M A ROT
El puis viendra Jean Ctopinel , Au cueur joly. nu cors ysnel , t^iii nnistr.T sur I.oirc à Meunr.
Il aura le roman si rliirr, (ju'il le Toudra lotit |iarfoiirnir, Se tempt et lieu lui peut venir.
poème lui-mêmt* , qui se compose de vinpit-deux mille vers de huit syllabes , ce n'est autre chose (jue l arl d'aimer réduit vu principes et rais en action*. Mollement endormi au souffle diN zc^phyrs, le poète voit en rêve une vaste prairie , an milieu de laquelle s'élèvent lesmuiaiUes d'un magnifique jardin. Oyêeute , c'est-à-dire YOmteti , lui en ouvre la porte, et il voit Déduit , seigneur de ces beaux lieux, entouré des Ris et des Jeux , (jui dansent et folâtrent. Il veut cueillir la plus belle Heur d un rosier tout chargé de boutons et de fleurs , mais l'Amour sort de sa cachette , lui décoche des (lèches et le force à se rendre à merci. Le dieu lui oqilique aussitôt les règles et les préceptes qu'il finit suivre pour plaire aux dames. Plein d*espoir et de confiance, il s'approche une seconde fins du rosier; mais Danger l'en éloigne , et Raison lui prodigue ses conseils. Eidin , après bieîi des efforts , il par\ient ù saisir la rose tant désirée. Le poème ne manque pas d'invention , bien qu'on lui reproche de la monotonie. Le style est vif et léger. On n'a point oublié ses descriptions de l'Été, du Printemps et du Temps. Les commentateurs se sont efforcés d'expliquer l'allégorio qui se cache sous la rose : les uns y ont vu tm traité d ali hunie , les autres un li\re de morale. Marot donne son opinion, qui paraît être la meilleure ^ La rose, selon lui, c'est l'état de grâce , ou la vierge Marie , ou Tétemelle béatitude. On sait que les prédicateurs tonnèrent contre ce livre; mais ils ne purent empêcher les copistes-de rqwoduire ces vers, où l'amour, ses plaisirs et ses peines sont exprimés dans notre langue la première fois.
Car quand Gttillcame < Jeu si le rccommencm, Apfè» M mort , que je ne nente , Am tnqMné plus de quarante.
Le Romnn de la Rote, i"^ In «ni I» Roman de l« Row , Maître ea amrar.
AjrroiNE DE Bvïr, nnnnrt à ChnrUs IX, Sirr , c eat le stgct du Buman de la Rose , Oâ d'unovr épineux U pourmite Mt endote ; L» Rom, c'est d'Amour le gaerdm urariNx.
H L'OHLËANAIS
(1223.) Louis Vlll, en montant sur le trône, vit lenaître avec les fib des anciens chfttdains du Midi la guerre des Albigeois. Les vieux comtes de Toulouse et de Foix avaient légué leurs querelles à
une gôiu ration jeun*' et ardente. Aux oreilles du monarque les trouvères, Ï^Ttées de œs anciennes guerres, firent retentir des accents belliqueux. Va , lui disaient-ils , va dresser tes pavillons sur les
cimes des Pyrénées. Chasse ces intms qui usurpent le domaine de « tes pères. Dieu t'a confié la mission de délivrer le royaume de la « lèpre d'hérésie. Laisseras^ l'Aquitaine en proie an dragon blanc - des Anglais * { " La guerre re<'oniniença , et l'Église intervint en prodiguant les dons et les indulgences à ceux qui s'armaient contre les hérétiques. Le cardinal-légat de Saintr-Ange se mit à la tête des troupes et marcha vers Avignon. Le roi voulut fiûre une entrée triomphale dans cette ville ; mais les habitants s*y refusèrent . fernièrent leurs portes , et finirent jîar succomber après une vigoureuse défense Les croisés marchèrent alor^ ^ ('I•s Toulouse , occupée ]^r le jeune comte R^iyniond. U &Uut traverser un pays ravagé , ou les hommes et les chevaux manquaient de subsistances. La fatigue et la disette engendrèrent des maladies contagieuses. Le roi, atteint par l'épidémie, succomba, kissant Blanche deCastille, sa veuve, avec des enfants en bas âge. (1226.) L'aîné , Louis IX , avait douze ans à peine. Ia' quatrième fut le fameux Charles d'Anjou.
La régence , attribuée à la reine par le testament du monarque , rencontra une vive opposition chez les barons , qui se flattaient de mettre en question le principe d'hérédité et d'abaisser ainsi la royauté. Forte de l'amour du [x-uple et docile aux avis du cardinallégat. Blanche se hâta de faire sacrer son fils à Reims Hugues IV, <iuc de Bourgogne , fut le seul des grands vassaux qui assista à lu cérémonie. Les autres barons répandirent les plus odieuses calomnies sur le compte de la régente, entachant même la naissance de son fils, qu'ils appdaient bâtard et fils de l'Espagnole. Tous s'armèrent , et
• OoiLLAttiiB-tt-BliBroN. PMippide.
