‹ L'OrléanaisChapitre 18 sur 20 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE L AN 1A10 K l'an K

J^a vie des ducs d'Orléans s'est trouvée jusqu'à présent mêlée aux événements dont -«AtiAni,^ la pro\nnce était le théâtre; bientôt ce sera l'histoire de ces princes qui jetera quelque lumière sur relie du duché. Henri IV laissait le gouvernement d'un pays travaillé par les factions, et la tutelle d'un roi âgé de neuf ans à Marie de Médicis, qui n'avait |X)int les talents do Catherine pour sortir heureusement

(l'uno si erravo iwsition. Livrée aux soins de la politique étranfrëre, elle s tii < upa peu df radininistrutinn de la pioMiicc, et son nom ruse mêla à celui de l apanage tju en de rares circonstances, pour des dons à l'église Sainte-Croix d'Orléans, des règlements de police, des voyages de plaisir à Chartres , à Orléans, à Blois , à Chambord , pour l'établissement des rdigieusescamiélitesdu Hont-Cannel, l<^gées d'abord près de l'église de Saint-Pierre-en-Sentelée; des donations de terres i l'ordre des jésuites» des fondations pieuses et (iuol(|ues mesures contre les protestants. Ces derniers, inquiets de l'avenir, s'étaient rendus maîtres de di\ < i's< s forteresses et du château de Jargeau. Le duc d'Orléans, second fils du roi, étant mort en bas âge , le titre fut conféré par Louis XUI au duc d'Anjou , son frère.

Ce jeune prince reçut le nom de Gaston, en mémoire du vainqueur de Ravenne ; il fut élevé par madame de Montglas, et eut pour goavemeur et surintendant de sa maison Savary de Brèves , sage précepteur, qui portait des verges , dont il ne se servait que très-rarement. Un jour que l'élèvi^ avait adressé des paroles fVu hru-t s aux ^gentilshommes de sa maison, de Brèves le fit servir ausoujier par les goujats de la cuisine; l'enfant comprit le reproche, et ne retomba plus dans la même faute. Après la disgrâce et la mort de Concini , l'éducation du prince fut confiée au sire du Lude, homme de ]daisir, qui laissa ses importantes fonctions à la merci d'un flousrgouvemeur vicieux et grossier. Gaston était perdu , quand du Lude fut remplacé pard'Omano, colonel des bandes corses, soldat brutal. Avant rétîéchi qu'd suffirait de la mort du roi pour donner la couronne à Gaston, le colonel capta l'esprit de son élève au point d'en faire, pour son propre compte, un solliciteur. D'Omano tomba en disgrâce; il se plaignit, et, pour lui imposer silence, on le conduisit prisonnier au château de <Caen. Gaston obtint sa liberté , et lui fit accorder le bâton de maréchal de France avec entrée an conseil , ce qui dt>plut à Richelieu. L'ambition du gouverneur paraissait exciter celle de l'é-

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lève; on arrêta d'Omano; Qaston ne pat, ni par ses prières, ni jiar ses menaces , adoadr son sort. Le premier ministre était sur la trace

d'une conspiration; sans s'émouvoir tk-s [)ropos furieux du ]irinre et du haut rang des complices du maréchal . il fit saisir à Blois le duc de Vendôme, et décapiter le comte de Chalais. £n même temps il entoura d'espions le frère du roi, loi donna pour oonfidents Paylaa* rens et Le CSoigneux, et le força presque à épouser, malgré sa répugnance, mademoiselle de Montpensier. On célébra ce mariage à Nantes (1626). Gaston reçut les duchés d'Orléans et de Chartres, le comté de Blois , la seigneurie de Montargis, et près d'un million de livres de rentes, pour l'entretien de sa maison. La princesse avait en dot la souveraineté de Dombes , La Roche-sux^Yon , les duchés de Montpoisier, de Châtellerault et de Saint-Fargeau, et de nombreuses seigneuries. La duchesse de Guise, sa mère, lui offrit un diamant estimé quatre-vingt mille ëctis. Gaston s'entourait d'une pomi>e presque royale; ses gard«s le i)récédait'nt tambour battant dans les rues; son luxe était sans bornes : enûn il disposait, dans son magnifique apanage, de la nomination aux offices et commissions de iuses. conseillers et autres officiers présidiaux, aux offices et commissions dépendant des aides, tailles , gabelles et autres , ce qui fiû« sait revivre pour loi l'ancienne splendeur des grands fendataires de la « ouronne. Peu de mois a[)rt's , la duclit^se d'Orléans mourut en donnant le jour à la fameui>e Mademoiselle. Les Orléanais honorèrent sa mémoire par des cérémonies funèbres, et distribuèrent de larges aumônes.

