CHAPITRE X
Cliarlvï IX.. — Triomphe du parti protv»Unt et ses excès k Origan*. — Daiaillt; de Dreux. — Sirge U'OrJéaas par les cat)i<j|it{Uirft; le duc de Gui»e tué par Poltrol. — Paix de rile-aux-Bu.*u(s. — Condé à Bi'aUh'vDcy. — Siegi- de Ctiartresi par les pruteMants. — Massacre de la Sainl-Hartbê'leiny k Urléans. — Marie Tuuchet. — La Sain te- Ligue. — Ktats de Ulois. — Henri III se réfugie à CharlreH.
de Navarre le litre de lieutenant -général du royaume. Le connétable de Montmorency se rendit à Orléans et fit mettre en liberté le prince de Condé , qui se retira en Picardie ]X)ur observer la marche des événements. Le roi , entouré d'une garde nombreuse, fit l'ouverture des États-généraux . mais les seigneurs le laissèrent dans l'abandon, tandis que le duc de Guise , tranchant du souverain, se faisait suivre de l'élite de la noblesse et allait pompeusement en pèlerinage à Notre-Dame-de-Cléry (15601.
m L'OR Lfi AN aïs
La principale haran^u- fut colle de Michel de LHôpilal. Ce vertueux magistrat traça le tableau des maux qu'avaient causés les persécutions religieuses » et exhorta les deux partis à ne s'occuper que du bien public. Tout le monde sembla pénétré de la sagesse de ses
conseils; le clergé, las de scandales, promit de se corrif,'ei . ])oami (juOn rétablît les t^hrtioiis ecclé.siastiijues. La noblesse, favorable aux protestai! U , émit le vœu qu'on accordât des temples aux rcliy^ionnaires; le tiers-état demanda ia réforme de divers abus, l'abolition de la vénalité des charges, et l'institution d'États-généraux convoqués à des époques fixes et déterminées. Après avoir reconnu que la dépense s'élevait i 43,000,000 et que la recette était d'environ 12,000,000 , les députés se séparèrent sans indiquer le moyen de parer au déficit.
La r^ente fit alors rendre l'ordonnance d'Orléans, prélude d'importantes réformes dans l'administration du royaume et la discif^ne de l'Église gallicane. Déjà Médicis, importunée des exigences de Rome, se rapprodiait des calvinistes; elle défendait , sous pdne de
mort , de se servir des lennes injurieux de huguenot ou de papiste Les protestants trouvaient en elle un ferme appui ; ils excr(,aieii'. leur culte en public; et la vUle d'Orléans , capitale de l'apanage particulier de la régente , fut, par un édit spécial (1662), mise au nombre de celles qui eurent un prêche et des temples. Verdet, procnreur du roi et deux autres catholiques de Châteaunenf , arrêtés pour avoir maltraité des hu^nicnots, furent amenés à Orléans, et |)endus sur la place du Martroi ; les catholiques en firent des martyrs. Cependant, par opposition à ces tendances de la cour, le peuple, accoutumé à respecter une hiérarchie sociale qui lui faisait honorer la personne du roi, voyait avec répugnance l'insubordination religieuse menacer d'un complet bouleversement la hiérarchie eodésiastique , objet de son culte et de sa vénération. « Le catholicisme était " l'âme de la famille, de la cité , de la nation ; il était pour le peuple " la sanction du passé et de l'avenir, la garantie de tous les droits,
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- la source de toutes les jouissances; il était la vie entière. Lois, • mœurs, actions, pensées, arts, cérémonies, foyer domestique. « existence publique, tout était impr^é de catholicisme. Le peuple alarmé regardait le protestantisme comme la mine de la société; à ses yeux ces sectaires étainit dis étrangers, dr Itaiiiart-s iconoclastes, dignes de toute l'animadvt rsion qu'avaient méritée les fils de Mahomet. Les Guise remarquèrent le progrès de ces idées, et voulurent en tirer parti. Le Parlement, revenu an catholicisme depuis le supplice du conseiller Dubourg , rendit , èVinstigation des Lorrains , des édits contre les calvinistes. Le chancelier proposa la convocation de nouveaux Etalh à Pontoisc, dans l'espoir de diminuer l'influence des catholiques. Le résultat répondit à ses désirs : ils demandèrent que les Guise fussent exclus du conseil , et exprimèrent le vœu que Ton vendît les biens de l'Égliise pour éteindre la dette publique et alléger les impôts Le (Aergé para le coup dont il était menacé en faisant un don de quinze millions. Alors le gouvernement , fort de l'approbation des États , décréta l'abolition de l'i'dit qui intmlisait l'exci cice du culte ttalviinstc Peu s'en fallut que la secle nouvelle ne devint la religion de l'État et du roi. Au colloque de Poissy, qui mit en présence les évéques et les ministres des deux cultes, Théodore de Bèze prit la parole et osa proclamer - que le Christ , dans l'Eucharistie, est autant éloigné du pain et du vin comme la terre l'est du ciel. " Les prélats crièrent au blasphème, et l'on fut oMigé de dissoudre , pour cause de violence et d emportement , une assemblée dont on avait esjiéré la conciliation.
Catherine resserrait de plus en plus ses allianoes secrètes avec le parti protestant; mais elle n'acceptait pas les avances du prince deCondé et des huguenots, qui lui offraient cinquante mille hommes. Le roi de Navarre se rangeait au contraire du côté des catholiques. L'irritation des esprits était à son ( onjhle.
A la nouvelle du massacre de Yassy, Condé fait assembler tous
• LaPLACK, Hv. VI.
les protestants d'Orléans, et reçoit leur serment do lid«^lilc au roi, à la reine, et de dévouement à sa peraonne. Il leur choisit pour gouverneur François de La Noue, samommé Bras-de-Fer, guerrier plan de ferveur et de courage; le corps des échevins est formé de rdigionnaires; les docteurs de TUniversité sont chassés et les élèves dispersées ; le service divin est intn rDiupu ; les prêtres insultés et poursuivis se cachent ; on profane les éghsi's ; on viole les tombeaux. Le sépulcre de Louis XI à Cléiy est ouvert ; sa statue en cuivre iaicte au vif du roi estant à genoux est brisée; ses os , ceux de tous les princes et seigneurs, les restes du grand Dunois aussi tnen que ceux de Tristan sont brûlés. A Saint-Ai^nan , les reliques des saints éprouvent le même sort. I^a ( hâsse du bienheureux évêque . les riches meubles . la soie , les broderies . sont enlevés et grossissent le trésor des sectaires. Les statues des rois, celles de l'impitoyable Louis XI comme celle du bon Louis XII, sont renversées, traûiées la cordeau cou dans la &nge et jetées dans la Loire. L'église du couvent des Bénédictins est détruite de fond en comble. Les monastères de femmes sont livrés au pillage. On fond les cloches pour en faire des boulets. Le trésor de la cathédrale est pillé. Les protestants enlèvent « la fiole contenant le laict virginal de la glorieuse Marie - et l'étendard du roi Robert. Le cœur de François II, arraché de la nef de Sainte-Croix, est réduit en cendres. A ki tour Neuve, convertie en laboratoire et en hôtel des monnaies, s'engloutissent et disparaissent des objets d'art remarquables par leur richesse et le fini du travail. Odet de ('hâlillon-C.'oligny , cardinal et abbé de Samt-Benoît-sur- Loire, livre aux protestants les châsses et l'argenterie de son monastère; les précieux manuscrits de cette bibliothèque, volés dans cette occasion, se retrouveront un jour au Vatican. La populace surprend un pauvre prêtre au monent ou il disait la messe, et le met en sentinelle à la porte du pont , le forçant à garder les habits sacerdotaux, avec un morion sur la tête, une hallebarde sur l'épaule et l'épée au c^té. Gueset, curé de Saint-Patenjc et inquisiteur de
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la Foi sous le rbgne de FraHçois II , est découvert , saisi et traîné devant Groslot , qui , sur son refus d'abjurer, le condamne à être
pendu. Six religieux cordeliers, enfermés dans une prison, meurent presque tous de faim ou de misère. Un ministre protestant, Comand Badin, publie une satire intitulée VA/coran des Cordeliers. On pend Sapin, conseiller au Parlement, et l'abbé de Gastine, en représailles des meurtres consommés par l'ordre du duc de Guise: Condé signe cet arrêt, apposant son glorieux nom près de celui do l'ignoble Rouge- Aureille , prévôt des bandes. Les lieux les plus saints , les églises et les monastères seiTent de casernes aux lansquenets allemands et d'écuries à leurs chevaux. Les détails de tant d'horreurs explitiueront un jour, sans les excuser, les vengeances des catholiques. Condé , à la tête de cinq ou six mille hommes , avait son quartier-général à Orléans. Les calvinistes le reconnurent pour défenseur du roi et légitime protecteur du royaume ; Coligny et Daiidelot comptaient sur l'appui de la reine d'Angleterre. Les principaux
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chefs se pai'tagèrciit les provinces pour y allumer l'incendie. Mont- ^mminery, sire de Loi^es, se chaigea de aodever la Normandie; Condé fit face aux dépenses avec les trésors qu'il avait enlevés à Orléans.
Les Guise, secondés par Philippe II» roi d'Esi)agne, se mirent en défense.
Aussitôt lu j^i^erie civile répiuidit ses fureurs. Le n)i de Navarre s'avança pour faire le siëge d'Orléans , pendant que Condé se dirigeait vers Paris, qu'il comptait surprendre. La reine-mère, affligée de ces événements, essaya vainement une entrevue à Toury. pour rapprocher les deux frères. Tous deux croyaient agir pour le l)ien de la Coui'onne ot du pays. Les huguenots montraient une conliaiice insolente vu leurs chefs et dans leur nombre. Nol)les pour la plupart , ils mépris^iient les manants sur lesquels s'appuyaient leun» adversaires. De faibles victoires exaltèrent leur orgueil : ils prirent d'assaut la ville de Beaugen<^ et la livrèrent au pillage; mais les catholiques traitèrent avec la même barbarie d'autres cités plus importantes , Blois . Tours et Angers : bientôt toute la basse Loire fut en leur jxjuvoir. Le décuuragement (k'iaircil les nin^s des caK inistes, les gént'raux se dispersèrent ; Condé et Coligny s'établirent à Orléans. « Ils retinrent près d'eux les affectionnés, se mirent sur la défensive en attendant les étrangers, et envoyèrent les roaloontents iaire la guerre chez eux, lesquels firent mieux qu'ib ne pensoient. aucuns pour leur conservation , autres en espérance d'établir des tétrarc hirs, el infniis \)ouv saccager*. - L'année royale vint assit»g« i llouen, que Montgominery défendit lo!ig-tcnips avec courage saiis pouvoir la sauver. Condé, eu£ermé dans Orléans , reçut les auxiliaires que Dandebt lui amenait d'Allemagne. 11 prit les petites villes de la Beauce, échoua devant CJorbeil et menaça les faubourgs de Puis. Les royalistes , renforcés de sept mille Pi^pagnols et Gascons . le contrmgnirent à lu retraite, ( hennii l'ais<nit il prit GallarJon, d où il en-
vûjM. mmanef le gottveroauf de Chartras, le ueur d'l%uiUy. qui resta fidèle aux Guiae. N'oaant point oominenoer le siège, il gagna Dreux en tonte hâte. An moment où il tmvefsait l'Eure à Maintem», nne
vieille femme entra fort avant dans l'eau, le saisit par sa botte, et lui dit : " Prime, va, tu souffriras; mais Dieu est avec, toi. - Ces paroles lui semblèrent de mauvais augure, et il engagea la vieille ù prier pour lui ' . Le connétable de Montmorency . chef des catholiques, se porta pendant la nuit entre le Bonlay-llivoie et Marville Montier- Brdlé. D a'appnyaît sur Dreux, et se trouvait couvert par la riviàre et les bois de Mont-Monsset. 6on avant -garde, conduite par Guise et Saint-André, était formée de cavalerie, il se tenait au centre avec rmfanterie et la gendarmerie; les artilleurs et les Suisses étaient en troisième ligne. Coligny fit face au connétable. Condé se rangea en présence des Suisses, Mosny et d' Avarel se tenaient an centre. Après quelques légers combats, l'armée cathoUque se porta en avant et fut rompue par une charge de Suisses. Les Enfants perdus et les Aigonlets , soldats déterminés , fondirent sur ces montagnards , et parvinrent ù les entamer. Ils s<' rallièrent , et tinrent ferme j)eiidant (jue * # Coligny enfonçait l'escadron du connétable , dis))crsait son escorte et le fiûsait prisonnier. Les catholiques, poussés de \sl sorte, se jetèrent sur les hmsquenets protestants et les mirent en déroute. Condé aooonmt à leur secours avec les reitres et rompit une seconde lois les escadrons royaux. D paraissait sûr de la victoire, lorsque la réserve, conduite par Ouise, Saint- Andn'' et Daiiiville, tailla les reîtres en pièces cL mit en pleine déroute l'escorte du prince, qui fut enveloppé et se rendit. Les fuyards essayèr^t de se rallier et tuèrent
k maréchal de Saint-André ; mais . disoersés Bflnnndc fiais nar les bandes espagndss, ils perdiwpt leur artillerie. On compta sur le diamp de bataille sept mille morts. Trois mille huguenots étaient prisonniers. Condé, traité avec de grands égards par le duc de Guise, fut conduit à Chartres et enienne dans la Kenaudtère, pnson
* CklBrAKD, BMmre dir CimHret.
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de l'abbaye de Saiiit-Père. Les seigneun» morU lurent déposés dans l'élise de Saint-Pierre de Dreux.
Les proteBtanta» ralliés par Coligny, se retirèrent en bon ordre vers le Bercy. Guise les suivit jusqu'aux portes d'Oiléaiis, et l'oo s'attendait à une nouvelle bataille, lorsque l'amiral , inquiet des mutineries des reîtres, se replia vers la Normandie. Dandelot , suii frère, enjoignit à tous les habitants cîitholujucs d évacuer la place, et les protestants arrivèrent en foule à Patay, quartier-général de CoUgny. CeluiH» repht l'offensive, s'empara des petites villes de la Beauoe et du Vendomois, et passa la Loire à Beaagency, où il comptait s'opposer à la marche de Guise contre la ville d'Oriéans. Biais odni-ci parut avec des forces supérieures, força l'année protestante àévaeiier Jargeau, et vint camjM^r au bour^ d'Olivet.