ANCIEN El MODhKiNE. 75
parmi les phifl détenninés on lemaïquait Thibaiit , comte de Champagne , poète et traobadoor qm avait jadb célébré les charmes de Bbmdie ; Hugues , comte de Blois, et Pierre de Dreux. Les r^ieUes
proclamèrent roi En^uerrand de Coucy*. La réfj^ciite et son HLs se retirèrent à Orléans pour y organiser les préparatifs de défense. Thibaut , séduit par une lettre qu'elle lui adressa , déserta la cause des bannis et livra leura plans et leurs secrets. Avertie de leur marche vers le fieu de sa retraite, Manche résolut de gagner Paris avec son jeune fils ; mais ib trouvèrent la route coupée à Montlhéry , et ne durent leur délivrance qu'au zèle des habitants de Pans , qui accoururent à leur secours.
Peu i peu les barons se séparèrent. Le duc de Bretagne continua senl une lutte qui eût été fatale à la régente sans le dévouement de Thibaut. La venatilité , les continuas parjures du sire de Bkns indignèrmt ses anciens alliés , et tout le pmds de leur vengeance retomba sur lui seul. Ils saccadèrent 8€S domaines , et ne lui laissèrent ni paix ni trêve. Alice , reine de Ch^'pre et nièce de Thibaut , revendiqua ses droits à l'héritage des comtés de Champagne et de Biais , qui appartenaient à son père , Henri II , roi de Jérusalem. E31e en avait été évincée par la loi salique , et ne pouvait appuyer sur rien ses injustes prétentions. Mais les seigneurs se déclarèrent conti^e Thibaut , que la régente n'akmdonna pas.
Louis, à peme âgé de quinze ans , parut à la têlo d»' ses troupes. Le resped que les grands vassaux affectaient pour leur souverain amena des négociations. Blandie, attentive aux intérêts de son fils, dirigea tout en son nom. Thibaut fiit maintenu dans son comté, mais i charge par lui de payer à sa cousine une somme de quarante nnlle li\ rt's et une rente de deux mille. Son trésor était vide : il vendit à la régente les comtés de Bluis, de Saiicerre et de Chà-
■ t>« devitc était :
Je De cuis mi , ne duc , ne prince , ne comte aOMjr} Je Mite I* «ire de Conejr.
teaudun. Après un grand soupir, il s'écria . Madame , inon • cœur , mon corps et toutes mes force» sont à votre eommandem ment, t et partit pour la Fàlestine avec beaQOuup de chevaliefsses vassaux. Dépourvtis d'argent , ils ne purent affiréter des navires, et choisirent la raate de terre. En butte aux trahisons , décimés par la soif el lu laiiii , ils s'einparôront do Jaffa . (ju'ils perdiiéiit presque aussitôt. Thibaut revint avec le jwtit nombre de ceux «juc la mort avait épargnés. Le spectacle de leur infortune fit impression sur le cceur du jeune nu , qui se promit en seiaet de rabaisser Toigoeil des musuhnans. Une maladie qui le oonduiait aux portes du tombeau changea ce désir en voeu solennel , et la croisade fut résolue. On connaît les résultats de cette expédition glorieuse et funeste, le dé'barquement des croisés en Egypte , la mort de Robert , comte d' Artctts, enfin la captivité du roi , que défendit avec une admirable valeur Grauthier de Châtillon , de la maison des comtes de Blois.
A son retour» Louis trouva les affiûres du royaume en bon état . bien que de grands désordres eussent été causés pendant son absence par les Pastoureaux. I>e preTiiier du t" de « (^s Uindits a\ait été moine de Cîteaux et se nonnnait Ja( oh. 11 se donnait mission de prêcher la croisade , non point aux riches et aux gentilshommes , mais aux pauvres et aux fiiibles, à qui Iheu aoooiderait la gloire de délivrer le roi et les Lieux-Saints. On Tavait surnommé le maître de Hongrie , son pays natal. Entouré de phs de cent mille disciples . vitMllards , femmes et enfants , il leur choisit des chefs et fit placer sur leurs Imnnières la Vierf^e i-t les Saints, avec lesquels il prélentlait être en rapport. D'abord ils se omtentèrent de prêcher la croisade; puis ils se répandirent en invectives contre les moines , les chanoines et les évêques de la cour de Rome. Ds usurpaient les fonctions du sacerdoce, confessaient , faisaient et annulaient les mariages , et les dogmes de rÊvaii^nle étaie/it niterj)rétés par leurs prédicateurs suivant leurs intérêts et leurs besoins. Bientôt ils se souillèrent de toutes sortes de débauches et d'excès. Pour soutenir ses arguments ,
Jacob était accompagné de séides féroces prêts à immoler tout contradicteur. Un jour qu'il p<''r()rait sur la place publi(jue d'Orléans , un
écolier, entraîné par son zèle , essaya de le réfuter. Un des disciples leva sa hache et lui fendit la tête. A ce signal , la bande furieuse se réjiandit dans la ville et y massacra vingt-cinq prêtres*.
Blanche , un instant abusée sur les intentions de ces factieux , ne s'op}X)sa point aux manifi^tations d'un zèle qui jxmvait soulever de nouveaux crt)isés et coopérer à la délivrance de stni fils ; mais le désordre devint tel qu'il fallut le réprimer. Jacob , simple laïque , se décorait des habits pontificaux et excitait les scènes les j)lus violentes à Paris, à Amiens, à Orlé'ans. La régente stmgea à les disperser; les chefs furent arrêtés et mis à mort; d'autres s'embarquèrent pour la Palestine. L<' reste , effrayé des dangers de cette vie vagalionde, reprit ses travaux onlinaires.
