‹ L'OrléanaisChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les avantafît>; (jne L<iuis leur avilit onievt's. Ils comptajont sur l'appui de Henri Plantagenet, qui, las de guerres et toucht^ d'un sentiment d'honneur féodal, prit, au contraire, le parti de son suzerain et s'empressa de lui rendre hommage. Cet acte d'oWissmice assura la couronne sur le front du jeune roi . sans mettre un terme aux guerres continuelles que les seigneurs se faisaient entre eux. Pour quel-

(juc ù'U' (!«' ( licvalifT <lt' loin m loin iiltattiic, on comptait d innombrable» nu'Uitns il<' \ilaiiis rt de bourgeois. Pour une forteresse rasée, mille chaumières étiûent réduites en cendre, et les gens de la campagne, poussés au désespoir, s'habituaient promptement à une vie errante et vagabonde. Us se formaient en compagnies et rançonnaient k leur tour les hommes d*armes et les chevaliers , dont ils atta<j[uaicnt les l'hâlt aux. On les noniuia Pastoureaux, c'est-à-din» jte/iis bergers. Ils répiuuluvnt la teneur daiis I Orléiuiais, le Blésois et la Champagne; ils se battaient avœ rourn^îe , et, pour les détruire , il fallut faire les plus grands efforts. Les seigneurs comprirent que leurs perpétuelles luttes étaient causes de touteft ces calamités; pour diminuer la grandeur du fléau , ils convinrent , sous la foi du sei nit'iit ijue recourent les évêques ot en se soumettant à 1 excommunieatiun, de susjM'ndrc tout ( (Mnbat lu iulant quatre jours de la semaine. C'est ce qu'on nomma la j)aix ou /rrre de Dieu.

Aux Pastoureaux succédèrent les Confrères, qui prétendaient ar^ river à une paix générale et permanente. Un charpentier, nommé Durand, se déclara chargé d'une mission de Dieu et indiqua aux Confrères ce qu'ils devaient iwrter pour être inviolables; c*était un eayiurhon de linj^e blanc sur la tête et une imjme de la Vii'rfîe sur la poitrine. A l'abri de cts insignes, des voleurs jx^iii-suivis par la justice, et des mendiants devenus pillards, se répandirent dans les IHOvinces. Une de ces troupes, grossie de paysans crédules et de femmes perdues, entra bannières déployées dans la ^ille d'Oriéans. Suivant leur coutume , un de leurs prédicateurs se mit à haranguer le peu])le sur la ^'r.inde place, et . dans ses récriminations contre le clergé, il atta(]ua li s {lui^nics d une reli{,M(tn qui prescriviut la confession et menaçait les coupables du pui-gatoire ou de l'enfer. Il reprocha aux seigneurs d'accaparer les biens qui devaient appartenir à tons les hommes. Ce principe de communauté . source étemelle de guerre entre le faible et le fort , entre le ridie et le pauvre , était le texte habituel des orateurs qui , remontant à la loi naturelle , voulaient

ANCIEN £T MUUKKNE. 6ft

qu'on partageât entre tous les hommes la propriété des bois, des

étansrs, des fleuves et des mers. La noblesso, que do telles dot trinc s iiKjuu'taR'nt , pniifsuivit les ( '(mt'ivn s à outnuin' ; ils tinrent lM)n , brûlèrent les châteaux et commirent d horribles cruautés. £nfin on les extermina.

Au miUeu des querelles incessantes entre les grands vassaux, on reçut la nouvelle de la prise de Jérusalem par les Musulmans, du massacre des chevaliers Templiers et de la mine de tous les rhn^tiens (1 Orient. Le clergé iMi|nita ces malheurs aux < nmcs lics nfdiles et du peuple. Ses justes remontrances firent cesser les meurtres, les pillages et les excès; l'enthousiasme des croisades se ranima, et les seigneurs favorisèrent cette tendance des esprits, car ils sentirent la nécessité de prévenir Tînvasion des quatre cent mille soldats

que Saladin se pn'itarait à j«'tfi' sur l'iMinipe.