Catherine de Médicis et le jeune roi se retirèrent à Beaucency, avec le pince de Condé, qu'ils laissèrent dans le donjon. Le duc de Gruise commença le siège avec vingt mille hommes, fit enlever Qéiy par les arqucbnsien, et livra dea escannouehes à la hauteur de Saint-Marceau et au Portereau. (1563.) La tète du pont des Toumelies tomba en son pouvoir, et il établit des batteries qui causèrent d'affreux ravaf^es. Craignant d'attacher son nom à une œuvre de destruction , il pna la reine-mère de permettre que Condé vint entretenir le duc de Montmorency, prisonnier à Orléans, pour que ces deux chefs avisassent aux moyens de conciliation. On hii répondit qu'il fidlait avant tout pousser le si^ avec vigueur, mais il déclara que la résistance se prolongerait , et obtint enfin de CSatherine l'autonsatiun nécj'ssaire jM)ur la coiiforeiut' iiuii(|uée. Condé fut amené sous bonne garde dans rile-aux-Bœuls, près d Orléans, où il trouva Montmorency. Mais cette conférence n'ayant abouti à rien. Guise n6 se crut pas oUigé à d'autres ménagements. U fit tirer i outrance ses canons et bombardes, mandant à k reine que , sous vingt -quatre heures, elle aurait nouvelle de h, prise d'Orléans. • L'exaspération était grande parmi les protestants. L un d'eux, Jean
Poltrot de Méré , jeune homme de vmgt-six ans , se dévoua pour le salut de son parti. Caché derrière une haie, non loin de Lazin, il épia le retour du duc qui était allé au-devant de son épouse , lui tim un coup de pistolet chargé de balles empoisonnées, et l'atteignit a l'épaule. Guise tut transjxirté mourant dans une maison appelée les
Vaslins, àOlivet, où il expira. L'assassin, après avoir couru toute la nuit, se retrouva le matin près du lieu où il avait commis son crime , et un secrétaire du duc l'arrêta.
La mort de cet illustre chef laissait à Catherine l'exercice absolu du pouvoir dont elle avait long-temps souffert le partage. Ses rapports avec les catholiques devenaient meilleurs ; elle sentait la nécessité de s'unir à eux et d'écraser les protestants, dont elle maudissait l'arrogance. Mais les hasards de la guerre civile l'effrayaient; amie de la temporisation , elle ne jugeait pas à propos de frapper un coup
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d'état; elle écouta donc les oarertareg de paix» et fin elle4iiêiiie les articles d'un nouyean traité qm fat arrêté dans rOemc-Baiifr, et
signé quatre jours après par les pni]( ipaux chefs. On accordait tni "* calvinistes lu lilit rté de consciciiCH , le droit d exercer leur relio^ion. et amnistie entière pour tous les crimes et délits ]K)li tiques. Cependant les deux partis exceptèrent du pardon général les assassins et les traîtres. Poltrot de Méré prétendit quel'amiral de Coligny l'avait poussé au meurtre, ce qui ne le sauva pas du dernier sappKee. Un soldat qui avait livré aux catholiques le fort des ToumeUes lut abendoniié aux l)oun*eaux.
La réconciliation paraissait sinrère et durable ; les protestants allèrent saluer la reine au château de Caubray, près Olivet; six trompettes , dont trais catholiques , publièient à Orléans la nouvelle de la paix. Les religiconaires, usant de le«r droit» célébrèrent avec pompe la Cène dans Téglise de Sainte-Cnnx; mais, échauffés par les discours de Théodore de Bèze, ils firent ruine de saccader cette cathédrale. Condé essiiya vainement de calmer leurs Irdnsports, et il fut obligé de faire avancer les arquebusiers.
Charles IX, encore enbnt et bercé de dévotes idées, éprouvait pour les protestants une grande aversion. D fit son entrée dans la capitale de l'Orléanais , et accueillit avec faveur les requêtes des papistes. Les gens de son conseil , exploitant ses secrètes dispositions, prirent des mesures rip^ourrusi s à l'égard de tous ceux qui s'étaient signalés dans les récentes cjuerelles. On poursuivit Sureau-Durozier, auteur de divers écrits dans le sens calviniste. Les soldats catholiques, renfermés dans les bastilles, se portaient à nûUe excès contre les rdigionnaires, qui, s'abusant sur leurs finroes, ne cessaient de provoquer des mesures de plus en plus contraires à leurs intérêts. A Orléans, à Chartres, à Châteaudun , dans les petits villages de la Beauce, tels que Mézièreset Talcy, s'ourdissaient des complots, éclataient de sanglantes collisions. Cette paix, de si équivoque durée, excitait l'indignation des deux partis. Les catholiques criaient à la
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trahifloo et ne pouvaient oonoevoir qa'on vendît pour trois miDions de biene du dei^gé afin de pajFcr la solde des reitres protestants ; il le fidlait cependant, pour débarrasser le royaume de ees bandes
étrangères. •• Ainsi les vaincus étaient gratifiés au détriincnt des vainqueurs , et ceux-ci payaient les instruments de la révolte. -
Le concile de Trente rendit à la catholicité son unité et sa force première. L'autorité da pape se trouva restreinte dans de pins étroites limites; sa puiseanœ d'action s'en accrut. Dès lors, il lut le légoïor teor de la diseipline, Tinteqjfëte suprême des canons, le chef incontesté de l'Égliso, et il fut désormais facile de prévoir 1 issue de la lutte qui recoranicnçait.
Les che& catholiques, les Tavannes, les Montluc, les ATontponsier traitaient de sacnlége cette paix fiute avec des sectaires hautaina, ombrageux, • la main sur Tépée et toujours prêts à la rébellion. » Les hommes de guerre, peu scrupuleux quand il s'agit de verser le' sang , laissaient leurs soldats commettre des meurtres et des assassinats. Cent trente-deux calvinistes |)érirent, et la justice ne daigna pas s'en occuper. Les duels étaient choses journalières ; on se battait pour asionvir des instincts féroces ou par &natisme. L'autoiité de la reine était méconnue, et cependant jamais reine>mère ne déploya un zèle aussi grand pour sauver la couronne de ses fils. Elle tolérait le ^règlement des mœurs et encourageait les amours des gens de sa cour, dans l'espoir d'adoucir leur naturel sauvage ; des femmes brillantes de beauté entouraient de séductions , énervaient de plaisirs les austères protestante et les licencieux catholiques. Mais les haines des partis ne s'aptiaent point an bruit des concerts et des iites. Le résultat trompa les calculs de Catherine; « l'amour, ainsi conçu, se revêtit de fimnes cmeiles; on égorgeait son rival, on tentait, pour plaire à une dame, les entreprises les plus bizarres. Tel catbohque , répondant à un défi , se jetait du haut de la tour SaintJaoques d'Orléans et se tuait, victime de son extravagant délire ; td antn se précipitait dans les gouffres du Loiret ; tel autro
n'hésitait pas à ae ruer sur sept rangs de hallebardes; on ne pariait que duels, adaltires, divinations, astrologie. Les maladies oontagieiises, nées de ht oorraptioa , snbstituferent leon ravages an fléan
de la guerre, ot res])ère humaine se vit ainsi menacée de destructiiHi par des éléments de mort plus affreux que ceux des combats.
Les calvinistes, protégés par leur foi sévère, résistaient pour la phpart à ces attaques; ils rougissaient en voyant les anuwrs de Gondé avec la belle de Limenil; leurs prédicateurs tonnaient contre la moderne Babykme. Un voyage que Cathorine fit avec le rai dans les provinces indiqua quelles étaient les dispositions secrMes de la cour. Le.s villes infectées de protestantisme recevaient des garnisons catholiques ; les gouverneurs de Blois et de Chartres étaient remplacés; hi citadelle de la porte Bannier menaçait les émentiers d'Or> léans. Enfin Charles IX, ému à l'aspect de diverses mines, ne cachait pas sa piense horreur pour les destmctenrs de monastères, de croix et d'églises. Il rencontre, lors de son passage à Bayonne, le duc d'Albe , personnage sombre et aux avis sanguinaires, qui lui conseilla , s'il voulait sauver sa vie, de faire un massacre général des protestants. parce qw dix mille grenonilles ne valaient pas nne tête de saumon. «
La réaction catholique trouvait les calvinistes disposés à la résistance, et prêts à un soulèvement général ; ils s'organisaient en silence, prêts à sacrifier leurs fortunes et leurs vies [x)ur le triomphe des réformes qu'ils avaient proclamées. Sur C(^ entrefaites, le roi vint à Blois tixer sa résidence. Tandis que Catherine s'efforçait de réoondMer les chefs des deux partis, Coligny se purgeait par un aerment public de toute complicité dans le crime de Poltrot, et les Guise semblaient s'adoucir; mais les querelles particulières, les émeutes locales suscitées par la différence de religion continuaient , et c'était chaque jour de nouvelles victimes, surtout parmi les huguenots Leurs historiens déclarent qu'il en périt de la sorte plus de trois mille dans les provinces d'outre-Loire. Ces sinistres avertissements n'ef-
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frayaient point les calvinistes. Fiers et intraitables, ils disaient hautement que c'était choie licite de tuer le roi et la reine. Coudé menaçait la cour d'une prise d'armes; T Allemagne protestante envoyait des ambassadeurs au roi, qui répondait avec aigreur : • J'ai bonne idée, à mon tour, de prier vos princes de laisser dire la messe dans leurs villes. ■• La hauteur et l'emportement de ses paroles n'indiquaient que trop ses projets.
Les revers de Marie Stuart , fille de Lorraine et alliée des Guise, avaient livré l'Écosse catholique à l'Angleterre protestante. C'était un triomphe pour les calvinistes. La révolte du Brabant, de la Hollande et de la Frise leur inspira plus de eonfianœ et d'orgueil. Coudé et les OoKgrny engageaient la reine à soutenir les rebelles afin de diminuer la puissance de l'Espagne; ils olFrirent ad roi une armée de vingt mille huguenots. La reine se contenta de s'entourer de Suisses, braves soldats et mercenaires fidèles. De sourdes rumeurs firent craindre aux protestants que la cour «e songeât à les surprendre et à les exterminer. ChâtiUon-snr-Loing était le séjour de Goligny ; il y réunit les chefs et les décida à finir par la guerre l'état d'incertitude où ils vivaient depuis cinq ans. Dans cette conférence célèbre furent adoptés les plans de campagne du parti. Un tie\ait enlever le roi et la reine, gouv&ner en leur nom , et laisser la liberté de conscience à tout le monde.
La oonr avait des equons, qui ne parent la servir; l'un d'eux vit à Châtillon Goligny » habillé en ménagier, (usant ses vendanges, •
et le lendemain toutes les routes étaient couvertes de protestants ; cinquante places fortes tombaient en leur jKjuvoir La tour se retira à Meaux, et, tandis que Montmorency parlementait avec l'ennemi, les Suisses aiiivèrent et se. ibnnèrent en bataillon carré; le roi, la reine, ses femmes et ses miniatrss se pilaobrent au centre, et l'on se dirigea vers Paris. Les calvinistes se ruèrent inutilement sur les pir ques de ces intrépides montagnards. Condé se mit en devoir de bloquer Paris , comme s'il eût eu à su dis|X)sition cent mille hommes ;
la balaïUc de Saint-Denis lui prouva que le nombre était du côté des catholiques , et il se retira jusqu'à Pont-à-Mousson , où il tut retint par le fils de l'électeur palalm, qui lui ameDait neuf mille homines. U se dirigea aussitôt vers la Beaooe pour délivrer Orléans, asai^ par les catholiques. Ne pouvant forcer Beaugency, il parleaienta avec le ^uvemeur, Charles de Berthinville , et obtint la permission de travei-ser seulement la ville. Lorsque la moitié de l'armée j)rote>tante £ut passée, on leva les ponts-levis , ce qui valut aux auteurs de cette perfidie les plus violentes injures * de la part des soldats.
Coligny se procura la solde des reîtres en rançonnaDt les villes et en saccageant les églises. Une telle conduite excita de gmides dameors dans l'Orléanais; sa tête iut mise à prix; on fit prodamer dans toute la ctnitrée (ju'une ré(;()mpenst; de cinquante mille écus d'or serait donnée à celui qui le livrerait mort ou vif. Il opéra sa jonction avec l'armée protestante du midi, débloqua Orléans, et marcha sur Beangeney, sur Blois et Veodôine, dont il s'empam, et qui soufirirent de la présence de ses soldats. Enfin Condé s'approcha de Chartres , sans trouver d'obstacles capables de l'arrêter.
Cette ville n'avait qu une faible ijarnison ; mais. }x)ussés au désespoir par le bruit qui s'était répandu qu'on livrerait les maisons au pillage, les habitants résolurent de se défendre. Us avaient pour chefs Antoine Ddinières et Jean de Bnurdeilles, gentilhomme gascon. Ge demier, homme de talent et de courage, fiit tué dès le commencement du siège , à Tassant donné le 8 mars (1666) an ravelin de la porte Saint-Michel. Avertis par le peu de succès de cette attaque, les protestants dirigèrent leurs efforts contre la porte Drouaise et la tour des Herses ; les canons pratiquèrent une brèche que les habitante eurent de la peine à réparer. Une nouvdle brëohe ne permit point encore de livrer l'assaut, et plusieurs jours se passèrent en moosquetades sans résultats. Alors on reçut dans la ville l'ordre du roi de
* Et le •uroom de ckait aux habiunts àe Braagvncy.
ANCIEN ET MOUEHNE. AVi
suspendre les hostilités. Coodé, acceptant la trêve, fit retraite par Bonneval et Illiers , aprfes avoir incendié les églises de Saint^Chéron,
de Siiiiit-Georges , de Saiiit-Barth»Meniy et de Beaulicm. Les reîtrcîs nilernands, rliarg^t's de butin, égorg^n^it des prêtres et laissèrent partout des traces de leur cruauté. Las d'être pillés, les paysans les harcelèrent et jetèrent le désordre parmi eux. Les hostilités avaient à peine doré cinq mois; les protestants eux-mêmes désiraient la paix . mais ils se fiaient peu en la parole royale , et les catholiques mécontents trouvaient qu'on avait tort de faire la moindre concession. Pie V' oiciijiait le trône de saint Pierre. 11 tHait de mœurs rigides, »'i ne donnait point prise aux récriminations des huguenots, si fondées à l'égard d'Alexandre VL Philippe 11, roi d'Espagne, secondait, par les exécutions qu'il prescrivait dans son royaume, ce pontife, jadis grand inquisiteur, qui persécuta les hérétiques, et porta au protestantisme les plus terribles coups.
La reiiit^inbre entrevit le l»ut {politique des huguenots, i*t commença à k^s voir d un œil de haine : elle abandonna le système de tempérament et de modération qu'elle avait adopté. - Ils n'ont que trois mois à vivre, hiissait-elle dire autour d'elle, et le roi , s'il veut empêcher qu'on ne les assassine, sera détrôné et mis dans un couvent. Les prêtres prêchaient ouvertement le meurtre; deux mille calvinistes tombèrent égorgé-s. La cour lança un édit (jui défendait, sous penu' de mort, l'exercice de tout autre culte que le culte catholique, et prononçait l'exil de tous U s ministres réformés. Soudain les hnguenots se levèrent en masse; la France se couvrit de soldats et de brigands qui, à l'abri du dn^ieau religieux, saccageaient les provinces. La bataille de Jamac enleva aux protestants leur chef, Condé , tué par derrière d*un coup de pistolet.