• Tu. Lavm i.ijk, Itittoirr drê h'rtiuçnit.
Xcnis ne parlerons pas en détail de la conquête du royaume de Naples. par Charles d'Anjou, prince dur et impitoyable qui ordonna le supplice de Connulin, dernier rejeton de la maison de Souabe. Nous dirons quelques mots de l'effet produit en Occident par le retour des croisés. Ceux qui revirent leur patrie . après un sji'jour fie près de six années , rapportaient des idées nouvelles , le goût (les sciences, des lettres et des arts que les Aral>es avaient cultivés avec gloire et succès. Déjà l'étude des anciens philosophes était en honneur; l'université de Paris comptait panni ses élèves Albertrle-Grand, Thomas d'Aqmn, Roger-Bacon. La langue firaa» çaise commença à prendre forme et à se répandre dans les écoles; les étrangers eux-mêmes choisissaient cet idiome à cause de sa clarté. Des hommes remarquables par des qualités opposées parurent : les uns donnèrent îles traductions et d'excellents traités sur les sciences et la philosophie ; les autres, conteurs naïfs » poètes féconds , esprits gracieux et l^rs, produisirait des romans , des contes et des faUiaux , qui sont restés comme les monuments de Tenfance de notre littérature. D'autres, tels que le sire de JoinviUe, ont pris raii^f parmi les historiens amis de la vérité.
De tous It s poètes de cette (''i>oqfue , les plus célèbres furent sans contredit Thibaut, seigneur de Blois et de Châteaudon, et Jean de Meung. Le premier, dont nous avons parlé comme guerrier et comme homme politique, était petit>fi]s de Sanobe-le-Sage , roi de Navarre. Il fut élevé à la cour de Philippe-Auguste. Mis en possession de riu rita^^' de s«'s pères, que lui disputaient son frère et ses deux nièces , il devint le ))lus puissant feudutairc de la couronne. Pendant la guerre contre les Albigeois , il subit l'odieux soupçon d'avoir empoîscmné , de concert avec Blanche de Castille , le roi Louis VIII. Son caractère, l'inutilité pour lui d'un tel crime, les vertus de la mère de saint Louis, prouvent la fausseté de cette imputation. Nous avons vu de quelle manière il céda ses droits sur les comtés qu i! ] )os> sédait dans 1 Orléanais et son départ pour la Terre-Sainte. (125^3.1
ANCIKN ET MODERNE. 7»
Il moanit dans ses États de Navarre, laissant la réputation d'un
homme frivole , léger , inconstant , dangereux pour ses amis et jieu redouté de ses ennemis. Les titres de Grand et de J'aiseur de chan- $otu lui sont donnés par ses oontemporains. Long-temps il nourrit pour Manche de CastiUe une vive et ridicule passion, dont les témoignages sont consignés dans ses poésies. Telle est du mmns la tradition populaire que cherchent à détruire , par leurs raisonnements , Mezerav, Pasquier et d'autres écrivanis. Le comte Thibaut , disent les anciennes chroniques , JU les plu* belles , les plus dè/i tables et mélodieute» chaamm qui furent onequei cyes * . La postérité n'a point confinné ces louanges exagérées. Ony remarque, il est vrai, de la grâce, de la naSveté, des sentiments purs et des vers heureux; mais on y trouve plus souvent encore des fiideurs, de triviales grossièretés, indignes tout à la fois du |M)ète et de l'objet de sa flamme ; stnis plus d'un rapi)ort, il est inférieur aux troubadours qui brillaient à la même époque. Composées alors que la langue romane prenait son essor, ces poésies aidèrent à la répandre et àla finie goûter. S ne nous est rien resté sur la fiunflle' et la vie privée de Jean de Meung. Ses premières études eurent pour objet l'astrologie , la géométrie , l'alchimie et les autres sciences qui commençaient à se répandre. Il fit des traductions et résolut de donner une suite au Roman de la Rose. Mais entraîné par sa verve et sa fécondité , il supjmma quelques vers du dénoûment, refit le plan tout entier et ajouta dix-huit mille vers aux quatre ou cinq mille que Guillaume avait laissés. Moins gracieux et plus hardi que son devancier, ses expressions vont parfois jusqu'à la licence*. A défaut d'intérêt, on se plaît à rencontrer dans ce livre des saillies et de l'ingénuité. Jean de Meung mourut sous le règne suivant et fut
* n St sur les dame» de la Cour ce temeox quatrain :
Teatet catce, aer^ on Autca, De toict, ou de velealé,.. ..
Et qui très bien voua cbcKheroit , Toatea. voaa tranventit.
inhumé dans lo cloître dos Dominicains de la rue Saint- Jacques. Facétieux même après sa mort , le poète avait légué aux moines de ce cxmvent , où il désirait qu'oti plaçât ses restes , un coffret qu'il disait rempli de choses précieuses , mais en leur défendant de l'ouvrir avant ses funérailles. Quand la pierre , chargée d'une épitaphe louangeuse jx)ur le défunt, eut fermé le toml>eau , les religieux se hâtèrent d'ouvrir le coffre. Il ne renfeniiait que des ardoises sur lesquelles Jean de Mcung avait tracé des chiffres et des figures de géométrie. Furieux , ils déterrèrent le corps , mais le Parlement les condamna à laisser au défunt la place qu'ils lui avaient d'abord donnée.
