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CHAPITRE IV

Guerre cnlrc In Francf et l'An^li-torry. — Pliilippo <\v Franco, premier duc d'Orléans. — BattiilUde Poitiers. — Charte», romie de Blois. — Traité de Brctigny, prés de Chartres. — Combat singulier dans la forêt de Marrhennir.

ces luttes puôriles dVHiqueltc , ces interprétations de chartes et de parchemins qui annèrent les Français et les Anglais. Ces derniers acceptèrent la honte tant qu'ils se crurent les plus faibles , estimant l'or et les avantafres préférables à leur nationalité ; dès qu'ils se crurent les plus forts, ils brisèrent les traités, mentirent à la foi jurée , et , par les plus insignes trahisons , ensanglantèrent notre province.

Lorsque la reine Jeaimeeut mis au monde une fille, les réclamations

VA

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suscitées par la loi saliqne raparurent avec force. Édouaid III , roi

d'Antrlotorrp , qui se pr<^tendait héritier de la couronne de France du chcl" de >;i mère Isabelle, en\oya des ambassadeurs j>our soutenir ses |)rélentions devant les états-généraux réunis à Paris. Ses députés alléguèrent que l'exclusicii jmnionoée par la loi salique ne s'étendait pas aux en&nts mâles des femmes « et que si la rdne Isabdie devait être écartée du trône, son fils Ëdouard pouvait y monter comme ne^'eu des trois derniers rois, dont Philippe de Valois n'était (jiie le cousin. Robert d'Artois roponcbt que lo rej)rc'seiitaiit d une femme n'avait pu tenir d elle un droit qu'elle n'avait jamais possédé, et que cette proximité de la ligne féminine était ce qui condamnait le plus sa prétention.

Philipi)e , reconnu roi par acclamation , céda la Navarre à la petite {irincesse Jeanne.

Ses victoires sur les Flamands lui inspirèrent un léfrilime orgrueil . et il pressa Édouard , son vassal . de venir lui rendre honiinatre pour la Guyenne. Las de tous les prétextes que l'Anglais alléguait pcmr différer cet acte solennel , Philippe le somma de comparaître dans la cathédrale d'Amiens à un jour fixé, sous peine de k confiscation de ses tenvs et châteaux. Cette menace toucha TAnfjlais , qui accourut.

L<- nioiiar(jue , assis sur son trône et entouié d'une cour niainiitiquc, attendit l^hmard , cjui ôta sa couronne, son é})t'tî, sc^s é[H'rons, et s'agenouilla devant lui. Puis, après quelques difficultés sur la formule du serment, il se déclara vassal -lige du roi de France. De telles scènes prouvaient que Philippe se plaisait à humilier son vassal , qui lui voua sourdement une haine implacable. Robert d'Artois, mécontent de l'issue d'un jirocès (jui le dépouillait de ses droits , proscrit et condamné, trouva des encouragements à la cour d'Angleterre. 11 y fut accueilli et reçut le comté de Richemond. A cette noavdle, Philippe, son beau-firère, le fit mettre en jugement et condamner à mort; ses biens furent confisqués. H donna un généreux asile et des espérances à Robert Bruce, précipité du trône d'Êcosse par le

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roi d'Angleterre. De tels procédés manifestaient assez les haines

qui ne jwuviiient manquer dWlater tôt nu lard. Bientôt Édouard réclama des teiTcs et des châteaux en Guyenne. On ne l'écouta pas. 11 promit ouvertement à Artevelle, chef des Gantois rebelles, de le soutenir, et menaça d'envahir la Normandie. Docile à l'audacieux consdl de Robert d'Artois, il envoya l'évêque de Lincoln demander la restitution de la couronne de France, que Philippe usurpiiit'. Comptant sur la trahison des t(ouvemeurs, il fit attaquer diverses places de la Guycnni- et de la Siiintonge, tandis qu'il assiégcit la ville de Cambrai. Philippe s'avança et fit reculer iea Anglais. Mais tout se passa en escarmouches de peu d'importance. Le seul combat sérieux fut cdui de l'Écluse, que les marins français perdirent par.suite de l'arrivée imprévue des Flamands.

C'est au siège de Thin-Lévêque , château sur la Sambre, que furent employés {X)ur la ju'einiere fois les amons.

Une trêve d'un an fut signée au moment où expirait , sans en-

* Êdoaard flt lépaadn eetta «pècc de naailMte «a vert totiae :

Rix s\im ri'jînorum, bina rationc, liiKinim Anglorum in regii« Mun rex ego jure pateruo ;

MtlrltJiiN 4«idim FftMoram aoBeiiper Idem : Hlnc est annonim variatio tecU meorum.

Cea ven fareat aiaii Uadaita :

J« wla roi par deoMa raleoa :

Roi d'Anglet»Tr<' rn ma nuisoB, Boi de France par Uabella; Peofqaol de FtaBca l'éearlèia.

Philippe lui répondit :

Pr»do rcgnoriun qtu diccris esse duorum , FkaneomiB legao prlvaberla atqne pateno ;

Succedunt ninn-fi lini>- ri't;no, non mulicres : Iltnc ealamioruin varialio stulta tuonun.

Vold la traductioa :

Ta te iiii roi saas beaucoup de raiaoïa : Ta pourrait bien sortir de la matioa)

(juant i la France , clic exclut Isabelle t Ainsi jamais de France n'^artéle.

Biograpkit MiCHAUD, t. xxziv, p. 139.

