cet établissement le nom d'école militaire , et y institua cinquante bourses en faveur de fils de chevaliers de Saint-Louis. La communauté de Saint-Maur perdit à la révolution tous ses biens , et , par suite , le moyen de soutenir le collège ; mais plusieurs religieux se dévouèrent , et les cours ne furent point suspendus. Bientôt l'instruction reprit son ancien éclat; Pont-Levoy rivalisait avec Vendôme et Juilly. Après quelques vicissitudes , ce collège , un moment fermé , fut rouvert par l'abbé Demeuré. Les bâtiments se développent sur une étendue de huit cent vingt-trois pieds. Une ancienne tour restée debout, l'abbaye et l'église sont dignes d'attention.
Près du château de La Channoise on montre la pierre de Minuit, espèce de dolmen qui , selon les croyances populaires , tourne sur elle-même pendant la nuit de Noël. Chaumont s'élève au fond d'une riante vallée , au pied d'une colline que surmonte une antique forteresse. Gilduhi , chevalier danois , bâtit ce manoir sur les terres du comte Thibaut, qu'il reconnut pour son seigneur. Ses héritiers jouirent de ce domaine jusqu'au moment oîi ils crurent pouvoir refuser l'hommage aux comtes de Blois. Sulpice II , sire de Chaumont , fut défait , pris et renfermé avec ses deux fils dans un cachot où il mourut. Le comte de Blois fit raser le château. Mais cette position ne pouvait être négligée par les seigneurs féodaux , qui recherchaient les lieux élevés comme susceptibles de la meilleure défense. Bientôt surgirent de nouvelles murailles , qui firent place à leur tour au castel fondé par les sires d'Amboise. Les La Rochefoucault en devinrent propriétaires , et le revendirent à Catherine de Médicis. Là , disent les mémoires du temps , cette reine superstitieuse pouvait contempler les astres et se livrer à toutes les recherches de l'astrologie judiciaire. Après la mort de Hemi II , elle força Diane de Poitiers à
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échanger Chenonceaux contre Chauniont. (1559.) Le château, bâti à diverses époques, est un assemblage de styles différents. La iiartio la plus ancienne est du côté de la Loire. Saint-Aiçjnan fut fondé par des moines de Saint-IMartin-de-Tours qui s'y retirèrent. La tour d'Agar faisait partie d'une ancienne forteresse dont les ruines couvrent le sol. Non loin de là sont les carrières de silex pyromaque qui fournissent à la France et à une partie de l'Europe une immense quantité de pierres à fusil. Le château de Fréchinea fut hal)ité par Lavoisier. Landes possède un dolmen gigantesque , formé d'une pierre de treize pieds de longueur, de neuf de largeur, soutenue par neuf autres pierres d'une énorme grosseur. Une haute et vieille tour annonce de loin Vievry.
ARRONDISSEMENT DE \ENDOME.
Ve?ulôme est une ville fort ancienne , si l'on s'en rapporte aux découvertes faites sur son territoire; mais, si l'on est parvenu à constater aux environs l'existence de l'un de ces établissements militaires dont les Romains couvrirent le pays des Carnutes , il faut , pour retrouver les faits historiques , se reporter à la vie de Gontran , roi d'Orléans , qui demanda au roi d'Austrasie la restitution de diverses places, parmi lesquelles figurait celle-ci*. Le Martyrologe donne aussi le tribut de ses légendes souvent douteuses. Bouchardle- Vieux est le premier comte de Vendôme cité par des auteurs dignes de foi. Il servit avec zèle Hugues Capet , et joignit aux couronnes comtales de Vendôme et de Melun celle de Paris, il habitait ordinairement Corbeil . et ne faisait dans l'Orléanais que de courtes appniitions. Il finit , comme beaucoup d'autres bandits féodaux , par
' CJkkooire de TOIK-.
