CHAPITRE V
Expédiliun d'Italie. — ( raon, !>irc de Chateaudun. — ValentiDe d« Milan, dachetse d'Orléans. — Assassinat du cuimt-table de Cliuon. — Folie de Charles YI; Louia dXMéaoa gouverac le ruyaume. — .Iran, i-omti- de Nc\'crs, port |K>ur la croisade contre les Turcs. — Querelles des Bourguignun» et des Uriéanais ou Armagnacs. — Duels et tournois. — Jeaa-sana-Peur, due dr Bourgogne. — Déstordrcs de la rciue Isabt-au.
CHAPITKK V.
/>, ^ ^ Le rnoiid».' tlirélion j)n''st'ntiiil uii spet-
taclo (Hrange. L'unitù apustulique était rompue. Deux papes, l'un Italien et résiliant à Rome, l'autre sous les auspices de la France et fixé à Avignon, travaillaient à la destruction de la puissance du saint-siége. Chacun d'eux excommuniait l'autre, et appelait aux armes les populations fanatisées. Le pape d'AvigT»on , Clément Vil, chassé de l'Italie, résolut d'y rentrer à l'aide des Français, et , pour stimuler leur ardeur guerrière, il fit en sorte
m L ORLÉANAIS
que Jeanne de Naples choiiât pour son héritier le duc d'Anjou, l'un des frères de CSiaiies V.
Mais d'autres afiaires phis pressantes occupaient ce prince^ doué d'une ambition et d'une témérité sans bornes. H disputait la i'<^gence à SCS iVèrcs, les ducs de Boui'^Hij^nc et de Bcrrv, et à son beau-lrère. le dui' de Bourbon. Ceux-ci paraissaient disposés à soutenir leurs» prétentions les armes à la main ; et de toutes parts s'allumuent les brandons de la guerre civile, lorsque Jean Desmarets, avocat du roi , mit les prinora d'accord , et ils convinrent de s'en ia|^K>rter à des arbitres. Ils résolurent d'émanciper le roi le jour même de son sacre, mais eu giiidaiit «■ux-iiiêines la direction des trrandes branches de rudiiiiiiistration du royaume ; la régence du duc d Anjou devait finir à la même époque. Cette décision arbitrale fut confirmée dans un lit de justice tenu au Louvre quinze jours après la mort de Charles V. Le duc d'Anjou s'était emparé du trésor royal , renfermé dans le château de Melun , et que l'on évaluait à près de dix-sept millions . «somme éndiiiie avec laquelle il |K)U\ait se taire des créatures et sti- {M'ndier une armée. A})rès cet acte de violence , il partit pour Reims. La cérémonie du couronnement eut lieu avec beaucoup de pompe , puis on s'occupa d'un plan de gouvernement. Il fut arrêté que les quatre princes décideraient à la pluralité des voix de toutes ' les affaires importantes , qu'ils nommeraient un conseil formé de douze membres, et chai'gé de donner son avis sur toutes les nominations aux emplois publics.
La garde de la personne du roi et de Louis de Valois, son frère, devenu célèbre sous le nom de duc d'Orléans, fut remise aux dues de Bourgogne et de Bouibon.
Cependant le vol du trésor royal avait ameuté le ])euple contre le duc d Anjou. 11 l'ut le prétexte et le point de mire des factions qui l ausèrent de si grands maux à la France pendant le règne dt' CIku"les YL La populace, excitée par les discours des l)ourgeois , se livra dans la capitale à divers excès. Jean Culdoé, prévôt des marchands.
Digitizod by Gû*..wtL
fst entrainé vers la demeure du duc, qui parait, et se place sur une table de marbre , au milieu de la cour, pour écouter les véhémentes
apostrophes des artisans, des pens des métiers et des corjxuatioiis , réclamant la diminulion du chitrie des iinj)ôts. Le prince fait des promesses, et rend le lendemain au nom du roi un édit où sont abolis tous les subsides étaUis en France depuis Philippe-le-Bel. Cet aveu tacite de l'eiagération des impôts ralluma, plus vive et plus meurtrière, la haine que de tout temps ont inspirée les collecteurs et receveurs de taxes. Les juifs, attirés en quelque sorte par l'or, s'étaient jetés dans ces emplois, la populace les poursuivit avec acliin nement, déchirant, brûlant les registres, blessant et massacrant jusque dans les caehots du Châtelet les infortunés qui n'y purent trouver un asile contre tant de fureurs. Les en&nts arrachés des flancs de leurs mères recevaient le baptême des mains de ces bourreaux, qu'aveuglait un fanatisme sau\ a£rc l^cs niêrncs fureurs se renouvelèrent dans les provmces, à Orléans , a Blois, à Tours, dans toutes les contrées où l'esprit religieux était le jdus actif.
U £Edlnt assonbler les états-généraux. Mais les princes trouvèrent les députés hostiles a leurs vœux et peu disposés à seconder les prodigalités d'une cour fastueuse. Les députés allèrent même plus loin , <ar ils exigèrent que les frani hises. libertés et immunités et autres concessions faites depms près d'un siècle fussi-nt conlirmées. De telle sorte qu'ils firent précisément le contraire de ce que la cour s'était promis d'obtoiir en les convoquant.
Tandis que l'excuse pour la révolte était en quelque sorte sanctionnée par les États, un vassal factieux, allié de l'Angletene , se soumit et jura fidélité ;iu roi. (.'V'tail .Montfort ; fatii:ui'' de la protection des Anglais, il traita secrètement avec le duc d Anjou.
Celui-ci crut le moment favorable pour tenter l'expédition de Naples , qui smuiait à son imagination ardente. Aux trésors dont il était maître, il joignit le fruit de ses exactions et de ses rapines, et put solder des bandes d'aventuriers toujours péts à faire la
guerre pour celui qui les payait. Le pape d'Avignon, Clément Vn« lui promettait en outre une partie des domaines de l*É)^se , et distribuait les indulgriiros oi les pardons à roux qui s'annaiciit pour sa cause. Lus mouNcnieiits ptjiulanes excités dans I nitt^rieur de Paris par les T'culicrs de l'Université et les maiUotins furent réprimés. Mais la révolte de la Flandre suspendit un moment Torage qui grondait sur ritalie. Artevelle, chef des Gantois, avait battu près de Bruges l'armée du comte, son sei^eur. Cette victoire fîit suivie de meurtres et de v*pnpfeances (jui excitèrent en ta\ t ur des vaincus la sym pathie de la noblesse de France, nupuctc |)our elle-même des succès obtenus pai' une troupe de nianaiits et de brasseurs. Le duc de Bourgogne, gendre du comte de Flandres, représenta au jeune monarque toute la gloire qu'il retirerait d'une expédition entreprise avec l'élite des guerriers, et il ))artit. Artevelle, qui se trouvait à la tête d'une aniu'e de près do cent mille hommes, rencontra les Français aux environs de Rosbec. La bataille fut terrible; le roi de France, pénétré d'horreur à la vue du carnage, se retira vers Courtray , au lieu de marcher sur Gand, où la consternation était grande. L'hiver survint, et il retourna dans sa capitale. W y trouva l'esprit de révolte en pt i-manence , et la sédition organisée de manière que les cfaefii ])OU^al^nt, au premier si «.mal , excitfr dans le ro\aume un soulèvement L'''nend. Les fauteurs de troubles seml»laienl (."ompter beaucoup sur 1rs richesses de Nicolas Flaniel , fameux alchimiste de ce temps, dont le nom se rattache aux chroniques d'Orléans *. Mais le retour
■ Nioilss Flanicl |>i»s!«f»l.iil un vn'iix livri- trari^ \ut t^rorre H'.irbr<r, qui contm^it troU (i>i* wpt feuillets, était enrichi de figures |>eintc-s et aTait un couvercle chargé de cu-Mrtrrcs myttérieox. n anit païaé Tiaft ot wm aaaées éu» om «ppltcalkm coatfaMlle, «ak «• imbm dbMn,
pour expIii]iUT ces caraot.Vfs, lorsqu'il fit & L«in la rcnr'>Titre d'un tn^ l'-f-in juif, appelé mallr-- Ctnirhe^, auquel il s'uuTnt sur le sujet de »cs peintrs. C«lui-<:i expliqua plusieara «nbièmes, mais faute d'aroir loaa les jtm le lime, qui 4uàt à Paris, la artciice de fabriquer de Ter, d ar* It-mnirnt S i.;' rii'f-i' jiar l'I.itiicl , nr fut jv-is riimpl-' "i-. IN ré»f>liirrnt <\ r.c fsiri- 'c r-vxje, !<• médecin tomba malade à Urléan*. C'eat un curieux drame de \oir les an^utsars et les perplexité» de l'alehiaiiste sar le point de perdre mon compainioa, oa plaiAt son secret. l\ noormt, «t Plaawl,
iaeoaaolable d'urio n ir^ in l- |^> Mr. lur'^uiTit son voTXKc
Jean de Meung a adrev<ké à FUmel le* Rrmnmirnmfft de Xaiurr à l'tilfktm%ttf rrrmn/, que lom trouTe daaa plamnin Mitiaaa 4n Amm* ée la Jlasr. « BSofrupIdr Mini«rn.
Digitizod by Gû*..wtL
ANCIEN F.T MODERNE. ii9
d'une armée victorieuse intimida les bourgeois, qui, pour faire preuve de respect et de soumission , allèrent à la rencontre du roi et se rangèrent , au nombre de vingt mille bien armés . dans la plaine Saint- Denis. Orgueilleuse ribaudaille, se disaient les seigneurs, plus vains et plus orgueilleux encore! Cependant, incertains des véritables dispositions de cette troupe armée, les sires d'Albret, de Coucy, de La Trémouille, de Chartres et de Blois demandèrent un sauf-conduit pour parlementer. bourgeois prolestèrent de leurs intentions amicales et repoussèrent comme une injure de pareils soupçons. Sur l'ordre du roi, ils se retirèrent et souffrirent qu on les désarmât. L'arsenal de Vincennes reçut de quoi équiper cent mille hommes. Alors commencèrent les exécutions. Le riche Nicolas Flamel fut mis
H contribution , et paya une forte amende, sans que rien pût établir sa culpabilité. Nicolas Flamand, ardent séditieux, périt, ainsi que
430 LOULfiAiNAIS
Jean Desmarets, avocat du loi. Ce dernier répondit au bourreau qui lui criait : •< Maître Jean, demandez merci au roi, afin qu'il tous
- pardonne. " — « J'ai servi au roi Philippe , son gnaà aïeul , au
roi Jean et a\i roi Charles, son \m'v , liicii et loyauiuent , no onc-
- ques tes trois rois ne me surent que demander , ne au^si feroit " cestui , s'il avoit d^e et connoissance d'homme ; à Dieu seul veux •* crier morci. » Une ridicule cérémonie d'amnistie et de pardon suivit le supplice de ce magistrat vénérsUe. Le ni se plaça sur un trône dressé au haut de Fescalier du palais ; le peuple remplissait la cour, qu environnaient des soldats. Pierre d'Orgcincuit , cliant elier, rappela dans un long discours la punition terrible iiiûigée aux rebelles, et s'écria : Tout n'est pas fini , il reste encore bien des coupables. » A ces mots confirmés par le roi, les dames, les oncles du jeune monarque se jettent i ses pieds et tendent vers lui des mains suppliantes; les hommes prostem(''s crient : » Grâce et miséricorde. " Charles déclare alors qu'il convertit la peine criiiunelle en civile, et le châtiment corporel en argent. Les amendes lurent excessives; on rétablit les aides, le douzi^e denier, la gabelle et tous les anciens impôts. Les villes de Rouen, de Reims, de Troyes, d'Orléans * et de Chartres, coupables des mêmes fautes, furent traitées (ir la inênir manière, et la l>ourm"oisie humiliée, vaincue, renonça pour quelque temps à ses projets.