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fiints, Jean-le-Bon, duc de Bretagne. Il laùisait une iiiècc, fille de Guy de Penthièvre , appelée Jeanne-la-Boiteuse , mariée à Charles de

Blois, MfNcu (lu loi do Francr. Il lit rrconnailrt' ce prince jKiur son héritier pur 1rs Etats du tludu'' , nial^r»* Ir.s rcinontrana^s de son trère d'un autre lit, Jean de ISIontlort, fils dlolande de Dreux, Celui-ci, furieux de ce qu'il r^rdait comme une spoliation , s'empare des trésors et des châteaux de la province , et se met sous la protection d'Êdouard , tandis que le roi de France se déclare pour son neveu. Lfi cour dos pairs, saisie do rafFairo, somme Aïontfort de comiiaraître. et il obéit en cUt t , mais suivi de quatre cents clu-valiors ; puis il disparaît sans attendre le jugement, qui reconnaît i(>s droits de Charles. La guerre se porte en Bretagne. Le comte de Blois presse vivement le siège d'Hennebond , que défend héroïquement Jeanne de Montfort. Robert d'Artois reçoit à la prise de Vannes le châtiment du à sa trahison. Bless<^ dans^oreusoincnt , il n'ose s<^ lier aux chiriu'irions fran- <,ais, et, transiK)rté en Angleterre, il y meurt en excitant Edouard à persister dans ses prétentions (1343).

Un autre traître, Geof&oy d'Harcourt, gagna la faveur de l'Anglais par ses honteux services. On vit alors de déplorables batailles, où le courage tombait victime de pièges et de dangers inconnus. A Crécy. les Anglais, lran(|uillos dernèro leurs rotninchoinonts. faisaient tuer par do misérables archei-s la fleur de notre ( ho\ al( rio. •• Le » comte Louis de Blois, neveu du roi de France, et le duc de Lor- " raine, avec leurs gens et leurs bannières, se combattirent moult » fort ; mais ils furent endos d'une route d'Anglois et Gallois, et fu- » rent occis, combien qu'ils firent moult de prouesses *. - A Calais . Edouard eut l'odieuse pensée d'ordonner le supplice de citoyens dont le seul crime était d'avoir bravement combattu pour leur prince et leur patrie. Tandis que les Anglais couvraient nos provinces de ruines et de cadavres, la famine désolait le royaume, la peste répandait

■ CknÊÙgmtâ de froitttard.

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ses horriblf^i i7iV!i<,'«'S. On i'«i,'or^M ail It's juifs, accusi-s d'avoir rnipoisoiiné les fontaines. Les lliigellants, ignorants fanatifjucs, parcouraient les villes et leâ campagnes , domi-nus et se frappant de verges, pour apaiser la colère divine; mais ils commirent de si grands désordres, que seigneurs et boiuigeois les pourchassèrent comme des bêtes fiiuves , et finirent par les exterminer.

(1311.1 Vors eetto épcniucî ' , Phili[)pt> de Valois ('rigoa la ville et seigneurie d'Orléans en duché, qu'il dunna ]>*mv aii;iiiai,M' à Philippe, son second fils. Un duché devant comprendre dix chàtellenies , on joignit à celle d'Orléans le comté de Beaugency, les seigneuries de Neuville. d'Yèvre-le^tel, de Vitiy, de Chfiteauneuf , d'Hyenville. de Château-Renard, de-Lorris et de Boiseommun. Les motifs qui déternuni'rent le roi à faire à son fils ce présent niatrnitiijue furent le désiir de l'indenuiiser de changements o])érés à la donation d'Humbert, dauphin du Viœnois. Ce seigneur avait disposé du Dauphiné et de ses autres états en faveur du second fils de Philippe de Valob, à condition que lui et ses descendants prendraient le nom et les armes de la province. Le monarque jugea à propos d'appliquer ces avantai^es à l'héritier présoinj)tif du trône. L apanage d'Orléans, avi r le duché de Valois et le comté de Beauinont-lt?-Uoger, servirent à dédommager le jeune PhilipiK», qui se démit en faveur de Jean , son frère, des châteaux et chàtellenies de Breteuil , de Conches et d'Orbec.

Philippe de "Valois , épris d'une chaste passion ])our Jeanne de Navarre, veuve (lu cointt* d'KNTetîX et « hâlclaine i\v \()u;ent-le-Roi , se rendait sf)uvent dans cette ])etite vdle, située non loin de Dreux. 11 y mourut, laissant la renommée d'un juinoe plus heureux dans les négociations que dans les combats.

Le règne de Jean II commença par un acte de justice qui attestait son fenne vouloir d'atteindre et de punir les seigneurs coupables de

' LocHBr, HitUrin (U VOrliam».

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trahisons t-nvers la Fraïue. Raoul, ttomle d'Eu et de Guines , et coiinétablo du royauino , s'élaiit présenté devant lui à son retour de Londres, où il avait aidé les Aiii^lais de ses dangereux avis, fut arrêté et mis à mort sans que son procès eût été rendu public. Les vives clameurs de la noblesse , qui c/)mptait dans s<'s ran<|s plus d'un traître, n'arrêtèrent jxnnt la hache du Ijourreau. Une autre exécution de même nature ayant eu lieu à Reims, le roi d'Angleterre prête l'oreille aux promesses des mécontents, et leur envoie le prince de Galles, son fils aîné. Jean, brûlant de venger l'affront de Crécy,

rassemble son armée aux environs de Chartres, et s'y rend luimême avec son frère Philippe, duc d'Orléans. Les Français s'avancent contre le prince Noir, (]iii , paiti de lu Guyenne, avait ravagé

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le Poitou et était campé près de Vierzon. Les Anglais, moins nombreux et chaigés de butin, battirent en retraite ; mais ils perdirent deux jours au pillage de Romorantin. Le roi les atteignit à deux

lieues de Poitiers, (Imis un lieu nommé .Mau]H'rtuis , couvert de hai« >, de vignes et de buijibons. L'Anglais fit de» i»r(i|)osi lions d aceonimodement , mais Jean s'y refusa. Le prince de Galles , forcé d'accepter le combat , profita avec intelligence des avantages du terrain et s'entoura de retfuncbements. Le cardinal de Périgord , chargé d'une mission de paix, sort de Poitiers, Jean refuse de l'écouter; le cardinal insiste et offre de la jiail du pninr Non la reddition des villes, des châteaux enlevés, et lu nii:»e en lilxTté des captifs. Ce n'est })oint assez aux yeux du roi , et de part et d'autre on se dispose au ctnnbat.