Gaston , oocqpé d'intrigues, noya son chagrin dans de nouvdles luttes contre Richelieu , auquel il disputa la tête de Boutteville et de Deschapclles , essayant même d'enlever à leurs gardes ces fameux duellistes, meurtriers d'un autre spadassin, Bussy d'Amboise. 11 n'y put réussir, et but ce calice d'amertume en se livrant plus que jamais au jeu , sa passion dominante. Âdonné à des plaisirs indignes d'un prince, il créait un royaume imaginaire où les chaiges

et di^iitôs ëtaiont données à des seigneurs assez vils pour accepter le titre de membres d'un conseil de vauriermerie,

Louis XIII eût vu avec peine son frère contracter nn nouveau mariage, et Richelieu l'entretenait dans oette disposition. On favorisa les frivoles penchants du duc; on lui souffrit des maîtresses, on répara généreusement les pertes qu'il faisait au jeu : à ses vastes domaines on joifjiiit encore lu terre de AFonllhory. Enfin on lui ])ermit de connaître l'ivresse de la «^^loirc. Il fut nommé lieutenant-général de l'armée envoyée dans l'île de Rhé contre Ruckingham et les Anglais. Les Orléanais le reçurent dans leur ville, et vingt-cinq bateaux suffirent à peine au transport de ses bagages, qui descendirent la Loire. Pour les remercier de leur accueil, il leur accorda diverses franchises, et les engagea à coopérer au siège de La Rochdle, que défendaient ks protestants; ils lui envoyèrent plus tard, sous la conduite de deux de leurs échevins, Mariette et Lhuillier, des voitures chargées d habillements militaires, de vivres et de fourrages.

il signala sa présence au camp par un combat inutile , et reçut ordre d'attendre l'arrivée du monarque. Mais il fallait, pour sauver la citadelle Saint-Martin , feire vider l'Ile de Rhé aux Anglais. Il y réussit, et la flotte française put prendre part aux opérations du sii^. La vietoire était devenue facile, lorsque Richelieu lui retira le commandement. Médicis, qui songeait à mettre fin au veuvatre lie son fils, jeta les yeux sur Marie de Mantoue, })uis sur la princesse de Florence; elle cxintranait ainsi les désirs du roi et la volonté de Richelieu, mais il lui im)X}rtait de ne point voir finir sa race avec la vie de Louis XIII , dont la médecine et l'astrologie annonçaient la fin prochaine. Dans ces luttes d'intrigues entre la reinemère , le cardinal-ministre et le roi , on voit Gaston résister, se soumettre, faire craindre ou espérer tour à tour, sachant [)rofiterdes faiblesses et des <'olères de ceux qui s'occupaient de fixer son sort. Ses conseillers, tantôt amis fidèles, tantôt vendus à Richelieu, les Puylaurens, les Lecoigneux, recevaient des largesses de la cour;

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l'un se faisait nommer préadeut à mortier, l'autre recevait, avec trois cent mille livres, le titre de dnc. Leurs intrigues donnèrent enfin de Tombrage an premier ministre; il résobt de les éloigner du prince, et même de s'assurer de leurs personnes. Celui-ci, fort irrité.

se rciuiit accompagTitî de douze gentilshommes che/ le cardinal. Après l'avoir presque effrayé par ses violentes menaces, il se retira à Orléans.