Les Français eurent à peine quitté la Flandre que les Anglais y parurent sous la conduite de l'évêque de Norwich , qui, nouveau croisé, prétendait soumettre a Urbain les hérétiques partisans de Clément. Ils reculèrent à 1 a p{ «roche de l'armée royale, et se rembarquèrent après avoir pilK" leurs alliés, les Flamands.
Cependa]it le duc d'Anjou s'occupait activeuieut des préparatifs de son expédition d'Italie. Les impôts dont il s'emparait, le fruit de ses rapines, non-seulement dans ses domaines, mais encore dans le Vendomois et le Blésois, lui fournirent une grande quantité d'or et
■ Lwjmxke, Hftoirtdft FramçaU. t. Il, p. 7b.
ANCIEN BT MODERNE. 134
d'aigent qv'il convertit en monnaies , de sorte qu'il se trouva Inentôt
en état de mettre sur pied une de années où aijondaient les seigneurs ruinés et les bandits de toutes l(^s provinees. Mais, pour rendre guerre nationale cette tentative faite dans un but personnel , fl rechercha l'apprdbatkm du Conseil , et fit en sorte que les affaires de Provence jouassent un r51e dans la question.
(13K2.} Jeanne de Naples, héritière de la premihre maison d'Anjou, possédait aussi la Provence. Averti qu'on parlait de réuinr cette province à la couronne, le duc se rendit à Avignon. Le pape Oémeot le reçut avec solennité , lui posa la couronne de Naples sur la tête, et folmina une sentence d'excommumcation contre CSiarles de Duras, qu'Urbain venait de couronner à Rome. Louis d* Anjou franchit les monts ayant à sa suite trois cents mulets et plusieurs chariots chargés d or, d'argent et de rnvmitions. Son année était forte de soixante mille soldats. Guv de Châtdlon , comte de Blois, cousin de Marie de Bretagne, duchesse d'Anjou , plusieurs gentilshommes de Blois et de Chartres, les sires de Montigny, de Saint-Martin, de Donstienne Taocomiiagnaient. Arrivé sur les frontières du royaume de Naples, après avoir essuyé de grandes fatigues, il envoya délier son compétiteur, et le sonnner d indiquer un lieu et un jour pour la bataille. Duras, instruit de la situation de l'armée française, se garda bien d'accepter. Louis, pour retenir ses guerriers, leur distribuait ses trésors , vendait sa vaisselle, ses équipages et jusqu'à sa couronne. Sa femme lui recrutait en France des soldats, et lui envoyait à Venise une somme considérai tic que le liaron de Craon , favori du prince, alla recevoir et dissij)a follement. Enfin se leva le dernier jour de la coupable vie du duc d'Anjou. Désespéré de ne pouvoir prendre Bariette, où Chartes de Duras s'était renfermé, il attaqua un corps de troupes fortement retranché , et tomba criblé de blessures. Sa mort termina la guerre, car son armée se dispei*sa comme une moisson fauchée se dissipe au souffle de 1 ouragan. Les seigneurs et les chevaliers encombraient les routes d'Italie, et reve-
432 LUHLEANÂiS
naient sans être maltraités, mais dénués de tout» et dans on état si miséroble qu'on en vit plusieurs réduits à demander Vauroône pour
regagner leur i)atrie. Craon , vironite de Châteaudun , reparut à la t our, où il étala un faste nii^olent. La dui hesbe le [wursuivit en l'aecusant d'avoir trahi son maître et volé le trésor ; il trouva des protecteurs et ne fut condamné qu'à une fiûble restitution de cent mille francs.
Cette malheureuse expédition excita contre la noblesse r«nimowité
du |)eu|)lc et celle de la bouriJ^eoisie.
On célébra le mariage de Charles VI , âgé de seize ans, avec Isabeau de Bavière. Au sortir de ces fêtes, Je jeune roi s'occupa activement d'une descente en Angleterre. Le port de l'Édose reçut mie flotte de quinze cents vaisseaux et vingt mille hommes d'armes , oe qui , joint aux éc uyers , aux pages et aux fantassins , indique plus de cent mille combattants. Le passage d'un si grand nombre de gens de guerre, recrutés dans toutes les provinces , ac( abla le royaume de toutes sortes de maux. Les laboureurs qui avoient recueilli leur » grain n'en avoient que la paille; les viviers étoient mis à sec , les
- maisons abattues pour feire du feu . Les Anglais n'eussent pu causer
- plus de (b'fjat. Nous ii avons jX)int d ar^'ciit, disoient les niaraudeurs , mais nous en aurons au retour, si vous payerons tout sec. «•
Les lenteurs calculées du duc de Beny rendirent rembarquement des troupes impossible, et les vaisseaux lurent désarmés.
Charles-le-Mauvais, irrité de la saisie de ses domaînea, passait son temps au fond de la Navarre, i}u épouvantaient ses cruelles voluptés. 11 conçut le dessein d empoisonner tout à la fois le roi, le duc d'Orléans, et les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. Un ménestrel, nommé Gauthier-le-Harpeur, vint à sa cour avec mi valet anglais, scélérat déterminé, qui se chargea de cette mission. Cet homme partit, acheta du poison , guetta plusieurs jours à Oiiéans l'instant favorable pour arriver jusqu'au duc, et faute de pouvoir réussir s'acheumia vei-s Paris , ou il fut arrêté , jugé et condaiiuié au
dernier enpplioe. Lee malédjctkme qui de toutes pute e'âevërent eantre ChaiieB de Nsvane furent eotendoee du ciel, car bientôt i) périt d'un épouvantable genre de mort.
Le projet d'une descente en An«;leterre, fonuc une seconde fois, avorta par suite d un événement où Pierre de Craon , sire de Chà^ teaudun , joua le princq»! rôle. Le connétable de Clisson , ami de Du Gueedin et ardent eunemi de l'Angleterre, avait déployé une grande activité lora dea dermera anneaMOta, et pour cda il avait épuiaé d'hommes et d'argent ses vastes domaines de Bretagne Le traité de Guérande avilit tixt' le sort de cette province , où régnait Jean de Montfort, niais sous la condition , de{)uiâ ]oug-tenips oubliée par lui, que Jean de Bbia, prisonnier à Londres, serait délivré. Le généreux diason, voyant le duc peu disposé à tenir sa parafe, paya ans Anglais la rançon de Jean de Bkns et lui donna sa fille. Mécontent de cette libéralité et inquiet peut-être de la puiasanoe du conné^ table, Monttori le lit saisir par trahison , donna l'ordi'e (pi'on le tuât, et dut à la sagesse de l'un de ses oliiciers, nonuné Bavalau, que ce crime ne tourmentât paa aa coosdenoe. Mais , docile aux insfarations des Angiaia, que la captivité de Clisson rassurait, il exigea une fi>rte rançon pour la délivrance de son prisonnier Cdui-ci reparut à la cour en demandant justice de l'ofTense faite au premier officier de la couronne; on parvint à calmer sou ressentiment, ou du Uiouis on négligea d'écouter ses i)laintes, car de toutes parts retentissaient des cris de fete. Les ûk de Louis d'Anjou recevaient l'ordre de la chevalerie; les tournois durèrent trois jours; le roi et le duc d'OrlésDB y combattirent. Les joutes furent suivies de bab masqués on la bdie Yalentine Vtsconti, fille deGtdéss, duc de Milan, se montra brillante dejeunes>(' et de beauté. Peu de temps après elle épousait Louiii d'Orléans. Elle reçut eu dut la ville d'Asti , et il fut sti])u]é que si ses deux frères venaient & mourir sans enfants mâles, elle ou ses héritiers succéderaient au duché de Milan; clause ffuneuse, qui accrat lea prétentions des Français sur l'Italie.
134 LOULKANAIS
Tant de fêtes et de prolnaions niinaient le peuple. Le roi dépen- » sait mille écus là ou son père se fût contenté d'en donner cent; •
ses oncles , le duc de Berry surtout , se montraient insatiables d'argent et prodigues à l extès. T>os ra])ines de ce prince dans son gouvernement du Languedoc lurent telles, qu'on lui donna pour successeur Jean d'Harpedane , neveu du connétable de CSisson.
Le roi, ayant fait un voyage dans le Midi , fut reçu avec pompe à Avignon , et avec enthousiasme dans tontes les villes. Il resta douze jours à Montpellier, où il fit avee Louis d'Orléans une gageure de cinq mille livres à qui se rendrait le premier chacun auprès de son épouse. Les deux frères, accompagnés d'un seul écuyer, prirent des chemins différents, et marchèrent jour et nuit sans s'arrêter. Cette folle course, faite par monts et par vaux, causa an roi de telles fatigues , qu'il fut plus d'une fois obligé de se coucher sur un chariot, sans }X)ur cela discontinuer le voyage. Louis dOrlétuis, plus jeune, mais d'un tempérament moins délicat, supporta mieux les fatigues de cette aventure.
Cependant Galéas Visoonti , attaqué dans son duché de Milan par le turindent comte d'Armagnac, qui prenait fait et cause pour Charies Visconti , cousin de Oaléas, eut recoui's à sa filU' cln'rie, la belle Valentine, duchesse d'OïK'aiis. Cette princesse, dont les grâces et la sagesse faisaient l'admiration de la cour, essaya de calmer l'effervescence chevaleresque du comte. Ne pouvant y réussir, elle parvint à se procurer ses plans de campagne et les oivoya au duc de Milan. Les FVançais, battus dans toutes les rencontres, pc^rdirent leur chef et moururent dt; iiiisiîre dans les montfignes (}ui Ijoixleiit la Lumbardie. Ce fut, sous le- règne de Charles VI, le second désastre éprouvé par nos armes dans cette contrée. Le comté d'Armagnac revint à Bernard VII, qui se rendit fiuneux au milieu des discordes civiles où parurent si souvent les ducs d'Orléans.
Les querelles de Clisson a\ ('( k; duc de BretUL^ne recommencèieiil plus violentes et plus pussionnétts. A ses motifs de haine personnelle.