L'armée anglaise, ramas d'aventuriers, comptait parmi ses meilleurs soldats un assez grand nombre de Gascons, indignes Français que la crainte du supi)licc rendait braves et déterminés. Us contribuèrent jniissunnnenl au sticcès de la jounié'e. Après une trêve d'un jour, Jean, précédé de trois cents cavaliers, s'en<^a<^c dans un d^'fîlé qui C(niduisait au camp retranché des Anglais. Trois divisions, de diacnne mille hommes d'armes, s'avancent en première, seconde et troisième ligne. Soudain les archers anglais font pleuvoir une grêle de traits sur le roi et sa cavalerie , qui obstruait le défilé. Hommes et chevaux loinlH^nt et m- renversent les uns sur les autres. Le duc d'Orléans, qui commandait l'aile «gauche, marche au secours de son frère , et ne £ut qu'augmenter le désordre et la confusion. Au même moment la division du centre est chai^gée par un corps de «x cents cavaliers anglais embusqués derrière la colline. Le gouverneur des fils du roi et le duc d'Orléans lui-même pensent trop tôt qu'il de- \enait u rirent de sauver les jeunes juinces, et leur retraite entraîne celle de toutes les troupes. Jean se défend avec courage ; mais, couvert du sang de ses meilleurs chevaliers , il est forcé de se rendre à Denis de Morbec , gentilhomme français , qui le conduit au prince de Galles. Dans cette funeste bataille périrent treize comtes , soixante-

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dix barons et deux mille chevalit'rs. Paris vit bientôt flotter près de ses remparts les drai>eaux anglais.

La honte et la stupeur étaient à leur comble. Le peuple accusait du désastre une noblesse i\u\ ne voyait que ses intérêts, se Imttant par orgueil ou déstcuvrement , et prête à trahir jmur de l'or la cause nationale. Les chevaliers échappés aux péi-ils de la bataille étaient honnis, conspués |)ar leurs vassaux. Les Iwurgeois commencèrent à réfléchir et à se dire que leurs dioits jwuvaient être substitués à c«ux de CCS nobles sans dévouement. Paris fut la première ville où se manifesta l'esprit de réaction ; elle fut aussi la première où s'organisa la défense contre l'étranger. Etienne Marcel , prévôt des marchands, doubla les fortifications, plaça des cantms sur les murs et fit tendre des chaînes de fer dans les rues.

Le dauphin Charles, âgé de dix-neuf ans, quitta le champ de bataille à frîinc étrier, passa la Loire à Orléans , et vint prendre d'une main iiK>xpénint'nt«''e 1rs rênes du gouvernement. Il s'empressa de

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oonvoqner pour le mois d'octobre les États^géiiéraux. Ceox de la

Langue d'Oc s'assemblèrent à Toulouse sous la présidence du comte d'Aniic'ignac , et votèrent géiitTL'Useineiit des levées d lioiunies et d'impôts, s'intcrdisant les danses , les spectacles, les ioumires, l'or, les peries et les bijoux tant que durerait la captivité du roi. Mais les états de la Langue d'Oil, réunis à Paris et formés de l'élite des pa^ d'outre-Loire , de la Bounro^e , de l'Ile-de-France et de l'Orléanais, au nombre de huit cents, a^-irent sous l'inlluence de Marcel. Il pn'sidait le tienr-état, et se ménagea le concours de Robert Lecoq , cvéque de Laoo, qui, comme tous les membres du dei^é, partageait Tindignation du peuple contre la noblesse. Enfin, il y avait parmi les noUes des hommes dévoués à la cause nationale, et entre autres Jean de Pecquigny , sire de Vomandoîs. La majorité de l'assemblée aspirait à des réformes et voulait rejxiusser l'invasion; niais juiur prix des sacriticeâ auxquels le peuple allait consentir, les plus tmbulents de la bourgeoiaie demandaient que la royauté se dépouillât en faveur des États d'une grande partie de l'exercice du pouvoir souverain. Oiaries, effiayé de ces envahissements, évita de répondre et de s'expliquer. Un voyage qu'il fit en Allemagne lui servit de prétexte pour gagner du temps, et l'assemblée se sépara. Telle fut la source de l'anarchie qui causa tant de calamités dans toute la France. On vit des bandes d'aventuriers navanais , brabançons et anglais parcourir les campagnes , brâlant les chammères , pillant , maltraitant les pauvres vassaux. A la tète de ces brigands se montraient les barons faits prisonniers à Poitiers, et c|ui cherchaient à amasser ]m.r le vol la rançon promise aux Anglais. Il n'y avait plus de roi , la justice était suspendue; les laboureure se réfugiaient avec leurs familles, leurs charmes et leurs beatiaux dans des souterrains, qui ne les dérobaient pas toujours aux cruautés des bandits.

Privé du concours des États . et par suite de subsides , Charles fit altéivr les monnaies. Marcel souleva la bourgeoisie, qui arrêta la circulation des pièces iausses, et obligea le prince à convoqiier les États-

LUKLEANAIS

généraux. L'évêque de Laon , qui les présidait . annonça que trente miUe soldats et l'argent nécessaire à leur solde seraient mis à la disposition du datiphin , s il promul^ait voie ordonnance de réfennation

lue eu plein parlement, el dont ils lui dictèrent l'oprit et les termes. Il y consentit , et publia l'ordonnance fameuse où la royauté s'engage à réprimer les abus de pouvoir de ses officiers , s'interdit le droit de lever un impôt non voté par les États, d'altérer les monnaies, de recourir aux emprunts forcés, et de fiûre la moindre entreprise illégale « ontre les droits du jieuple , qui , dans le cas contraire , pouvait légitimemeiit prendre les armes et résister.

