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l'Eure et de la Voise. Le château , bâti du temps de Philij)))e-Aufi^uste , a été remplacé par celui que fit élever Jean Cottereau , trésorier des finances sous Louis XI et Charles VIH. Madame de Maintenon y fit de grands changements pour l'augmenter et l'embellir. La chapelle, qui possède des vitraux bien conservés, fut témoin du mariage de Louis XIV avec la veuve de Scarron. Les appartements de la marquise occupaient le centre du corps de logis principal. On montre encore dans sa chambre à coucher son portrait , peint par Mignard. Les eaux de la Voise et de l'Eure serpentent dans mille canaux à travers les jardins , le parc et les fossés du château. L'aqueduc de Maintenon , dont il reste des ruines assez belles , fut bâti , en 1684, pour conduire à Versailles les eaux de 1 Eure. On partagea les travaux en cinq parties bien distinctes. Les constructions qui servaient à franchir la vallée de Maintenon occupent cinq cent une toises de développement. 11 devait y avoir trois rangs d'arches superposées. Le premier rang se compose de quarante-sept cercles ayant quarante pieds d'ouverture et soixante-dix-huit pieds d'élévation sous voûte. Les piles , avec contreforts , ont huit mètres d'épaisseur. La hauteur totale de ce premier étage est de trente mètres. On employa de nombreux ouvriers pour hâter l'achèvement de ces travaux gigantesques ; mais ils ne fuient point terminés. Soixante ans plus tard on en détruisait une partie pour réédifier le château de Crécy, que Louis XV voulait rendre digne de la marquise de Pompadotir.
Non loin du hameau de Champgé , à une demi-lieue de Maintenon , sont les restes d'un camp rohiain , dont les fossés et les remparts de terre sont faciles à reconnaître. Tout auprès existent plusieurs dolmens formés de pierres énormes. Une foule de pèlerins visitent chaque année la chapelle de Saint- M amer s. Au-dessus de la porte latérale de l'église de Mervilliers est un bas-relief encastré dans une ogive à une époque postérieure à la construction du reste de l'édifice. Il représente un chef assis sur une espèce de trône , vêtu d'une tuni-
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(juoet poitant un iiuuiteau. Il tient à la niam un bâton de coininandement , r{ paraît recevoir de la main droite étendue un objet que lui présente un chevalier armé de pied en cap et qui fléchit le genou. Le cheval et l'écuyer de ce vassal sont derrière lui. Snr la gauche on voit un prêtre (jui paraît bénir le tribut et l'offrande ; et , à demi cachée par l'autel , est la figure , de proportions très-réduites, d'un homme occupé à écrire sur une feuille roulée en forme de cartouche, mais dont une partie entoure gracieusement le bas-relief. On \ lit une inscription qui date du onzième siècle. Dans un champ des environs se trouve un dolmen dont la pierre supérieure est percée de part en part d'un trou pratiqué à dessein. Plus loin sont les parois verticales d'un autre dolmen dont la partie horizontale n'existe plus. A Mevois/n, sur les bords de l'Eure et à Montainville, on peut voir plusieurs dolmens. L'église de Moranvez est fort ancienne. Bâtie sur un emplacement rectangulaire, sans bas-côtés ni chapelles latérales, elle a un portail composé de trois arceaux concentriques et à plein cintre, avec moulures et ornements en zigzag. Les chapiteaux des colonnes qui supportent ces arceaux sont de la plus grande simplicité. Dans un petit bois nommé Rigolles, et qui se trouve aux environs, est un dolmen incliné et un terrain couvert de pierres posées aplat de manière à présenter l'apparence d'un vaste carrelage dont les pavés ont jusqu'à huit mètres de longueur sur cinq de largeur et trois pieds d'épaisseur. A CJiangé, non loin de Saint-Piat , et sur la route de Maintenon, est un peu/van dont la partie supérieure a été brisée. A quelque distance, dans la même contrée, on voit un autel circulaire de quinze pieds de diamètre , formé de deux pierres inclinées l'une vers l'autre et présentant à leur point de jonction une sorte de rigole pour recevoir le sang des victimes. Tout auprès on remarque un dolmen colossal dont la pierre supérieure peut abriter plusieurs personnes. Aux environs de Pont-Gouin recommençait le canal , long de qualunte-cinq mille mètres et large de plus de trente , qui , après d'immenses travaux , eût conduit les eaux de l'Eure jusqu'à l'aqueduc
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de Mainlenoii. La vallée de La Diablerie possède une très-grande quantité de blocs de pouddingue siliceux figurant trois enceintes. Les ruines du château du Puise/ , bâti par Constance , femme du loi Robert, et l'église de ce village doivent attirer les regards du voyageur. T/iovnj, qui se lie aux événements de la même époque , conserve encore les traces de son château. A Veri-lè.'i-C.'hartj-ef! , près du bois de RigoUes , se distingue un mallus formé de pierres dures , de l'espèce de celles dont Chartres est pavée. Tout autour sont une nuiltitufle de pierres plates ayant de huit à seize mètres de superficie , et qui entouraient les dolmens dont on rencontre les vestiges. Le dolmen (ï Tmonvilh-la-Grande diffï-re peu de tous ceux dont nous venons de parler, et qui sont en grand nombre dans cette partie du paysChartrain.