ANCIEN ET MODEKNE. 13:»
le connétabln joignait des raisons jwliliqucs et des reproches de famille, car il accusait Montfoil d'agir en souverain , non plus en vassal, et il lui imputait plusieui-s manques de foi envers le sire de Blois-Penthièvre , son gendre et son protégé. Le roi finit par écouter les avis du connétable, et la guerre avec la Bretagne était imminente , lorsque des promesses de mariage entre une fille du duc et le fils du comte de Penthièvre , et entre la fille du roi et un fils du duc, calmèrent en apparence les ressentiments des deux partis. Le pouvoir de Clisson était sans bornes, et on lui attribua à tort l'exil du vicomte de Châteaudun, de ce Craon qui avait dépouillé le duc d'Anjou et se montrait capable des actes les plus audacieux. On voyait cet aventurier, ruiné deux fois et deux fois maître de trésors considérables, tenir une sorte de cour et se mêler aux plaisirs et aux intrigues de Louis d'Orléans. Confident perfide, il révéla une aventure secrète du prince à Valentine de Milan. On sait que le duc
menait joyeuse vie , courtisant les dames , qui se montraient rarement rebelles à ses vœux. Il se trouva cependant une jeune fille in-
136 LOKLÉANAIS
difTérente à l'éclat d'une telle conquête, et dédaigneuse des mille couronnes d'or que le sire de Craon osa lui présenter de la part de son maître. Le duc, fort surpris, témoigna son chagrin A son mes-
sacfor, qui rnit devoir embrouiller les choses , afin sans doute de s'appliquer le trésor. Il alla à la duchesse , lui exjxjsa le nu-fait , et lui amena sa rivale'. « Vous Aoulez donc m enlever mon seigneur? • lui dit-elle. La damoiselle jura que non en pleurant. — «Je sais tout, reprit Valentine. Mon man a toqIu tous séduire, ot yous avez repoussé ses dons. Je tous défends, si vous tenez à la vie, d'avoir désormais nul entretien avec lui. " Lorsque le duc re\'int chez sa belle, il eut beaucoup de peine à la rassurer, et lui demanda ce qui était arrivé. - Monseigneur, s'(^rria-t-elle , vous m'avez trahie, et vous avez révélé nos amours ! La duchesse m'a fait promettre de ne vous jamais rewnr ; il y va de ma vie ! « — «Je jure, repartit le duc, i]ue j'aimerais mieux perdre cent mille livres que votre oorar. Tenez votre parole, mais sachez que j ai hâte de découvrir qui a ré- \élé nos secrets. « Il soupa chez sa femme, et se montra si tendre qu'il réussit à lui faire avouer que le sire de Craon était l'auteur de tout le mal. Le lendemain matin il alla raconter an roi sa mésaventure. - J'ai fort à me plaindre de cet homme , ajouta-t-il ; à l'entendre, on croirait que je me suis fait sorder. Par la foi que je vous dois, sire, sans le respect que j'ai pour vous, je le ferais tuer. " — " Vous ne le ferez pas, mais nous lu» ferons dire que nous n'avons plus besoin de ses ser\ices, et qu'il ait à quitter notre hôtel ; vous le chasserez aussi du vôtre. « Le mme jour on signifia Tordre du roi à Craon , qui ne put obtenir audience du duc. Plein de fureur, et loin de se douter de la vérité, il attrilma sa disf^râce au sire de Clisson et jura de l'en punir. Comme il ne reculait devant aucun crime , i\ se rend en Bretapie et rappelle au duc les torts du connétable envers la famille de Montfort; ils , associent leur haine et méditent un liehe assassinai. Le vieomte
Digitizod by Gû*..wtL
ANCIEN £i MODEHNE. 437
de Châteaudon avait conservé à Paris son hôtel, et à Chartres ud ami, dans la personne d'un chanoine, homme vertueux , qui fut dupe de son d«^vouoinont et de sa confiant c. Craon s'arrête à Chartres avee quarante hommes* déterminés et en part secrètement par une nuit sombre pour se rendre à Paris, où il se cache dans son hôtel. Le soir même GUascm , qui revenait d'un bal donné par la reine à l'hôtel Saint-Panl , et rentrait chez lui à l'endroit o& s'élève le palais des Archives , est assailli par les gens de Craon. Les torches de l'escorte sont éteintes, et plusieurs voix crient : • A mort Clisson ' — « Qui êtes- vous? •• demande le connétable. Le vicomte de Chàteaudun s'avance, se nomme, et frappe les premiers coups. Après une vigoureuse résistance, CUsson roule à bas de son cheval, et tombe sur la
porte entr'oaverte de la boutique d'un boulanger; les assassins fuient sans s'assurer de sa mort. Le roi , promptement averti , accourut en toute hâte avec ses chirurgiens, qui trouvèrent les blessures peu dangereuses, car les coups avaient été amortis par une excellente cotte de mailles. On se mit sur-le-champ à la poursuite des aasassins; deux hommes d'armes et un page furent saisis aux environs de Paris, et exécutés. Craon, qui s'était dirigé à toute bride vers Chartres, y trouva vingt chevaux frais, et gagna sa forteresse de Sablé. L'innocent chanoine fut condamné à une prison })erpétuell('. Cmon , mis en jugement, ne compai'ut pas. On le condamna à mort; ses biens furent saisis, ses maisons dans Paris rasées; les seigneurs de la cour se firent un mérite d'assister à ces dânolitions. Plusieurs d'entre eux profitèrent de la confiscation de ses terres, entre autres le due d'Orléans, qui, déjà propriétaire du comté de Blois, reçut la vicomté de Châteaudun * (1391.) Jeanne de Châtillon , de l'illustre maison des comtes de Blois, femme du meurtrier, fut ignominieusement traitée et réduite au dernier dénûment.
Cnon, ne se croyant pas en sûreté à Sablé, se sauva en Bretagne,
' Btaaù nr Btmi,fU'Fwitx*tat,p. IM.— Fltoii«AirT. — JvvÉMAt.
IH
où le duc lui reprocha de n avoir f m occire un homme duquel il étoU aurdestu*. » — • Je crois, repartit l'aventurier, que tom let diaMee, à qui il eet, tonlt gardé, car ih ont tur hU lancé et jeté phie de soixante coups d'épée et de couteaux, » Cependant Montfort le cacha
lie son iiiit ux , rt n'-jnuidit aux soiunialions du nti tjur cette affaire ne le rctrardait ]»a^, (|u'il ne savait et n avait jamais rien su à ce sujet. Le duc d'Orléans pensa qu'il fallait porter la guerre en Bretagne, et» malgré les efforts du duc de Berry, il exerça une grande influence sur la détermination du rrâ.
Ce fut alors que, pour mieux montrer son affection pour son fipère, Charles lui donna en a])aiui^M' héréditaire le duehé d Orléans., ainsi que l'avait eu Piulippe tic France, hls de Philippe de Valois. Le duché avait fait retour à la couronne du temps de Charles V . qui, reconnaissant l'abus de ces démembrements dn royaume, avait expiessément ordonné qu'on u'opér&t {dus de semblables dividons, Les habitants d'Orléans, dont le nouvel ordre de choses aggravait les (harpes et les impôts, se plaignirent de celte décision; ils essayèrent de protester, mais on ne les écouta pas.
L'expédition de Bretagne fut résolue, et le monarque partit pour Chartres, où il attendit ses ondes, qui, à leur arrivée, cherchèrent à le disanader de son projet. Ce fut en vain; on se mit en marche, et les troupes se réunirent au Mans. AprN trois semaines de séjour, Charles tomba sérieusement malade. Au conseil on ne parlait que de truhisons. Lji \eille du jour fixé pour le départ, la bji^jue de la sainte Vierge, qu on j^ardait dans le reliquaire de la cathédrale de SaintJulien, tomba d'elle-même par terre et roula ^us d'une demiheure, sans que personne osât la relever.
Le cortège royal sortit des murs par une chaude journée d'août et s'avança dans une plaine sablonneuse (|ui rellétait les rayons brûlants ilu soleil. \m roi, habillé de \ elt)urs noir, avait un chaperon de velours écarlate orné d'un lourd chapelet de grosses perles. Derrière lui se tenaient deux pages à cheval , qui portaient son casque d'acier
Digitizod by Gû*..wtL
ANCIEN ET MUDEKNE. |39
{wli et sa laiice. Las ducs de Bourgofj^ie et de Berry chevauchaient H sa gauche ; le duc d'Orléans . le duc de Bourbon et le sire de Coucy se tenaient à sa droite. Derrière marchait une nombreuse escorte. Au moment où l'on entrait dans la forêt du Mans , un homme de haute taille, la tête et les pieds nus, vêtu d'une méchante souquenille blanche, s'élança tout à coup vers le cheval du roi , qu'il retint par la bride. - Ne va pas plus loin , roi , s'écria-t-il ; retourne , tu es trahi ! Les hommes d amies frappèrent cet inconnu avec le bois
de leurs lances , et lui firent lâcher prise ; mais il suivit encore le cortège pendant près d'une demi -heure en répétant le même cri. Cette apparition troubla l'esprit déjà faible du roi. On continua de marcher, et , la forêt passée , il fallut franchir une grande plaine de
4iO l/ORLËANAIS
sable où la chaleur devint accablante. Un des pages, s'étant endiMini , laissa tomber la lance sur le casque que portait son eamarade, et Tacier retentit soudain aux oreilles du roi. Le nuJheureiix prince se leva sur ses étriets, tira son épée, pressa ses éperons et
s'iMança en criant : - Mort à ces traîtres qui ont dessein de me livTer aux tMiiu'inis! Plu.siours, n'ayant pu s'rcarter assez, furent blessôs, on dit int'ine qu'un homme fut tué. Le roi courut 1 épée haute sur le duc d'Orléans. « Fuyez, mon neveu, lui cria le duc de Bouigogne, monseigneur est dans le délire, il va vous tuer. Personne n'osait l'approcher, et on le laissa épuiser ses forces à poursuivre tantôt l'un et tantôt l'autre. Un chambellan , saisissant le moment favorable, le ))rit à bras le corps et lui ûta son t pi'ç. On le coucha doucement par terre. Le duc d'Orléans s'approcha de lui ; il était muet et avait le regard égaré. Une charrette traînée par des bœufs reçut l'infortuné Qiarles, et on le ramena au Mans.
A cette nouvdle l'armée fut en proie à la coostenution ; le royaume tout entier ressentit une grande douleur. On attribua les commencements de sa folie à la t^a^^furp de Montpellier, faite contre le duc d'Orléans. D'autres ])arltTe)it de sortilèges et de maléfices; mais les médecins trouvèrent de plus justes explications, et l'un d'eux promit de le guérir.
Le duc d'Orléans témoignait une vive affliction ; sa jeunesse et sa légèreté ne permirent pas qu'on lui confiât les rênes du gouvernement. (lui turent remises aux oncles du roi. Leur avarice, tentée par les grands récits qui se faisaient des trésoi-s du connétable, les excita k piursuivre et à persécuter cet ami du duc d'Orléans. Averti du danger, Clisson partit furtivement pour son château de Montlhéry. Trois cents chevaliers reçurent r<»dre de l'amener minrt ou vif, mais il eut le temps de gagner ses bonnes forteresses de Bretagne. Le sire de La Rivière, l'un de ses partisans, et membre de l'ancien conseil du roi, s'était retiré en son castel d'Auneau, près de (lhartres, au milieu de vassaux qui lui étaient dévoués. Il eiit pu fuir ailleurs.
Digitizod by Gû*..wtL
AiNClBN ET MODEHNE. 141
mais il n'en fit rien. Que la volonté de Dieu 8*acooniplisae , dit-il ; j'ai servi le roi Charles de bonne mémoire, et aussi le roi son fîls.