Les Anglais, étonnés de leur victoire, s'étaient retirés dans la Guyenne, et la guerre était comme suqiendue. Mais en Btetagne. Giailes de Blois n'avait pas cessé de lutter contre Montfort et ses alliés. Quimper-Corentin , pris par ses soldats , fut traitée de la nmnière la plus barhure; tous ses défenseurs périrent ésforgés. Montfort, usant de représailles , saccagea la ville de Dînant ; mais , épuisé de iatigue et découragé par de légers revers, il mourut à Hennebon , laissant son fils sous la tutdle de son hénâque épouse, la comtesse Jeanne. Par son énergie , elle sut obtenir d'Édouard des renforts tjui lui permirent de reprendre Toflensive. A la sanglante bataille d Aurai , Charles de Blois , trois fois cerné et trois fois dégagé , reçut dix-huit blessures , et se rendit prisonnier après des prodiges de valeur. lies Anglais l'enfermèrent dans la Tour de Londres. Les deux comtesses continuèrent cette guerre d'exterminatioa, dont tous les avantages étaient pour l'Angleterre. Pendant la captivité du comte de Blois , eut lieu le combat des Trente. Parmi les champions français , on trouve plusieurs noms aujourd'hui répandus dans l'Orléanais Une rançon de trois cent cinquante mille écus satisfit

» L# fhff breton s'avança dana la lice k la tftc de ses hommes d'nrmes il'ëlite, tous ^nrXis >ie aoble race, selon lea cooditiona du cartel. Vuici les noms de ces guerriers Tiuténiac, CharrucI, SainWTtn, OUvior Artel , Jmh BouMl«t, Bobln 4a BMunoiit, Alwanidi* F«id«t, Btbfai Bk-

^uene! , OoolTroy Huhtiiv , Oi ofTroy de la Roche, Geoffroy df lîraiif orps , Jcannot de S^rwt, Guillaume Delalande, Monteville, Foulard, Goyon, etc.... M. Delandine Saint-EspiUT.

l'Anglais et décida la mise en liberté de CSharles de Blois. On lui

|)i (>ix)8a de partager la Breta^e avec le jeone comte de Montfort , mais il rrivindit fièrement : ■ Tout ou rien. • Los armées se rencontrèrent dans la lande d'Evron ; les scigneui"s des deux partis s'efforçaient de tenniner à Tamiable ces longs et cruels démêlés, et les deux princes semblaient d'accord , lorsque l'entêtement des deux comtesses raviva la querdle. Jeanne de Penthièvre écrivit à Charles, qui Taimatt : *• Vous aviez promis de défendre mon héritage. Vous " ne fie\e/, jxis i émettre mon patrimoine au ju£femeiit des clercs tant - que vous aurez les armes à la main. ^ Charles de Blois se rétracte et recommence la guerre. Jean Chandos, célèbre capitaine anglais, était le guide militaire de Montfort ; Charles de Blois avait Dugnesclin pour général. Une bataille décisive, livrée près d' Aurai, mit fin à vingt-trois ans de guerres. Des deux côtés on se prépara par la prière à un combat mortel. Charles se confessa et communia.

Averti qu'on s'attaquerait principalement à sa personne, le jeune Montfort fit revêtir un de ses chevaliers d'une armure semblable à la sienne. Charles de Ôlois fondit sur ce chevalier, le tua de sa main , et crut avoir gagné h victoire; mais une charge d'Anglais conduite par Montfort le détrompa. Bientôt enveloppé avec Duguesdin , Rohan , Laval et l'élite des Bretons, il fut forcé de se rendre. Tandis qu'on l'entraînait captif et désarmé , un Anglais lui plongea lâchement sa dague dans la goi^. Il tomba mort en s'écriant : Domine Deus haa. (1964.) Jean deBkns, son fils naturel, périt de k même manière. Le vainqueur, saisi de honte et de douleur, s'approcha du cadavre de ce brave guerrier qui, tout en soutenant sa propre querelle, se battait depuis long-temps contre les ennemis de la France. Jean Chandos, arrachant Montfort à ses méditations, lui dit : » Sire, louez Dieu et faites bonne chère! - Ce héros, l'honneur des maisons de Blois et de Penthîèvre, était d'une grande piété. Il portait un cilice de crin blanc et ceignait son corps de cordes si étroites, que les nœuds entraient dans la chair; il mettait de petits cailtoux dans ses

\ni LU H Lf: AN AÏS

souliers, afin que chacun de sts jms fût un acte de pénitence. Un jour, tandis qu'on célébrait la messe, il reçut avis que Tennemi attaquait un de ses châteaux ; il n''i)ondit : - Nous aurons toujours des villes et des " châteaux, et s'ils sont pris nous les it'couMvrons ; mais si nous manquons la messe, c'est une ixTte que nous ne pourrons réparer. - On prétendit que des miracles illustrèrent son tombeau. Sa veuve, la comtesse de Penthièvre implora vainement les secours de la France jKiur elle et ses enfants, de sorte que sa mort laissa la Bretagne sous l'inlhience des Anglais.

On p<'rdit resjwir de délivrer le roi Jean. Les chevaliers gascons, à qui le prince Noir devait le succès de la bataille de Poitiers, touchés de la |X)sition du monarf[ue captif, manifestaient l'intention de le garder eux-mêmes. Les Anglais l'enlevèrent et le conduisirent à Londres ; il y fut roml>lé de ct^s insultantes marques d'estime et de respect dont l'orgueil liritannitjue se jijnît à entourer ses dupes ou ses

victimes. Mais quand il fat question de délivrance . TAnglais hansMi la voix afin de donner plus de prix à ce qu'il voulait vondro plus cher. Ses propositions devinrent inacceptables, et Jean lui-même s'écria avec indignation : « Plutôt mourir que de rentrer déshonoré dans mon royaume! "

Cependant la bourgeoisie se montrait chaque jour plus entreprenante, et les embarras du dauphin augmentaient. Jean fit défense

aux Etats de s'assembler et au peuple de se sonmettre à leurs dérisions. Les Parisiens prirent les armes; mais les nobles et les prélats, - qui se commençaient à tanner de l'entreprise et ordonnance des trois " États* , " refusèrent de payer Timpôt, ce qui accrut ranarchie et la confusion.