Louis IX expira sur les plages de Tunis, où l'avait conduit une ferveur mal calculée. La |)este fit périr un grand nombre de chevaliers. Ici se rencontre une légende populaire dans tout l'Orléanais.
Trois barons, les sires de Chemi-lez-Meung , de Sully -sur -Loire et de Ruugemont , firent des prodiges de valeur et restèrent prisonniers des Turcs, au funeste combat de la Massoure. Ces chevaliers ,
ANCIEN ET MUUURNE. ttl
oondnitB dans la priaon du château, puis torturés et enfermés dans des coflres ou gottHières , implorèrent la miséricorde divine et firent
vœu d oflVir tous les ans des goultièrcs de cîre en IT'iîlise de Sainte* Croix, s'ils recouvraient leur liberté. Après quoi iU s'endormirent, et se retrouvèrent à leur réveil à Orléans, oîi ils s'acquittèrent de leur promesse.
Les Francs , rangés autour de leur roi mort , obtinrent des InfidMes une capitulation honorable, et Philip|u> III ramena l'armée infectée de miasmes |)estilentiels. Thibuit , al(»rs loi de Na\arre, y prit le genne du mal dont il mourut peu de joui-s après son débarquement. ( 1278. ) Deux &its prindpaux signalèrent ce règne. Le pffcmier fut la condamnation de Jean de la Brosse, homme de basse extraction , né en Toaraine : barbier de saint Louis, il s'insinua dans la faveur de Philippe , qui hii donna les fonctions de chambellan . Lorsque le roi, veuf d'Isabelle d'Aragon, dont il avait eu trois en t'ants, eut épousé Marie de Brabant, le i'a\ <)ri, jaloux de la puissance de la jeune reine, propagea le bruit que le prince royal, Louis, avait péri empoisonné par sa marâtre. Avant de prendre un parti contre sa femme , Philippe envoya consulter la béguine de Nivelle , espèce de devineresse , qui répondit d'tme manière vague et obscure. Cependant des doutes pénétrèrent dans l'esprit du roi ; il accueillit les récrinniiations de Marie contre le chanil)ellun. Les mornes se montrèrent acharnés à sa perte , et firent si bien qu'il fut arrêté , conduit au chfitean de JanviUe, en Beauce , puis an donjon de Vinoennes, et eiLécnté oomme coupable de haute trahison. Sur les murailles de la grosse tour de Janville , qui servait de prison d'État , on vit lon^tempe» un quatrain écrit par cet infortuné . il y exprimait sa pensée sur le peu de fond (|ue l'on doit faire de la faveur des rois.
Les Vêpres- SiciUennes, dont le souvenir se mêle aux annales de l'Orléanais , attristèrent les dernières années de la vie de Philippe m. Charles d'Anjou avait conquis le royaume de Naples et de Sicile, avec une armée où l'on remarquait l'élite des chevaliers du
H2 L OULKA.NAIS
Vendomois, du Blaûiois et du comté de Dunois*. Plusieurs de ces petits sdgneurs, trop à l'étroit dans leurs domaines, ou criblés de dettes par suite même de la croisade, se fixèrent en Italie. Leur conduite impnidento amena une catasUi-opho terrible. A l'exemple de
leur cIk'I'. (juo mi tyrannie rendit odieux, les Français traitèrent les femmes en conquérants et les hommes avec mépris. Leur dédain jx)ur les choses du culte irrita les moines» dont l'esprit vindicatif et rusé prépara la révolte. Le son des cloches, qui appdait le peiqile & vêpres , iîit en quelque sorte le si^al d'un massacre général. (128Q.) Jean de Procida. seigneur sicilien . chef de la conspiration, n'avait point encore lixé le jour et l'heure ; elle éclata à l'iniproviste. On raconte qu'tuie jeune fille qui î?e rendait à vêpres fut outragée en pleine rue. A ses cris, mille bras se lèvent, mille poignards sont tirés; le tocsin appelle le peuple à la vengeance ; les Français sont assaillis dans leurs maisons et jusqu'au pied des autels ; les pères fendent le ventre de leurs filles pour arracher de leurs entrailles le fruit de leurs amours avec les tyrans. Près de vingt mille hommes sont <'triirgés , et , parmi les victimes , on cite les noms de diverses familles de l'Orléanais.