AK K0NPIS>;KMENT DF. CHATKAIDIN.
C^àteaudun était le ehet'-Ueu do lun des plii<; anciens évêché> des Gaules, supprime lors du ooiuile de Paris, en 573. Un déoivt de Gontran i>u de Sigelxnl , rois d"Orléans . chang^ea son ancien nom de Ville-Claire en ot-lui tju elle pone maintenant. Charlenia^ne v londa une abbaye de Tordre do Saint- Augustni . sous l'invoi^îtion de M;iiie-Madeleine. Cette ville fat détruite par un épouvantable incendie en 1723 . mais elle sortit de ses ruines plus belle et plus ivgulièi'e. Si\ situation est tort pittoresque; kîtie sur le sommet d une colline . elle s'élève à plus de quatre cents pieds au-dessus de la vallée, que iravei-se le Loir. Son château est remarquable par
DESClilI'TlON [)E L (JKLÉANAIS, KTC. \. i
l'originalité de l'architecture. Thibaut-le- Tricheur jeta ks fondeTnents de la grosse tour, seule partie qui soit antérieure au quinzième siècle. Nous ne reproduirons point ici ce qui sera dit ailleurs de l'histoiro de cette ville , sans cesse menacée par les Brabançons , les routiers , les Cottereaux et les Anglais. Sous ses murs furent extcrminces de» bandes nombreuses de ces aventuriers, vers 1383.
Bonneval , jadis close de murs et de fossés, était une place très-forte, qui défia long-temps les attaques de Louis-le-Gros. Ses remparts furent détruits : Henri V, avant le siège d'Orléans, la fit entièrement raser. On y voit encore les restes d'une abbaye de Tordre de Saint-Benoît, fondée selon les uns parCharles-le-Chauve, et , suivant d'autres , par Foulques. La flèche de l'église paroissiale est belle et hardie. Près de Bonneval , et dans la direction de Moriera . est un dolmen incliné , loiig de dix pieds et large de six.
Al/nyes, forteresse importante, protégea la fuite de Chilpéric , poursuivi j^ar les rois d'Orléans. Les restes du château se composent encore de deux tours placées aux angles d'un grand bâtiment qui se relie à une troisième tour, posée simplement sur le sol , sans aucune fondation. I^s Anglais, dont ce pays conserve de tous côtés les traces, avaient choisi ce lieu pour un de leurs établissements militaires au quatorzième siècle. On dislingue les ligues de leur camp et l'émmence placée au centre. Sur la rive droite du Loir est une pierre druidique debout , d une forme pyramidale , haute de sept à huit pieds. Tout près est une énorme pierre de dix ou onze pieds de diamètre sur deux d'épaisseur. Au nord d'Alluyes, au lieu dit la Garenne des Clapins, se trouve une vaste enceinte rernjjlie de ladères, monuments celtiques de la plus grande antiquité. Plusieurs de ces blocs gigantesques ont cédé aux outrages du temps, et tombent en ruine. Quatre peulvans et un dolmen sont dans un parfait état de conservation. Saint- Avit . à cent pas de la rive gauche du Loir, possède aussi un dolmen fort remarquable par sa grandeur; les trois pierres principales ont trois mètres de longueur sur phYs de deux
xcii DKSCIUrïlOiN ni' LdHLr^ANAIS
mètres de largeur. Un autic (lolincii non moins curieux existe aux environs ài.