Us ont reconnu mes servicf^s. Si l'on trouve dans mes ai tioTis quelque chose de criminel , que j'en sois puni ! " La Rivière fut arrêté et conduit à la prison du Louvre. Un procès s'entama contre Clisson et ses amis. Le connétable, dégradé de sa dignité, fat condamné i une amende de cent mille marcs d'aigent. Louis d'Oriéans relîisa de signer la sentence qui ruinait en sa fortune et son honneur un illustre guerrier.
Grâce aux soins de son médecin , le roi se trouva mieux et donna quelques preuves de bon sens. 11 voulut examiner lui-même les pièces du procès , et ordonna que le sire de La Rivière et ses compagnons d'infortune fossent réint^frés dans leurs biens. Cet acte de justice
act ompli , le jeune monarque s'occupa de réf,der d'une façoîi s^)lennelle ce qu'il conviendrait de faire dans le cas de sa mort ou d une maladie grave : il se rendit au Parlement et fit enregistrer l'ordonnanoe' qui conférait la tutelle de son fils mineur i la reine et le gouvernement de rÉtat, sans partage ni réserve, au duc d'Orléans.
n ne s'occujîa plus que de fêtes et de plaisirs , laissant le soin des affaires aux mains de ceux qui ne demandaient (|u à les diritrer Pour le distraire, un maître dos cérémonies de la cour imagina une mascarade qui , par le fait du duc d'Orléans , eut les plus tristes conséquences. Le roi et cinq autres jeunes seigneurs se déguisèrent en sauvages et prirent un vêtement formé d*une toile enduite de poix , à laquelle adhéraient des étoupcs de lin en p^se de poils. Ils entrèrent ainsi costumés dans les sîdons de l'hôtel Saint-Paul. 1^' roi se [daça près de sa jeune tante , la duchessi^ de B<MTy, laissant les autres masques danser et divertir l'assemUée. Le duc d'Orléans et le comte de Bar arrivèrent et crurent fiiire qudque chose de plaisant en mettant le feu aux étonpes. Le duc prit un flambeau, et en un instant les cinq sauvages furent en feu. La toile étant cousue, les patients
' Ordmmanen in ni» ir Frmt».
4 42 LUULKANAIS
ne purent se délivrer de cette enveloppe mortelle. La reine tomba sans oonnaissanoe. La duchesse de Berry eat assez de présence d'esprit pour couvrir le roi de sa robe , afin d*empddier qu'aucune étincelle ne le touchât. Plus heureux que ses jeunes compagnons , il fut ainsi [)réservé de la mort.
La nouvelle du danger qu'il avait couru excita parmi le peuple une vive indignation contre ceux qui le laissaient ainsi s'exposer. Le due d'Oiléans fot menacé par la populace. D Mut que Qiailes se montrât dans une procession qui eut lieu de la porte Montmartre à l'église Notre-Dame. Louis et ses oncles suivirent pieds nus le roi, qui était à fheval. On saisit ccltt' (>< easion pour faire au futur régent des réprimandes sur son mauvais entourage. Juvéoal, prévôt des marchands, osa lui adresser des remontrances. D promit de se corriger et fit bâtir, en expiation dn passé, une cfaapdle en Végliae des Gélestins * .
Cependant la maladie du roi revenait par accbs ; et , comme . à cette époque, on était dis|M)st' à croire que la folie était l'effet des sortilèges, les soupçons se portèrent sur la duchesse d'Orléans , dont les compatriotes avaient la réputation de cultiver la science des maléfices et des poisons. On raoeusait d'être ambitieuse et d'écouter trop aisément son père , qui lui avait prédit qu'dle serait on jour reine de France. La préférence de l'infortuné monarque pour elle confirmait ces soujK;ons; au milieu de sa folie, il la demandait sans cesse, l'appelait sa sœur (hérie et ne voulait voir qu'elle. La reine, au contraire , lui devint odieuse ; sans la reconnaître , il l'accablait de paroles méprisantes et d'injures. Bientôt il perdit la conscieDoe de sa position , oubliant son titre de roi , sa femme et ses' enfimts. On le confia aux soins d'im magicien de Guyenne , dont les remèdes empiricpics ii;:i:ra\ èrent le mal.
Pendant ce long accès, Clisson, ouvertement soutenu par le due d'Orléans , commença la guerre avec le duc de Bretagne , à qui les
Digitizod by Gû*..wtL
ANCIEN BT MODBRNB. 143
Anglais venaient en aide. Les oncles du ni voulurent apaiser cette querelle : le duc de Bourgogne fut chobi pour aibitre par le ConnétaUe, le comte de BkÛB et le duc de Bretagne, et la paix fut enfin signée.
Une lueur do raison étant revenue au roi , il s'occupa do mettre fin au schiâiuequi désolait l'Église et scandalisait le monde chrétien. Afin d'amener le pape d'Avignon à des sentiments de conciliation , il fut décidé que le duc d'Oiléans, le duc de Bourgogne et le duc de Berry se rendraient dans cette ville avec les pins sages conseillers de la couronne. Les princes renoontrërent à Lyon des ambassadeurs du roi de Ihm^ïo qui venaient implorer des secours c(»ntre les Turcs. Le duc d Orléans leur donna des gens de sa maison pour les conduire à Paris , où il promit de les rejoindre.
(1395.} Bientôt on parla du mariage d'Isabelle , fille du roi de France, à peine Igée de sept ans, avec le roi d'Angleterre. L'archevêque de Dublin et le comte de Rutland arrivèrent à Paris avec une suite magnifique. Cette union déplut à la nation , qui ne pouvait oublier les attentats des Anglais. » A quoi servira, disaitrou, que le nâ d'Angleterre ait pour femme la fille de notre roi , si les gens de guerre continuent a s'entr'égoigert •• Le duc d'Orléans se montrait opposé à ce simulacre de paix , auquel Charies voulait adhérer Richard ayant donné ses pouvoirs à ses ambassadeurs, les ducs d Orl<''ans , de Rourf;o^ne et de Berry reçurent les ordres du roi de France. La dot lut fixée à huit cent mille pièces d'or après un débat ou les Anglais s'efi'orcèrent d'obtenir deux millions; mais il fut convenu que le père de la jeune Isabelle serait tenu « de l'habiller, de - la parer de joyaux et de la faire conduire et accompagner à ses » déi)ens jusqu'à Calais. » (1396.) Le contrat signé , les noces furent dignes de la j»onij)e et du laste de la cour de France. A cette occasion, Criion dut sa grâce aux sollicitations d'lsalx,*lle. Dix jours après ce mariage , les oncles du roi et les plénipotentiaires anglais signèrent une trêve de vingt-huit ans.
Les Hongrois avaient reçu bon accueil à Pam , grâce à la bien* veUlance spéciale que leur accordait le duc d'Oriéans. Os fisc^ient l'attention par les récits étranges qu'ils faisaient des maux de leur patrie et des fitturs desseins de Bajazet. Clisson et le maréchal de
Boucit ault , tjui a\aH'iit |atlis M.sit<'' cette contrée, excitaient 1 nrdeuides jeunes chevaliers « m Inir répétant que le sultiui des ïuivs avait déclaré qu'il ravagerait tous les États chrétiens et que son cheval mangerait l'avoine sur l'autel de Saint-Pierre ^ Les esprits s'échauffèrent : on s'anna pour une cnnsade nouv^e , dont le commandement fut confié au comte de Nevers , fils du duc de Bourgogne. Les chevaliei*s fnui<,'ais travei-sèrciil l Allcniai^ie et l'Autriche , et marchèrent , pleins d'une confiance présomptueuse , à la rencontre de Bajazet.
La démence du roi faisait des progrès. Le peuple , injuste dans ses soupçons et passionné dans ses fureurs, se répandit en invectives contre la duchesse d'Orléans , accusant même son père , Galéas , d'être l'allié et l'ami des Turt s , auxquels il livrait les plans de l'armée chrétienne en Hongrie. La calonmie alla jusqu'à prétendre que Valentine avait ofiert un jour au dauphin de France une pomme empoisonnée. Les dameurs devinrent telles que Louis jugea pnir dent de quitter Paris.
Pendant ce temps , les compagnons du duc de Nevers faisaient couler les larmes d une loule de nobles liâmes et dainoiseîles de toutes les provinces de Fi'ance. Les Turcs avaient évacué la Hongrie , et il fallut aller les chercher jusque dans la Bulgarie. L'éloignement rendait les nouvelles rares et les rumeurs plus vagues et^us inquiétantes. Le duc de Bourgogne envoya des messagers à la recherdie de son fils ; pas un ne reparut. Enfin un chevalier nommé Jacques Helly ai)jM»rla la noUNclle du dé-astre de \icojK)lis. Il raconta que Sigismond, roi de Hongrie, accoutumé à guerroyer contre les Turcs, avait donné aux jeunes chevabersde sages et prudents avis. « Vous
' Fll01W>AltT.
Digitizod by Go*..wtL
aurez affaire à des bêtes féroces , leur avait-il dit , et Bajazet ne tardera |x)int à venir à vous. Ces arnit^es sont d'ordinaire précédées de hordes de pillards qui ne sauraient faire grande résistance. A ces troupes il faut en opposer de même valeur, tandis que nous-mêmes, avec nos hommes d'annes, nous soutiendrons l'effort des redoutables janissaires. - Le conseil de rex])érie!ice ne fut pas écouté. On s'avança dans le pays ; et, apri's s'être emparé de quelques forteresscîs, on mit le siège devant Nico|X)lis. Les assauts n'ayant pas réussi , il
fallut la bloquer. Dans une première bitaille les Turcs perdirent quinze mille hommes ; et le sultan , a)urroucé , ^ inl en personne , ave(; une inmiense armée, au secours de la ville. A son appnn'he, les Français se retirèrent ; mais ils furent suivis de près. Déterminés à accepter le combat malgré les instances du roi de Hongrie, ils se ruèrent avec leur impétuosité ordinaire sur l'avant-garde de Bajîizet, qui s'était retranchée derrière des pieux aigus. Après avoir triomphé de cet obstacle , les chevaliers chargèrent des mas-
:$es d'infanterie , dont ils tirent un effinoyable carnage. Un corps de cavalerie se présenta : ils l'attaquèrent et s'acharnèrent à le ]x>ursiiivre. Alors parurent les divisions commandées par le sultan.
Les 1 [(intîrois , rpoux antc-- du iioinbro dfs onriciiiis , tounuTcnl bride, mais les Français résolurent tio vendre clK'renient leur vie. Boudcaultt Coucy, La TremouilJe, Jean de Vienne, les frères de Bar, le comte de la Marche , tinrent ferme avec un admirable courage. Mais ils combattirent dans la profwrtion d'un contre cent , et les Turcs , qui ne demandaient point merci , n'accordaient pas de quartier; les chevaliers tombaient les uns apn>s les autres. Bajazet arriva et ordonna d éparpier ( eux qui sur\'ivaient. On lui en présenta trois cents , la plupart de haute naissance. Le sultan ordonna à l'un des chevaliers, qui avait autrefois cherché aventure dans rOrient, de lui désigner les plus ridies et les plus illustres de ces seigneurs. On lui si^ala les comtes de Nevers, d'Eu, de la Marche, les sires de La Tremouille et de Cuuev : en tout, vingt ehevaliers, qui furent sau^'s. I^es autres subirent le martyre sous les yeux du sultan et de leurs compagnons. Les supplications du comte de Nevers sauvèrent le maréchal de Boudcault , son frère d'armes et son ami. Bajazet laissa partir le sire d'Helly pour tiansmcttre ces nouvelles à la chiétientô et réclamer la ran^x»n des eaptifs.