La trêve convenue n*arrêta pas les <iens qui voyaient dans la pruerre leur existence et des j)rolits. De.> bandes de bri^'-ands sans aveu et sans patrie parcouraient la France, rançonnant sans pitié seigneurs et bourgeois. L'une d'elles saccagea le Pays Chartrain, la Beauce et les bords de la Loire. La délivrance de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, mit le comble à tous ces fléaux. Ce prince, vicieux et corrompu, joigfnait à l'éclat de la naissance le charme des manières; il se disait xiciime de la haine du dau]ihin, qui jadis en dénonçant ses trahisons, avait été cause de sa captivité. Doué d'une grande éloquence, il persuada aux bouigeois qu'il voulait vivre et mourir pour leur cause, et il donna à entendre que, s'il voulait disputer la couronne, il montrerait bien qu'il en était plus prochain que le ni d'Angleterre. Comme le ré^^ent avait un parti puissant et capable de s'opposer à ses desseins, il tenta de l'empoisonner dans un repas. La dose ne fiit point assez forte pour déterminer la mort, mais elle causa d'affieux ravages et jeta le prince dans un état de langueur qui l'éloigna pendant plusieurs mois des aflaires. Une prompte fuite déroba l'assassin au châtiment, et il alla recommencer en Normandie les hostilités. Sur ces entrefaites, Edouard débiirqua en Kiiuice avec une • FunnaAirr, t. m, p. HT.

IIU LORLf:ANAlS

anTi<5e de cent mille hommes. Les Français choisirent un système de défense que leur brillante valeur avait jusqu'alors rejeté. Il fut interdit aux chefs des troujx's de hasarder la moindre Imtaille ; les hîibitants des campagnes menacées devaient se retirer dans les villes et les châteaux, et laisser les Anglais s'épuiser en efforts coîiteux. Edouard , sans cesse harcelé dans ses marches , et ne trouvant point l'occasion de frapjHT un coup déc isif, dévasta l'Artois, bloqua Reims, qu'il désirait prendiv jxiur s'y faire cxiumnncr roi de France , revint du côté de la Brie. cam|m aux environs de Bourg-la-Reine, et envoya défier au combat le dauphin . qui s'était ivtraîR'hé à Lonjumeau. Le jeune prince lui ré|X)ndit , comme l'Anglais avait fait devant Calais, qu'il n'avait qu'à tenter de prendre Paris, puisqu'il était venu de si loin |)our cela

l^douard rôda plusieuis mois autour de la capitale, pillant, brûlant les maisons de j)lais'uice des lx)uixwis, et leur coupant les vivres.

ANCIEN ËT MODEUNE. IM

Enfin , désespérant d'y exciter Ut révolte, il gagna la Beauoe, où il comptait Cure reposer son armée. Il calculait que les fortes garnisons établies dans les villes et les châteaux ruineraient le (lauj)hin et seraient cause de sa perte ; ces gens de giiei re mal j^iyés en deviendraient plus aisés à corrompre; la booigeoi&ie, peu accoutumée aux privations, se mutinerait, et les campagnes se lasseraient de sooffirir. Pluateurs de ses conseiUeni ne voyaient pas l'avenir du même œil. Le duc de Lancastre, son cousin , homme de sens et de grand jugement, lui faisait rcmarcjucr que la Franc»' était à l'agonie, et que l'excès de ses misères la conduirait au tombeau. « Quelquefois, « lui disait-il , en voulant trop avoir on perd tout. Vous avez appris » devant Reims que votre entreprise n'était pas si fecile que vous " pensiez. Qudque événement imprévu peut tout changer. Les iati- " gués des marches, de petites défaites, une maladie contagieuse

- peuvent ruiner votre armée; les Fran(,ais. reprenant cœur, vous enfermeront , vous et vos oifants , et de victorieux vous rendront

• capti&. Et quand la fortune même vous assurerait la victoire, " quels en seraient les fruits! Vous avez quatre fils. La concorde

• est si rare entre les frbres ! Pouvez- vous vous flatter qu'ils reste-

- ront toujours unis? 11 ne faut (ju'uiie guerre entre eux pour que

- la couronne qui vous aura coûté tant d'inquiétudes et de peines » retourne à ses premiers possesseurs , sans qu'il resto rien à votre

• postérité de votre brillante conquête. U y aplus de vertuàaffennir " un médiocre État qu'à toujours battre un grand pi^ sans songer à " le conserver. » Un événement inattendu lui confirma la sagesse de ceS| paroles. Tandis qu'il «Hait campé avec son armée près du hameau de Sours, à une lieue et demie de Chartres, un petit nuage

• noir, qui semblait sortir des clochers de la cathédrale, grossit en s'avançant comme pour envelopper les Anglais. Puis édata soudain un orage; les tentes, déchirées par le vent, roulèrent dispersées; les fantassins, les cavaliers, aveuglés par les éclairs , s'attafjuaient et s'entr'égorgeaieut avec fureur. La ioudrt; et une grêle énorme tuèrent

six mille chevaux * ; et quand le calme reparut, l'armée était dmia un état pitoyable.

Cet événement fut accompagné de circonstanoes qui frappèrent les esprits supenstitieax. Édouard, levant vers la cathédrale ses regards

hiuiiiliés, fit vœu à la Vierge de tniiter de la paix. •• IluK iiirtit , dit » Voltaire, la pluie a décidé de la volonté des vainqueurs et du sort " des États. - - Mais quelle pluie! » ajoute Anquetil. «• Froissard. » auteur oratemporain , souvent admis à la familiarité du rai d'An- " gleterre, a écrit que ce prince convenait de Timpression que Tonige " avait faite sur lui. Il ne serait point étonnant qu'un pareil bouleversèment, l'ouvraj^e de quelques niinut< >, m- lui eût tout à coup

- présenté la situation terrible où il se trouveniit au milieu de la •> France» si d'autres fléaux venaient le frapper. Voltaire ne nie pas

- qu'il soit possible qu'Édouard ait été entraîné par oes réflczîaos.