Les rois d'Angleterre et de Franc > pnu nt la croix. Les grands vassaux suivirent leur exemple. Près des bannières des comtes de Champagne et de Blois flottèrent celles des châtelains de l'Orléanais. Bourgeois et seigneurs s'étaient empressés d'acquitter ce que Von nommait la dtme saladin^. Ceux qui ne s'enrôlaient pas , nobles, •fclt'sia^ticjm's ou \ ilains, )»a\aii'iit le dixicme de leurs revemis j)eiidant la durée de l'expédition. Ceux qui partiiient pfmvaient engager pour trois ans le produit de loir patrimrane et de leurs bénéfices. Les environs de Chartres, de Beaugency et d'Orléans conservent des droits d'usage, traces irrécusables de ces prêts ou engagements. Ainsi Thibaut . grand-sénéchal de France , qui se croisait avec Renault de Moncou. c\o(jue (le Chartres, et Rotrou, comte du Perche, re(,'ut des habitants de Saint Martin-du-Péan une somme d'argent pour subvenir aux frais de son pieux voyage , et , comme ceê deniers Haieni de pure ekaritè, il leur octroya, par reconnaissance, des lettres qui les exemptaient de tailles et coutumes.

(1191.1 Dans l'Eurtïpe occidentale le mouvement était général. PVcdénc, empereur d'Allemagne, s'avan^-a le premuT et trouva la

ftii LOHLÈANAIS

riiorl (luns les eaux du Cydnus. Richard Planlagciiot , devenu n)i d'Angleterre par le tréj)as récent de son père Henri , mit à la voile sans attendre Philippe; mais il perdit du temps à Messine et en Chypiv, et n'arriva que deux mois après les Français sous les murs de Ptolénuiis. Là furent livrés d'admirables combats, où coulèrent des toiTents de sang. Thibaut fut tué dans l'un dos soixante assauts

livrés à ces murs formidables', linfin la famine obligea les assiégés à capituler, et Philippe- Auguste , croyant son vœu rempli, partit pour la France, laissant le commandement des tnmpes à Richard.

On eût dit que les haines de Louis et d'Éléonore de Guienne étaient passées au cœur de leurs fils. Phili|)pe, à son retour, profita de l'absence de son rival pour envahir la Normandie. 11 fit des progrès d'autant plus rapides que le bruit se répandit alors de la « apti-

' Mlf lisri), Htftnirr itrt Crointfttfi.

vité mystérieuse de Richard dans une tour d'A11einBg:ne , où il expiait ses insolents dédains envers le marquis d Autriche. Les plaintes d'Éléonore obtinrent sa délivrance, et il revint, en jurant de se venger de la conduite de Philippe à son égard. Jean>san»-TeiTe, qui avait convoité la counmne de aon frère» massacra par trahison les chevaliers défenseurs de la ville d'Évreux, qu'il hii livra.

Philippe, las de trois années de veuvaj^f, rechercha la main d'In- «jelburge, sœur de C'jmut, roi de Danemarik , princesse d'une grande beauté. Le lendemain de ses noces, il voulut la répudier, sans que les chroniqueurs aient trouvé d'autre expUcatiim i ce prompt dégoût que l'effet des maléfices. Les bons chevaliers entendirent avec stupéfaction les évèqut>^, réunis à Conlpi^gne, prononcer le divorce. La malheureuse princesse, qui n'aviiit pu se défendre, faute desavoir les expressions d une langue étrangère , reprenait le chemin de son pays, lorsqu'on lui fit entrevoir que, par son silence, die semblait accepter les termes d*une inique condamnation. Cette pensée la détermina à se fixer en France en attendant que son frère prît sa défense. Sans consulter le Pape , Philippe épousa la belle Ag7ï^9 de Mcranie, Le monaniuc danois, au contraire, soumit >-es ifiiet's au chef de l'Église , qui déclara ce nouveau mariage nul, son una Philippe de se réunir à Ingelburge, et, sur son refus, mit la France en interdit. Les prêtres suspendirent toutes prières, les églises furent fermées; les reliques des saints, tirées de leurs châsses, étaient placées sur la cendre ; les cloches des cathédrales restaient muettes ; un voile lugubre couvrait le royaume. Philippe , loin de se laisser intimider, espéra soumettre les prêtres et forcer le Pape à l'absoudre. D accabla de son courroux Ingelburge, cause indirecte de ces scènes de désolation, et la tint enfermée dans la tour d'Étampes. Le Pape eut alors recours à la douceur. Deux légats parvinrent à déterminer le prince à re|»reiulre Inj^elburge ; mais, aj)rés quarante jours d'apparente réconciliation, il la renvoya une seconde fois. Au concile de Qermont, assemblé pour juger le cas de divorce déjà examiné dans

trois l onciles. se renouvelèrent des discussions animées. Tout à coup Philippe , (jui semblait décidé à la résistance , enlève la belle Danoise du couvent où elle s'était retirée, et gagne Paris avec elle. Bientôt les évêques sont avertis que le roi se soumet aux volontés du [Kjntife et que leur réunion est désormais sans objet. Cependant Ingelburge ne recouvra (jue son litre de reine, sans avoir jamais les droits d'une épouse. Le mélancolitiue château d'Etampes fut encore le lieu qu'elle choisit pour séjour.