DIîSCRirilON 1)1-: I. Olil.KAN \1S. KTC. i.xxvti
tourner ù la dévotion , et niourui , sous l'habit de moine , dans l'al»liaye de Saint-l\laur-des-Fossés. Ses descendants possédèrent son tief et son château , cjue l'un d'eux vendit à Geoffroy Martel , comte d'Anjou , qui fonda , en 1032 , l'abbaye de la Sainte-Trinité. Ce seitjneur guerroya contre les Sarrasins , dont il délivra Messine et la Sicile. L'empereur de Byzance reconnut ses services en lui faisant présent d'une larme de Jésus enfermée dans un reliquaire et d'un bras de saint Georges qu'il déposa avec grande pompe dans la chapelle de son château , en attendant que l'église de la Trinité fût achevée. Bientôt ce monument s'éleva sous l'influence des brillants souvenirs de l'architecture byzantine. Partagé entre ses devoirs pieux et ses goiits guerriers , Geoffroy bâtit ])lusieurs chapelles, dota des abbayes, et commit envers ses voisins diverses exactions et cruautés. Après quoi il j)rit l'habit monastique et se retira dans l'église Saint-Nicolas d'Angers. 11 avait eu de fréquents démêlés avec son neveu Foulques V Oison , qui obtint son pardon et reçut son héritage. Leurs successeurs figurent avec éclat dans les guerres saintes, dans celles d'Italie et de Sicile. Presque tous se firent remarquer par leur humeur turbulente et leurs fréquentes querelles avec les seigneurs du voisinage ; mais ces faits , que nous reproduirons quand ils se lieront à l'histoire générale de l'Orléanais, ne peuvent trouver place ici. L'importance de cette maison s'accrat , et ses seigneurs eurent le droit de pousser un cri de guerre, qui était tantôt Saint-Georges Vendôme! et parfois : Sainte larme Vendôme! Ils faisaient battre monnaie, et jouissaient des privilèges réservés alors aux seigneurs bannerets. François \" érigea le comté en duché-pairie en faveur de Charles de Bourbon , qui avait donné des preuves de son courage et de sa fidélité pendant les guerres d'Italie. Bientôt le duc de Vendôme joignit aux gouvernements de Paris et de l'Ile-de-France celui de la Picardie. Il refusa le pouvoir presque^ absolu que le conseil , mécontent de la régente, lui offrait pendant la captivité du roi à Madrid. Alors la reine, tout à la fois par gratitude et par politique , lui confia les rênes du
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gouvernement , qu'il sut tenir avec bonheur. La capitale de son duché fut en proie deux fois à une épidémie cruelle (jui désola une ])arti(' (le l'Orléanais (en 1516 et 1519). On observa que la contagion sévit dans les rues qui se dirigeaient du midi vers le nord , et qu'elle niéiuigea celles qui allaient de l'orient à l'occident. Père d'Antoine de Bourbon et aïeul de Henri IV, il est également le chef de la maison de Condé par Louis , son septième fils. Jeanne d'Albret passa les premières semaines de son mariage à Vendôme. Son époux avait fait un lieu de plaisance d'une espèce de ferme isolée appelée Prêpaiour , où l'accompagnaient Rabelais et Ronsard. Le château fut deux fois le théâtre des complots qu'ourdissaient contre les Guise le prince de Condé, Coligny et Antoine de Bourbon. Celui-ci périt d'une façon singulière , et fut déposé , en 1562 , dans les caveaux de Saint -Georges. Jeanne d'Albret, ardente calviniste, fit bâtir à Vendôme un prêche , et y attira des ministres de la religion réformée. Les catholiques ses vassaux souffrirent d'elle des injustices et de mauvais traitements. Parfois ses gardes commettaient mille excès dans l'intérieur des églises : ils mutilaient les tombeaux des anciens comtes , et enlevaient ou brisaient leurs statues. Pour excuser cet oubli de la protection que devait la duchesse à ses vassaux , l'historien de Vendôme* fait remarquer que Rome , abusant de ses foudres , avait donné aux Espagnols l'investiture du royaume de Navarre. Jeanne d'Albret , morte en 1572 , fut ensevelie près de son mari. Henri IV, héritier du duché de Vendôme , ne trouvant point, au temps de la Ligue, de sympathie parmi les gens de son duché, fut obligé d'en faire la conquête. Lorsqu'il se présenta aux portes de la ville avec une petite armée , il se trouva arrêté par le manque d'artillerie , et alla prendre ses quartiers au château de Meslay pendant qu'on amenait les canons. Le gouverneur. Maillé de Benhart, attendit qu'on livrât l'assaut. Le château fut enlevé de vive force, et la garnison, suivie de près par les vainqueurs,
' L'abbé Simon , Histoire de Vendôme.