(1397.) - 11 y avait en France peu de familles qui n'eussent à déplorer quelque perte sensible *. « Le sang Orléanais avait coulé en abondance dans cette triste occasion. Les bonnes villes de France
firent les plus j^rands efforts pour fournir l'argent nécessaire aux rançons , et la gêne publique s en accrut.
La maladie du roi avait pris un caractère désespéré. Les médecins ayant avoué leur impuissance , on eut recours à des moines , espèces de charlatans qui ne réussirent pas , et accusèrent le oondeige du duc d'Orléans d'avoir usé de sortilèges. Ce malheureux fut em-
• M. I>K Uarvntk, //iffoire tift ilvrs Hr HnurgrMjHr.
ANCIËN KT MUDEHNfi. 147
prisonné. Les moines firent des inciaionB à la tôte du roi , et le tourmentèrent de telle sorte qu'on finit par les poursuivre comme des
iiiipt)steurs. Ils rejettTont le tout sur le duc d Orléans lui-niêine, qui prit soin qu on exécutât la sentence de mon rendue contre eux.
De ce temps datent les discordes entre le duc de Bourgogne et Louis. Ce deniier prétendit que son onde avait poussé les moines â le calomnier , parce que lui-même avait ordonné le snpplioe d'un nécromancien de la cour de Bourgogne nonimé Jean de Bar. H prit a\cc MolciK c lait «-t cause pour le pajx' R(Mioît , et suscita «les obstacles au duc de Bourgogne , qui s'occupait de faire cesser le schisme de l'Église. U s'unit avec la reine Isabeau et se concilia le duc de Berry par des présents et le duc de Bourbmi par ses formes polies et son éloquence. Il agit enfin de manière à diminuer l'influence du duc de Bourgogne dans les oonsmls , tandis qu'il grandissait en titres et en richesses. Son comté de Blois tut érigé en pairie, et il se pn'para des souices de fortune en faisant nommer le sire de Montaigu minislre des finances et conseiller du roi.
Le comte de Derby, exilé d'Angleterre, vint à la cour de France, on il fut reçu avec beaucoup de distinction. Les ducs de Berry et d'Oriéans l'accsiblèrent de marques d'amitié. Il voulut partir avec les croisés que Boucicault ile\ ait conduire au secours de l'eniiM-reur de Constantinople ; mais le duc d'Orléans, auquel on avait interdit de inendre part à cette expédition , parvint à le retenir. ^ Ils contractè- <* rent même une secrète alliance : chacun promit de tenir ses amis • pour amis et ses ennemis pour ennemis, de défendre et de garder « en toute occasion , de parole et de fait , selon tout son pouvoir , la -vie, l'honneur et 1 intcrèt de son frère d armes, de s'entre-secoiirir
- contre toute peraoïme particulière , prince ou autre , exceptant tou-
- tefîns les princes du sang royal. Ce traité fut juré entre eux et
- sodlé de leurs sceaux*. » Le comte de Derby recherchait la main de la fille du duc de Berry, déjà veuve du comte de Bbis et du comte
• MommuosT.
148 LOKLËANAIS
d'Ea ; mais sa demande ne fut pas agréée, il retounia en Angleterre.
Peu de temps aprës son arrivée (1399), le puple ae aoitleva, enferma Richard , mari d lsalx*lle de Frani o . dans la Tour de T.ondres, et reconnut \o duc do Derby roi sous le nom de Henri IV. Le l>ruit do cette révolution et du malheur de sii fille < ausa de nouveaux troublai dans l'esprit , déjà si faible , de Charles Vi. Le duc d'Orléans se flattait d'avoir prévu l'issue de ce mariage déraisonnable , et il se fidsait un mérite d'avoir voulu l'empêcher. Le duc de Boui^fogne hi conseilla de foire trêve à tous regrets et de profiter du mécontentement des gens de la Guienne , qui, fort attachés au roi Richard, refuseraient sans doute de se soumettre à l'usurpateur de ses droits. Mais on dut se contenter d'observer la marche des événements sans entrer en guerre ouverte avec l'Angleterre. Le nouveau roi , occupé du soin d'affermir son autorité « donna des marques de sa reconnaitssanee du bon accueil qu'il avait reçu à Paris ; et . après d'assc/ Idiigues néi,n>ciations . la jeune reine fut ramenée à Calais et rendue aux ambassadeurs de son père. Lu i-ourtoisie des Anglais et leurs respects affectés ne purent faire oublier au duc d'Orléans et aux plus nobles seigneurs les traitements qu'avait subis à Londres la fille de leur roi. Ils voulaient qu'on leur rendît la dot et les joyaux de la
princesse , chose à laquelle les Anglais se refusèrent obstinément. Le dur i\o Bourtrogne prétendait que, la France n'étant jMiint en mesure de guejroyei-, mieux valait subir (c tte perte que de fjiire encore couler des flots de sang. 11 était plus influent dans le conseil , et son opinion prévalut ; mais Louis ne voulut pas signer les quittances de restitution de la dot qui furent complaisamment données anx Anglais.
Ces discordes a\ aient allumé' de jihis m ])lus la haine eiiti'c les deux princes. La mort du duc de Bretagne lit naître entre eux de nou\ elles querelles. Louis d'Orléans demanda qu'on lui remît le jeune héritier de cette couronne. Les seigneurs bretons , encouragés par le duc de Bourgogne , lui répondirent qu'ils étaient en état de bien garder et
Digitizod by Gû*..wtL
ANCIEN ET MODERNE. Uy '
diriger leur prince ; et Louis , honteux de sa démarche , revint près de Clisson , qui l'y avait poussé. Il paraît cependant que le vieux connétable ne put se résoudre à trahir les \olontés demièi*es de Montfort ni à dépouiller son héritier au pn>fit de la comtesse de Blois, sa propre fille, (|ui osa l'en solliciter. — Mon jjère, dit-elle à Clisson , voici le jour venu où il faut me rendre cette couronne en-
levée à mon mari. - - Perverse! s'écria le digne chevalier, si tu vis longuement, tu détniiras l'honneur et les biens de tes enfants.
L'issue désagréable de cette affaire n'emjK'cha pas le duc d'Orléans de se mettre en avant dans une foule de circonstances où son oncle de Bourgogne étnit d'avis qu'il fallait s'îilistenir. Ainsi , Ven-
•450 L'OR LK AN Aïs
ceslas » roi de iSohêine» ayant été déposé , le duc proiiut de lui veuir en aide contro ses sujeU» ; et il se trouva fiiire, en agissant ainsi » un outrage aux électeurs de la Diète , que les ducs de Bouigogne et de Berrv comblaient alors de marques de confiance et d'égards.
Ia's haiiJfs »'( latiMciil hiiMitôt (mNcrtt ini'iit. Lo duc de I^ur^ogiie uyuiit partage ses Ktats Liitn' ses enfants , Jean , comte de Nevers, eut la Bourgogne et la Flandre ; Philippe . le plus jeune des trois frères , reçut le comté de Rhétel , et devait , au cas ou le duc de Berry mourrait sans héritier, avoir le comté d'Étatn)M's avec les seigneuries de Gion et de Uuurdan. Pendant (|u'il n^glait ainsi ses affaires de famille , le duc d Orléans îtssenibla une trouiM' dv. (juinze cents honiines d'armes pour remplir la promesse qu'il avait faite à Venceslas ; mais ce dernier se résigna aux décrets de la Diète , et l'expédition n'eut pas lieu. Louis fit alors im traité avec le duc de Gueidre , ennemi personnel de Philippe de BourgogTie , et le pria d'être parrain d'une fille dont Valentnie de Milan \enait d ai cinicher. Pujs il revint avec non nouvel anu , «praccompagniiit un <<»rps de troupes assez nombreux. L'hôtel du duc d'Orléans , situé à la porte Saint-Antoine , devint une espèce de forteresse ou il convoqua tous ses vassaux du comté de Dreux » d'Oriéans , de BloisS et jusqu'à des conipîignies écossaises qui abandonnèrent leurs garnisons de (niienne jwur se mettre à s<i solde. Le duc de Bourgogne s installa à 1 hôtel d'Artois avec sept cents gentilshommes» , (jui formèrent le noyau d'une petite armée grossie chaque jour de chevalier» et de gens de guenre. Les deux partis n'aspiraient qu'au trouble et au pillage , et les bourgems se voyaient à la merci d'une soldatesque prête à tous les excès. Vainement la reine et les autres princes s'efforçaient d apaisi'r les deux adversaires. Rien ne put les déterminer à lu retraite; ils promirent seulement de s'observer et d'éviter tout sujet de collision. Enfin , après un mois de cruelles perplexités . Paris les vit se donner des témoignages publics de réomciliation. Ils
■ M. OK Baranti:, Uî*l»irt des ducê de Houryoyuf, in-12, vol. \, \k IHD.
montèrent à cheval et paroounirent ensemble les mes de la ville ; mais leara cœurs n'étaient pas sincères. L'antipathie qui existait
entre les denx duchesses contribuait à réchauffer une (lucrello que les (livergcDccs d opinion sur la (jucstioii deVÉplise raiiiniaiont à chaque instant. Le duc d Urléans prenait un grand intérêt à cette affaire , qui divisait le clergé , l'université et la cour. 11 reprochait au Bourguignon de prêter la main à la continuation du siège d'Avignon , et l'aocusait de sacril^. Un jour il déclara en présence dn roi qu'il irait lui-même délivrer le Pontife. Dans une autre occasion il maltraita de paroles» un recteur de l'université qui péromit dans un sens contraire à son opinion.
Pendant un voyage que le duc de Bouigogne fit à Arras » Louis d'Oriéans , à l'instigation de flattairs qui exaltaient son ambition , sollicita du roi , alors en son bon sens , le gouvernement absohi du royaume avec le droit de le suppléer pendant ses terribles accès. Il ne tarda pas à jouir du j)(ni\(tir, ( ar les crises de cette triste maladie se rappro< baient de plus en plus. Son premier acte fut d'augmenter les impôts ; et » comme le peuple était aux abois, la taxe atteignit le clergé , qui refusa de payer. Le duc ne se laissa point intimider par les menaces des évêques. Il fit paraître de nombreux édita pour la levée d'une taxe générale et sonffint qu'on insérât dans les actes que 1 impôt l'tait approuvé par les dues de Bourgogne et de Berrv- Ceux-ci se hâtèrent de le démentir. Le second écrivit mènie au prévôt des marchands qu'on lui avait offert deux cent mille iîcus pour obtenir son consentement. Le peuple se prit à voir un protecteur dans le duc de Bouigogne et à maudire de mille manières Louis d'Orléans. La voix publique l'accusait de ne rien faire pour la guénsoii du roi, et de se prêter au contraire à des ai raiigt iiients qui entretenaient la maladie et prolongeaient la durée des accès. La reine ne voulant plus rester prës de son époux, dont elle redoutait le délire , on amenait dans la chambre royale des femmes de basse naissance qui flattaient les fantaisies du pauvre malade
I5S L*ORLÊANAlS
nu grand danger de sa vie. duc d'Orléans le domin<iit dans ses instants lucides , et saisistiait toutes les occasioiis de lui fiiire approuver ses actes et ses plans. A la nouvelle de Tarrivée du duc de Bour^;ogne, fl se hâta de faire annoncer que Charles, sur ses instances, ordonnait une dimimition des taxes.