Déjà quelques émeutes, occasionnées par la cherté des céréales, avaient agité les Orléanais , qui se déclarèrent pour leur prince , fermèrent les portes , et promirent de défendre vigoureusement leurs

murailles. Les plus exaltés lui reprot lièrent d'avoir niénagt' Richelieu , qu'il pouvait enlever et conlier à leur garde. La ville devint le rendez-vous de tous les mécontents ; Gaston y manda ses compagnies d'ordonnance, convoqua la noblesse du duché, acheta des munitions de guene et des armes, et ordonna des levées d'hommes dans la Normandie, le limousin et le Maine. Le cardinal de Lavalette essaya de le calmer au nom du roi , (jui lui olTrit son pardon et amnistie pour tout le monde. On lui luisait entrevoir que Ltmis consentirait à son nuuriage avec Marie de Mantoue; mais, n'ayant point £oi en ces promesses, il déclara qu'il voulait consulter la reine-mère, en oe moment reléguée à Moulins. Il partit d'Orléans le 13 mars avec sa suite, pour se rendre en Bourgogne; mais le roi étant arrivé en toute hâte à Dijon , il se retira en Lorraine. Des édits déclarèrent les seigneurs compagnons de sa fuite criminels de lèse-majesté. Il adressa à son frère une lettre pleine de récriminations, à laquelle Richelien répondit que personne ne poursuivoit Monsieur, et que le roi étoit résolu de chfttier ceux qui, malicieusement et faussement, voudraient calomnier ses serviteurs. Marie de Médicis s'étoit réfugiée à Bruxelles. "Par ses intrigues et la promesse d'une alliance entre Gaston et la princesse de Lorraine, elle réussit à inettie cilui-ci à la tête d'une puissante année. Monsieur publia un maniieste violent , où RicheUeu était accusé d'attentat contre la vie du roi, contre celle de

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la reine-mère , et de piétenlions au Irône , dont il voulait immoler l'héritier présomptif. Le duc de Lorraine avait sur pied une armée dr dix-huit mille hommes . et de touti^ parts éclataient des symptômes de n'ivoile. Hicholieu ne se laissa point troubler ; il demanda au du» explication de ses armements, et lui fit comprendre que Gaston man-

(juait d*audac« et de capacité pour mener à bien une telle entreprise ; il le somma de faire repasser le Rhin à ses troupes , ajoutant que le roi de France saurait au besoin l'y obliger. Le duc de Lorraine alla donc rejoindre l'empereur d'Allemagne , qui combattait les Suédois. Gaston le suivit, en négociant toujours avec la cour de Bruxelles. Il revint vers la fin de l'automne à Nancy, et se décida à prendre pour épouse la princesse Marguerite , fille du duc de Lorraine. On attribuait à Richelieu le projet d'unir Gaston à sa nièce.

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On disait aussi que la reine Anne entretenait le vague espoir d'épouser son faeau-frère, si le roi, toujours maladif, venait à mourir. Le bruit de oe mariage, que l'on voulut en vain cacher, raviva tons les ressentiments. Gaston, soutenu par l'infante, se prépara à la guerre. La condamnation à mort du maréchal de Marillac n'effra} a point le duc de Montmorency, gouverneur du Lnn^aiedoc , qui promit au pnnce son appui. Dix rt'i,'irMPiits d<' cualt ru-, rt runu' de l'armé*! espagnole, se cantonnèrent à Trêves; Gîistoii les rejoin^it à la tête de mille chevau-l^ers et gendarmes. Toutes les villes lui fermèrent leurs portes. Battu au combat de Castelnaudary, il cheroha vainement an milien des ennemis un trépas glorieux. Il se retira vers le Roussilkm, où les Espagnols lui promettaient des renforts. Mais, c^ant aux prières de la duchesse de Montmorency, qui espérait fléchir Richt'lieu et sauver son époux, il envoya le sieur de Cliaudebonne vers le roi. La paix fut signée à Bé/iers. Gaston, rétabli dans tous ses biens, congédia son armée. Quelques-uns des complices de sa révolte périrent sur l'échafaud; il ne put sauver ni Cabestan, ni L*Estiange, ni Deshayes, ni Montmoren<^. Indigné de l'exécution de cet illustre rebelle, il sortit pour la quatrième fois du royaume, affectant de douter de la loyauté de son frère. Il arn\a à Bruxelles (1633), et le gouveniement espagnol lui donna trente mille florins par mois pour l'entretien de sa maison. Il ne négligea rien pour blesser et provoquer Richelieu. Un arrêt du parlement déclara son mariage avec la princesse de Lorraine nul , et son beau-père coupable de rapt L'armée royale parut bientôt aux portes de Nancy. Pendant les négociations Marguerite s'évada, et rejoignit à Bruxelles son époux. L archevêque de Maliiies ratifia cette union, si contraire aux volontés et à la politi(pie de Richelieu. Los docteurs de l'université de Louvain , les jésuites , tous les jurisconsultes et théologiens écrivirent à l'envi , les uns pour et les autres contre la vaUdité du mariage. Des duels curent lieu ; les querelles et les violences se multiplièrent au point que le gouverneur de Bruxelles se plaignît de la