Philippe III obéit à la sage impulsion que saint Louis avait donnée anx esprits. Outre d'assez grandes améliorations, on remarque le commencement des lettres d'anoblissement, le plus rude
anij) (jue l'on ait porté à l'aristocratie territoriale Justju'alors la terre seule conférait la noblesse, c'était l'essence du régmie féodal; ainsi le roi tirait sa noblesse de la même source que ses barons, et il ne s'attribuait pas un droit en quelque sorte divin, celui d'anoblir. Ce que la possession de la terre constituait pour l'homme à l'instant de sa naissance ou |X)ur l'acquéreur du fief, mais à la
• Bouchard V, comte de VcmJ.'tmo , se déUchs de l'anm^ dr Flandre pour rcnlr retreow, i Rome, le duc d'Anjou. En traversant la Lombardie, il détruisit 1rs villes de Crémone et de Bre»cta,ctJoi|{iiit aux troupes do prince des fiNrces ralBaaatM pour rommcncor rinvasion delaPonilK . Ils furent, en peu de jours , «iou« les murs de San-Tîfrmano , iin'il fallut enlever par escalade. Le comte de Vendùmc se Ni|{nala dans cet it^aut et à la bataille décisive de fiénéveat, où fut tué Malnbvjr. On préauM qall ptfrlt dan l«s maanem de P»1enn«. iArl ée rM0fr Im Émln,\
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ANCIEN ET MODEliNE. S3
troisième génémtioD , était chose particulière, indélébile et que mû antre moyen ne pouvait conférer. Accorder la noblesse à rhonune
pris hoi-s (If celte C(»iiditi()n , c'était n-ndre toutes les personnes d'une espèce et d'une nature égales; la royauté seule doiniiuiit tout , Philippe étendit ce privilège à ceux qui brillèrent dans les arts, et Raoul, orfèvre habile, fut honoré de cette distinction. Ces concessions dimimièient l'ascendant de l'aristocratie et sa force contre le pouvoir royal; ce fut un acte de sape politique. On abolit aussi la cDUtuiuc ijui taisait passer 1rs apanagt^ des pn^('^*^ morts sans enfants aux héritiers (ollatéraux. Les filles purent hériter de ces apanages ; mais , à défaut d'enfants , ils firent retour à la couronne. Sous le règne suivant , les filles perdirent ce droit, qu'elles portaient, par des mariages, dans des familles étrangères. ( 1286. )
En montant sur le trône , Philippe IV , dit le Bef . eut de graves affaires à teriuiner. il s'agissait d'assurer, dans >a lanulle, trois couronnes : celle d'Aragon, offerte par le pape à Charles de Valois et que Phihppe avait acceptée au nom de son fils ; cdle de Gastille, qui revenait à Blanche, fille de saint Louis, et celle de Naples et de Sicile, dévolue à Charies-le-Boiteux , fils de Charles d'Anjou. De ces trois counmnes, il ne resta aux ])rinres tran(,"ais que celle de Naples , pri\ l'-e de son plus beau fleuron , la bicile.
Edouard 1" , roi d'Angleterre , vint à Paris , pour faire hommage des terres qu'il possédait en France. Q fat reçu avec magnificence ; les protestations d'une mutudle amitié servirent à cacher des desseins hostiles. Philippe convoitait la Guyenne et ne put obtenir de son puissant \ussal que la cession du C^uen v , à la chaîne d'une rente de trois mille livres tournois que la couronne lui assui'a. Au milieu des intrigues qui agitaient sourdement les deux cours, une rixe entre deux matelots , l'un normand , l'autre angbis , fut le prétexte de la guerre. Le premier ayant été tué , les Français coururent sur les navin^s anglais. Ces violences en amenèrent d'autres , et Philippe, pour y mettre un ternie, cita Edouard au parlement de
Si LOHLKANAIS
Noël , en le sommant de répondre des dommages causés à la France. Sur le refus hautain de ce vassal , tons ses domaines furent saisis; pour les reprendre, il envo^-a des troupes en Guyenne. Aux ero-
Iwirras tausc's jjar ct lte i^ut'irc, vinrent se joinclr»' des luttes avec l Église. Philipjx'. qui levait des impôts cinisidérubles , ne ménageait pas le clergé. Boniface VlU, pontife impérieux et énergique, défendit aux ecclésiastiques de les payer, sous peine d'exoonmnmicatioD : le roi ne tint aucun compte de ces défenses , et fit répondre an Pftpe qtie le pouvoir temporel appartenait aux rois , et qu'ils sont audessus de tous les pouvoirs vivants. " (Juant aux clercs, ils sont à la fois membres de rE^;lise et c itoyens de l Ëtat; s'ils sont inhabiles à manier les armes, ils doivent au moins payer les subsides; leur refus de servir la patrie est un crime. » A ces principes , Boniface opposa ceux de la toute-puissance de l'Église , et aida de ses balles le roi d'Ang^leterre. Dans cette lutte . Guy , comte de Flandre, qui servait avec ardeur la cause des An^rlais . reçut un rude châtiment Vaincu par Charles de Valois, comte de Chartres, frère du roi. et, se fiant en sa parole, il se rendit a merci. Mais Philippe, dont la vengeance servait la fwlitique , fit dédarer le feudataire coupaUe de félonie , et le Parlement ordonna la réunion de la Flandre à sa couronne. Charles , indijjfiK^ de cet acte si contraire aux promesses (ju'il avait faites, se rétinien itahe, ou il éjHiusa Catherine, petiteûlie de Baudouin deCourtenay, dernier empereur de Constantinople. Cette héritière de lun des grands noms de l'Orléanais et de l'histoire du monde conféra à son époux ses droits sur l'Empire, tombé aux mains des Barbares.