( 1 10*2.1 Mais, (liiiis une M amc du grand amsoil , à laquelle ne furent point admis les deux n\ aux, on discuta plus librement l'importante question de savoir à qui seraient définitivement confiées les rênes du gouvernement. On y tint compte au duc d'Oriéans de son affabilité et de ses autres qualités , mais on signala son inconstance. Sa jeunesse avait besoin d'être souvent dirip^e : en sorte qu il n'était pas possible d lu'siier t-ntre lui et uti h(»nnne j^rave et plein d'expérience . cfjninie le duc de Bourgogne. Le roi donna la direction des aiSures à celui-ci, qui ne soufiht plus que son nevea s'en mêlât.
Le duc d'Orléans se retira à son château de Coucy. Pendant le séjour qu'il y fit , il lui prit finntaisîe d'envoyer au roi d'Angleterre un cartel Déjà . sous ses auspices, avait eu lieu jjrès de Bordeaux un combat à outrance entre sept gentilshommes français et sept gentilshommes anglais. Un des jeunes seigneurs particulièrement attachés i Louis , le sire de Barbazan, ayant entendu dire que des guerriers de Guienne demandaient une joute , choisit pour ses seconds les sires Tanne^y Duchâtel et cinq autres compagnons renommés par k'ur toice et leur adrcsMv Le duc d'Orléans fit tout pour doimer de l'éf lat à cette lutte; il alla njônie prier à Saint-Denis pour le succès des champions français. Les Anglais s'étaient préparés à bien &ire en buvant et mangeant de leur mieux , et ils commencèrent l'action par un trait déloyal : deux d'entre eux assailliient à la fiiis le sire Duchâtel , qui dut son salut à l'intervention fortuite d'un chexalier dont l'adversaire, Scales, chef des Anglais, venait de sucçomber. La victoire resta aux Français '.
■ M. PB BMtAitTS> WUtoir* 4m «Tim» dt Bmirgofiu. —SwûMki.
Digitizea by
Le défi du duc était motivé par les griefs de la coar de France
contre le nouveau roi d'Angleterre, qui avait ren\ers6 le trône d'Isabelle.
Henri reçut mal les hérauts et ne leur fit aucun présent. Après un assez long retard» il répondit entre antres choses : «• Qu'il dési- • rait combattre seul à seul avec le duc , parce qu'il n'était pas utile
- de prodj^er le sang humain , et qu'il avait cependant à cœur de
- rabattre l'outn'ruidance de celui cjui îie savait piis se connaître
- lui-même. » 11 lui recommandait en finissant : >• de mieux garder
- ses promesses et sa signature qu'il n'avait fait jusqu'à cette heure. - Le duc d'Oriéans répliqua et s'attira une seconde épitre, plus vive et plus mortifiante que la première Cependant la joute n'eut pas lieu, malfrré l'imtation dc^ deux princes et les insultt s tju s<' prodiguaient. On blâma la conduite du jeune duc , parce que les termes mêmes de ces défis ne pouvaient qu'exciter les haines nationales et amener de nouvelles guerres. Le roi d'Angleterre fit demander aux ambassadeurs de Ffum» si ces choses obtenaient l'aveu de leur maftre. Us répondirent que le roi Chailes désirait qu'on
observât la trêve.
(1403.) Depuis cinfj ans le pape Benoît était ^ardé dans son palais d'Avignon par des hommes dévoués au duc de Bonigogne et qui avaient ordre de le tenir au secret. H parvint à gagner un capitaine % normand chargé de sa survdUanoe et s'échappa. Le duc d'Oriéans, qui entendait faire triompher la cause du Pontife, fit en sorte que les universités d'Orléans , de Toulouse , d'Angers et de Montj)eilier défendissent son opinion ; mais runi\ ersité de Pans maintint ses premièreB doctrines* et déclara que la France ne pouvait reconnaître le pape d'Avignon en concurrence avec cdui de Rome. Le due d'Orléans , usant d'adresse , surprit à l'intelligenoe affidUie du roi une or- (lomiance de retour à l'obéissance , qu'il se hâta do ])ublier, nuilgnles véhéments reproches du dm de Bourgogne. Une telle manœuvre rendit aux anciennes querelles toute leur ardeur. La reine laabeau
454 LOHLËANÂiS
amena de grands changements dans le conseil royal : désormais les résolntions ne pouvaient plus être prises qu'à la pluralité des voix.
On multiplia les lois d'a\ enir et les ordonnances qui toutes attestaient l'intime accord de la rein»' et de son beau-frère.
Au moment où les implacables luttes de la France et de l'Angletene étaient sur le point de recommencer , le duc d'Orléans fiermait les yeux du vieux connétable de Sancerre » Tami et le compagnon d'armes de Duguesclin. H mourut avec piété en suppliant le prince d'obtenir que *)n œrps fût inhumé dans l'éj^Hise de Saint-Denis, à laquelle il léguait les trois mille écus d'or qu'on lui redevait sur les gages de son office. Le duc promit , mais se dispensa de fiiire pajrer la somme au trésor de la chapelle.
Anglais et Français saisissaient tous les prétextes , toutes les occasions de se combattre. La révolte d'Écosse ])ennit aux cln'\aliei-s firançais de se niesurer a\t'c les troupes d'Henri IV, tandis que les marins des deux pays se livraient à de continuelles déprédations sur les côtes des deux royaumes. De part et d'autre les ambassadeurs repoussaient an nom de leurs maîtres tout soupçon de complicité » mais personne n'ignorait les encouragements donnés par le duc d'Oriéans aux ai tes dont st^; plaio^iaient les Anglais. Bien que la trêve ne fût )>as expirée , la guerre était commencée de fait. Clisson et les seigneurs » de Bretagne se montraient les plus acharnés. Le duc de Bouigogne reçut ordre de se préparer à faire le siège de Calais , et le duc d'Orléans fut chargé de re9q)édition de Gkyenne.
Toutes ces mesures épuisèrent le trésor. On ordonnança une taille énorme, qui fut levée avec, rigueur, bien que les princes, redoutant la colère du peuple , se fussent absentés de Paris. Les fortes sommes que l'on recueillit furent enfermées dans une tour du Palais , et on décida qu'dles n'en seraient retirées que d'un commun acooid et pour la défoise du royaume. Mais le duc d'Oriéans , accompagné de gens déterminés , \int une nuit Itriser la }xjrte et enleva le trésor.
La mort imprévue de Fhilippe-le-Hardi , duc de Boui^gogiie , dé-
livra le dne d'Oriéans d'im adversaire politique et le mit en présence d*mi ennemi personnel dont le caractère était sinistre comme le visage. Jean deKevers, qui ceignait la couronne de Bourgogne, ayant
H(' fait prisonnier à la l)ataille de Xionpnlis et conduit devant Bajazet , le sultan le considéra quelque temps avec attention et lui fit grâce , parce que , disait-il , cet homme terait im jour fun^e aux ehréiieru.
Les attaqoes des Anglais redoublaient : pour leur tenir tête il fiiUait des troupes et de I'ar]sfent , mais le due d'Orléans avait tout dilapide. On as.scniblu h* cimseil. Le duc i\v Bourgogne prit la parole, et» après avoir dit quelle était la misère du peuple, il ajouta : - Le «• conseil peut décider ce qu'il lui plaira ; mais , s'il s'accorde avec « mon cher cousin d'Orléans pour mettre cette taille , je proteste tout • haut que j'empêcherai bien que mes sujets en soient grevés ; elle «n*aura cours dans aucune de mes terres. Je suis prêt & mener
- mes chevaliers à la guen'e , pourvu (ju on nous expli<jue ce qui a
- empêché la denuère taille d être suffisante. « Le duc de Bretagne s'exprima de la même manière , au grand déplaisir de Louis , à qui les gens du conseil étaient dévoués. L'impôt n'en fut pas moins voté , et les plus violentes malédictions retombèrent de toutes parts sur le duc d'Oriéans. On fut même obligé de ^re défense aux gens du peuple de p(»rter ni épéc ni coutelas , tant on redoutait un attentiit œntre sa personne'.
La popularité du duc de Bourgogne allait , au contraire , toujours en augmentant. H ordonnait à ses vassaux de ne point payer la taille, et répétait dans ses lettres ce qu'il avait dit au conseil. Le duc d'Orléans , îotî irrité , n'épargna pas 4 son adversaire les mauvais procédés. Ainsi , le duc de Cîueldre, enncnn juré de Jean . dut à son intervention la mam de mademoiselle d liarcourt , cousme du roi. Loin de changer de conduite, il menait plus que jamais une vie déscNrdonnée. Le cid sembla lui envoyer plusieurs avis. Un jour qu'il acoom-
4B6 ' LOKLtANAlS
pagnait isabeau dans la ibrèt de Saint-Germain « un onge éclala. il monta , pour s'abriter , dans la litière de la reine. Les chevaux , effrayés , s'emportèrent vers la rivière sans que rien pût les retenir. Par un bonheur inespéré . l'un des ^rdes coupa les traits au moment
où la litiôre allait être pnnipitée dans l'oau. La foudre tomba à l'hôtel Saint-Paul. Les prédicateurs se servirent de ces accidents pour adresser au duc d'Orléans des réprimandes ; et , comme il était aussi prompt à fiûre pénitence qu'ardent an péché , il témoigna un grand repentir et commença par annoncer qu il ]>ayerait ses dettes. Près de huit cents ( n'ancit-is arcoururt'iil ; mais on les con^rédia en se miilant dVux. Pour at quérir de nouveaux biens, il était peu s< rupuleux La terre de Coucy passa dans son domaine à la suite d'un procès où sa délicatesse fîit soupçonnée. On parla des fiiiblesses de la dame de Bar, héritière des siies de Coucy» pour le prince et de l'indigne abus qu'en avait fait celui-ci. Pendant les accès de la maladie du roi. il se conférait à lui-nienie des char^'es , telles cjue le gouvernement de Nunuuiidie; mais il éprouva mille difficultés pour s } installer
Dans les instants lucides du roi, on s'eilbrçait de mettre sous ses yeux la vérité. Les désordres de la reine Isabeau lui furent révélés et en quelque sort4> clairement démontrés. Un chevalier, son complice, fut jeté a l e-iiu »Mifermé dajis un s«ic. Le duc d'Orléans, objet de jaloux soupçons , reçut l'ordre de venir au conseil , où étaient appelés tous les princes du sang. Mais, instruit que son cousin de Bourgogne se disposait à s'y rendre accompagné d'une petite armée , il prit l'alarme, se concerta avec la reine et l'emmena au château de Pouilly près Melun , laissant à I3ouçirault le soin d'enlever le Dauj)lun. Le man''( hal obéit et fut arrêté par le duc de Bourgogne , qui le rejoignit et lui arracha l'oiiant royal. Louis et la reine se retirèrent à Melun.