- Ce n'est que l'acte religieux dont on dit que la frayeur du prince fut acconi|><i^née qui le blesse, et qui f;iit convertir pur lui un

■' orage épouvantable en une simple pluie. "

Politique ou religieuse, la détermination d'Édouaid suivit de près l'apparition du phénomène, et il envoya de lui-même proposer la paix au dauphin. Ce prince, qui était à Paris, choisit des commissaires. Pbrmi eux on distin^ait Jean de Mdun, comte de Tancarvîlle; Jean de Boucu aull, maicrlial de France; le sire de Vii,Miy ; Jean d'Augerant, doyen de Chartres; Jean dt^s Marets, avocat, qui partirait pour Chartres (1360.) Édouard, avec une mauvaise foi punique, bien digne de sa nation, voulut que le traité fut rédigé au nom des fils des deux rois, le prince de Gralles et le dauphin. Il se i)rC'parait ainsi le moyen de soutenir un jour (^ue tel ou tel article ne jwuvait être ratifié jxir lui. Le ré^^'ut faisait le moins de concessions possi- • ble , et le roi cherchait à obtenir ce qu'il ne se croyait plus en mesure d'exiger.

■ Mézcray du mille chevaux î Anquetil |M>rteàaix mille ce nombre, <|u« lc« hialodeiii du ftfa, U»» line Soadwt, rc«wdMt e«naw fort ec^M. P. D. L. M.

ANCIEN BT MODEHNU. 113

mais la traité. imUié le 7 mai, est daté de Scmn» devant Chartr». 11 ae divise en quatre titrea et contient quarante articles : 1* On ac-

corde au roi d'Angleterre ce qne le roi dp France possédait on toute ïïouveraineté et en domaines dans le Poitou, la Saintongr, l'Agénoia, le Périgord , le Quercy, le Limousin , l'Angoumois , le Bouergne et le Bigone, Calais, la terre d'Oil, le comté de Guines et ses dépendanees, ainsi que les droits de suzeraineté sur les comtes de Foix ^ d'Annagnao et antres, dont 1er chftteaiix étaient enclavés dans les pro\ in('es cédées ; 2° le roi d'Anfi^leterre et le prince, son fils, restitueront tout ce qu'ils ont pu ou pouiTaient posséder dans la Normandie, laTonraine, le Maine, l'Anjou, la Bretagne et la Flandre^ 3* ces deiOL mêmes princes renoncenmt aux droits qu'ils prétendent sur la oouroime de IVanee et sur les parties du royaume autres que celles qui sont concédées par le premier article; 4* on payera pour la rançon du roi Jean trois millions d'écus d'or, savoir : six cent mille à Calais dans quatre mois, et le reste d aimée en année, par six cent mille écus rendus à Londres; et , pour sûreté du payement , on donnent quarante otages. On ne devait point se mêler de la querelle entre Cbailes de Blois et Jean de Montlbrt; mais si qudque antre teigneurse permettait d*agir contrairement an traité, les rois devaient

les forcer à soumission.

Jean débarcjua en France au mois d'octobre suivant. Sa captivité avait duré quatre ans. 11 fiit encore retenu à Calais i)endant qu'on e]qpiiq[uait et réfbnnait les articles du traité de Bretîgny. Edouard reçut les otages et se sépara de son captif après avoir juré la paix sur les saints Évangiles et sur Thostie consacrée. Philippe , valeureux enfant, pria à Poitiers aux côtés de sou père, fut également délivré.

La paix privait de leurs moyens d'existence une foule d'aventurien» aDenumds, anglais et français, qui. licenciés et mis hors des châteaux, se choisirent des capitaines et parcoururent la France. On les nomma les Grrandes Comp<ignies , et ils s'appelaient eux-mêmes les Tard-

lU LUULÊANAIS

venui, pour exprimer que d'autres moiflaonnemB n'avaient rien laissé dans ces champs où ils venaient chercher leur subsbtanoe. L*Oriéa-

nais ne fut pas plus épai*^ié que les autrœ provinces. Ils forçaient les vilains à s'enrôler, et couraient sus aux gens d'église et de la noblesse. La peste se déclara; la reine de France et son fils Philippe, duc de Bourgogne , en furent victimes.

« Pour traire hors du royaume tootea ces manières de gens d'armes qui k pilloient et détrmsoient sans miséricorde, «• Jean songea à fidre une croibade, sorte de remède ipie plusieurs de nos rois avaient employé avec succès. Mais sji rançon n'avait pas été entièrement payée; l'Anglais le pressait de tenir sa parole, et l'un de ses otages , le duc d'Anjou, impatienté de la lenteur des négodationa, «'étant échappé de Calais, refusa d'y retourner. Fidèle à ses serments, Jean prononça cette belle parole : Si la justice et la bonne fin étaient bannies du " reste du inonde, elles dcvrait nt se retrouver dans la IxuKhe et le - cœur des rois. - Puis il partit pour Londres , où il mourut presque subitement.

(1964.) Charles V possédait dès long-tempa la pratique et la science des alfiiires. Son règne suspendit le ooun des calamités qui

accablaient le pays. Cependant Français et Anglais cherchaient 1 occasion de se mesurer en se plaçant sous les bannières des grands vassaux qui vidaient leurs querelles particulières. A la bataille de Cocherel, les deux nations se trouvèrent de fidt en présence, et la victoire resta à Bertrand Du Guesdin. Cette heoreuae nouydle par> vint à Reims le lendemain du sacre, et fut de bon augure pour l'avenir. Le traité de Guérande assuni la paix à la Breta^iiie et fit cesser lets prétextes (jue chacun cherchait pour guerroyer ; le royaume sembla goûter quelque repos. Charles put s'occuper des finances, qui étaient dans l'état le plus déplorable ; les peroepteura et receveurs, aussi nombreux que les contribuables, dévoraient eux-mêmes ce qu'ils se chargeaient de recouvrer pour le trésor. On fit une re- ^te générale des monnaies, les imj)ôts furent diminués et mieux

ANCIEN ET MODERNE. Ho

distribués. Charles s'efforça de ranimer l'agriculture, morte sous les coups de la guerre et par les déprédations des seigneurs. Les droits de ceux-ci furent limités et leurs violences trouvèrent répression.