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se réfugia dans la ville , où elle se détendit encore. Maillé fut pris et conduit devant Henri IV, qui se montra inflexible : sa tête , séparée du corps , fut exposée au haut de l'une des portes de ville. Un cordelier qui a\ait prêché avec ardeur contre le roi huguenot fut trouvé en chaire et soutenant par ses discours le courage des assiégés. Les soldats lui ordonnèrent de descendre ; il n'essaya point de les apitoyer, et acheva froidement son sermon. Comme ils parlaient de le pendre , et qu'ils manquaient de corde , il leur donna sa ceinture , et mourut avec fermeté. Le pillage dura trois jours, mais l'église seule des cordeliers fut profanée.
Henri IV donna le duché de Vendôme à l'un de ses bâtards, César de Bourbon, fils de Gabrielle d'Estrées. Sa vie, qu'il eût pu rendre glorieuse par de beaux faits d'armes , fut ternie par son goût pour les conspirations de ruelles , qui le conduisirent à passer sept années captif. Toujours éloigné de son duché , il y fonda cependant diverses maisons rehgieuses. Son fils, après s'être montré vaillant capitaine, chercha dans l'état ecclésiastique un adoucissement à la douleur que lui causa la mort de Laure Mancini, sa femme. Devenu cardinal, il sentit sa première ardeur renaître quand on parla d'une croisade pour la délivrance de Candie, et partit avec son frère, le duc de Beaufort. Il rapporta de cette expédition le corps de saint Théopiste, qu'il jilaça dans l'église de Saint- Georges. L'héritier de ce prince, et le dernier des Vendôme, fut un des plus illustres généraux du règne de Louis XIV ; ses hauts faits en France et en Espagne lui valurent une tombe à l'Escurial. Après sa mort et celle de mademoiselle d'Enghien, son épouse, ses biens firent retour à la couronne. Depuis lors, l'histoire de Vendôme se confond avec celle de France.
La ville est en général bien bâtie, mais son aspect a quelque chose de grave et de sévère , dû aux constructions , les unes en niine , les autres encore debout, qui rappellent le moyen âge. Le château, où firent brèche les canons d'Henri IV, possédait tous les moyens de défense alors connus. Il est encore facile de distinguer la place de
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ses tours, de ses ]iortes et de ses ])oternes. Le peuple était persuadé, mais à toit, ([u'il existait des communications souterraines entre ce château et celui de Lavardin. Il c-unmiença à tomber en ruines quand il eut ]ierdu le dernier de ses seigneurs, car on cessa d'y faire des réparations. L'abbaye de la Trinité de Vendôme, occupée par des religieux de la congrégation de Saint -Maur, fut de tout temps célèbre , et compta parmi ses prieurs Philippe de Bourbon , qui garda ce titre pendant soixante-quatre ans. L'église est citée parmi les plus beaux monuments de l'ère ogivale; on admire son portail, qui date du quinzième siècle, et (jue mille sculptures décorent. Les stalles du chœur sont des chefs-d'œuvre de sculpture sur bois. Les oratoriens dirigèrent, à partir de ]620, un collège qui mérita la réputation dont il jtjuit encore. L'une des anciennes portes de la ville, située sur le Loir, est devenue l'hôtel de la municipalité.