Les Anglais, guidés par Richard en jHirsonne, continuaient la guerre. jx)rtant en tous lieux le ravage et la dévastation. Les deux

rois donnaient à leurs guerriers l'exemple de l'animosité. Tour à tour vainqueurs ou poursuivis, ils tenaient la campagne et mettaient le siège devant les villes ou les châteaux, j 1194.1 Robert, comte de Meulan , ferma les portes de Vendôme à Philipixî , qui força sa triple enceinte de remparts et fit prisonniers soixante-deux chevaliers'. Richard, étant arrivé dans la plaine, attendit qu'il plût au roi de France de lui livrer bataille; mais celui-ci, reculant vei^s le Blaisois. fut surpris il Beaufon. près de Freteval, et se laissa enlever ses tré-

' Art i/e vrrifirr let Hatft, t. xil , l>. 4Wr>.

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son, sa chapelle, la matricule des impôts, ieâ titres de propriété et antres papieis publics que les princes avaient coutume de traîner à leur suite. Riciiard ne youlut jamais rendre cette espèce de trophée, qu'il fil placer dans la Tour de Londres.

La mort impré\iie du roi d Aiii^lclcrre causa une trêve pOiisagère; il fut tué d'un coup de llècbe devant le petit château de Chalus, en Poitou. A défaut d'enfants, sa coforonne revenait de droit à son neveu, Arthur de Bretagne, fils de Geoffioy Plantagenet. Mais Jeansans-Terre fit assassiner le jeune prince et usurpa la couronne. Leâ Bretons indi^nics se soulèvent , tandis que la cour des ptiirs prononce la r()iilis( ation de la Noniiaiulie et de toutes les terres que le meurtrier possédait en France à titre de vassal.

Une quatrième cnnsade fut prêcbée par Foulques, curé de Neuilly , aux seigneurs réunis à CSorfoie pour le tournoi qu'avait annoncé Thibant, comte de Blois. Son éloquence détermina une foule de chevatiers à prendre la croix. Phi1ip|)e , sentant renaître sa première ardeur, favorisa de tout son jxjuvoir le {l(''j)art des nouNcaux croisés. Parmi eux on comptait des évêques et des an tu \ ('(j[ues; mais plusieurs prélats se montrèrent peu dociles aux ordres de leur seigneur. Manaasès, évéque d'Oriéans, et Guillaume, son frère, évêque d'Auxerre, refusèrent de marcher à la croisade sous d'autres ban« nières que cette du roi ; ils protestaient que tel était leur droit et leur devoir. Leurs va.ssaux les imiteront. Phi]ip[X' fit saisir leur t«'nijx)rel ; ils mirent à leur tour les biens du monarque en interdit , et il fiallut que le Pape intervint pour les condamner et les forcer à obéir.

Les Vénitiens fournirent des troupes et des navires. On mil à la vtnle, et, soit par hasard, soit à dessein, la flotte qui devait porter lei croisés sur les côtes de la Palestine jeta 1' ancre près des tours de Byzance. L'asp>ect de cette ville enflamma l imaj^inalion de ces t(uerriers. L(;s Grecs ayant répondu à leurs exigences par d'insolents refus , ils n'hésitèrent ])oint à attaquer des murailles défondues par près de quatre cent mille soldats. On tint conseil. Louis, comte

de Blois, no fut ]Kin tHrani^cr à la détermination qui fut prise d'as* saillir la ville du côté de la mer. Cinq mille Français et quatorze mille Vénitiens livrèrent l'assaut; maîtres des r^parts, ils pénétrèrent dans les fauboui^, puis dans les rues , et saisirent la oooionne

impériale, (ju'ils ix)st«r(?nt sur le front du plus brave d'entre eux. Le piemiiT oinjK'n'ur fut Baudouin, (•(•intt' de Flaudi'e ; le dernier fut Beaudoin, sire de Courtenay. Les < roisés se partagèrent cotte immense proie. Louis de Chartres reçut les duchés de Nicée et de Bi-^ thynie, avec l'obligation de soumettre plusieurs villes restées aux mains des Grecs. Au siège d'Ândrinople. il fut blessé de deux flèdies et démonté. Un de ses écuyers lui ayant donné son propre cheval , il se pr('( ijti(a au milieu dos ranL'"s oinu-inis, et i)érit avec d autres Chartraius, Jean de Frieze et Renaud de Montniirail.