^Saiiil-G('nnain-resAlfiiy(s, à cent pas du moulin de Baudoin , sur les bords du Loir. La pierre couverte a près de (juatre mètres de longueur sur trois de largeur. \on loin île là surgissent du sol plusieurs peulvans, qui annoncent de loin l'existence d'un dolmen circulaire, à moitié bi'isé. Mais la pierre demi-circulaire que l'on aperçoit est d'une énorme grosseur. Brou, dont Y Ozanne arrose les jardins, dut sa prospérité à Florimond Vooerlet, secrétaire d'état sous lienri 11. Là sont les ruines du magnifique château de Frazé. Cloyes est une jolie ville, assise aux bords du Loir. On a découvert récemment aux environs de Marboxie une mosaïque, dont la partie supérieure est occupée par deux figures ailées soutenant un médaillon sur lequel se lit une inscription romaine. Saint-Maursur-Loir, village dans une situation très-pittoresque, est aujourd hui le but de pieux pèlerinages; ceux qui viennent prier dans son église se ilattent d'obtenir la guérison de certaines maladies. Ces lieux, jadis consacrés aux sacrifices druidiques, joui-saient dans les Gaules d'une grande célébrité. La place du sanctuaire est signalée par deux immenses dolmens circulaires et un peulvan de cinq mètres de longueur sur deux de largeur. On s'arrête aussi près d'un monument singulier, formé de deux pierres inclinées en regard l'une de l'autre. La plus grande a quatre mètres de longueur sur deux et demi de large ; elle est soutenue par deux bornes c|ui sortent de terre d'environ un mètre et demi. L'autre, qui avait été fort habilement allongée, est supportée de même par deux bornes; elle n'a que deux mètres et demi sur deux mètres trente centimètres. On trouve encore un dolmen à Montemavn, village à cinq lieues de Châteaudun ; il est de forme irrégulière et a deux mètres et demi sur autant environ de largeur. Orgères rappelle d'autres souvenirs ; une troupe de brigands y avait établi son domicile : après une longue instruction, vingt-trois de ces misérables furent condamnés à mort (1800) ; soixante subirent des peines plus ou nioiii> fortes. Non loin de là on retrouve la contrée
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des doliiRMis, à Saiimeraij, à Trizay-Jez-Bnnnrval : ici se n'iicoiitre le plus gigantesque de ces antiques nionunieiits. La table, tormée d'une seule pierre eireulaire. a quatorze mètres de oircoiiférence sur un d'épaisseur; sept pierres plates disposées en rond la soutiennent. Le castel de Larardin , fondé par De\ angoiu- vers le milieu du quinzième siècle, mérite d'être visité.
AKKONUISSEMEXT UE DREUX.
Le bourg d'Anel se recommande par les souvenirs qui se rattachent à son château. Sur les ruines d'un ancien manoir féodal, Philippe, comte d'Evreux, frère de Philippe-le-Bel, jeta les premiers fondements d'une forteresse tlanquée de tours , qui fut terminée par (Jharles-le-Mauvais, roi de Navarre et comte d'Evreux. Charles-le- Sage fit démanteler cette forteresse , et réunit à la couronne la châtellenie, qui en avait été détachée du temps de Philippe d'Evreux. Charles VII la donna en présent à Pierre deBrézé, son vaillant compagnon d'armes. Louis de Brézé, son petit-fils, épousa en secondes noces Diane de Poitiers, fille du sire de Saint-Vallier, qui n'avait que quinze ans. Ce seigneur, complice de Bourbon , fut sauvé par les prières de sa fille, dont la faveur à la cour grandit toujours de|»uis cette époque. Après la mort de Louis de Brézé elle se retira au châteRu trAiiet ; mais dans une de ses rares ai>[)iiritioii.s
i)i;s(.iui' ri().\ i)i: i. oiu.k anais. i-ic. xcv
dans la Ciipitale, la belle veuve, qui touchait à son huitième lustre, inspira une vive passion an jeune roi, Henri II. Cet attachement dura vini^t années, et ne fut interrompu (pie par la mort. Philibert Delorme reçut ordre d'élever sur l'emplacement du vieux et modeste «astel une demeure, qui est regardée comme un des chefs-d'œuvre (le l'architecture, et un éclatant témoignage des prodigalités du monar(|ue.