Jean-sans-Peur traversa Paris avec le jeune prince au milieu des acclamations de joie des Parisiens. Il se logea au Louvre et fit pu-
ANCIEN ET MODERNE. Mil
lilier un maiiifi'stc où i! énuniérait tous les griefs du pays contre le frère du roi. Il se présentait lui-même comme un sujet fidèle et
comme le protecteur du peuple. Le duc d'Orléans écrivit au Parlement pour qualifier d'attentat contre la majesté royale l'action du duc de Bourgogne. Les magistmts et les habitants tremblèrent que les deux partis n'en vinssent aux mains, et les deux rivaux agirent de façon à entretenir de légitimes alarmes. L'un appelait à lui , au nom du roi , les gens de guerre, tandis que déjà le duc Jean recevait des renforts Cette soldatesque ravageait les pays (]u'elle traversait . Dans Paris même les principaux hôtels étaient mis en état de défense; le guet, fort de cinq c^nts hommes, suffisait à peine pour intimider les pillards. On barricada les rues , on les ferma avec plus de cinq cents grosses chaînes, et chacun se munit d'armes pour sa propre sûreté.
m L*ORLÊANAIS
C'était l'anarchie dans toute son horreur. Le duc de Bourlwn se rendit à Mdun afin d'essayer de faire entendre des pan^ de conci> liation et pour prier Louis de cesser les armements. Toates les instances le trouvèrent inflexible. Aux princes qui vinrent le visiter, il r('pondit {ivoc sa gnieo et son éloquence accoutumée par ces mots : « Celui qui a bon droit le défend bien * . -
Chaque parti croyait avoir des traîtres dans son sein, et, tandis que la reine chassait ses damoiselles et serviteurs, le capitaine de la porte Saint-Martin était soupçonné par les Booigoignons et rois en prison. Lorsque le duc d'Oiléans eut rassemblé les troupes qui loi iirri\ aient de la Lorraine et les soldats du comte d' Amma^n^ac , il passa la Seine et prit Charenton. Jean-sans-Peur établit ses cantonnements entre Argenteuil et Montiaucon. Sur les bannières d'Orléans on voyait un bâton noueux avec ces mots : • Je l'envie. • Sur celles de Bouigogne se montrait un rabot, pour enlever les nœuds du bâtoo, avec cette devise : « Je le tiens. » Mais on ne s'attaqua pas. Les troupes du duc d'Or]t'aii> avaient ruiné le pays, et les vivres commençaient à leur manquer. Le conseil du roi crut le moment favorable pour faire des ouvertures aux deux adversaires; il leui fit proposer de licencier leurs armées en leur accordant de oooaerver pour leur sûreté chacun une réserve de cinq cents hommes, hs duc de Bourgogne ne voulut point ac( epter cet arrangement, parle motif que ses troupes venaient de loin et qu'il ne les aurait point sous la main . tandib que !<• duc d Orli-aiis tiendrait en rés(!r\e les siennes. Il assembla les principaux bourgeois d(> Paris , cherclia à les effinyer sur les desseins sinistres du parti de la reine, et leur affirma qu'il lemettrait toutes choses dans un état paisible s'ib lui prêtaient kor concours. Os le remercièrent; mais comme ils eraignaieot le retour du duc d'Orléans , ils déclarèrent qu'ils ne devaient leurs services qu'au roi en pci^dniie ou à son fils.
£nfin la reine et son beau -frère se montrèrent plus traitables.
* Mommnir.
Digitizea by
ANC1£N BT MODBRNB. «59
Après huit jonre de pourparlers la paix fut conclue; les troupes reçurent leur solde et se dispersèrent. La n iiir jîl n\or<, son tntr»'e au milieu d'un cortège de princes et de seigneurs. Les dues de Bourgogne et d'Orléans voulurent passer la nuit dans le môme lit.
Mais ce faon accord n'était pas sincère. Le duc d'Orléans , par son éloquence et la grâce de ses manières, trouvait moyen de se rendre toujours le conseil favorable. H s'eflbrçait , et son rival en faisait de même, de se créer des partisiins. Ils agissaient sounhincnt 1 un contre l autre, et tout à couj) p<irut une ordonnance du roi qui attribuait au duc de Bourgogne les charges et emplois de confiance que son père avait eus. La garde et tutelle de l'héritier du trône, s'il était mineor, lui forent attribuées.
Tandis que le comte d* Armagnac guerroyait avec les Anglais , les Lorrains, ennemis du duc de Bar, s'enipaicrent d une forteresM' appartenant à la France, et tuèrent le gouveiiieur. Les princes, indignés de cette offense, promirent des renforts au marquis de Pont, iUs du duc de Bar. Le duc d'Oriéans, qui avait des griefi» contre les Lomina, envoya une nombreuse armée sous la conduite de Pierre Cliquet de Bratiant, dont Télévation au grade d'amiral de France excitait des murmures. La naissance de ce favori était obst ure. et, bien que brave, il était incapable de diriger l'expédition contre les Anglais. 11 prit le commandement des troupes, après avoir célébré son mariage avec la comtesse de Blois, et marcha à la rencontre de l'ennemi avant d*avoir pris les précautioDs nécessaires. Son armée était réduite à se disperser fiiute de vivres, lorsque le duc de Lorraine fit sa soumission.
Dans la Guyenne et le Limousin , l'armée royale obtenait sur les Anglais des avantages. U n'était bruit que de leur découragement. De tontes parts on suppliait le duc d'Orléans de venir leur porter les derniers coups. 11 n'arrivait pas. Des iSHes, des noces pompeuses le retenaient à Paris. La jeune Isabelle , veuve du roi d'Angleterre , épousiut son cousin, lils ainé du duc d Orléans. Isjibellede Bourgogne,
fiUe de Jeen-sans-Peur, s'uniasut au comte de Penthièvie, de la maison de 'Bkm , et petit-fils du brave Cliaaon. Les présents des villes
(le Flandre luttèrent de magnificence avec ceux des villes du dadié d'Orléans.
Enfin Louis , écoutant les plaintes de la nation , \yariïi pour la Guyenne, avec le produit d'une nouvelle taille qui exdta de vives clameurs. 11 avait fort dévotement imploré la bénédiction divine et baisé la tête de saint Denis , que conservaient les religieux de oe monastère. Mais la saiMin était fort avancée; les sièges de Blaye et de Bourg lurent entrepris et levés honteusi'nient. Le convoi t^ue l'ainiral Cliquet était allé chercher à la Rochelle ne put débarquer. Les hommes d'armes, n'étant pas payés, abandonnaient le camp. Le duc dissipa follement le trésor, et revint avec U honte d'avoir tenté une expédition inutile. Le duc de Bourgogne, malheureux en Flandre, attribua s< s lesci s à son cousin , qui avait pris |X)ur ses troupes de Guyenne la solde destinée aux deux armées. Cette excuse, accueillie par le conseil , ne trouva pas grâce devant le peuple , qui l'envdoppa dans ses malédictions contre tous les princes. U ressentit une amèie douleur de voir ternir ainsi sa gloire, et la haine que lui inspirait le duc d Oih'ans s'en accnit. Au même instant celui-ci faisiiit publier une ttrdonnance qui interdisait de rien aeheler sans payer comptant. U était expliqué dans le préambule que cette ordonnance était rendue i k sollicitation du frère du roi et de la reine, qui avaient eux-mêmes d'innombrables créanciers.
Les querelles entre les princes allaient se rallumer, par suite de l'appui (jne le frère du roi aceorda au sire de Perweis , qui disputait le siège épiscopal de Liège à Jean de Bavière, Ix^u-frère du duc de Bourgogne. Les propos des courtisans les irritaient l'un contre l'autre. La reine, les ducs de Beny et de Bourbon, le roi de Sicile étaient sans cesse occupés à calmer leurs ressentiments. Pendant une maladie qui retint L(tuis à son château de Beauté, son cousin lui donna tous les signes d une amitié fraternelle. Après son rétablisse-
ment , il trmt entendre la messe aux Augustins , et partagea l'hostie avec son cousin ; puis ils dinôn nt cnscmblo chez le duc dt- Rerrv, se jurèK^nt amitié , et convinrent de se réunir le dimanche suivant dans un festin chez le duc d'Orléans.
La reine, qm venait d'accoucher d'un fils, occupait alors le petit bôtd des sires de Montaigu . dans la Vieille rue du Temple, près la porte 6art)ette. Le duc d'Orléans la visitait souvent , et s'efforçait de la consoler de la [M'i te (ju elle a\ ait faite de son enfant nouveau-né. Le mercredi soir il y soupait , iursqu un valet du roi vint lui din» qu'on le mandait au palais pour une affaire pressée - et touchant grandement à Charles et à lui. "
n partit aussitôt , sans autre escorte que deux écuyers montés sur le même dieval ; quatre valets de ))ied portaient des flambeaux. La nuit était soiiihrc , on no voyait ])eis()îine dans les mes. Leduc, vêtu d'une robe de damas noir, sui\ait la Vieille me du Temple en fîedonnant une chanson. H avait à peine fait cent pas, lorsqu'une vingtaine dlunnmes armés qui se tenaient cachés dans l'ombre d'une maison, nommée VImage Notre-Dame, l'assaillirent tout à coup. Le clieval des deux écuyers s'emporta , et le prince entendit plusieurs voix s'écrier : •« A la mort ! à la mort ! - — Qu'est ceci? D'où vient ceci? reprit-il; je suis le duc d'Orléans î • •• C'est ce que nous demandons, répliquèrent- ils. 11 fut jeté en bas de sa mule, et assommé à coups de hache , d'épée et de massue. Un page, qui voulut le défendre, fut massacré ; un autre, blessé grièvement, se réfugia dans une boutique de la rue des Rosiers. Pendant ce temps , les assassins tiraient des flèches aux fenêtres des curieux, et une pau^ re femme ayant cné au meurtre , ils la menacèrent et lui enjoignirent de se taire. Aknrs un gnmd homme, portant un chapeau rouge qui lui couvrait le visage , dit d'une voix hante : - Éteignez tout, et allons^ noQS-en; il est mort. <• Tous s'élancèrent sur des chevaux préparés à la porte de la maison Notre-Dame , et l'un d'eux donna un coup de massue au cadavre du pnnce. Après quoi ils s enfuirent à toute bride
|6i LOHLKANAIS
en criant : Au feu ! au feu ! • Des tourbillons de fumée s'échap- I>aient de la maison , et les assassins jt^taient den ière eux des chausse-traiM^ afin de retarder ceux qui eussent tent(^ de les poursuivre.