présence de ces émigrés , plus turbulents que tous les Flamands ensemble.

Richelieu sut , |iai- d'adroits émissaires, persuader à Gaston qu'il était temps de traiter de la paix. Louis XllI repoussa les premières ouvertures, mais il se laissa fléchir quand il eut la pienve que son frère trahissait les Espagnols, et négociait, malgré son serment solennel de ne rien faire sans leur avis. Le duc, de retour en Fkanoe, ne parut occupé que dos alTairos de son domaine; il visitait ses fidèles Orléanais, écoutait leurs réclamations et leur faisait rendre justice (1634). Pendant son séjour à Paris, il présidait des conférences littéraires , traçait les premiers plans de l'Académie française, et recevait du cardinal le gouvernement de l'Orléanais. Ces nouvelles fiiveuis étaient loin de prouver que la colère du minis^ fut désarmée. Puylaurens , arrêté tout à coup, alla méditer dans les cachots de la Bastille sur le dangereux honneur d'avoir été le confident des faiblesses il'un prince.

Le duc d'Orléans, irrité de cette mesure, si contraire aux promesses jurées . se démit aussitôt de son gouvernement, et se retira à Blois, sans vouloir accepter l'asile que lui offiaient les Espagnols, prêts à commencer la guerre avec la Flranoe. Bicbeliea essaya de le calmer ; il lui fit aecorder des sommes importantes pour ses constructions de Blois et de ('h;milK)rd, et le choisit pour chef d'une armi-c de vingt mille hommes le\ee dans 1 Orléanais. Gaston, touché de cet honneur, vint se joindre aux troupes royales avec huit cents gentilshommes de son apanage. Ses opérations, mal conduites, ne lurent pas heureuses; il semblait préoccupé de ccnnplots dont Montrésor. son favori . était le principal agent. Il s'agissait de tuer Rîchdien. à Amiens , pendant te siège de Corbie. Gaston , par faiblesse on religion, Ht érhouer le complot. Plus lard il s engagea dans la t(»nspiralioii de CMRj-.Mars, et doima ses |KJUvoirs à Fontraille> , (|ui signa la convention avec Olivarès , ministre d'Espagne. Richelieu fut instruit de cette trahison , •* et Gaston , suivant sa coutume , demanda grâce.

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en chargeant et abandonnant ses complices ' . - Sa déposition causa la perte de Cinq-Mars et celle de de Thou ; le traité ayant été brûlé.

il était impossible d'avoir des preuves. Gaston répondit aux interrogTitoires du chancelier, son silence eût sauvé les accusés. Couvert de honte , il traversa une partie du royaume au milieu des marques du mépris général, et se retira à Blois. Pendant stm séjour dans cette ville, il apprit successivement la mort de la reine-mère et celle de Richelieu. Le dernier acte du ministre, qui prévoyait la fin prochaine de I^mis XIII, fut la publication d'un édit flétrissant pour le duc d'Orléans. Là se trouvaient rap|)clées ses trahisons et son ingrati-

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tude ; il était déclaré indigne d'exercer jamais la régence ; on hn ei.* levait sei» chaiges et ses dignités.