(156U.) Henri de Navarre, jeune htniime de (juinze ans, reconnu pour généralissime, fut placé sous la direction des deux Coligny. Il demanda le corps du prince, et le fît inhumer à Vendôme dans le tombeau de ses ancêtres , « dont il avait jadis violé les oen-
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dres, dispersé les ossements, et fait ibiidre en balles di^ mouBqiiets les cercueils de plomb * . »
Le Poitou fut cette fois le théâtre de la guerre. Après un échec sous les murs de la »i pi taie de cette province , Coligny voulut rejoindre Montgominery . mais, anêlé par les royalistes, il livra la funeste bataille de .Moncontour, où âuccumbèrent dix mille huguenots. Sa fermeté après un tel désastre sauva la cause calviniste; il rallia les débris de son armée et s'aventura dans les provinces méridionales. Sans cesse poursuivi par les catholiques , il se replia sur le Loing et demanda la paix. Les articles qu'il obtmt , malgré ses revers , exaltèrent l'orgueil des siens et jetèrent le monde catholique dans la stuj)eur.
Des projets de maria'je entre la sœur du roi et le fils de Jeanne d'Albret amenèrent des changements dans la politique de la cour. La veuve d'Antoine de Navarre, tué naguère au siège de Rouen , se flattait de recouvrer par cette alliance le pays qu'avaient gouverné ses ancêtres. Reçue à Blois avec distinction, elle y parut entourée de f iiuj cents gentilshommes. L'amiral de Coligny s'y rendit à son tour, et le roi lui dit en l'embrassant ; * Nous vous tenons . mon père, et vous ne nous échapperez pas quand vous voudrez V - On lui donna une garde; il îai comblé de marques d'honneor. Cette fois encore, la paye des auxiliaires allemands et des nitres calvinistes fut soldée par les catholiques. Les Guise, indignés, se retirèrent di' la cour ; les confréries se nissemblèrent comme pour une guerre smnte; les jésuites intriguèrent près du pape el du mi d Espagne, et les prédicateurs lancèrent l'anathème ocmtre les fils du Démon.
Toutes ces maniCestatiaiis n'arrêtaient pas le roi, qui se laissait aller à de bons sentiments pour les calvinistes et pressait, avec l'onportement de son caractère, le mariage de sa sœur. Henri de Béam et la
• Mourusr.
' Os THoo , llv. XLvn.
ANCIEN ET MODËHNE.
princesse ne montraient aucun empressement pour conclure, car ils avaient dépensé en mille ciroonstanoes l'amour qu'ils n'éprouvaient point l'un pour l'antre. Charles IX quitta Blois afin de conclure cette
union qui fîit célébrée à Notre-Dame , sous tes rep^ards mennçants des Guiso, ci inal^rn'' l'indig-iiation des ratholiqiios. L'vm d'eux résolut d'assassiner le chef de celte secte reliellc, et un coup d'arquelmse fracassa le bras de Coligny ; tous ses amis prirent les armes. Ri^unis en troupes nombreuses , ib paroouiaMnt les rues et faisaient mine d'atn taquer l'hôtel des Guise. Une collision semblait inévitable. Catherine rassembla ses conseilIerB pour aviser aux moyens de sauver la capitale, que le sang^ devait bientôt inonder. Un coup d'État devenait nécessaire; il fallait choisir l'un des deux partis et le sauver eu détruisant l'autre; il fallait surtout garantir la couronne menacée par des factieux. Les conseillers les plus modérés pensaient que la mort de l'amiral remédierait à tout. Le roi se récria avec force, car il
31K i;ORLfiANAIS
]M>rtnit rc vieillard ; mais lo dur d'Anjou insista en disant que mieux valait une goutte de sang dans Paris que des torrents dans tout le rttyaume. - Eh bien ! s'écria Qiaries IX avec une sorte de rage et de subite métamorphose , je veux que tous les huguenots de France
jiérisseiit, îdin (ju'il n'en reste pas un seul ïx>ur me le reprocher nprt's ' . •>
1^ jour de la Saint-Bartbélenty . à minuit, tdut était prêt pour le massacre. Aux sons de la cloche de Saint-Germain4' Auxerrois , le tocsin retentit dans les églises , des lumières paraissent à toutes les fenêtres et Tœuvre de mort s'accomplit. Coligny est égorgé ; les protestants qui habitaient sur la rive droite de la Seine éprouvent le même st»rt. Le sire dr J.oiuo i .lss» lulilf ct-ux «lu iiuartier Saint- G<>rmain et se sauve avec m\. Ces («lirux assassinats durîTont plusieurs jours. Épouvanté des crimes dont il s'était rendu acteur et complice , Charles voulut arrêter le bras des meurtriers , mais il n'y put réussir. Son vœu secret et trop tardif ne fut point écouté dans les provinces, et surtout dans l'Orléanais ; U mille passions haineuses étaient on jeu, et le signal d'une vengeance ïm ûe n'avait été que tii»j» entendu.
Les catholiques d'Orléans reçurent avec joie la nouvelle des massattrcs de Paris et l'ordre que leur apporta Sobrin, prédicatenr do roi. Divisés en quarante-huit escouades, ils envahissent les douze (juartiers de la ville et tuent les religionnaires dans les mes et les
maisons. Douze rents personiu's to»nl)ont ég^oi^ées sur les remparts et prés la |)orl(' Saint-Vincent, l^nt- multitude de femmes et d'enfantsont immolés dans une maison , près les Quatre-Coins. Des magistrats, Champeau et Chartier; de savants docteurs, Vaillant, Moirean, l'avocat Foucault; d'honnêtes bourgeois , Nicolas Bongais , Caperon, expirent sous les coups des forcenés , dont quelqucs-ims étaient lous parents. Des vieillards et des malades, étendus dans leurs lits, ont la ^or^'e coupée. Des IVèrcs, les Sevin, les Couloujbcau , font égorger
' Mémoire* i/r VUtrrny, t. Il , p IM.
loua frères; des femmes sont exposées à des outrages pires que la mort. Les cadavres, dépouillés de tout vêtement, gisaient dans les rii«*s, justpi'à ce que des hommes aux ^ages de la ville vinssent les prendre dans des tonibereaux pour les jeter ensuite dans le fleuve. D'antres victimes , abandomiées dans les fossés de la ville , servirent de pâture aux loups et aux chiens. Les eaux étaient roi^iies ; on trouva des débris hunîûns , un pouœ et un nez dans les entrailles d'un poisson. Le vol et le pillage furent les conséquences naturelles de pareilles atrorités. Tel épicier faisait tuer son ( (Mirrrre pour acheter H vil prix les marchandises et les revendre avec proiit; tel drapier excitait ses commis à piller la boutique de son voisin *.
Le massacre eut Heu dans plusieurs autres villes de la province. A Blois, à Jargeau, à Beaugency, on compta quelques victimes. Mais jilus qu'aucune autre cité Orléans fit éclater sa ferveur san^naîre. Ello ii\ait l'it' le berceau du calvinisme, le siège de la jmissance tlu parti , et les protestants y avaient déployé en d'autres circonstances une fureur qui ^plique ces odieuses et cruelles représailles.
Les religionnaires effrayés se dispersèrent, mais bientôt après ils se réunirent , plus ardents et plus irrités. La guerre éclata sur divers points, à La Rochelle, en Guyenne, dans le Languedoc et le Dauphiné : guerre sombre et dés^pérée , où les gentilshommes protestants de l'Orléanais allèrent assouvir leurs haines et leurs \ cni^ranccs.
Charles IX avait la guerre civile en horreur. Passionné pour la chasse et les plaisirs de son âge . il laissa le duc d'Anjou conduire les opérations du siège de La Rochelle, et chercha l'oubli de ses fautes ou de ses crimes politiques dans les bras de Marie Touchet , sous les ombrages de Chambord. On l'avait vu naguère signaler ses ardeurs brutales sur le pont près de la Belle-Croix. Un jour, de jeunes protestants revenaient avec leurs fiancé'es du prêche de l'Ile-Groslot ; les seigneurs de la cour et Charles IX lui-même, voulant juger de la
Dlgitlzed by Gopgle
m L'ORLÉANAIS
beauté des huguenotes , enlevèrent les voiles dos i'emmcs et les jetèrent au vent. Une rixe s'engagea ; les protestants, moins nombreux, furent maltraités et précipités dans le fleuve. Cet exploit , 8|^é des Grands-Giapeions, parce que les jeunes femmes portaient ce genre de coiffure, resta gravé dans le souvenir des calvinistes, et rendit t)dieuse ù sts coreligionnaires Marie Touchet, dont les ris avaient
encouragé les violences du roi. Fille de Jean Touchet, lieutenant particulier du roi i Orléans, elle appartenait à tme famille protestante, et fut élevée dans cette relitjion jiisqu au monienl où ses parents se convertirent, par ambition, au catholicisme. Elle était jolie, spirituelle, enjouée, et, par son esprit incomparable*, elle captiva un prince d'humeur fantasque , qui n'avait aimé qu'dle et ne s'attacha jamais à d'autres femmes. On ignore Tépoque précise où commencèrent leurs amours, mais ce fut avant le mariage du roi. Sa gaieté et son insouciance expli(iuent I tiscendant qu'elle conserva sur cet esprit
■ Le Labourbur.
ANCIBN ET MODBRNË. ' 3fi|
chagrin i fatigué et souvent l>oulevenié par le remords et le soupçon. Rarement die sollicita quelque faveur ptfur elle; il ne paraît point qu'elle eût reçu de son amant des terres ou des domaines. Deux fils furent le fruit de cette liaison : l'un mourut enfant ; l'autre , Charles , Iniiard de Valois, reçut le titre de duc d'iViiguulêiue et se rendit célèbre par sa valeur.
Le roi, ennemi de In galantcne, se livrait aux exercices violents avec une ardeur si exclusive , qu'une dame de la cour lui dit un jour à Chambord : • Vous faites plus de cas de vos chiens que de nous autres. • C'est là qu'il força un cerf à course de cheval et sans le >>e€oui's des chiens. Pour cet exploit , Baïf le compjire à Hercule et le juL'c digne de tigurer parmi les héros (^ui ont donné leui's noms aux consteliations'. ^
Les calvinistes imposèrent une nouvelle paix, qui fut confirmée par l'édit de Boulogne. Ib obtenaient amnistie, réintégration dans leurs biens et honueurs , liberté de cansdenoe, liberté du culte dans La Rochelle, Nîmes, Montauban, Orléans et autres villes (1573). Ceux qui avaient étt^ victimes de lu guerre ou de la Saint-Barthéleniy, montraient avec orgueil leurs blet>sures et se regardaient comme des martyrs. L'un d'eux, qui lors du massacre fait à Orléans s'était caché sous un monceau de cadavres , après avoir reçu plusieurs blessures, se promenait avec un nez d'argent contenu par des ressorts. Le roi de Navarre , le fila de Condé , recevaient dans h même
• tjue m- ■(iii.i-je ("oticjti , rr.nisitri' en l.i connoissanc* De» autres du haut citl ! Là-liaul vutrc semblauce. En vcMur Mollé, Im trompe Mot le brae, LVpicu derlans 1<- poing , fWtr* Aenl plu baa, D'eatoiliA flambuyroit
Chartes IX, peèto lalHulnr , inpiefin i BleU oe qualrua :
François pn ni'i r j -t'rlil n- ]n)int, (^ue ceux de la mauon de Guim Mettrolent ■« entata ea pmupalat Et aoB paatrc peuple ea clieBiie.
d&t L'ORLÉANAIS
cité lies tém(Mf(iia*,u-s {iuMu m ilc rfsjii i-t el dt; synipathirv - Ce parti ruiné, dissipé et du tout perdu, Dieu pennit, miraculeusement et pour nos péchés , qu'il fût restauré à la ruine de oe royaume et pour servir à de nouveaux troubles*.
Lorsque Henri, qui avait été duc d'Orléans, partit pour la Pologne , les calvinistes envoyèrent au roi des députés p<;)ur lui présenter une SI rxorl)iluntc retjuête (jue la reiiie-nière s'iu ria : » Si Coiidi' était encore à Orléans avec vingt mille chevaux et cinquante miJe fantassins , il ne demanderait pas la moitié de ce que ces gens nous proposent. » Un complot éclata; Montgummery fîit battu, pris à Dmnfiront et exécuté ; Condé se sauva; le roi de Navarre iut enfermé à Vincenncs.
(Jharles IX, malade de la poitrine, vomissait du sang, et dans son délire il ne voyait que du sang autour de lui. Fatigué de toutes ces conjurations suivies de meurtres judiciaires, il s'écriait avec désespoir : « Ne me laissera-tron pas mourir tranquiUe t • Une dernière exécution signala presque son dernier jour , et elle eut lieu à Orléans: Geoffroy Vallée, théologien calviniste, fut brûlé vif pour crime d'hérésie il574'. Le roi ne laissait poitit d'entants légitinn-» Charles , fils de .Mai ie Touchet , né au château de Fa} et , en Franche- Comté , fut confié à sa tante Marguerite , et Henri Ui le pourvut de la charge de grand-prieur de FVance.
Henriavait eu soin de faire assurer ses droits au trône. A la nouvelle de la mort de son frère , il s'échappe mystérieusement de son palais de Cracovie et si' déclare seul héritier de la couronne. Pendant son absi>nc€, qu'il prolongea, passant le temps en fêtes et en plaisirs, Catherine gouverna le royaume. Falloit-il pas que cette pauvre femme qui , a la mort de son mari , avoit eu dnq petits enfants sur les bras et deux fiimilles prétendant envahir la couronne , les Bourbon et les Guise; falloit-il pas qu'elle jouât d'étranges personnjiges pour tromper les uns et les autres , et cependant gmxier,
> C il. Tavanneb, ch. XX.
ANCIEN ET MODEKNE. 353
oomme elle a fait , ses eiifants, qui ont sucoessivenient régné par le ikit d'une femme ai advisée * ! • Moins inquiète sur le compte des protestants, die redoutait les Guise , ai populaires depuis le massacre de la Saint-Bartbélemy et si paissants par leurs créatures . leura
iniiiienscs richesses et leurs amis. Elle ne s'oc( uj);i ipie de balancer 1 influence des uns par l intluence des autres et s apj^uya sur un tiersparti, composé de courtisans égoïstes qui rêvaient le retour des tempe féodaux. L'Hôpital venait de mourir dans la retraite à Vignay en Beauee. C'était une grande perte pour le parti modéré , dont les • huguenots et les catholiques désignèrent alors les membres par le nom de politiques. \ai guerre éclata dans divei'ses pmvinces ; le jeune duc de Guise, mc (nrit ux au combat de Fismes, y reçut à la joue une blessure qui lui valut le surnom de Balafré. Partout les catholiques avaient l'avantage; ils s'irritèrent en voyant la rane-mère soU lidter avec persévérance et obtenir une trêve à des conditions désavantageuses. Condé put garder une armée soldée par le roi; la cour promettait de licencier ses troupes , et on accordait aux calvinistes six places fortes jwiur ^^at^e de sécurité. Les Parisiens, catholiques exaltés , déclarèrent qu'ils ne payeraient ni impôts ni subsides , et la trêve ne fut point «cécutée. Condé passa la Loire à La Charité et opéra sa j<metion avec le duc d'Alençon. Bientôt Henri de Navarre, hérétique relaps, accourut avec ses compagnons d'armes, ce qui mit à la disposition des chefs près de trente mille hommes. Les catholiques refusaient leur appui à la reine ; il ne restait à la couronne d autre espoir que dans les négociations , qui amenèrent une cinquième paix, signée à Cbastoiay. On y faisait aux rebelles de laiges concessions : Henri recevait le gravramement de la Gujemie, Omdé odni de la Picardie; on réhabilitait la mémoire de CSoligny, de Montgommery et des autres victimes ; on accordait la liberté du culte; enfin , les États-généraux étaient convoqués à Blois.