fl.'î()!2. i A la funeste bataille de Courlra\ , <;af;iu''e jiar les Flamands , parut avec honneur Huij:ues de Châtillon , comte de Blois et de Dunois. 11 portait la bannière de Robert d'Artois , et Daillit périr avec son imprudent seigneur. L'année suivante , Philippe pénétra en Flandre et livra la bataille de Mons-en-Pnelle , glorieuse pour ses chevaliers. Le succès de la journée fut dû au courage du comte de
ANCiKN i:t modkhnk. «r,
Chnrti*es, qui ramena au combat les troupc's débandées et sauva l:i
vie du roi. Le comle de Vendôme , porte-bannière des sires de Chartres, criait avec force ; C/utrires, passavant f et ce cri de guerre rallia les Français dispersés * . Las des insurrections continuelles des Flamands que la défaite ne décourageait pas , Philippe résolut de traiter avec eux ; il leur prwmit d'augmenter leurs franchises et leurs libertés, et consentit à des sacrifices qui lui ]Xîrmirent de s'occuper de divers actes qu'il méditait depuis long- temps.
n songea d'abord à ruiner au profit de son trésor les Juifs , que le commerce avait rendus riches en raison du mépris (]u'ils soulevaient et savaient supporter. Ses exactions et ses violences les firent disparaître de certaines parties de la France, et notamment de l'Orléanais, où Ton en retrouve aujourd'hui un très-]Xîtit nombre. Pour appuyer ses actes si funestes au conmierce, jwur expliquer Vi\\-
' Flamanii cric Asra», et An{!cvln ralic,
» Et li r«pn» Thicb.iul Chnrtrc» cl im^^nvant rri»*.
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tération des monnaies, i) eat leoonrs à des légistes, dont les doctrines étaient que le roi a seul le pouvoir d'imposer ses sujets à son gré. Les
sf'iErnriirs f^rands feudatairos lui vondiront leur droit de battre monnaïf , et il jmt dès lors écouler plus facilement s»'s pièces altérées'. Un de ses édits excita une clameur générale , cju lui-même y déclarait les anciennes monnaies inférieures du tiers aux nouvelles qu'il faisait frapper. Le peuple de Pftris se souleva, et Philippe , assi^é dans le palais du Temple, fut assez mal défendu par les chevaliers de C€t Ordre , qui avaient à se plaindre de ses injustices.
Ce fut aioi-s (ju il sollicita du Pontife la destruction des Ten)pliei-s. Les villes de 1 Orléanais, et BeaugciK y en particulier, ont conservé trop de traces de l'existence de cet Ordre pour que nous passions sous silence le mémorable procès qui amena sa destruction. Les grands biens de ces rdigieox , leur dévou^ent à la cause de TÉglise , leur allure hostile dans les débats entre Boniface et le roi , le blâme qu'ils exprimaient haulfURiil contre les concussions et l'énonnité des impôts , leur nombre qui s'élevait à plus de quinze mille et rendait leur mécontentement dangereux, furent les causes apparentes ou cachées de la tempête qui les dispersa. Lorsque leur destruction eut été décidée, on agit par surprise et avec vigueur. Tousles chevaliers furent, à la même heure , saisis et arrêtés dans toute l'étendue du royaume. (1307.1 Le Grand-Maître , Jai ^jues de Molay , (|ue le roi avait fait revenir d'Orient sous prétexte de le consulter sur des projets de croisade , fut saisi à Paris , ainsi que soixante de ses rd^ieux. Pour oolorer cette brusque violence , Philippe réunit le jour même, dans son palais, l'Université et les bourgeois de Paris, et leur exposa Vaccusation qui pesiùt sur les Templiers. Les archers et les gens de loi s'emparèrent du trésor et des arcbives de l'Ordre; des messages
' Les monnaies di-- nn i. ns comtes de Chartres étaiml de d<-ux csp«Vrs : runf, di- bas argent, •pp<>lé Oillon blanc i rftuUc , tl'alUtge «H culm, «ppclé UlloH Hoir. Ub des côtés de ces monnaies portait la figure d*ira des trais betftM qof fMintient jadis Tn armoiries de iftirHl0,«l d« Tautro une croix patt^. Bloig, Vendôme et Chiteaudun .-waii iit m^ma eaqMfaitca avce quelques légères modiflration<i. Charles de Valois rcodit son droit à PliiUpp«-le-LaBf,lBOjeaMUit 60,000 lirrcs. (Chkvard, Hitloire de Charlrr», l. ii, p. 182.;
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adressés aux souverains de I'Euro])e les engageaient à traiter de même les chevaliers qui résidaient dans leurs Etats, et ce ci-uel
exemple trouva des imitateurs chez la plupirt des princes. L'Inquisition commença la procédure. Deux misérables condamnés au dernier supplice, l'un apostat de l'Ordre, l'autre bourgeois de Béziers, feignirent d'avoir d'importantes révélations à faire. Ils accusèrent les Templiers de mille infamies, et on les écouta. Ils affirmèrent que les chevaliers se livraient entre eux aux plus abominables pratiques , souillant le sanctuaire par de dégoûtantes orgies et se moquant des choses saintes. Les uns, vaincus par les tortures, avouèrent tout ; le plus grand nombre se défendit avec fermeté. Leur perte était résolue. On traita ces guerriers , couverts de cicatrices reçues dans la Palestine , comme d'impies rénégats ; leurs dix mille châteaux , leurs