Cependant Louis ne descoidit point an tombeau sans se réconcilier avec son frère, et lorsque, dans ses derniers jours, il s'occupa de

déférer la k «iniie à la reine, il déclara Monsieur, duc d'Orléans, lieutenaiit-tjLMiéral du roi minonr ; il consentit aussi à rtcunnaitre la validitt* du mariage de Gaston, pourvu qu'il fût célébré une seconde fois en France. Cette cérémonie eut lieu , en effet, quinze jours après la mort du roi. Mazarin était alors premier ministre. Plusieurs partis divisaient la cour; les princes de Vendôme étaient i la tête de cdui des ImportanU, opposé an parti de Gaston et de Condé, le vainqueur de Rocroi. La gloire de ce jeune général effaçait toutes les antres renommées ; Monsieur en fut jaloux , et voulut à son tour acquérir des droits à l'admiration publique. Il s'iiuiuii'ta peu de savoir si ses advei"saires étaient les ELspagnols , ses anciens alliés , ou le duc de Lorraine, son beau-frère. En tout il ne voyait que son avantage ou son propre intérêt. Il a88i^[ea et prit Gravelines, s'empara de Béthune. de Cassel et de Saint-Venant, et continua pendant plusieurs années cette guerre mêlée de succès et de revers. LoRMiue Anne d'Autriche s*aperçut de la {)énurie du trésor ^ du mauvais vouloir du parlement, lorsqu'elle se vit réduite à donner l'ordre aux magistrats de se transférer à Montargis, ellr eut riMours à son iH'au-frère, qui, \y,\v sa faconde, contribua à 1 heureuse issue des conférences de Rueil ( 1(349).

- Cet homme, qui aimoit le plus le wmmencement des affaires, comme il étoit l'homme du monde qui des ailiùres en craignent plus la fin *, » ne pouvait rester étranger aux intrigues et aux agitations d'une régence. Jamais les mœurs n'avaient été si dissolues; les femmes se mêlaient de tout , entraînant les têtes fiiibles à commettre les plus indignes trahisons. Toutes les grandes choses de l'État se négociaient comint? (•hos<'s d'amour, sans scrupule, sans conscience et sans dignité. Parmi les autres femmes, se signalaient les duchesses

' Le cardinal DR Retr..

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de Lon^^ueville. de Bouillon, de Chcvivusc, et enfin les princesses ue Condé et de Monlpensier. Cette dernière était fille de Ga:âtun et de Marie de Bourbon. Douée de qualités brillantes et d'un naturel ambitieux, die voua une haine implacable au cardinal Mazarin , qui lui avait donné l'espoir d'épouser Louis XIV, et s'était ensuite joué de »es illusions. Elle resta d'abord fidèle aux frondeurs ; mais sollicitée, recherchée par eux , elle se laissa peu à peu aller à les servir. Imitant îson père, elle s uint tour à tour au parti de la reine et à celui de (^ndé. Lorsque la guerre civile éclata (1652), Gaston l'envoya à Orléans afin de maintenir cette ville dans son parti, et d'en fermer l'accès aux royalistes. Mazarin, qui venait de repousser Condé au éàk de la Garonne, se replia sur U Loire, et tenta de s'emparer d'Orléans. Le duc de Nemours accourut avec une armée d'Allemands et de frondeuis, et traversa la Beaucc, pour couper la retraite aux royalistes. La capitale de 1 Orléaniiis, qui voulait rester neutre, tenait ses portes fermées aux trot^ies des deux partis, lorsque Mademoiselle se glissa furtivement par une potesme cachée , et décida les habitants à se prononcer pour die. Alors l'armée royale, commandée par Turenne, remonta jusqu'à Gien, ou die passa hi Loire , tandis que Nemours manœuvrait sur Montargis. Condé rejoiurnil les frondeurs au pied des murs de cette ville, dont il s'empara; puis, informé que la cour était à Gien , Turenne à Briare, et d'Hocquincourt à Bleneau, il tomba sur les troupes de ce donier, et les tailla en pièces. La cour se trouvait menacée et la peiâonne du roi était compromise; mais Turenne fit fnce au danger, et tint bon sur une chaussée étroite que les frondeurs , trois fms plus nombreux, essayèrent vainement de forcer. Dès qu'il sut la cour en sûreté , il se mit en retraite vers Gien. Vous ave/ siiuve l'État, lui dit la reine Anne, et sans vous toutes les villes nous eussent fermé leurs portes*." Les deux armées se nqtpiochèrent de Paris. Condé, forcé dans ses retranchements, qui allaient de U chaussée de Ménilmontant k la

' Ijb ranUnal OB Bbtz, t. lit, p. laS.