C'était la restauration du parti protestant. Le peuple , qui voyait • FmlM «ttribnéet A Henri IV. Mimait» i» Oimdard, ^ 3»1.
la Saiiit-iiai'théleniy désavouée et la cour livrée aux huguenots , ne songea plus qu'à former une ligne à l'instar de celle des protestants. Le dergé, chargé de payer la solde des reîtres, soaiErait, en atleodant la vente de ses biens, toutes les déprédations d'une soldatesque impie , et s'indip^ait de ce qu'il nommait une spoliation. Les Gruise souriaient à ( (^ idées de lijrucs, jadis \aiiiement tentées il565) ; eetto fois, ils se servirent, ixnir les propager, des jésuites, auxiliaires adroits et perûdes. Dans la Picardie et l'Orléanais on se ligua pour résister aux progrès des huguenots , maintenir les lois et la religion de la monarchie; on jura de consacrer à ce but sa fiir- • tune et sa vie , de ne jamais se retirer de Taseodation soos peine de mort ; d'honorer et de suivre partout le chef élu, et de le défendre contre ceux qui s'attaqueraient directement ou indirectement à sa pers(mne. Quand l'instant de déployer ses forces arriva , la Ligue se présenta si terrible et si puissante qu'on se demanda quel serait le monarque digne d'elle. Guise en fut nommé chef malgré les clameurs des huguenots , persuadés ou feignant de croire qu'il traiterait le roi Henri comme Pépin , son aSeol , avait traité Chil> deric. Les protestants avaient nussi leur ligue, et la royauté isolée, tombée dans le mépris, devait, j)endant long -temps, flotter de l'un à l'autre de ces partis dont elle essuyait tour à tour les dédains ou la colère.
Pour triompher de tels embarras, il eut fidhi toute Tbabileté, toute la sagesse d'un grand homme. Mais Henri lO , brave alors (ju il était duc d'Orléans, général ex|)érimenté quand il portait le titre de duc d'Anjou, semblait avoir perdu en Pologne les qualités de sa jeunesse et ses talents. Dépra^ é dans ses mœurs , sans souci de la gloire , indiffèrent en matière de religion, il croyait fiùre asseï pour la foi catholique en portant l'habit de capucin. H mêlait ks processions aux danses, les pénitences aux mascarades , cultivait les arts par ennui et mollesse, et ne s'occupait que de frivolités. Informé des projets de la Ligue, il compta sur les États de Blois pour les
déjoim. 11 se tiait en la séduction de ses manières et dans sa iaoandepoQTTBmGfe les lésistanoes desdépatés, qui envahissaient tout et unupaient toutes les attributions. Les prédicateuxs et les pamphlétaires catholiques se mirent à travailler ks esprits ; les élections forent
faites dans leur sens , et les députés arrivèrent aux États avec cotte devise : - Une foy et une loy dans ce royaume. •• lis étaient au nombre de trois cent douze ; cent quatre pour le clergé , soixante- douze pour la noblesse, le reste pour le Tiers^État. On remarquait parmi eux Bfathurin de La Saussaye, Jacques Chauvereux, pour le bailliage d'Oritos; le sire de Chantemdle, de Blois ; le sire de La Fosse» du bailliage de Dreux ; Charpentier, Devatix , M aintenon , envoyés par Chartres ; Sébastien Royer, dcGien ; Martin Pistoris. de Montargis; Bodin, auteur du Traité de la République, et des ecclésiastiques émînents.
Le discours d'ouverture prouva la finesse du roi. Quand je viens à considérer, disait-il, l'étrange changement qui se voit partout depuis les temps «ks rois mon p^ et mon àienl. je connois combien étoit
heureuse leur condition , et la mienne dure et difficile, car je n'ignore pas que de toutes les calamités publiques et privées qui viennent en un État, le vulgaire, peu clairvoyant en la vérité des causes de tous maux, 8*en prend à son prince et Ten accuse, comme s'il étoit en sa painanoe d'obvier à tous sinistres accidents. » Les effets de la harangue royale, qui étoit fort bdle , " furent modifiés par l'ennuyeuse allocution du chancelier Birague. Les l'Aats manifestèrent les sentiments les plus hostiles , ils proposèrent de donner force de loi aux délibérations des trois ordres, sans qu'il fût besoin de la sanction royale, et d'imposer an roi un conseil de vingt-quatre membres au nom de la couronne, et de trente-six commissaires pour la nation. Le roi, attaqué dans sa prérc^ative même, crut devoir accepter le contrôle des trente-six commissaires ; puis, cédant à des avis plus énergiques, il alla au-devant tles délibérations, dont il était facile de prévoir les résultats. On le vit se ranger du côté des catholiques, signer
I acte (1 uiiidii , et tlcclarcr le chef de la .Siiinte-Ligue. Les gouverneurs et chefs militaires suivirent sou exemple dans les provinces, il croyait satisfaire le vœu public, mais aea fiuoucfaes adversaires ne furent pas dupes de cette ferveur, et, pour juger de sa sincérité, ib décrétèrent à runanimité que le roi serait prié de supprimer ksédits de pacification et d'interdire dans le royaume toute autre rdigion que la foi cathtilit|ue. 1 fenri révoqua donc son dernier édit, comme extorqué par violence , et contraire aux serments du roi très- chrétien.
Condé protesta contre cette décision, qu'il envisageait comme un défi aux huguenots, et il en iq>pda an Dieu toufr^poiaaant d'une ai flagrante violation des traités. L'épée fut ansaitôt tirée dans le midi; Henri de Navarre s*empara de plusieurs villes importantes. Les Etats, alarmés de cette levtV de lujucliers reconnurent que la dette s'élevait à plus de cent millions. Les députés du tiers s'en effrayèrent; la noblesse, exempte d'im|)ôts, se montra plus ferme. Après de longues discussions, ou brilla le talent de Bodin, député du Vermandois, les demandes de subeides fuient repouasées. Le roi employa tour à tour la menace et la prière; sa mère épuisa toutes les ressources de son esprit, si fertile en expédients, pour flédiir les députés, (jui se montrèrent iiiij)iloyables. Compmmis pour avoir cède à leurs premières instances, il les supplia de nommer trente-six députés chargés de délibérer sur la question des impôts. Us répondirent hypocritement qu*il fidlait se garder d'instituer des États en petit pied, faciles à séduire ou & contraindre, et sur lesquels on lejeterait tout le poids de la responsabilité. Il leur demanda de pourvoir aux frais de la j^^uerre; ils réplicjuèrent que le roi traiteroit si gracieusement ceux de la nouvelle religion , qu'ils n'auroient plus d occasion de se plaindre et de se révolter » Néanmoins le clergé ofiht en cas de collision de soudoyer cinq mille fimtassîns et douze œnta cavaliers, et la noblesse promit ses services et son ooncoura. La nobleme et le clergé autorisèrent également la vente de trois cent mille livres
• Jemmal de L'ÉtmU.
de rente en biens appartenant à la oonranne; mais le Tien^tat déiapprouva eette mesure. Henri, fort ému, s*éeria : « Voilà vne énorme emanté; ils ne veulent pas me seeoorir dn lenr, ni me permettre do me servir du inu n. - Pour comble d'incoh(?reiice, les États déclarèrent quils demandaient l'abolition du culte réformé, mais sans la guerre. La couronne se trouvait ainsi privée de soldats et de sobeides, en prétenoe de factieux qui ne tespectaient point les édits. L'assenblée foisait preuve de malveillance, car elle était composée d'hommes expérimentés. Du reste les cahiera servirent de base à des réformes importantes dans la police, la législation et l'administration, et aux trois cent trente ordonnances de Henri III.
Cette sixième guerre , fomentée à Blois , fut éteinte par la paix de Beigersc, dont les articles étaient avantageux aux calvinistes. Les villes les phis imbues du venin de la réfonne obtinrent des grfices et dos avantages. Oriéans, qui jouissait de la prérogative de ne point loger les soldats en marche . reçut de nouvelles marques île la fiivear royale; mais le nom de cette cité, lieu des études de Calvin et berceau de sa fougueuse doctrine, revint d'une triste manière s'offrir au monarque. Un protestant édiappé des prisons d'Oriéans chercha à l'empoisonner tandis qu'il se trouvait à Blois. Le coupable subit le dernier suppliée *. Malgré ce triste signe de la haine implacable des protestants oriéanais . Henri les fit assurer par Arthus de Gossé. leur gouverneur honoraire, de ses bonnes intentions, et convoqua à Blois de nouveaux Etats-généraux. Far une ordonnance datée de cette dernière ville, il ôta à l'université de Paris l'autorisation d'enseigner le droit civil, ce qui amena à Orléans tous les élèves de la capitale, et rendit ses chaires les plus célèbres du royaume. Les églises recevaient des dons, les édifices publics étaient réparés. On e&t pu croire que la reine^ère, si • advisée pour les affidres de la couronne," n'oubliait pas le bien-être de ses vassaux, afin d'enrichir les domaines qui formaient son douaire. Les États de la province orléanaise s'as-
■ M. LoTTIli , Rmktnkm *ur la mUt d'ÔrUamê.
semblèrent pour achever la dernière rédaction de la coutume du duché, bailliage et prévôté d'Orléans et ressort d'iceox. • ÂehiUe de Harlay , président i mortier du parlement de Paris » signa le procèsverbal. La noblesse , le clergé , la ville d'Orléans et le reste du pays
supportèrent les frais, et par(^frale jx)rtion. On rétablit l'ancien cours de la Loire , (jui abîindonnait les murs de la ville pour se jxirter du côté de la Sologne. Les capucins, ordre monastique fort honoré par le roi, fondèrent, grâce aux dons et aux aumônes des Orléanais, nne magnifique église. Ces temps, assez prospères pour notre pays, forent troublés par les ravages d'une peste meurtrièro et le retentissement lointain d'une septième guerre civile. Bientôt le roi de Navarre sollicita une paix nouvelle, (jue le roi, suivant l'usage, s'empressa d'accorder aux turbulents huguenots.
U ne lui était plus possible de faire autre chose que de louvoyer entre deux écuâls. Çon impopularité croissait chaque jour. Une sorte de féodalité s'était reconstituée; les gouverneuis des provinces levaient les impôts . soldaient des troupes et traitaient fièrement avec le roi. U thenhait à leur opposer ses mignons, (ju'il a(>cablait de richesses, sans réussir à les entourer de considération. Joyeuse, La Valette et d'Epemon excitaient d'implacables haines , et ployaient sous le poids du mépris. Pour suffire à leurs prodigalités, il inventait des impôts et ne payait peraonne. Résumant tout en lui , il pensait que si la rojrauté durait autant que lui-même, cela suffisait à un prince qui ne devait ]ms laisser de postérité ; il voyait la race des Valois s'étenidre , car son frère, le duc d'Anjou, héritier présomptif de la couronne, venait de mourir de la même maladie que Charles IX.
Le seul prince qui restait de la race de Capet était Henri de Na* varre, chef d'un parti odieux k la nation. Il n'était parent de
Henri 111 qu'au vingt-deuxième degré, et les lois civiles ne reconnaissant aucun droit héréditaire au delà du septième, il était pcnni> aux plus furieux ligueurs de lui contester ses prétentions. Déjà ûa
songeaient à lui opposer un fantôme de prince , le cardinal de Bourbon , son oncle, vieillard imlw^cile t-t qui ne pouvait que servir d'ijis-
trument à l'ambition cachée des Guise. La cour s'efforça de tourner l'obstacle en négociant avec le roi de Navarre pour le décider à abjurer. Il s'y refusa, ne voulant jjoint renoncer à l'appui des huguenots, et n'osant se fier aux promesses de Henri III.
La Ligue persévéïtdt dans son système d'insolence et d'envahissement. Dans une grave circonstance, alors qu'il s'agissait d'accepter ou de répudier l'offre des Provinces-Unies, révoltées contre l'Espagne, et qui proposaient au roi la souveraineté des Pays-Bas, on vit Henri s'occuper de momeries. Il partait de sa capitale et se rendait à pied , vêtu d'une robe blanche de pénitent , à Notre-Dame de Chartres et à celle de Cléry. Quarante-sept confrères, la tête couverte, comme lui , d'un capuchon ayant deux petites ouvertures à la hauteur des yeux, avec un fouet et un chapelet pendus à la ceinture, l'accompa-
gnaioit. Les plus grands personnages de la cour suivaient la prooesskm, portant tour à tenir vie grande croix sur leur^ épaules. Lorsque le cortège pénétra dans Ja ville d'Oriéans, le duc d*Aumale traînait cette croix de carton. Le rai s'arrêta aux Cttpuciiis, près de Saint- Jean-le-Blanc , et fit son entrée dans la ville le soir, à la lueur des flambeaux et dt^ torches, pour aller coucher chez le doyen de Sainte- Croix. Avant ï>on départ, il institua la confrérie des pénitents, et conduisit la procession générale des })énitents de la ville et de ceux de la cour. Après un joyeux festin, il reprit à pied la route de Pàris, psalmodiant les Heures de la Vierge. H s'arrêta dans le bouig de Notre-Dame-des-Aides, et y toucha les écroudles à un grand nombre de malades. Chartres, qui avait vu la jeune Louise de Lorraine ac( (»niplir au milieu de l'hiver un |)areil pèlerinage, fut témoui de cérémonies anahigues présidées par le roi , et qu'il y renouvela l'année suivante (1585). Les cardinaux de Vendôme, de Guise et de Joyeuse l'accompagnaient. Il exigea que les pénitents fissent seuls le service, chantant les psaumes sans orgue ni musique. Il défendit qu'on hii tendît le dais, et s'occupa de prescrire les moindres détails de ces brujrants actes de piété.
Les ligueurs, enhardis par tant d insolence au mili^ de si graves intérêts, se chargèrent de répondre à l'appel des Provinces-Umes; ils se récrièrent contre toute atteinte aux droits d'un rat bon catholique comme Philippe II. Guise et Mayenne nmacmblèrcnt leurs troupes, firent soulever plusieurs villes, s'emparèrent de Lyon. d'Angers et d'Orléans , et publièrent au nom du cardinal de Bourlwn un manileste où sont rapjx^lé'es les tendances hérétiques du roi. Toute la Ligue était en armes , sans que le duc de Guise osât, malgré sa fixtse, commepoer les hostilités. Le rai, troublé, indécis malgré son coumge natnid, ne savait quel parti prendre. D'Épemon, son fiumri, agit avec vigueur, et diqiersa à Gien une bande de ligueurs. Mais Guise, appelé & grands cris par les Parisiens et le conseil des Seize , se dirigea vers cette capitale à la tète de douze mille hommes.