Mais l'affaire la plus urgente et la plus difficile , c'était d'éloigner les Grandes Compagnies, qui désolaient les campagnes , et formaient des armées ennemies de tous les partis. Charles eut l'habileté de se servir de ce fléau en le dirigeant contre un souverain dont il avait à cœur de châtier les crimes. Henri de Transtamarc, alors en lutte avec Pierre -le-Cruel . assassin de Blanche de Bourbon, sœur du roi de France , songea à tirer parti de la bravoure des Compagnies , devenues plus nombreuses depuis le traité de Bretigny. Mais il n'était pas aisé d'entraîner par delà les mcmts, dans des pays inconnus, ces bandits, qui, sachant toutes les ressources de la France, montraient pour leur mcre-patrie un sauvage attachement. Du Guesclin

avait quelque autorité sur ces hommes , qui l'honoraient comme un vaillant capitaine ; mais il était prisonnier des Anglais. Charles se

fiti L'OHLËANÂIS

hâta de pajrer sa rançon et lui ordonna de oondoire les malandrina

vers les champs de Castille. Il les trouve près de Châlons, où ils sT'taioiit n^unis apri"-^ ;n nir ravag(^ complètement l'Orl^^anais , l'Iledo-France et la Champagne. Là campaient trente mille soldats , pillards intrépides dont les capitaines, aoooatumés an Inxe, s'eniiehissaient et se ruinaient en qaelqnes jours. • Oamarades, leur dit Dn " GrUflsclin en les abordant, nous avons assez fait, vous et moi, pour - damner nos âmes, et vous jxDuvez vous vanter d'avoir fait pis que •• moi. Faisons honneur à Dieu, et le diable laissons! II leur reprëiiente que la France n'offre plus rien à leur avidité, et que la Castille. pays riche et délicieux, les appelle. Prêtant Tmeille aux avis d'un soldat , ils courent chercher en Espagne une fin digne de leur aventureuee vie.

L'antipathie dos Fi;iii(;ais (oiitiv les An^dais les portait sans cesse à de nouvelles luttes. Edouard ne négligeait aucune occasion de susciter des embarras à Charles, qui, de son côté, fomentait des mécontentements dans tous les pays soumis à son vassal. Les habitants du Ponthieu, sourdement excités à la révolte, reçurent le secours de Imndes mercenaires qui ])arai8saient agir sans ordre, et étaient en icalitc stipendi<5es ))ar lu Fiance. Edouard, irrité, fait venir en sa présence les envoyés français , qui avaient ordre de résider à sa cour pour y interpréter les articles amphibologiques du traité; il leur reproche avec force les révoltes de Grascogne et du Ponthieu , et les invite à écrire au roi pour réclamer ses lettres de renonciation anx provinces par lui cédées. Charles assemble le parlement et y fait lin* l insullante <'j)ître d'I'.tlouanl. On rt'j)assc avec soin tous les articles du traité de Bretigny ; on proclame qu'Édouard peut s'imputer la révolte des seigneurs gascons , et que lui seul ayant commencé la guerre, les Français doivent repousser son injuste agression. Le monar^ anglais , surpris de cette déclaration , lève des troupes , et envoie psr Calais une seconde année , sous les ordres du duc de Lancastre, son autre iils.

La guerre ëdate an miHea des récriininatioiw des deux peuples, qui s'aeeuent d'avoir violé le traité de Bretigny. Êdooard,

par sa dureté et ses exigences , a\ ait mis le roi Jean et ses sujets hors d'état de remplir diverses conditions qu'ils avaient arreiitées.

• Il marchanda ' bassement avec les otages pour tirer de l'un des •* terres, de l'autre de l'aigent. Qmd, i^près cela, loi et le prince de

- Galks, son fils, qu'il avait déclaré souverain de la Gi^enne, se

• crurent bien assurés dans leurs possessions, ils ne se mirent plus " en peine de m<^nager ceux qui leur avaient procuré une si grande

- puissance, tels que les seigneurs gascons, qui avaient tant contribué

- au gain delà bataille de Poitiers. Si donc les premiers actes de vioknoe émanèrent des Français , Edouard fut le provocateur par son impitojBble opiniâtreté.

Le prince de Galles , impétueusement attaqué , recula de ville en ville, de château en château; puis, reprenant courage, il fit tête aux Français, et vint demander compte à Limoges de sa trop prompte reddition. Aigri par les revers et par une maladie cruelle, il brûla cette vîUe et ordonna le massacre de tous les habitants. F^irenr inutile ! les villes résistaient', les campagnes dévastées n'offraient pas de resiKmrryi aux troupes anglaises , qui , épuisées par les marches et les contre-marches, prirent leurs quartiers d'hiver sans avoir nen fait d'important.

Tandis qu'on reconduisait à Londres, exténué et près de mourir, le fils chéri d'Edouard, naissaient, à quelques mois de distance l'un de l'autre, deux hommes destinés à i a])})( 1er par leurs mortelles haines

les époques de barbarie, Louis, duc d'Orléans, et Jean, fils de Philippe, duc de Bourgogne, second fils du roi. Du Guestlin fut le parrain du premier. Monseigneur, lui dit-il en plaçant son épée

- dans sa main , je vous fiûs présent de cette épée, priant Dieu qu'il » vous fittse la griUse, «t qu'il vous donne tel et si grand coeur, que

' Anodetil, Hxttoirt dt France, U m. p.