immenses trésors étaient (IônoIus uu roi. Clément V voulut évoquer l'affaire à son tribimal ; Philippe déclara une telle prétention outrageante pour lui. qui se faisait dans cette occasion le champion de la Foi et le défenseur de l'Église , et le pqpe fut contraint de donner une demi-approbation à tout ce qui s'était passé. Mais ce n'était point assez, car il fallait calmt-r le {«'uplc, (|ui Mclminiit et respectait la valeur des TempUers. Les États-Généraux furt nt réunis à Tours, et on les consulta. Une sentence de mort hit prononcée par seiie princes et sdgneuis. Dans une nouvelle conférence, Philippe promit au pape de lui abandonner tous les biens de l'Ordre. CSément, qui désirait profiter de tels avantages sans tremper ses mains dans le sang des Templiors , institua poui" examiner l'allair»' (juatre coniniissions : en Franche, en Espagne , en Alienui^nie et en Italie, et il les chargea de préparer un rapport qui devait éclairer 1 opinion d'un concile réuni à Vienne pour Tannée 1311. Huit évêques fonnaient la commission de FVanoe. Le Grand^Maître parut devant die et se défendit pour lui-même, sans oser rien démentir de ce (jui était attribué & ses chevaliers. (^in(j cent soixante-un rli<'va!iers . ilT-tenus dans les prisons , furent entendus à leur tour et protestèrent haut*»ment de leur innocence. Le peuple ému de compassion s'agitait, et le procès marchait avec lenteur; PhiUppe résolut alors de brusquer le dénoûment. Les Conciles provinciaux fuient assemblés et s'emparèrent de la procédure jus(|u'alors suivie par les Inquisiteurs. Une même journée vit la mise en juirement et l'exécution de cHKpiante-quatre Templiers ; ils furent brûlés dans un champ près de la Porte-Saint-Antuine , malgré leurs protestations d'innocence. Ces meurtres judiciairea faisaient disparaître les membres sans que l'Ordre fut aboli. Le conseil de Vienne eut & prononcer sur cette grave question ; mais là s'élevèroit de nombreux obstacles aux terribles vengeances de Philippe-le- Bd. Le souvenir des services rendus par eux dans les ;,Hiern'^ sanites protégeait les chevaliers. Les esprits sages se refusaient d'ailleurs a regarder comme véridiques des aveux que la torture avait arrachés
Digitizod by Gû*..wtL
aux victimes. On était donc disposé à juger Taffidre de nouveau et a la roprentlrt' dans son principe. Cldnient , séduit par les (jtl'n's du roi, prononça, dans un consistoire secret, la sentence qui supprimait l'ordre militaire du Temple, et, dans une séance publique , il dit en présence de Philippe « qu'il aboliasait TOrdre par provision et par •• l'autorité apostolique, ke réservant la disposition des personnes et
* des biens des chevaliers du saint Temple de Sion. •• CH arrêt fut regardé comme définitif, et les domaines do l'Ordre passèrent en diverses mains. Les biens qu'ils possédaient à Orléans et à Beau« gency échurent aux chevaliers de SaintrJean. U ne restait plus en France que quatre chevaliers : c'étaient Jacques de Molay , grand-maître ; Guy , grand-prieor de Normandie ; Hugues de Péralde , grandvisiteur de France , et le grand-prieur d'Aquitaine. Le i>ape , qui s'était réser\é le droit de |)rononcer sur leur sort , désirait les traiter avec douceur , mais il exigeait que, par des aveux publics , ils acceptassent conmie juste la sentence rendue contre l'Ordre. Un échaiaud est dressé sur le parvis Notre-Dame; deux cardinaux y prennent place , et les bourreaux dressent le bûcher pour menacer les quatre chevaliers d'un affreux supplice s'ils se rétractent. On leur donne lecture des aveux (ju ils avaient faits, et l'un des carduiaux les exhorte à confesser publiquenient les crimes dont la torture leur avait arraché l'aveu. Aussitôt le GrandrMaître, l'œil fixé sur le bûcher, dit avec dédain : « — J'ai menti i ma conscience , il est temps de faire
* connaître la vérité. Je jure donc , à la fece du cid et de la terre , - que tout ce (ju'on vient de lire des prétendus crimes de mes fi'ères " est une horrible calomnie , je mérite la mort jxiur avoir servi la haine
* du pape et du roi. Puissent les su|)plic(^ qui m'attendent obtenir la pitié des hommes et la miséricorde de Dieu. " Le grand-prieur de
Normandie montra la même fermeté ; les deux autres victimes obéirent à la crainte. L'indignation des juges fut extrême. Le im assembla son conseil et fit rendre une prompte sentence contre d'hérétiques relaps qui furent exécutés le lendemain dans 1 île du l^utuis. Ju.s<pt'uu
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dernier moment , ils protestèrent de leur innocence et ajournèrent leurs persécuteurs devant le tribunal de Dieu. Le peuple, ému de pitié , les regarda comme les victimes d'un roi que son avarice et ses exactions rendaient odieux , et la mort saisit leurs persécuteurs dans les délais fixés par leurs imprécations.