ANCIEN El MUDEUMv :m
Catbehne, vieille et soufihuite, s'hmnilia dans l'espoir de sauver son fils. Sa souplesse et ses intrigues échouèrent, car les Guise verraient la royauté sans appui. Pour la première fois, un traité favorable à la cause catholique sus|iendit les hostilités. L'exercice du culte protestant fut interdit , on devait retirer aux calviinstes leuis places de sûrett* , expulser du royaume ceax qui ne se convertiraient pas dans le délai.de six mois, payer les troupes des ligueurs , donner aux che& onze places fortes, des gardes et des pensions. Cette paix oonsten» le roi de Navarre, qui avait inutilement essayé de l'empêcher, n déploya toute son activit«* pour sortir d'un péril imminent . et, fort de l'appui d EhsalM'lh , tMiL;ai,M'a la huitièinr j^ucrre civile. Lr duo de Mayenne s'avança contre luj avec une année de quinze nulle ligueurs. Une bulle d'exoommuiiicatioD était lancée contre les deux Bourbon par le pape, qui les déclarait déchus de leurs droits de princes du sang et indignes de posséder aucune souveraineté. Les sujets du roi de Navarre furent déliés de leur serment de fidélité ; il était ciijdint au roi de France* de le poursuivre et de lui arracher sa couronne. Le Béarnais ré|xjndit avec hauteur à cette bulle, contre laquelle le fils de Médicis se récria, la qualifiant d'attentatoire à la majesté royale.
Le supplice de Marie Stuart, la jeune et belle épouse de François II , imrut aux regards étonnés du monde catholique une étrange
protestation , un coup audacieux Irapp*' en faveur et au nom de la liéforme. Les espérances des Guise périssaient avec cette reine , (pu avait jeté un si grand éclat sur leur maison. Les ligueurs éclatèrent eu reproches contre Henri 111. Us répétaient hautemoit que ses con» seils avaient soutenu le bias trembfaint de la vieille Élisabeth, et qu'il livrerait son royaume aux protestants d'Allemagne. Une armée nombreuse marcha à la rencontre de Joyeu.se , un des mignons de Henri. Le roi de Navarre manœuvra vers la Loire pour se joindie aux Allemands et repousser les troupes royales qui cherchaient à le rgeter en Guyenne. La victoire de Coutras exalta le courage
dos hu^nienoU et grandit le nom de Henri de Bourbon . qui , livré à de fbUes amours, voulut porter ses trophées aux pieds de la belle Côrisande. Les troupes allemandes travenèrent le royaume et arrivèrent ))rès de La Charité-sur-Loire. Au lieu de passer le fleuve et de se réunir aux protestants , elles descendirent le long: de la rive droite et se mirent à \n\\or la Beauce. Henri III , qui restait H Etampe», envoya d'Épcmon avec l'avant-garde au secours de Montargis, menacée par les Allemands. Guise, inquiet de l'inaction de ce favori, leva des troupes à ses propres frais, et mit les reitres en déroute près de Vimaury. Leur général , le baron de Dohna, se rapprocha de Gien pour passer la Loire et fut arrêté par d'Épemon. Il reprit alors la route de la Beauce, harc^ilé par les paysans et jk rdant chaque jour des hommes que lui enlevaient les maladies et la désertion. Aux environs de Chartres , les vin^ mille Suisses, ébranlés par les discours de leurs compatriotes de l'armée royale, déclarèrent qu'ils voulaient retourner dans leur pays. La discorde était au milieu de cette armée, lorsque, sur un ordre du roi , alors à Beaugency, Guise partit d'Étampes pour surprendre une troupe ennemie campée près d'Auneau. Le château-fort de ce Ixiurg était au pouvoir des catholiques qui laissèrent l'ennemi se loger dans les maisons et parcourir la plaine avec trois ou quatre cents chevaux. Guise, instruit de tous les détails , dressa une embuscade ou les maraudeurs vinrent se jeter; il en périt ainsi une centaine. Les autres se hfitèrent de décamper ; mais , attaqués vivement par la garnison du château, ils perdirent près de doux mille hommes et tout leur butin. Les vainqueurs prirent la route de Chartres, où ils trouvèrent le roi, moins satisfait de ce triomphe qu'irrité de voir une ^aee forte comme Auneau livrée aux partisans de Guises Tandis qu'il négociait pour satis&ire les ligueurs, expulser les rdtres et ôter A l'ambitieux Lorrain de nouvelles occasions de combattre, celui-ci, sourd à tous les ordres, poursuivait les Allemands et leur faisait
' DOVSN, HiMoir» dt Cknrlreê, t. tl, p. 98.
payer cher VinTanan de Ut Beauoe. La destnusUon de cette armée, ai heareasement commenoée à Anneau , est comparée par les historiens
À la ruine de la fameuse Armada catholique , qui venait de s'accomplir sur les pUigcs d'Angleterre. Dès lors la lutte entre les deux reliffions n eut plus d'autre théâtre que la France; les secours que l'un des deux partis attendait de l'Ëqiagne périssaient au moment où les protestants d'Allemagne recevaient mi châtiment qui les dégoûtait de leurs invasions. La Ligne , dont le succès était plus direct et qui n'avait rien dû aux faveurs de la tem])ête , salua le retour du roi dans sii capitale par des m<Mjucnes et des injures; on ne parlait r jue de Guise et de ses vertus ; les enthousiastes en faisaient un dieu. Le duc assembla ses partisans , et il fut résolu qu'on adresserait an roi une requête dans laquelle il serait sommé de se déclarer ouvertement en bvenr de la Ligne, d'établir l'Inquisition et de bire une guerre impitoyable aux suppôts de Satan. Le roi répondit d'une manière ëvasive . feignant même d'être j)rêt à donner aux Guistî Us places de sûreté «qu'ils avaient demandées. Les Seize, (jui trouvaient ceux-ci trop lents, et faciles à se laisser abuser par de belles promesses» jurèrent de se saisir de la personne du roi, d'égoiger les favoris et de s'emparer du gouvernement. Le duc , leur prêtant une sorte d'^ipui , choisit , pour commander les milices boui^eoises , des gentilshommes de sa maison. Tout anncmçait un mouvement populaire. La cour s'entoura de Suisses, et fit défendre à Guise 1 entrée de Paris; mais il accourut, sollicité par st^s partisans. Peu s'en fallut qu'Henri ne le fît arrêter. 11 revint le jour suivant an palais et pria le roi de tenir ses promesses. Le monarque répondit qu'il n'aimait pos les huguenots , mais qu'il ne pourrait les réduire par les armes , faute d'argent ; il ajouta que les Parisiens étaient encouragés à mal faire \mT quelques milliers d'étrangers que l'on saurait bien chasser de la ville.
La journée des Barricades a lieu. Les Suisses et la garde du roi sont désarmés; te tocsin sonne, on dépave les rues, on tend des chidhes.
LORLfiANAlS ANCIEN lîT MODEHNK.
milU' barricades entravent la circulation. Bientôt le LomTe est enveloppé. Guise s'opj)ose à ce dernier acte de violence; il sort de son hôtel . une baguette à la main . empêche le massacre des Suisses, et tait rendre les armes aux gardes royaux. Pendant la nuit , des corps de milice se répandent dans la campagne pour couper les mutes et s'opposer au départ du roi. Catherine annonce le désir de traiter, et . tandis qu'elle se dévoue . Henri III monte à cheval , se dirige à toute bride sur Saint-Cloud et se sauve à Chartres 1 15881 . Cette ville étiiit dévouée aux ligueui-s ; c ependant , les autorités et le peuple iieçurent le roi avec acclamation. Après avoir assisté à une procession générale, il écrivit à tous les gouverneurs et chefs militaires du royaume. IMiur les instruire des événements de Paris et leur ordonner de ne |)oint s'associer aux rebelles. Il manda au duc d'Epemon de venir le joindre avec l'armi-e de Normandie, et installa à Chartres le siège du gou\ernement.
CHApriRt; \i.
Déjiiilation Ava ligiu-urM à Cliurtrc-s. — ét&tK de Ulols. — Assassinat du duc de Guise. — Catherine de Mi^dlcis , duchesse d'Orlcan<. — Réunion de l'apàsage à la couronne. — Chartres par Henri IV. — Sacre du roi. — Sully au château de Villebon.
Mort de Siège de
CHAPITRR XI.
i>E l'an 1688 h t \s iniO.
Guise . voyant la n\mc de ses complots , s'efforça de nier toute participation à la rév/'LrNri«i volte, et écrivit une lettre pour protester de
sa soumission au roi. Le capitaine Saint-Paul , un de ses affidés, se chargea de remettre cette lettre qu'Henri plaça dans son pourpoint sans daigner y ré))ondre. Le soir, tandis qu'il assistait à vêpres dans la cathédrale, les portes s'ouvrent, et Joyeuse, frère du duc, tué à
m l/ORLfiANAIS
Cbtttras, entre suivi de treiUe-cinq capucini>. Frère Ange, roiin'imé d'épines, traînait une énorme croix; ses oompagnon» portaient le» instruments de la Psssien et chantaient à tue-tête le Miterert. Arrivé dans la nef, frère Ange se découvre les épaules pour recevoir des coups de discipline , puis tous les capucins se jettent aux pieds (lu roi en criant : • Miséricorde! >- Heini III semblait touché de cette scène, imaginée par les ligueurs, qui connaissaient son penchant pour les capucins Mais bientôt on s'aperçut que frère Ange, soigneusement cuirassé pour amortir les coups, ne portait qu'une croix de bois. > Hamibien , s'écria Grillon , fouettez ferme ; oe lâche a endossé le froc par peur de porter la da^e ! -
I.os < t)iilVi'it's ii\ aiil t'clioué , la Liunie , de plus en plus inquiète de rattilude que ))renait la cour, di |)Uta vei's le nionarque les président et conseillers au parlement de Paris. >• Je sais, leur répondit Henri, qu'il y a dans une si grande ville des bons et des mauvais: mais que les Parisiens se soumettent, et j'aurai pitié d'eux! <• Us se retirèrent avec d'assez douces paroles et de vagues assurances . aussi Guise se hâta de couvrir les approches de Paris. Le prévôt des niai'chaiids ne voulut |)oint se rendre de nouvenu àC^^harlres, ainsi qu'on l'en priait ; mais ( 'atherine annonça qu elle se chargerait du message, et l'on s'occupa de rédiger une nouvelle requête contenant les anciennes propositions de la Dgue, et de plus la demande du renvoi de d Epemon* Guise et le cardinal de Bourbon signèrent oette requête que la reine . suivie de la municipalité de Paris , porta ellemême. Henri leur lit accueil, et ne ))nt point la d»Mensc d'un favori qui commençait à lui déplaire, mais il mmonça qu'il serait obligé de faire examiner la plainte. Les députés se retirèrent, emportant la nouvelle de la prochaine convocation des États à Blois. Le lendemain ils firent imprimer la Relation du toyage à Chartres de meeeieun de la ville de Paris, oh se trouvait pompeusement célébré le triomphe des li ligueurs.
D'K|jemon ne tarda pas à se présenter aux portes de Chartres. Le
ANClËN LT MODbKNË. 3«9
roi, l'apercevant, lui tourna le dos. Pour se justifier, iliMibliaim mémoire où , rendant aux Guise accusation pour accusation , il exhortait
son maître à user envers eux de rigueur ; puis il se réfu|.'iu à Angoulême.
Cependant les (lis{K)sitionâ des Chartrains devenaient équivoques et la ligue y iaisait des progrès. Le roi résolut de partir pour Bouen. Un traité , signé sous le titre d'édit d*Union , contenait onze articles puUics et trente-deux antres articles secrets. Par Vun de ces derniers , le roi s'engageait à céder pendant six années la ])ossession do sept places fortes, notamment la mIU* d'Orléans', suriKunmée la clef du royaume, et que le sieur d'Kntragues venait de lui livrer. On s'occupa de convoquer les États-généraux pour le 15 septembre (1568). Blois avait été choisie à cause de la force de son château ; de plus , eUe était knn de Paris et au milieu d*un pays plutôt huguenot que ligueur ; ])uis « les habitants , d*un naturel doux et paisible, n'avaient jamais eu d'intelligences avec la Saint»- l^nion ^ "
Henri fondait de grandes espémntcs sur cette eouNoaition des États, dont il attendait la restauration de ses diX}its. Il partit de Rouen, disant qu'il voulait donner aux députés l'exemple de la promptitude. A son passage à Chartres, il fit puUier la tenue des États, et manda le sire de Redainville , gouverneur, pour lui enjoindre de travailler les élections , et de faire en sorte qu'on nommât Jacques de Mauilenon. Le gouverneur eut le courage de refuser cette mission * .
Bientôt la reine-mtee, accompagnée du duc de Guise, qu'escortaient quatre-vingts gentilshommes, et du cardinal de Bourbon, précédé de cinquante archers de sa garde , fit son entrée à Chartres. Le roi l'envoya complimenter et descendit de ses appartements pour hl recevoir. 11 aborda Guise d'un uir ailuble , lui tendit les bnis et le
* Pliu iwd II f f^codit «f oir la U ville de Dturtamtt et a'awir aipiê que dana cette per-
• If. Vmr. WHoin !■ làgut , l« £iaU dt Bhû. ' Dovrt, HitMrtét Ckartm, t. n, p. 101.
370 LORLÊANAIS
serra sur soi» cœur. Pendant le fiaatin qui suivit, il but à la santé des huguenots et & celle des bons barricadeurs, unissant ainsi deux vœux inconciliables. Le duc se tint sur la réserve, car il se défiait
(lo tant de cordialité. Le roi , qui ne pouvait dévorer ses anciens alTioiits, eut coiinaissunce à Clmrtres , le jour même do l'arrivtV de Guise, dune lettre écrite par le pape au chef dis ligueurs, il alla trouver la ^eine-m^^e, tenant à la main la plus injurieuse épitre, et lui déclara qu'il voulait en finir avec un sujet rebelle. Catherine lui conseilla de dissimuler; soumis & ses préceptes de ruse et de temporisation , il affecta plus que jamais de combler de marques d'amitié son mortel ennemi. Il partit avec lui, s'arrêta à Châteaudun , coucha le second jour à Maichenoir, et arriva le troisième dans les murs de Blois.