•• vous soyez un jour aussi preux et aussi bon chevalier que fût oncques " roi do France. •• Après cette cérémonie, le connétable rcjoi^it

l'armée et envahit la Guyenne. Il s'avançait avec prudence, soumettant toutes les forteresses , sans laisser le moindre château * qui pût inquiéter sa marche. Ses progrès furent tels, qu'Edouard reçut de ses meilleures garnisons l'avis qu'elles se rendraient , faute d'être secourues dans un délai fixé. Les États d'Aquitaine, cinq fois assemblés par l'Anglais, lui refusèrent cinq fois tout subside. Les sires d'Ar-magnac , d' Albret , de Comminges , de Périgord , protestèi-ent pour leurs franchises, disant •• que du temps qu'ils avoient obéi au roi de France, ils n'avoient été grevés d'aucun subside, et qu'ils le défendroient tant comme ils le pourroient. "

Pendant que Charles V, du fond de son palais et entouré de ses

< On comptait i cette époque dix mille villes ou vil lafjes murés, et cinquante mille châteaux ou maiMinii fortift«-os en France. T. Lwali ée. Hittoire du FranfftU.

AKClliN ËT MOUEH^K. 449

nmiistres, parie en maître, » la main appuyée sur le cœur de la Fhmoe , et sentant la vie revenir • , • des bandes miplaisos , rommandées par le routier Rob^t Knolles, ravîigcnt la Picardie, la Champagne etl Orléanais Du Guescliii se met à leur poursuite et les taille en pièces daoa le Maine , à Pontvailain. Edouard envoie en Guyenne qnaiante vaisseaux, sons les ordres du comte de Pembroike, mais les Rocbdais attaquent et oonlent bas la ilotte qui apporte ce renfort. FVirieux de voir ses meilleurs capitaines sans cesse vaincus , le vieil Êdouard s'embarque avec vingt mille hommes , mais les vents le repoussent et le retiennent sur les rivages d'Angleterre. Du Guesdin , nuûtre de Tbonais, extermine à Chizey ce qui restait des garnisons de Guyenne.

On convint d'une trêve de deux ans , nécessaire aux deux partis.

Le pape en fut le médiateur. L^'S plus teiTil)les adversaires tju'ait jamais eus la Fruiu-e, le prince de Galles et le roi Edouard, descendirent dans la tombe. (1377.) A la nouvelle du trépas de ce dernier, Qiarles profite de respiration de la trêve, et recommence la guerre sans vouloir tien entendre des propositions que lui fiûsaient les régents d'Angleterre. H obtient sur terre des avantages signalés, tandis que s(>s marins Iwittent les Anglais dans toutes les rencontres. Une ilotte bretonne remonte la Tamise, brûle Gmvesend et jette Londres dans les plus vives alarmes.

L'esprit de nationalité se réveillait en France, et la voix de l'honneur retentissait au fond du cœur de la noblesse. Le duc de Buckingfaam , étant débarqué à Calais avec quatre mille hommes d'armes et trois mille archers , se mit à ravager la Picardie et la Champtigne , sans que les garnisons des places fortes essayassent de l'arrêter. Il traversa le Gâtinais, le Vôidomois et la Beauce, et parut devant Thouiy *. Un écayer, nommé Ganvain Micaille , sortit de la ville et s'approcha

* CHATSAVBMAIfD, JÊflulet AiMOrû/K'-.t. t. IV, p. 190.

* Th. LwmlÉE, f/itloirr drs Fninçnis, t. Il, p. &.'».

* M. DE Bakakts, Uiatoirt du dues de Bowgogme, t. u, édillon

m LURLtAiNAlS

du camp anglais. Y a-i-il paimi vous, leur dit-il, quelque geutil- - hoaune qui veuille, pour l'honneur de sa dame, essayer un fiât " d*annesf Me votci prêt et armé de tontes pièces p)ur jouter tnris

" coups (le lance, trois (.oiips d'i'ju'e et trois coups de da^^uc. Voyons s'il y en a chez vous qui soient amoureux. " FitZrWater, umréchai des Anglais, lui répondit : Venez, vous trouverez ici votre <* homme. » Gauvain Micaille partit au milieu des enoonragements des Français, et passa la barrière suivi de pages portant trab lances, trois épées et trois dagues. Les Anglais, accoutumés au système de retraite prescrit par le roi Charles, ne s'attendaient pas à cette joute, et tandis qu'ils se consultaient sur le choix d'un champion , il fallut lever le camp et continuer la marche. Us retinrent Micaille, qu'ils traitèrent avec courtoisie, et firent dire aux gens de Tboury d'être tranquilles sur le sort de leur compagnon d'armes. Os avaient besoin d'un jour de re])os pour faire la lice, mais le duc d'Anjou les poursuivait à outrance, épiant l'occasion de les surprendre pour les mieux attaquer. Enfin ils arrivèrent au milieu de l'épaisse Satèi de Marcbenoir, et tandis que les Français hésitaient à s'y engager, on ordonna la joute de Micaille. Les deux champions mirent la Umœ en arrêt et fondirent l'un sur l'autre ; l'Anglais baissa traîtreusement son arme, et ptM'(,a la cuisse de son adversaire, ijui tonilxi, pcMiiit l)eaucoup de sang, et voulut recommencer le combat à l'épée. Le duc de Buckingham s'y opposa, et renvoya Micaille avec un présent de cent écus.

Il poursuivit son mouvement de retraite jusqu'aux bords de la Sarthe, ou le duc de Bourgogne s'offrit à lui avec ime nombreuse armée. On se prépamit des deux côtés à une bataille, «juand on apprit la mort de Charles V, à qui le roi de Navarre avait jadis fait administrer du poison. Les seigneurs bannerets , pressés par diverses considérations, se dispeisèrent, et l'Anglais arriva tranquillement en Bretagne , où il s'arrêta. Une trêve conclue entre les deux puissances termina la première période de la guerre des Anglais et des Frarw^ais,

guerre où le sang coulait à flots pour des queiitions de vasselage et de suzeraineté.

Déjà ces idées perdaient de leur puissance , et les haines de peuple H peuple se montraient plus implacables. Dans les luttes qui suivirent , les nations traitèrent le fer à la main de leur existence ou de leur anéantissement.

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