Cette scène de carnage se passait près de rhôtel du man'-chal de Rieux, dont les gens n'avaient point osé s«)rtir. Mais quand le tumulte cessa, un écuyer du duc d'Orléans, neveu du maréchal, s'approcha de son maîti-e. Le crâne était ouvert en deux endroits , la main gauche avait été coupée ; le bras droit ne tenait que par de* lambeaux de chair. Le page fidële expirait en murmurant . - Ah ! mon maître! « On transporta le roips dans l'hôtel de Rieux. La reine,
AlsÇiËN ET MODËUN£. 463
instruite de cet événement, se fit transporter à Tinstant même près du roi. Tout Paris fut en émoi. Les seig^neurs ooorarent à l'hôtel
Saint-Paul, tandis que les primes allaient chez le roi de Sicile jxjur tenir conseil. Le prévôt de Paris se rendit sur les lieux, cuiiiineiiça l'enquête, et reçut l'ordre de iaire fermer les portes de la ville.
(1407.) Qmd le jour vint, on tnmva dans la boue la main mutilée et les déliris de la cenréUe dn malheureux Louis. La &mille royale se rendit à l'église voisine des Blancs-Manteaux pour y contempler It^ d(^pouilles d'un prince si jeune et naguère si plein de vie. Le duc de Bourgogne affecta de partager la douleur f^ént'rale , et de r^ter que jamais meurtre {dus méchant et plus déloyal n'avait été commis dans le royaume.
Les funérailles eurent lieu le vendredi suivant. On déposa le corps dans la superbe chapelle que L<iuis avait fait construire iK)ur wufermer son tombeau, dans l'église des Célestins. I-.e peuple suivit le cercueil , qu'accompagnaient tous les chevaliers résidant à Paris. Le ni de Sicile, les ducs de Berry, de Bourbon et de Bourgogne tenaient les coins du poêle et versaient d'abondantes humes.
D'activés recherches commencîrent. Les premiers soupçons se Hxèit'iit sur Aubert de Flaniciic , sire de Canny, ancien chaml)ellan du duc. qui, gravement outragé, lui avait voué une haine mortelle. On racontait que l'épouse de ce seigneur, se prêtant aux impudiques caprices du prince, dont elle avait accueilli les vœux, avait paru toute nue, mais le visage voilé, devant son mari. Celui-ci interrogé par Louis sur la beauté de celte femme, qu'il ne reconnut pas, devint la fable d'une cour dissolue; il quitta son indigne éjxjuse, qui continua le même genre de vie, et eut un fils * du prince, son amant.
Mais le sire de Canny se justifia en prouvant qu'il était loin de Paris an moment du crime, et les investigations du grand -prévôt prirent une autre direction. Un porteur d'eau attaché à l'hôtd d'Ar-
* La fMBeax bâtard dr Baaoto.
464 L'DKLKANAIS
lois lui rë\ ëla les allées et venues des assassins , qui avaient atttîudu dans la maison Notre-Dame le jour de n)ettre à exécution leur projet. De nombreux témoins indiquèrent la route suivie par ces misérables, fuyant en tumulte. On perdait leurs traces dans la rue Mauconseil , où était l'hôtel du duc de Bourgogne. La vérité commençait à pf)indre. Le prévôt se rendit au conseil, et répondit au duc de Berry ; J'ai fait toute diligence, et je crois que si j'avais permission d'entrer en tous les hôtels des serviteurs du roi , et même des princes, je jH)urmis connaître les auteurs ou les complices. - Les princes lui donnèrent sur-le-< hamp |X)uvoir de faire perquisition paitout où bon lui semblerait , et il sortit. Le duc de Bourgogne changea de visage. Mon cousin , lui dit le roi de Sicile , si vous savez quelque chose, veuillez nous en instruire. " Jean, plein de trouble, le tira à l'écart avec le duc de Beny, et leur avoua que, surpris et
ANCIEN El MUDEKNE. <bo
tenté par le diable, il avait ordonné cet assassinat. Saisis d'une sorte d'épouvante, ils restèrent silencieux et interdits. Enfin le duc de Berry. fondant en larmes , murmura ces mots : • Je perds nn's deux iie\eux. " Le conseil se sépara , Jean sortit dans le plus grand dr>sordre. On ne tarda pas à conniûtre tous les détails de ce complot si traîtreusement exécuté. Le chef des assassins était un gentilhomme normand nommé Raoul d'Anquetouville, chassé sous le gouvernement du duc d'Oiiéans, pour malversation de son emplm de général des finances. Furieux de sa disprârc , qu'il attribua au prince , il servit volontiers les projets de Jean-sans-Peur, et s'associa des gens de sa trempe, ptirmi lesquels on cite les deux frèns de (/ourtebeuse, du comté de Guines. L'un d'eux, qui était valet de chambre du roi , chercha une maison dans le quartier Saint-Paul , et loua celle de l'Image Notre-Dame pour six mois, moyennant saze écus. Il annonça qu'elle devait lui semr à garder des vins. Les assassins y passèrent six jours à guetter l'occiusioii , et ces six jours furent pré cisément ceux où le duc de Bourgogne donna les plus grandes marques d'amitié à sa victime. Ces fSùts, et les sacrilèges dont J«an s'était rendu coupable en profiuiant le nom de Dieu et l'hostie consacrée, furent cause d'une rumeur populaire. On prétendit que les plaies de Louis avaient saigné à l'approche du duc , qui vint voir le Ciidavre «'n l'églisf des Rlancs-Manteaux.
Le du( de Bourgogne ne tarda pas à reprendre son audace. Dès le lendemain il se présenta an conseil des princes, réunis à l'hôtel de Nesle L'entrée de la salle lui fut interdite. Il en témoigna sa surprise au comte de SaintrPol , dont il était accompagné, et insista pour être admis. Mais le duc de E^erry parut et lui donna l'avis de se dérober uux sentiments d'horreur (ju'il inspirait. J'y conx-iis Nolontiers , répliqua Jean , mais de crainte que l'accusation ne s'égare, je déclare ici hautement que c'est moi, moi seul, qui ai fait mettre à maie mort le duc d'Orléans! » Puis, tournant bride, il s'ëbigna rapidement. Le duc de Berry demeura tout ébahi de cet aveu, et le duc de Bourbon,
4(.(> LOHLKANAIS
qui arriva sur l'entrefaite , lui reprocha de n'avoir pas arrêté l'assassin.
Jean fit choix de six hommes déterminé et gBgnn sans s'arrêter la frontièn! do Flandre. VaiiuMiiciit 1 aiiiiral de Brabant , favori df Louis, pai'tit de son projjie i,Mv avec cent vingt chevaliers, il le poursuivit sans réussir à le joindre. Les autres assassins édi^pèrent à toutes les recherches.
« Fbris ' demeura long-temps à se remettre de cet événement. " Chacun, touché d'une si affreuse mort, ne se mpj Mêlait plus (|ue les •• aimables qualités du duc d Oricaiis : cette jeunesse que l'on avait » vue brillante de tant de beautés et de grâces ; ces manières si nobles " et si douces, cette bienveillance d'âme et cet accuâl enommgeant. " Nulle cruauté, nul emportement dans le caractère; un penchant
- naturel pour toute chevalerie , qui avait fait de lui le patron , l'ami
- de tous les jeunes gentilshommes, et les rassemblait autour de lui " comme un cortège élégant ; un savoir si rare dans les seii,nieurs et
- les princes, qui lui avait donné le goût des lettres et des hommes « doctes et ék)quent8, conversant mieux que personne avec eux, et " répondant &cilement à leurs plus longs discours avec autant de " science et plus de courtoisie et d'agrément. On remarquait aussi " combien , mali^ré les desordres de sa vie , sti dévotion était sincère " et vive , combien il aimait tout ce (jui se rapportait à la religion. " Son testament , qui fîit trouvé écrit tout entier de sa main , quatre " ans avant sa mort, était plein des sentiments les plus chiétiois ; on
- y voyait le goût et la connaissance des divines Écritures et des
- choses saintes. Durant sa vie, il avait été le plus ma^iniique " des princes dans ses dons aux é^dises ; ses dernières volontés » étaient plus libérales encore. Après le paiement de ses dettes,
- qu'il recommandait d'une façon expresse, commençait un mer' " veiUeux détail de toutes les fondations qu'il ordonnait, des prières " et services funèbres qu'il prescrivait pour sa mémoire, et dont les
' M. DK iiARANTE, Hisloirf dt* dutt de. Hotagoifne.
ANCIEN KT UUUËRNIi. 467
• cérémonies étaient nigneosement détenninées. D assignait des
» fonds pour construire une chapelle dans chacune des églises de
- Sainte-Croix (!'( )rl»''ans . Notre-Dame deChartn*s, Saint-Eustache et Saint-Paul de Paris. EIn outre , comme il avait une dévotion
• particuliitre ponr l'ordre des religieux Célestins , il fondait une clia-
- pelle dans chacune des églises qu'ik avaient en ÏVance, au nomhre
• de treize, sans parier des richesses qu'il laissait i leur maison de
- Paris. 11 avait voulu être inhumé en habit de l'ordre , }K)rté hum- " blement au toiiilM au sur une claif «ouvorto de cendres, et que sa
• statue de marbre le représentât couvert de la robe monacale. Les » pauvres et les hôpitaux n'étaient pcnnt oubliés dans ces bienfaits , <• et son amour pour les lettres paraissait dans la fondation de six " bourses an collège de l'Ave-Maria. EMn, la bonté de son ftme, « confiante et sans fiel , se? manifestait dans la recommandation qu'il
- faisiiit de ses entants aux soins de son omle , le duc Philip|)e , •* tandis qu'ils étaient déjà au plus fort de leurs querelles. -
Jean-sans-Peor avait gagné la ville de Bapaume. De là il se rendit à Lille, ou il convoqua ses barons et son clergé. Rassuré par leurs réponses , il alla tenir à Gand les États de Flandre , et chargea Jean de la Sancson d'y expliquer publiquement les motifs qui l'avaient poussé au meurtre de son cousin. Ses raisons étaient le salut du royaume et le bien de son seigneur. Les Etats déclarèrent qu'ils l'aideraient contre qui que ce fut , excepté contre le roi de France et ses en&nts.
Cependant mille bruits populaires donnaient & ce meurtre des
ciiuses diffr-reiites. Les uns ]>rétendaient que le duc de Bour^fo^e avait voulu se venger du mau\ais .succès de sou attaque sur Calais, échec qu'il pouvait attribuer au dénûment où les dilapidations du duc d'Oriéans avaient laissé son année. D'autres crurent que depuis longtemps celui-ci armait des assassins contre Jean, qui, plus prompt et plus heureux , échappait à la mort en détruisant son ennemi. Enfin on racontait que le duc d'Orléans, s'étant un jour vanté d'avoir un
MM L'OKLfilANAIS AN4:iRN KT MODRRNK.
(tabinet oni»- des portraits de ses aiuicnnes maîtresses, avait piqué la curiosité de Jean-sana-Peur, qui y pénétra, et reconnut Marguerite de Hainaolt, sa femme. Comme elle passait pour être vertueuse autant que belle , cette infilme plaisanterie irrita le mari, qui se promit de châtier son impudent cousin. Ceux (|ui adoptaient cette dernière verNion \ trouvaient 1 <'X( use d'un crinic aussi lâche.
La pojjulaï c prit parti jMiur Jean-saus-Feur, et répéta que le bâton noueux avait été raclé par le rabot.