Les habitants de cette ville étaient mal disposés pour la Ligue. Les moines du pays et une compagnie de jésuites, nouvellenient établie dans les faubourgs, essayèrent de remuer la populace et de l'organiser k la mode parisienne. Les bons vignerons, chassés de leurs campagnes par le froid et la mis^^e, se laissèrent fjagner ; mais ils n'étaient point aussi nombreux que les bourgeois et les nobles du pays, fidèles de tout temps à la cause royaliste. Ceux-ci étaient prêts à soutenir le roi s'il lui plaisait de risquer un coup d'État. Les amis de Guise se tenaient en garde contre les avances de Henri. Ptertout sur les murailles on lisait la devise des comtes de Blois : • Qui s'y frotte s'y pique, " tracée près du |x>rc-épic de leur écusson. Les ligueurs suppliaient le duc de ne |K)int acce})ter le logement qui lui était gracieusement offert dans ce château , et de ne jjoint se séparer de ses amis, répandus dans les hôtelleries de la ville. Mais il finit par se rendre aux instances du roi , en s'autorisant de sa qualité de grand-maître de F^ce, pour garder près de sa personne un certain nombre de gentilshommes et les membres de sa famille , qui avaioit eux-mêmes une suite de pages et de laquais : le château se trouva plein d'habitants, animés de haines mutuelles, qui se hvraient
ANCIKN ET MODIiHNK. 37i
chaque jour des combats sanglants. > On n'avoit jamais oui dans cette dté paisible de tels cris ni vu pareille confusion. • Peu à peu les dépotés des États arrivèrent. De Marie , maStre-
d'hôtel du roi , avait reçu l'ordre formel de conduire chacun des survenants dans la cabinet du prince, qui désirait les voir et les bien disposer. Le 15 tiieptcinbre , jour indiqué, ils étaient encore peu nombreux ; on remit la séance d'ouverture aux premiers jours d'octobre. Pendant qu'on décorait avec magnificence l'une des salles du château. Henri « qui toujours avait aimé les iiurnpes religieuses et compté sur elles pour frapper les esprits, fit faire une procession générale ; elle partit de l'église Saint-Sauveur, située dans la basse- -cour du chàte;iu, fit le tour de la ville, et se dirigea vers Notre- Dame-des^Aides , de l'autre côté du pont. Le clergé de Blois marchait en tète, et les députés s'avançaient dans l'ordre suivant : ceux du tiers , ceux de la noblesse et ceux du cleigé ; le roi était à pied avec la reine , les princes et les princesses. Le lendemain , les États s'assemblèrent pour élire leurs pn'sicb'iits et sccrt'taires ; le clergé se réunit aux Jacobins, la noblesse au palais, le tiers en la Maison- de- Ville. Le cardinal de Guise fut choisi par le cleigé , Brissac par la noblesse, La Chapdle-Marteau par le tiers-état. Ainsi ht Ligue manifestait déjà sa prépondérance.
Le 16 octobre, vers deux heures de l'aprhs-midi , Henri III ouvrit la séance. A sa droite ('■tait la reine -mère, à sa gauche la reine son épouse. Six grosses colonnes | artageaient en deux la salle , dont les murailles avaient été recouvertes de tapisseries , rehaussées de riches galons. Les piliers étaient entourés de tapis de velours violet , semé de fleurs de lis d or. Deux ou trois cents gentilshommes de la maison du roi se tenaient derrière lui , debout sur une estrade élevée de trois marches, entre les troisième et quatrième piliers. Au bas de cette estrade, sous le dais roval , était un sicgc à bras, sans d(>-;sier, couvert en velours violet , et destiné au duc de Guise. Autour de la salle était un vHroit passage, entouré de barrières; c'était l'espace
37Î L'ORLfIANAlS
réservé aux bourgeois et aux notables habitants. Des tribunes, fermées par des jalousies , avaient été destinées au l^t , aux ambassadeurs , aux dames et aux courtisans. Un huissier, placé an bak»D donnant sur les cours , appela les députés à haute voix : quatre hé»
rauts les introduisirent successivement , et ils furent çonduits à leurs places i)ar Ifs niaîtu s des céirinoruLs. Guise parut vêtu d'un pourpoint de satin blanc ; il promena sur l'assemblée un regard expressif qui semblait dire aux tièdes comme aux plus résolus : Je vous vois ! Bientôt il se leva de son siège , salua les assistants , et , en sa qualité de grand-maître . alla chercher le roi. L'assemblée se leva pour saluer Henri III . qui descendait lentement l'escalier du palais. Sa harangue lut liinu^iu' cl dipfne : il coninteiKj'a par une invocation à Dieu , protesta (jue le bien du royaume lui était plus cher que la vie , annonça son dessein de mettre fin aux discordes publiques, remercia la reine> mère du concours qu'elle lui avait prêté , et dit qu'elle était digne du surnom de mère de l'État et du royaume. Je n'ai point de remords en ma conscience des brigues ou menées que j ai feites. ajoula-t-il ; et je vous en appelle tons à témoin pour m'en faire rougir, si jamais j'ai voulu faire couler dans vos cahiers des articles plus propres à troubler cet État qu'à lui procurer des avantages. Discernez-moi donc de ceux qui eussent procédé d*autre aorte ; &vonsez , je vous prie , mes bons sujets, ma drdte intention , qui tend à faire reluire la gloire de Dieu et de la religion catholique, à extirper rh«'résie, à rétal)lir l'ordre en ce royaume, à soulager le peuple , à relever mon autorité almissée. Ce (jue la malice des temps a enraciné de mal en nos provinces . ne me doit être attribué (non que je m'en veuille excuser) . il faut s'en prendre à la négligence et à la méchanceté de ceux qui m'ont conseillé ; à quoi j'ai déjà commencé de mettre ordre. «
Cette hamngue produisit un effet extraordinaire. « C'est la |)lu> belle et la plus docte qui fut jamais ouie, non pas d'un roi, mais jadis d'un des meilleurs orateurs du monde , » écrivait un député le
soir même de lu séance ; •• et il eut telle grâi e, telle i,M'«i\ itL' et douceur à la prononcer, qu'elle tii^a des larmes des yeux à plusieurs, du nombre desquels je ne me veux exempter ; car je sentis , à la voix de ce prince , tant d'émotion en mon ftnie , qu'il ûdiat , malgré moi , que les larmes en rendissent témoignage.
L'assemblée, qui avait gardé un silence religieux, applaudit avec transport; les ligueurs étaient surpris et troublés; Guise lui-même chan|R"ea de visage en écoutant les passa<;cs ijui semblaient le concerner. Le ministre Montholon prit ensuite lu jiai-ole, et supplia les députés d'apporter remède aux désordres de l'État. L'archevêque de Booiges fit , an nom du deigé , on discours incohérent . qu'il termina par des vcsux emphatiques pour la longévité du roi. La Chspelle- Martœu , prévôt des marchands de Paris , paria au nom du tiers- . Etat, juiis la séance fut levée. Guise et ses fwirtisans mirent tout en œuvre pour empêcher lieiuri de publier son discours dans son intégrité; cédant aux prières de sa mère, il consentit à supprimer les passages trop inci8i6 pour • les grands du royaume, auteurs de tdies Ligues » et quelques autres parties minns remarquables.
Le mardi suivant, l'assemblée prêta serment de fidélité à l'édit d'Union, comme s'il se fût agi d'une loi fondamentale. Le roi jura le premier, et reçut ensuite le serment des députés. Les travaux commencèrent au milieu du tumulte et des querelles. « Je ne vis jamais tel désordre, écrivait Pasquier, oonmie est celui qu'on apporte pour donna* ordre aux afllùres de la France. Les membres les plus exaltés rivalisaient d'audace : » Heureuse et sainte journée des Tabernacles' s'écria l'un d'eux en parlant de celle des Barricades, tu seras d'éternelle mémoire, comme la délivrance du Capitole à Rome et de kl ville de Bétulie aux mains d'Holopbeme I On osait tout demander au roi; et le but du plus grand nombre était d'obtenir de lui qu'il déclarât Henri de Navarre indigne de succéder à la couronne. Les trois ordres envoyèrent vers lui douze députés pour le solliciter en ce sens : - Trouvez btm, leur répondit-il, que je le somme d abord
374 l/OKLÉANAIS
de se réunir à l'église catholique. • Les députés se retirèrrat; la chambre du clei^gé pensa que ces précautions étaient superflues envers un hérétique rdaps; les deux autres chambres décidèrent de même; le roi ne voulut point se prononcer à cet égard.
Cependant les haines «''rlataient. Les cours et les galènes du château étaient le théâtre de querelles violentes. Henri prêtait parfoi> l'oreille à des propos atroces , et il put se convaincre par lui-même que tout le monde doutait de sa loyauté; on disait que Guise tomberait victime d'une noire trahison. Il redoubla de prévenances et de caresses pour écarter tout soupçon , et , le jour de la fête de Sainte- Bai he (5 décembre), il communia publiquement avec le Duc; celuici se laissa tromper, ses paroles et ses actes trahissaient sou orgueil. Non content d'exercer sur les membres des États une m* fluence sans bornes , il chaxhait à séduire les gaitilsbommes les plus fidèles au roi. Il fit des tentatives de ce genre sur le maréchal d'Âumont , qui eut soin d'en avertir son m^tre, dont l'irritation fut au comble. ^ Que faire, disait-on, d'un sujet ambitieux, qui , cxjmme Coligny, aime trop à faire le roi ? -
L'assemblée vit que la recette était inférieure à la dépense, sur hiq^elle on attribuait deux millions à la guerre projetée contre les huguenots ; loin de vouloir seconder les mesures qu'ils avaient indiquées, les États décrétèrent la suppression des taiUes. La cour fit des observations ; mais les députés menacèrent de se retirer si l'on n'ordonnait sur-lc-champ cette suppression ; ils votèrent en même temps une foule de dépenses , sans accorder un seul moy&k de recette. « Plus le roi se rendoit souple pour fléchir ces hommes passionnés, plus il se nndissoient contre lui*. » Il attribuait au duc de Guise toutes ses humiliations et tous ses embarras ; c'était lui qui gouv0^ nait la multitude, et qui , après avoir chassé son rot de la capitale, manœuvrait pour le faire déposer à Blois. On répandit le bruit <|ue la duchesse de Montpensier, sœur du duc, se flattait de tenir les ' PAfQvtni, liv. xiii, leme vi.
ANCIEN ET MODERNE. m
ciseanx avec leaquete on ferait, aa dernier des Valob, la tonsure de moine. Les royalistes conseillaient de tuor le pasteur, pour disperser
le troupeau. Guise mort , on aurait aisément raison des États, de la Li*jue et des Seize. Henri III prit à part le maréclial d Aumont, d'Ornano et le conseiller Rambouillet. - Les entreprises de ce Lorrain, leur dit-il, m'ont réduit à cette extrémité , qu'il faut que je meure ou qu'il périsse. Je suis résolu de le &ire tuer dans ma chambre ; il est temps que je sois seul roi : qui a compagnon a maître V " Montpezat , de Longnac et huit gentilshommes de la garde se chargèrent de l'exécution.
Guise resta sourd à tous les avis. I^s astrologues lui prédisaient un malheur: on parlait d'une prophétie de Nostradamus ' ; <m commentait le quatrain des Centuries*. On lui prodiguait les avertisMments. La veille de l'assassinat . il trouva sur sa table un billet contenant ces mots : Donnez-vous de garde , on est sur le point de vous jouer un vilain tour. " Il se contenta d'écrire au bas : •• On n'oserait ! •• et il le jeta. Le 23 décembre , il se rend au conseil de grand matin ; le temps était sombre , » le ciel sembloit pleurer les calamités qui allaient advenir*. - Un huissier vient chercher le duc de la part du roi. Les gardes écossais l'entourent et l'accompagnent en le priant d'appuyer une requête qu'ils avaient formée. Les gentilshommes du duc , trompés par c<'lte démarche perfide , s'écartent et le laissent au milieu de ses ennemis. Il s'avance vers le cabinet , troublé à cette heure suprême par de sinistres pressentiments. Les assassins l'attendaient apostés par le roi lui-même. Au moment où sa main écarte les ricbea portières , une pensée subite semble l'éclairer ; il se retourne
* MlMKI.
* Palis conjure m gruul meurtre eemnettre, Bloya luy f«n MMir eon jMa cSect.
* EnrM4|«>nittflenFr«Beer^erB,
I.a rour ki t.i rn un bien fa»chciix trouUe, Le grand de Uloyi ton bon amy tuere, La rtcm mit «n nwl «t double clo«Uc.
4 Pabquibii.
:i7r, I.OULKANAIS
el fîiit mine do revenir sur ses pas; mais il est aussitôt frappé de j)lusieurs coups de poip^nard , et va tomber bruyamment au milieu de la chambre à coucher du roi Le cardinal de Guise et deux de ses genlilshommi^ accourent ; d'Aumont et le maréchal de Retz les contiermcnt et appellent les Écossais. Henri III, soulevant avec précaution un coin de la tapisserie , paraît dans le couloir qui conduit du cabinet à sa chambre. - Mes amis , demande-t-il , cela esl-il fait ?-
Puis il s'uijproche du corps, le touché du pied, et dit : - Fi . bète vciunieuse! lu ne jelterns plus ton venin ! " Par son ordre on fouille les vêtements, et on trouve écrit sur un papier : » Pour entretenir la };uerre en France , il faut sept cent mille écus tous les mois. " Guise n'avait point encore rendu l'âme; il fut saisi d'un tremblement convulsif , et pou>sa d'une voix sourde et enrouée un profond soupir, qui fut le dernier A ce bruit Mnistre, le roi , troublé, se retira, suivi
ANCIKN £T MOUfiR^B. 377
de toQB cenx qui venaient de lui prouver leur cniel dévouement. Les'
huissiers couvrirent le corps d'un tapis destiné aux ébats des {letits chiens de Henri , et mirent sur la |M)itnne du duc une cruix de paille. Un pauvre chapelain demeura seul près de lui.
Le cardinal de Guise fut tué le lendemain à coups de hallebarde. La mère, les enfants du duc, ses parents, ses amis, ses serviteurs . les députés qui lui étaient dévoués forent arrêtés. Mayenne . frère de Guise, échap^m, par la Mte, aux assasaimi qu*€ii envoya pour l'immoler.
Uenn se rendit près de sa mère espérant y trouver du calme , des encouragements et des conseils. - J'ai fait tuer le roi de Paris , lui dit-il , me voici redevenu roi de France ! - — » Dieu veuille , répliqua la vieille reine, que vous ne soyez pas à cette heure roi du néant; vous avez taillé , mais il faut coudre. Avez^vons prin vos mesures! — J'ai tout prévu. — Deux choses vous sont néces^ai^•s. mon fils : promptitude et résolution'. Telles turent les dernières lueurs de raison de cette femme , qui avait exercé la souveraine puissance pendant la vie de quatre rois : Henri li , François 11 , Charles IX et Henri 111. Elle ne survécut que de quelques jours à cet événement , et mourut le 6 janvier, figée de soisuutte-doaze ans , dans le délire , abandonnée de ses serviteurs et même de son fils , (jui ne put supixjrtei* le spectacle de ses dernières douleurs. • Ainsi finit la Junon de la cour, adorée de son vivant, et dont on ne fit pas plus de compte que d'une chèvre morte*. •»
Duchesse douairière d'Orléans , elle avait joui et jouissait encore des revenus de ce magnifique apanage; mais elle laissa des dettes considérables , car elle était libérale, prodigue comme tous les Mé-
dicis, et avait le ^<ml de faire élever de vastes palais , sans vouloir jamais qu'on les terminât. Une crainte superstitieuse lui luisait croire que le jour qui verrait achever ces monuments serait le dernier de
■ Davila, liv. IX.