Aux croisades jadis entreprises contre les seuls Musulmans , succédaient déjà les attaques contre les Grecs. On vit, au sein de la France, des guerriers fanatiques qui voulaient détruire les sectes chrétiennes échappées du giron de l'Église romaine. La guerre des Albif(oois pn-soiita raifreux tableau d'une lutte politi(iuo et religieuse, où li; j)ani( ide succédait à l'iissassinat. Le comte de Toulouse fit massacrer le lé^at du pape , Pierre de Châteauneuf , et se soumit ensuite aux plus humiUantes expiations. L'anéantissement de l'hérésie fut le prétexte, mais le bot véritable c'était d'affiûblir la puissance féodale des barons au profit de la royauté. Ceux-ci, devinant les projets du monarque , s'appliquèrent à donner de la force au i Tuol Jran-saiis-Ton e , (jue l'arrêt de la cour des pairs venait d'atteindre , et qui reçut comme ses alliés naturels tous les seigneurs inquiets ou mécontents.

Philippe résolut de prévenir l'effet des menées ténébreuses de l'Anglab; il rassembla des troupes, équipa des vaisseanx et se disjxjsa à franchir le tlétroit. Mais il fut arrêté par les déclarations de ^nione de l'enux Tour d'Alleniai,nie . qui prit fait et cause jx)ur Jean-sans-Terre. Le duc de Bouigogne, les comtes de Dreux et de

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Vendôme faisaient partie de la noUe et vaiUante armée qui défit, an pont de Boavines , les guerriers d'Othon.

Avant sa mort , Philippe-Au^ste vit la piicificalioii momeTitanf''o du midi et les apjnêts d'une cinquiônie (Moisadc entreprise par un grand nombre de seigneurs de France et d'Allemagne. Son testament renfermait un legs modique pour les pèlerins, peu de dons aux monastères, mais d'abondantes aumônes. H mérita tout à la fois le surnom de Dieudannè et celui à* Auguste.

Sons ce règne fameux par tant d'exploits, les littératures du nord et du midi jetèrent un éclat. Les incpiiéludcs qui, dans le siècle précédent, agitaient tous les esjtrits et leur montraient la fin du monde comme prochaine , les idées dévotes firent place à une grande audace de pensées , à des manifestations anti-rdigieuses. Les poètes et les trouvères composèrent i Tenvi des febliaux Uoencieiix où l'on se raille des moines , des nonnes et des abbés. Ces productions , sans modèle dans l'antiquité , ont le cachet original du moyen âge. Là se trouvent mêlés les joutes de la chevalerie et les contes meiveilleux de l'Orient. - £t , comme on était chaque jour témoin de faits et de " choses incroyables , on y prodiguait sans scrupule et sans efibrt les » miracleB , la magie et les plus étranges fictions. - Les légendes avaient gravé dans tous les souvenirs les exploits prodigieux de Charîemagne : ce grand empereur et ses douze pairs devinrent les héros de mille épopées populaires, transmises d'âge en âge jusqu'aux hommes de notre temps. (121Ô.) Alors vivait Guillaume de Lorrissur-Loire S premier auteur du roman de la Rose. Son ouvrage , remarquable pour Tépoque , conserva pendant près de deux siècles une certaine influence sur la poésie finançaise. On ignore la date précise de la naissance de ce poète. H est à présumer qu'il se livra d'abord à l'élude de la jurisprudence et qu'il mourut jeune. 11 eut [Hiur continua-

Kostrr Ennius, Guillannic Hr Terris, (Jtii du romant Acquixt si );rand renom.

Ci.iMB!rr Mahot.

7i LORLKANAIS

tcur ou plutôt pour con'ctteur un autro Orléanais , Joan de Mcung,

surnomme Clo})inel', dont nous i*cparlerons plus tard. Quant au

1 Dt< Jean de Meun^; s'enfle le cours de Loire.

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