La révolution de 1793 n'a point épargné ce splendide château, séjour de divers rois et grands seigneurs, habité par le duc de Yendôme, par la duchesse du INlaine , par Louis XV, et enfin par le duc (le Penthièvre, dont la mémoire est encore respectée des gens du pays.
La gravure qui accompagne cette description donne une idée de la beauté et des richesses de ce séjour. On traversait un large fossé sur un pont de pierre, et l'on arrivait à la porte principale, protégée par des meurtri^res, ornée de trophées de chasse et des chiffres de Henri et de Diane, DH. Le cadran de l'horloge marquait les heures, les mois, les signes du zodiaque et l'âge de la lune. Au milieu de la cour, qu'ornaient des fontaines et des colonnes, existait une chapelle londe qui subsiste encore. L'intérieur des appartements répondait à la richesse de ce décor extérieur. Le marbre, les peintures, les glaces, les tableaux s'y trouvaient prodigués. Dans une galerie longue (le près dn vingt mètres et large de dix , on voyait des tableaux représentant le duc de Vendôme à cheval, et ses principale- victoires. Le tombeau de Diane était dans une chapelle voisine du château; quatre sphinx en marbre blanc soutenaient le mausolée, la statue de la dame de Brezé et les génies, emblèmes de ses vertus aimables. Tout cela fut détruit; les arbres du parc tombèrent sous la hache. Il ne reste plus qu'une aile de l'ancien château.
Aux environs du bourg d'Anet, dont la position est riante et pittoresque, se trouvent le joli village de Saussay, les ruines du manoir de So?'eI et du château de La Rohetière : près d'fcry, où s'é-
xcvi DKSCRII'TION l)K l.UULftANAlS
lève la colonne élevée à la mémoire de Henri IV, coule une source d'eau minérale ferrugineuse. Ces belles vallées ont tour à tour été chantées par les poètes et décrites par les peintres les plus célèbres.
Le château de Boissy-Ie-Sec se signale par d'élégantes tourelles; celui de Bu n'offre plus que des ruines. Dans l'une des salles de l'hôtel-de-ville de Châieaiineuf-en-Thlm.erais on voit, sur l'une des poutres, les armoiries (|ue le roi Henri IV donna, en 1595, à la ville de Châteaudun.
L'origine de Dreux est fort ancienne ; les savants la font remonter au temps de Dryus , chef gaulois , et ils prétendent qu'elle était la capitale des Dvrocasses. Mais il est probable que son nom vient du latin francisé des capitulaires de Charles-le-Chauve , où elle est souvent citée. Vers 1031 il est question des comtes de Dreux et de leur droit de battre monnaie. Brûlée par les Anglais à la fin du douzième siècle, elle fut, peu d'années après la bataille où périt Gabriel de Montmorency, assiégée et prise par Henri IV. Les fortifications furent alors rasées Cette ville, bâtie sur la Biaise, non loin de l'Eure , est au pied du coteau que couronne l'antique manoir des Comtes. Au nord sont les ruines du donjon. On aperçoit dans la première cour les chapiteaux , élégamment sculptés , d'une église bâtie en 1142. Dans ces lieux est la chapelle mortuaire de la famille régnante d'Orléans. La cathédrale de Dreux fut bâtie à des époques différentes ; les clochers et le haut de l'édifice sont évidemment du seizième siècle. L'hôtel-de-ville offre le bizarre assemblage du style gothique et du style de la Renaissance. On voit à l'intérieur une voûte et une cheminée dignes d'attention , et une cloche fondue sous Charles IX , dont la frise représente la procession des Flambarts. Saint-Lubin-des-Joncherets possède un castel entouré d'eau. A la Ferfê-Vidame existe une fontaine minérale ferrugineuse. A Nogeni-le-Rol , petite ville peu éloignée de Dreux, on chercherait vainement les ruines de l'abbaye de Coulombs, fondée en 1023, et où reposèrent les dépouilles mortelles de Jac(iues de Brézé , comte
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de Maulevrier, et d'une fille naturelle d'Ayiiès fSorel , tuôc par txseigneur, son époux, qui l'avait surprise attentant à son homieur. On prétend qne JRouvres , où nos rois eurent un château fortifié, fut la demeure du grand pontife des Druides. C'est aussi à Smanh-s , lieu signalé dans les Commentaires de César, qu'existait le princij)al collège de ces prêtres. L'exactitude de la tradition semble conniinéo par les nombreuses antiquités découvertes aux environs.
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