< L'EfrMLK.
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sa vie. Les poètes saliri(juos l't les pamphlétaires publièrent des vers contre elle, car elle s'était jouée de tous les partis. JLe prêtre chargé de son oraison funèbre dit publiquement : Aujourd'hui se présente une difficulté : si TÉglise doit prier pour elle, qui a souvent soutenu l'hérésie , encore que sur la fin elle ait tenu , dit-on, jwur notre Sainte- Union , et n'ait consenti à la mort de nus bons princes ; sur quoi je vous dirai que, si vous voulez lui donner à l'aventure, par charité, un Pater et un Ave , ils lui serviront ce qu'ib pourront ; je le laisse à votre liberté. » On ne l'a guère jugée que sous le rapport politique, et les renseignements sont douteux au miliea de si terribles inimitiés. Les médisants n'i'pargnèrent point ses mceurs et sa conduite. Le conni'table de Monlnion iicy ayant dit au roi que Diane, sii fiiio naturelle, était, de touâ ses eni'antâ, le seul qui lui ressemblât , la reine ne se soucia pas plus de ce propos que des injures de la populace. EUe entendit plus d'une Ibis les valets et gens du peuple répéter, à son sujet, d'ignobles refrains*. Un jour, pendant la conférence de Talcy > (1562) , tandis qu'elle s'entretenait avec le roi de Navarre, dans une pièce au re/-<lc-< haussée . deux tournebroches. occupés à faire rôtir une oie , parlaient en termes orduriers du fruit de ses amours supposés avec le cardinal de Bourbon. Le roi de Navarre voulait fiiire pendre ces goujats. • Mon couton , lui dit-elle, il
■ Td 4|iie edoi-ci , attnbué i THÈnoomm M Bizi :
Veut-on savoir Im dURrenee De Calherine et JézaM ,
L'une mne d'Israël , L'autre reine de France !
. . . Mon Jugement rst tri .
Lt's chiens mangrrcnt Jézabcl ; Ijuand bi<rn adriendroit la famine , La charogM do CatluiriM
Setolt dUTémte en ce point.
Les dliant anime n'en voudroient point.
* Talcy, chftteau do ri-ttr épriqiic, arait ^l<' rlinisi pour une ronfi'rrnce entre Cf>n<î«^, 'a reinemère et le roi de NaTarrc. Catherine avait, dit-on , le projet d'> (aire arrêter le chef du parti protaaUBt, qot m ratin bnuqaeBieiit nm ri«D terminer. (NnoLM Piixisox , BMont éê Bmt' fmcy, t. V, ck. nr, p. IM.)
ANCIEN ËT MUDËKNb. 379
ne bot pas que nos colères descendent là ; ce n'est pas notre gibier * . • Cependant elle était haineose et savait se venger.
Toujours elle affectionna l'Orléanais', se plaisant à parcourir les coteaux du Rlésois , les Ibrêts chartraines pendant l'été , et bravant . grâce à son goût pour réquitation , les boues cl la fange des chemins de la Beanoe « où die chevauchait sans peine à l'âge de soixante ans. Chambord a gardé le souvenir de ses chasses , de son tir à Tarbalète et de ses magnifiques cavalcades. Talçy la vit au cœur de l'hiver méditer ses plus habiles résolutions.
Sa mort mil fin au douaire du duché, cl les terres de l apanage furent réunies à la couronne par Henri III , qui avait porté le titre de ducd'Oriéans.
L'assassinat du duc de Guise avait plongé Blois dans la stupeur. Une collision entre les royalistes et les guisards pouvait Kvrer la ville aux-horreurs d'un assaut. Tout resta calme; la oour avait réuni assez de force |X)ur achever ce qui (Hait commencé ; les cadavres des pnnces lornuns furent brûlés, et leurs cendres jetées à l'eau ]Niur dérober de iatales reliques aux ligueurs. Les séances des États continuèrent au milieu des apprêts pour les fnnéiailles de Catherine. Mais les députés du Tiers s'étaient presque tons retirés; on présenta au roi les cahiers (le 16 janvier), et Tédit d'Union fut encore une fois confirmé' par un sernienl solennel. Dans les discours de clôture . on ne dit rien de la révolte de Pans et du soulèvement de plusieurs villes ; on ne pjirla (|ue de vagues ainé'liorations. Le roi , dissimulant son inquiétude , afiectait la plus grande tranquillité. Les députés promirent de travailler au rétablissement de l'ordre , mais la force seule pouvait rendre au monarque son autorité.
L«*s ligueurs d'Orléans avaient arljoré les prejuiers le drapt'au ilr la révolte. Us commencent le siège de la citadelle de la Porte
' O'Al-BKiMK.
* BlIANTOMS
Bannier, qu ils ne œssent point de canonner durant trente jours, et finissent par en chasser le maréchal d'Auniont et Balzac d'Entragnes. Les remparts de cette bastille sont démolis, et la cité de Calvin devient le quartier-gâiéral des Ugueure. A cette nouvelle. Henri III rend un édit par lequel l'Univerrité et le présidial d'Orléans sont transfc^rés à Bciueenry. Le maire, les échevins, les déj)uU''s (les Etats de la jinn iiiee, sr ^a.-^^t'lullK•nt , et demandent au pape Sixte V rexcommunie^itiun du roi et de ses adhérents. Lg capitaine du guet et tous les archers signent cette requête injurieuse.
Chartres était travaillée par le» Kgueurs ; la commune se prononça contre le roi avec tant de force, que le gouverneur, Sourdis, annonça qu*il craignait de ne pouvoir tenir. En effet, les boni^^s livrèrent à Mayenne hi porte Morard. Sourdis, arièté et iiunacc. eut la liberté de sortir, à condition i[\x'i\ ne porterait [nia les arnu .s contre la ville; mais il accepta du roi le gouvmiement de Bonneval et de Cbâteaudun. Mayenne partit pour Orléans, ou il fit une entrée triomphale au son des trompettes , des trompes et des clairons. U avait laissé Chartres et le pays d'alentour sous la garde du sire de Reclainville , <)ui envoya sommer les habitants des iHnit»>; villes et des bourgs dr jurer (idéiité à l'Union. Les uns obthreiit . les autres ne voulurent point se prononcer. On chassa de la ville tous les jHtitestants; les gens suspects d'hérésie furwt pillés et emprisonnés.
Cèpendant le roi de Navarre, qui avait deux motifs pour se ranger du parti de Henri III . commença les hostilités dans le Perche, avec les protestants. Il surprit et sacc^igea Brou. Uliers et C^urville, s't'iiipara du château de Villebon , et se rendit maître des routes qui senaient aux approvisionnements de Chartres. Châtillon et Sourdis s'avancèrent vers cette ville avec mille ou douze cents gentilshommes royalistes et quelques arquebusiers. Reclainville , qui se rendait ii Bonneval pour encourager les habitants i la rébellioii , iut attaqué |)ar l'avant-^rde des huguenots, et perdit cinq hommes^ dans une légère escarmouche. U trouva plus loin Saveuse et Forceville, li-
guenrs , qui , sur la nouvelle que le sire de Lorges venait de s'emparer de Châteandnn, s'étaient ëtaUia i Thivars et à Ver» d'où ils comptaient se rendre au camp du duc de Mayenne. Le combat rpcom-
nn lira prî's du village de Liiplantr. Les deux partis penliront ch;i( un une rentaine d hommes ; Suveuse, fait prisonnier, fut conduit avec quarante des siens au ( hâteau de Beaugençy; mais au moment ou il entrait dans cette ville, il reçut une blessure mortelle. Son corps, transporté à Chartres, fut inhumé pr^ de Forceville, dans Téglise des Cbrdeliers. Les habitants de Chartres s'alarmèrent des suites de ce combat, bien qu'il fut de |m'u d'importaiur. On craigtuiit que lennemi ne p(Mi»''tiât dans la ville parlas caves de l'abbaye deS.'nnt- Jean , dont l'entrée était dans la canipa^Mio, et qui passaient sous le» fossés. Le 2 juin eut lieu au faubourg des Épars un engagement meurtrier; la victoire resta aux huguenots, qui prirent Falandre. chef des ligueurs.
ÏJi position de Chartres . au centre du pays révolté , fît hâter les apprêts du si<''i.a'. L<'> s4)l(lats de ]M;ucniit' se pn-scntèrent et offrirent leurs services aux habitants, qui ne voulurent point de ces auxiliaires, toujours prêts à livrer les villes àlennemi quand ils y voyaient leur intérêt; mais ils reçurent le sire de La Châtre, baron de la Maisonfort, de Nouan, de La Ferté-sous-Reuilly. gouverneur d'Orléans, qui était porteur de la balle d'excommunication lancée (.5 mai 15891 par le pape contii' Hniri III I^llf fut plar;n(lt''r' sur les murs et Irs portt-s de la cathédrale; on 1 afTicha de même à Sainte-Croix d'Orléans. Le roi, jugeant à })ropos d*o( eui)er t'uite» les petites villes avant d'attaquer les principales, partit de Beaugençy avec Henri de Navarre; le gouverneur de Jaigeau fit résistance et fut pendu , les habitants payèrent une somme considérable. La cavalerie ori(*anaise , qui sortit pour venir en aide aux assiégés, fut chargt'c ruilcnient cl dispt rs/'c. Gien et La C^'harit»' s'étant soumises, les royalistes furent maîtres de tous les ponts de la Loire. Les habitants de Pithiviers répondirent aux gens du roi par
382 LORLÉANAIS
dt's fanfaronnades, disant que les canons avaient la goutte, et qu'on avait creusé don moyeux de roue |X)ur les effrayer. Châtillon . d'Auliigné et plusieurs huguenots escaladi'rent les murailles ; le pillage dura deux heures. Étampes éprouva le même sort . après quoi l'armée se dirigea sur Paris. Le j)euple était abattu , découragé ; les plus enragés ligueurs s'épuisaient en vains discours, sans faire autre chose, tandis que les politi(jues conspiraient jMJur livrer les portes au roi. 'La ville allait succomber, l(»rsque Jacques ClOment se sacrifia i^our une cause qu'il croyait être celle de Dieu; cet indigne moine, qui nourrissiiit depuis long-temps le dessein d'aller chercher le roi à Blois , se présenta aux barrières du camp établi sur les hauteurs de Saint-Cloud, avec des lettres écrites par les prisonniers de la Bastille, liitnxluit près de Henri , il lui plongea dans le ventre un long coutelas, et fut à l'instant massacré par les gardes.
ANCIEN ET IIOOERNB. 383
Lt^s droits de Henri de Navarre à la couroiiiif étaieiil contestés par les ligueurs, t}ui ne voulaient point d'un huguenot, et par plusieurs des grands officiers du feu roi. Les Guise, saisissant tous les prétextes de troubles et de révoltes , firait élire , sous le nom de Charles X, le cardinal de Bourbon , tandis que les sdgneurs gascons et les calvinistes proclamaient le Béarnais ; les politicjues offrirent de le reconnaître, pourvu iju'il abjarât la foi protcslaiile. Le siège de Pariâ fut levé , et les huguenots se dirigèrent vers la Normandie, serrés de près par les ligueurs , qui les forcèrent à livrer le glorieux combat d'Arqués. Cette demi-victoire releva leurs espérances; ils prirent Falaise, le Bians, Vendôme, et s'avancèrent dans la Beance. Henri tV assiégea Dreux , que défendait le sire de Falandre, auquel on reprochait le sac de Châteauneuf-en-Thinurais , propriété parlicuhère du Béarnais. Sully trouva moyen de faire sauter une toui" que les boulets ne pouvaient entamer. Nonancourt fut pris, et peu de jours après on livra la bataille d'Ivry. Nogoit-le-Roi succomba, malgré les secours qu'y avaient envoyés les Oriéanais. La Malmaison, près d'Épemon , eut le même sort. L'incendie dévora le bourg de Pontgouin. La Châtre, li^'ueur, ruina la fameuse tour du Puiset, et enleva Meung axw l aide du gouverneur île Chartres ; ils s'emparèrent aussi de Châteaudun et d'illiers. An moment du partage du butin, Bazile, capitaine d'Orléans, accusa les Chartrains de mauvaise foi, et se retira avec ses frères d'armes; mais il lit rencontre de troupes royalistes qui l'attaquèrent et le battirent au combat de Saint-Léger-des-Aubés. La Tremouille s'empara de Sours, et La Pàtrière enleva Courville, dont la châtelaine fut conduite prisonnière à Yillebon. Mmntenon était menacé; les ligueurs y amenèrent de l'artillerie. Uoudan et Montfort furent pillés. Le maréchal de Biron saccagea Nogent-le-Roi et reprit Courville.
Les Chartrains, consternés, firent une procession solennelle le 10 février, veille du jour où la ^le fut investie. Les sires de la Loupe et de Favières , ayant rassemblé au lM)urg de Champrund toutes
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les machines nécessaires, voulurent tenter une surprise; mais le gouverneur était sur ses gardes , et ils renoncèrent à oe projet. Soordis s'empara dn faubourg des Épars et s'y barricada. Les habi>
lants se (ir'cidt'it'iit alors à brûler et à renverser toutt-^ le^ maisons en dehors des murailles. Les huguenots s'efforei'renl d'arrêter l'iiu endie. Le sire de Gramniont fit par la porte Morard une sortie qui fut repottssée. Bientôt les reitres et les Suisses de Biron occupèrent tous les faubourgs. Une nouvelle sortie, conduite par le sire de Grammont , fut encore repoussée. Neuf moulins à eau et quelques moulins à bras sufiisaient à peine aux besoins des assiégés , qui se hâtèrent d'en construire d'autres.
Ia- K) février 1 151)1 |, Henri IV, à son arrivée au camp, fit s»jmmer le gou\ erneur, La Bourdaisière , de ne rendre. Celui-ci répondit qu'il faudrait pour cela que le roi abjurât. On le menaça; il répliqua que sa défense serait vigoureuse comme Tattaque, et les combats s'engagèrent aussitôt à la porte Drouaise, en face les Espars, et an fort d'Hercule. Les assiégeants canonnaient cet endroit du rempart avec furie. D'autres batteries , placées dans les cimetières de THôtd- Dieu et de Saint-Thomas, incominodaient les assiégés. La contrescarpe du fort Saint-Jean ne tarda pus à menacer ruin«'; deux cents enfants odrirent au gouverneur de défendre ce \x)\ul dangereux, htv boulets partis des Épais cassèrent une des cloches de la cathédrale. Le 4 on livra l'assaut. Un second assaut plus acharné eut lieu le lendemain ; il dura près de tnns heures , et jdusieurs habitants y périrent. Les troupes, sorties par la porte Saint-Michel, prirent les as^llants en flanc , et les forcèrent à se retirer laissant beaucoup de morts, entre autres le capitaine Goliath, ami d enfance du roi. Des déserteurs afîirmaient (pie les assaillants manquaient de poudre et de boulets, et l'on pensait que Mayenne approchait. Mais les salves d'artillerie étaient toujours aussi fortes et aussi bruyantes. Les sapeurs se logèrait sous le rempart : on les fit sauter avec des contre-mines; un pan de murailles tomba par l'dfetdel'e^qilomon, et
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la Tille eût été prine ce jour-là même, m les assiégeBiits avaient été prêts pour Tassaut.