Philippe-le-Bel a laissé une grande réputation comme novateur hardi et despote absolu. Il créa la nouvelle pairie, consolida la puissance attribuée au Parlement et institua les États-Généraux. Jeune et brillant , il fut le premier à violer les lois somptuaires qu'il avait promulguées au commencement de son règne. " Nos rois , dit un •• historien* , avaient toujours donné l'exemple de la sobriété. On ne " servait jamais que trois plats sur leur table , et leur vin fa\ ori était
celui d'Orléans. Henri III en faisait toujours porter avec lui quand il allait à la guerre, persuadé qu'il excitait aux grands exploits, et Lt)uis-le-Jeune en envoyait iM)ur pr<''sent. " Philippe fiit le plus
' Amiuplil,
dépensier et le plus somptueux de nos rois ; les modes les plus bizarres chiingèn'iit les costumes des dîiiiies et des seijj^neurs ; les souliers à la poulaine furent l'innovation la plus étrange et celle qui, dans les momuDents, signale le mieux cette époque. H rendit plus rares les oomhats judiciaires, ajouta de vastes provinces à la France et appliqua aux apanages les principes de la kn salique; à défaut d'hoirs mfiles , les apanages retournaient de plein droit à la œuronnc. Enfin s(>s d»'niêlés avec le Suint-Siége ont fondé les libertés de l'Eglise Gallicane , sorte de barrière contre les envahissements politiques du ISaint-
C*est de ce r^gne que date la Con£6dératioii Helvétique, instituée par Guillaume TéU. Nous finsons remarquer cet événement de l'histoire des Suisses, qui joueront un rôle dans les guerres de religion de rOrh'aiiais. Cliarles de Valois, comte de Chartres, liécéda au bourg de Patay en Beauce , et fut inhumé à Paris. U était père de Philippe de Valois, qui réunit le comté de Chartres à la couronne et le légua à ses snocesseurs.
Le premier soin de Louis X , héritier du trône , fut de punir de mort son éix)use adultè're, la fameuse Marguerite de Bourgogne. Le meurtre juridique d'Enguerrand de Marigny sui\ it de près cette exécution cruelle. On sait le triste rôle que le comte de Valois joua dans ce procès. La mort du surintendant des finances, si habile exaeteur de taillei, n'amena pas de modération dans le chiifie énonne des impôts. Ses successeurs montrèrent autant d'exigence et ph» de zèle que lui; on \eii(lit à des étrangers le droit de bourgeoisie et le droit de faire le négoce ; les Juils obtuirent , en la payant fort cher , la permission de rentrer en France; les offices de judicature furent mis à l'encan; enfin on songea à trafiquer des lettres d'anoblissement, ou tout an moins de la liberté des serfe; mais les juges prévar ricateure , les financiers enridhis , subirent des amendes au profit du trésor. Ainsi le mal fut mêlé au bien , et ee rèffne mérite d être remarqué, surtout pour ceux qu'intéresse I histoire de l'Église de
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France, car, jxmr dlr, c»* fut une ère d'affninchisseinent et de liberté, Lors(jue Louis mourut, la reine était grosse; le Parlement donna la régence au frère du roi. Mais Jean 1"' étant mort huit jours après sa naissance, Philippe-le-Long ceignit la counmne.
On fixa le jwint de droit |X)litique qui interdisait aux femmes l'héritage de la royauté. Depuis huit siècles la loi salique était en vigueur , mais ce droit du plus fort ne paraissait pas aux seigneurs des grands fiefs à l'abri de tout reproche, surtout quand il faisait obstacle à leur ambition. Charles, comte de la Marche, frère du nouveau roi, et d'autres prinr^^s du s<'ing voulurent proclamer une opinion contraire. Jeanne , enfant de six ans , fille de Marguerite de Bourgogne et seule héritière de Louis-le-Hutin , ser\'it de prt'texte. Us défendirent donc aux évoques de procéder à la cérémonie qui devait avoir lieu à Reims. Mais Philippe se fit sacrer, revint à Paris et convoqua l'assemblée des trois ordres de l'État , qui promulguèrent l'exclusion des femmes au trône de France. Cette déclaration frap))a d'étonnement le monde féodal, mais elle contribua puissamment à fonder la nationalité en France, puisqu'elle empêcha les princes étrangers de venir s'asseoir sur le trône d'une épouse héritière de la royauté. Quoi qu'il en soit au point de N-ue légal , Philippe s'empara de la couronne et ne fit qu'obtenir le consentement du peuple à son usurjmtion. On vit encore une révolte de |Mistoureaux et gens des campagnes qui accusaient de leurs misères l'impiété des grands. Ils incendiaient et ruinaient les châteaux , massiicraient les Juifs , et forcèrent , par les actes les plus abominables, les bfimns et bourgeois à les châtier; il en périt un grand nombre. Ce massacre d'intérêt public fut suivi de l'égorgement de tous les lépreux. Deux mille léproseries, fondées en France, suffisaient à |x?ine au soulagement de ces malheureux ; de vagues clameurs les accusèrent d'empoisonner les fontaines et de pratiquer la sorcellerie, ils furent iwurchassés et tués comme des bêtes fauves. Puis on proscrivit , on traqua , on égorgea le* Juifs sous prétexte
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qu'ils se livraient à la magie. Dans plusieurs pi*ovinces ils furvnt injpitoyablement brûlés.
Philip|x»-le-Long n'ayant eu (lue des filles, le trône échut à son frère Charles , comte de la Marrhe , dont le règne ne présente aucun fait qui puisse nous arrêter. Ce prince fut le dernier roi de la branche aînée des Capétiens.