Montoire, au pied du vieux donjon de Saint-Ourille , dut sa pi'ospérité aux sonis du maréchal de Tallard, son protecteur. Près du bourg de Thorê est le château de Rochambeau , bâti par l'un des libérateurs de l'Amérique. ViUedieu avait jadis une forteresse féodale et un prieuré ; tout cela fut détruit , et à la place s'élève une chapelle que visitent les curieux. Sur le territoire de Couture est le château de la Poissonnière, où naquit Ronsard, le jour même de la bataille de Pavie. " Dieu, dit ce vaniteux poète, voulut ainsi consoler la France de son malheur! " Le seigneur de Lavardin possédait le castel dont on voit encore les ruines sur la rive gauche du Loir. Les fortifications du bourg furent déti'uites par les troupes d'Henri IV, qui en chassa les ligueurs. Il reste des ruines du château de MondouhJeau, place trèsforte , qui protégeait contre les incursions des comtes du Maine cette partie du Vendomois. On visite près du 2''ernpleÀe manoir de la Frèdonnière , dont le souvenir se mêle à l'histoire de la conjuration d Amboise. L'église d'ylr/îms repose, dit-on, sur les ruhies d'un temple de Jupiter; les antiquaires font remonter l'existence de cette petite ville au temps des Celtes ou des Romains. Les eaux du Loir
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permettent d'apercevoir les aitlies et les piles d'un punt qui a rési^tt' au passage des siècles. Entre Artins et Songé est un champ consacré à des sépultures. On suppose que les fermes de Fins tirent leur nom de Fines Carnuluin , point signalé sur les anciennes cartes de Ptolémée. Frèleval est célèbre par la défaite de Philippe-Auf.juste, qui perdit ses l^agages et tous les registres publics. Morir fut jadis ceinte de murailles qui formaient un carré parfait flanqué à chaque angle de hautes tours. Roches , sur un coteau taillé à pic , domine une plaine fertile. Les habitants se sont creusé des habitations dans le rocher. 11 en est de même à Troo , où \\m admire les terrasses du château de Ja l'oùte.
ARRONDISSEMENT DE ROMUfiANTIN.
Les terres de Sologne forment la totalité de cet arrondissement. Romoraniin , située aux bords de la Sauldre, fut fortifiée par les comtes de Blois , et joua im rôle assez important dans nos guerres avec les Anglais. Sur la place du Carroir-Borè s'élève la maison où François l'"', alors fort jeune, fut blessé par le sire de Montgommery. Ce qui reste de l'ancien château offre peu d'intérêt. Selles, placée dans un site enchanteur, possède un château magnifique construit par Philippe de Béthune, frère du duc de Sully. L'abbaye de Selles, richement dotée par le roi Childebert , fut en grand renom au moyen âge, et subsista jusqu'en 1789. On voit à Soings deux tumulus de quarante à cinquante pieds de diamètre, placés sur les rives d'un immense étang; on a découvert aux environs des médailles et des vases romains. Dans l'église de Lassay existe le tombeau d'un sei-
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gneur nommé Pierre du Moulin , qui sauva la vie à Charles Vlll à a bataille de Fornoue. Salbr/'s offre des traces irrécusables du séjour des Romains en Sologne; les f milles y font sans cesse découvrir île nouvelles antitjuités. Le chœur de l'église paroissiale attire les visiteurs. Le bourg de Piei-rejitfe occupe l'emplacement même d'un camp romain, dont on reconnaît les quatre entrées. Non loin de là se trouvent cinquante-cinq /ombelles, qui servirent de sépulture à des chefs de troupes. Le château de La Moile-Bexivron, que possédèrent les Duras, a été» converti en fabrique. Tm Ferfè-Beauharnais se nonmia d'abord La Fertc-C'liâieamuuf, puis Za Ferti- Avrain. Elle appartint ensuite à la famille illustrée par la naissance de l'impératrice Joséphine et du prince Eugène. La Feriê-Saini- Aignan porte aussi les noms de La FerlèSaini-Cyr et La Ferlr- Huherf. Un château de construction moderne occupe la place du vieux castel qui couronnait la colline, aux bords du Beuvron.