Des conférences eurent lieu ; elles furent deux fois interrompues par rachanicmcnt avcuLrlt' flt's soldats des deux partis, (|ui tiraillaient et blessaient du munde. Malgré leur situation IVK heuse, les ligneors exigeaient avec insolence que le roi embrassât la religion catholique.
Dans les premiers jours d'avril, Henri . changeant la position de ses batteries , en établit trois nouvelles : l'une dans le jardin des
Filles-Dieu, \ine autre dans le clos de r(''\êrh(', et la tmisiènic dans les jardins proche le Ibsst'. Cette opération s'etreclua durant la nuit par î.nisant, l'abbaye de l'Eau, Morancez, le Coudray, les Chaises et Saint-Barthélemy. Le feu s'ouvrit au lever du jour, et en quelques heures la brfeche fut praticable. lies soldats royaux, la rondelle an bras et Tépée à hi main . s'avancèrent avec résolution; mais ils perdirent plus de trois cents hommes et ne purent atteindre la brèche. Malgré cette victoire, la division se plissa parmi les assiégés ; on soupçonnait le sire do Grammont d'avoir vendu la ville. D'autres capitaines, accoutumés i battre les campagnes, s'en^ nuyaient d'être renfermés. Les notables bourgeois se réunirent, tandis que le clergé délibérait. Les uns parlaient de capituler, les autres juraient de s'enseveKr sous les raines de leurs murailles. Alors
le pouvemeur, levant le masijue. d('r]ara aux liirucurs (jue son intention était de traiter avec le Béarnais , et il leur fit c^nnaitre les articles de la capitulation qu'il espérait obtenir. Les assiégeants faisaient chaque jour des progrès; Mayenne n'arrivait point, ainsi qu'il l'avait annoncé : chacun s'occupa de son salut. Les ligueurs exaltés sortirent de lu ville avec leurs familles . et se retirèrent à Orléans. Ceux qui restaient ouvrirent les ]X)rtes au roi.
Le maréchal de Biron ayant occuj>é tous les })ostes, Ilenn IV, à cheval au milieu d'une troupe d'élite, tit son entrée dans la ville, et s'avança jusqu'aux porches de la cathédrale. Il salua l'évêriue do
Thou et son clerg<^ , tourna bride , et alla descaidre à l'évêdié. Le pi^lat le sunil pour lui ;i(ln s>rr uiic lianinfjne.
La ville fut taxée à trente mille écus et à une contribution en vins et en vivres. Henri partit le lendemain pour assiéger Auneau , qui se soumit.
Le bruit de ces défiiites n'intimidait pas les ligueurs d'Orléans. Les confrères se ruaient sur ceux qui ne partageaient pas leurs finigueux transports. La voix du oordelier Hilaret exaltait plus fanatiques, qui commettaient mille excès. Sur un simple soupçon, le cajiitaine Duroudray tua d'un coup de dti^ue son lieutenant , et fut puni à l'instant même par La Châtre, gouverneur de la villi^, qui lui passa son au travers du corps. On récompensait la trahison : l'hôte du fils de Lanoue reçut deux cents écus pour avoir dénoncé le lieu de sa retraite. L'anarchie, la révolte, toutes les mauvaises passions étaient en jeu; mais on ne feisait aucune tentative pour éloigner d'Entra«,nies, qui, fixé à Beaupency, épiait l'occasion d'enlever Oil(5aii> , (III lais-ait le miiite de Si)issons ravau;er le Pays Chartrain. Les paniphliHaiies delà ville se mirent au travail. Un avocat compara dans ses écrits le roi à un lépreux , parce que l'hérésie était la lèpre de l'âme. Enfin , cette cité, qui avait fimmi un empoisonneur pour Henri 111 , fournit un autre assassin ; Pierre Barrière, batdier, puis soldat, fiûUit tuer Henri IV d'un coup de couteau. Il fut tenaillé avec des tenailles ardentes, puis rompu vif et brûlé.
Cependant le roi , partout victorieux , pressait le siège de Paris. |1590). On coiuiaît par mille récits les maux effroyables que les ligueurs endurèrent. ÎNIais à côté de ces scènes douloureuses se place la piquante anecdote de Dorsan , riche Orléanais, qui se trouvait dans la ville assiégée. En proie aux doukurs d'une maladie morteUe, il reçut de l'un de ses compatriotes le oonsël de manger une cervelle de chien. Le remède n'était pas facile à trouver, car tous ces animaux avaient été dévorés. Un plaisant indiqua au malade le chien de mademoiselle de Montpensier, dont il offrit jusqu'à deux mille écus, et
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qu'elle faisait garder avec soin. La princesae ne se laissa point émouvoir, et le pauvre Orléanais mourut.
Henri , qui ne voulait point livrer sa future eapitale aux malheurs d'un aaaaut, continua de la bloquer étroitement, tandis qu'il faisait la conquête de la plus grande partie des provinces II essaya de prendre Orléans (1593), et fut forcé à la retraite par le duc de MontjXMisier, l'un ilc» Guise. Birmi j)rit {M)sitiun avec ses Iruujx's à Olivet, à Samt-Mesniin et aux moulins de baint-buuison. Les habitants, |)Our se mettre à l'abri d'une surprise, firent raser les maisons du faubottig du Portereau, et Claude de La Châtre enjoignit à tous ceux qui n'appartenaient point à la ligue de sortir des murs. Mais ce fongueux lieutenant de Mayenne traitait secrètement avec le roi. On lui promit une forte sômme d'argent et le bâton de maréchal ; secondé par l'évêque de l'Aubespine et les membres de la confrérie des politiqu(^, il chassa les contivrcs du Petit-Cordon, se rendit à l'Hôtel-de-ViUe, et y annonça le dessein dt reconnaître Henri de NavaiTe pour roi. Les échevins accueillirent cette déclaration , et en peu d'instants on vit flotter dans les rues les écbarpes et les drapeaux UancB. (1694.) Des députés, chargés de porter an monarque l'acte de soumission des habitants, asdstèrent au couronnement qui eut bientôt lieu â Chartres. Henri était arrivé dans cette ville le 17 février (1591). Les religieux de Marmoutier apportèrent la sainte- ampoule proce.s»ionnellement jusqu'en l'ét,'lise de Saint- Père. Quand tout fut prêt , une commission de seigneui's alla demander aux moines de cette abbaye la précieuse fiole , qu'ils promirent de leur. rapporter MtAement (27 février). Les rues épient couvertes de tapisseries. Nicolas de Thou reçut, aux portes de Notre- Dame, la ilole des mains d'un moine de Marmoutier; l'église était tendue avec ma^nficenoe. Dans le chœur s'élevaient des gradins otxupés par les seigneurs et les pruu ipaux de la ville. Le roi se plaça sur un trône de manière à être vu de tous les assistants ; à sîi droite était le capitaine des gardes écossaises; à sa gauche , le capitaine de
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ses gardes ; à ses pieds , les chefs de sa gendarmerie et des chevaulégers. Les grands- officiers de la couronne l'entouraient avec les insignes do leurs dignités. L'évêque porta la sainte-ampoule sur l'autel
et la découvrit ; le roi se leva ; les moines de Marnioutier et de Saint- Père se rangèrent près de l'autel; les barons de France, tenant en main leurs bannières armoriées , entrèrent , et prirent place à gauche au rang des chanoines. Monseigneur de Thou , assisté de l'évêque d'Orléans , demanda au roi s'il entendait conserv er les privilèges du clergé. Il réjHjndit (jue oui . et remit un parchemin oii cette déclarntion se trouvait confirmée. Les grands-officiers lui chaussèrent les bottines . lui mirent les éperons et posèrent sur ses épaules le manteau royal. L'épée, déposée sur l'autol |K>ur être bénite, fut ivndue
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au ooiinétuble chargé de la porter devant le monarque pendant la cérémonie. L'huile sainte mouilla le front du roi , et la couronne fermée , soaleniie par les giands dignitaina de l'État durant la bénédiction , fut placée sur sa tête; pois i) revint s'asseoir sur le trône, entendit la messe, et se retira an palais épisoopal, ou les prélat» et les seigneurs prirent part i un festin somptueux. Lomfbe \ei députés d'Orléans s'éloignèrent , il les gratifia d» 75,000 sols , pour les indemniser des pertes (pie leur ville avait faites et pour récompenser « ses chers habitants - de leur soumission.
Cette cérémonie , si fameuse dans l'histoire, était la marque religieuxe de la légitimité de BouHiqd. Sa oonversion déooooerta les ligueurs. Un oompkft des bouigeois. dirigé par Brissae, lui Kna Paris. Mayenne essaya vainement de prolonger sa révolte. U finit par écouter des propositions brillantes et par vendre sa soumission.
La guerre civile était expirante , mais le fanatisme arma le bras des rt^^icides ; le parlement jugea et lit supplicier une foule de misérables, dont i uQ. Jean Cbâtel, offiit aux politiques un prétexte pour prononcer TexpulsioD des jésuites. Des crimes affineux entanglantaient le royaume; car, an sortir des crises socialeB, les plus humbles se croient en droit d'imiter les grands qui se finit ou se sont feit justice à eux-mêmes. Un crime affireux, dont se souviennent encore les habitants de notre province , est le meurtre de tons les enfants de messire Bourglaliht' , jnésident et trésorier général, demeurant à Orléans. Un laquais, ISolugnot ivrogne, gardait rancune d'une correction qu'on lui av ait intUgée, lorsqu'il reçut ordre d'aller à la maison de campagne où vivaient une partie de l'année les enfants de son maître. Il remit une lettre à la fille athée, qui fit réponse, et le congédia, après avoir recommandé i une servante de lui offrir à boire. Le misérable égorge sa maîtresse , cette fille , un fils et trois autres petites filles, et revient à Orléans. Vingt huit jours s'écoulèrent sans qu'on eût 1<? moindre soupçon d un tt l ma.ssacre. Eiitin , messire Bourglubbé part pour sa maison de campagne.
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et voit les cadavres de tous ses enfants. La justice informe; <m déooavre de l'ai^g^iterie volée chez un pauvre savetier du voisinage, qui est jugé et condamné comme assassin. Vainement il proteste qu'ayant pénétré dans cette demeure, il s'est laissé aller au vol, sans avoir eu part au meurtre ; il est exécuté. Son innocence fut reconnue ileiix ans après; le coupable, arrêté pour un autre crime, avoua son épouvantable forfait ' . Les moines et les ecclésiastiques commirent eux-mêmes des actes de violence tels, qu'il fallut leur défendre de porter des armes. Les paysans fimatisés parcouraient la province. Les Orléanais offirirent au roi 6,000 écus pour l'aider à battre le doc de Mercœur et faire en sorte qu'on les délivrât de ces bandits ; mais le bon roi n en voulut recevoir que 3,000, somme suffisante pour les besoins de cette guerre.
A son retour de l'expédition de Bretagne , dirigée contre Merooeur, il s'arrêta à Orléans, où il se plaisait à voir Henriette d'Entiagues , fille de Marie Touohet et dn gouverneur. Il lui fit présent de 100,000 écus. la nomma duchesse de Vemeuil, se laissa trahir |>ar elle, et comme amant et comme roi , et en eut deux enfants, dont l'un reçut la seigneurie de Beaugency. Il assista aussi dans notre ville à la célébration du jubilé (1600), et obtint du pape toutes les in* dulgenoes ordinaires et extraordmaires pour ceux qui , au lieu d'aller à Rouen, se rendraient en l'église Sainte- Croix. Frère Ange de
' On lisait m le tnimlMatt d«i «nlkati de Bsuif 1*bbé ec» •lanew toachaiitei : Vous dcvies , met eiilkato, par rvrdre de Mtate ,
Ttf vnUf fu^rc viril \'n:\r tr> sépulture ;
Mai» Dieu , qui peut de nou« A won gré dUpoiicr,
Après nus m'a laissé poar la vAtre posvr.
Hat que j aimerois mieux voua rendre une autre vie ! Mats , puisque l'éternel «a penvolr me dénie ,
J'tlùvc en votre nom ce marbr»- dur et fort <jui loDg-tcmps après voui publiera votre mort.
< 'Ih ts i tif.ints m'iini luiiiln- ii'i lii-siMibz l'itscrrc,
Ames qui maintenant habitex dans les deux , Corps qui , Jadis si beaux , n'êtes plus ries qne terre , Avec mille soupirs je vous dis mille adieux.
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Joyeuse se distingua parmi les prédicateurs. Un an plus tard, Henri posa la première pierre de la cathédrale, dont il faisait réparer les ruines, et (18 avril) donna quanœte aipents de ses forêts pour la charpente. Après cette cérémonie , il toucha les écnraelles aux malades, si nombreux (ju'on voyait la file s'étendre depuis les porches de l'église jusque sur le perron de l'Intendance. Dans un autre de ses voyages à Orléans (1605i, il retira les sceaux à Bellibvre pour les donner à Sillery, lorsqu'il fonda l'ordre de Notre-Dame-du-Mont- Carmel , auquel il réunit celui de Saint-Lazare-de-Jérusalem. Il assigna, comme chef-lien, aux chevaliers l'abbaye de Boigny.
Henri IV a laissé de profonds souvenirs dans l'Orléanais. A Blois et à Chartres, où il s'était montré durant les guerres de religion, il s'efforça d(> réparer les désastres catisés par de longues luttes ; tandis qu'il présidait à la restauration des monuments, il revoyait avec plaisir la femille de son brave Lanoue, et y recevait de Sully d'utiles et fermes leçons.
Ce ministre répondit un jour à la fille de Marie Touchet , qui sollicitait de nouvelles faveurs : — " Tout cela scroit bon, madame, si le roi prenoit son argent en sa bourse ; mais il est obligé de le chercher aux mains de pauvres marchands, ouvriers, laboureurs et pasteurs. • Une autre fois, il déchira la promesse de mariage que le &îble Henri avait faite à la belle Orléanaise : — «Je vous crois (bu! <• lui dit le roi. — " Je le voudrois être si fort, sire, que je le fusse tout seul en France 11 avait achet*' la terre de Sullv avec df\s économies qui n étaient point toutes d'honnête origine. Fluâ d'une fois il se montra pillard à la guerre et rapaoe comme financier; mais, en &isant bien ses affidres, il administra heureusement celles de l'État. Apiès la mort de Henri, il se retira au château de "VDlebon, dans la Beauce , où il termina sa longue carrière. On lui éleva une statue et un tombeau dans l'église de Nogent-le-Kotrou.