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iSeine , fut poursuivi jusque dans les rues et les maisons du faubourj: Saint-Aiitoino , où il se dt-IV-ndit av(v acharnement- Los portes de la capitale restaient fermées; le roi avait donné l'ordre de repousser les troupes de Condé, même par la force; le peuple, ameutét voulait secourir les frondeurs. En cet instant décisif, Mademoiselle arrache au faible Gaston l'ordre de laisser entrer les blessés, pois elle court à rHôtel-de-Ville, et force le conseil à détacher denx mille hommes sur la porte Saint- Antoine. Elle traverse les rues un lKtu(|uet de paille à la main, en eriant : Que ceux qui ne sont pas iMiizarins prennent la paille, sinon ils seront saccagés. Le peuple Tapplaudit avec transport, et la ville se déclare contre le roi. Mademoiselle monte sur les remparts de la Bastille, pendant que Gaston se portait en personne an secours de Condé. Les frondeurs opposaient une résis> tance désespérée à des ennemis pourvus d'artillerie: lenrs rangs s*éclaircissaient à chaque instant. La porte s'ouvre, mais ce secours semble tardif; l'arrière-garde , enveloppée, succombe sous le nombre, quand on entend gronder le canon de la Bastille; c'est Mademoiselle qui vient d'y mettre le feu, et le dernier frondeur peut rentrer ti«nquillement dans la ville! Les portes se ferment; le canon de la Bastille redouble, et Turenne, qui se voit arracher sa proie, se retire lentement vers Saint-Denis.

Une assemblée est aussitôt convoquée à l ilôtel-de-Villc ; C^iiston et Condé s'y rendent pour faire décider 1 union des princes avec lu cité ; on les invite à ne point dicter de conditions , et ils se retirent en proférant des menaces et des injures contre la bourgeoisie. A leur voix, éclate une émeute furieuse, «|ue Mademoisdle réussit à calmer \mr son intrépidité et son sang-froid. La capitale était livrée à l'anarchie; les lois étaient sans forc4^ et le pouvoir était privé d'appui ; il n'y avait plus ni jiolice m frein; les malfaiteurs faisaient entendre ehaijue jour les plus alfreuses menaces. La 1*' ronde s'usait et se minait elle-même. On lit aisément sentir au faible Gaston la nécessité d'un prompt accommodement avec la cour. Il parut devant le mi. qui

lui dit : •• Mon oncle , vous a\ ez pris ce vieux prétexte de tous les soulèvements ; on attaque les ministres et on décrie la conduite des affiiires, comme vous fiâtes aujourd'hui... Mais voua avez livré la France à l'avarice et à la cruauté des natknis étrai^ëres; oomment pouves-vous . apièi cda , persuader que vous souhaitez la gloire et la conservatifHi de cette monarchiet... •* Cépoidaiit il fiUlait plier, car la capitale était passée de l'enthousiasme de la révolte à l'enthousiasme de la souiiiihsion Le roi y rentra, apn^^s avoir fait proclamer l'amnistie. Gaston partit pour Blois, suivi du duc de Beaufort. Mademoiselle de Montpensier se retira dans ses terres. Depuis lors , la vie du duc d'Orléans n'ofire rien de remarquable. 11 perdit son fils unique, le duc de Valois, ftgé de deux ans, se réconcilia avec sa fille, que des procès de famille avaient éloignée de lui , et mourut A rige de cinquante-deux ans (1660). Dans les derniers temps de sa vie, il tourna à la dévotion; une de ses maîtresses prit soin de le ramener au bien, et il édifia tous les Blésois par son exactitude aux offices et aux vêpres.

Montn^sor trace un portrait fidèle de ce prince, qui n'eut jamais de crainte que pour sa penonne, et qui ne ménagea ni la vie ni l'honneur de ses amis les plus cbers. Il entrait dans tontes les affaires par faiblesse, et en sortait toujours avec honte, parce qu'il n'avait pas le courage de les soutenir. Il sacrifiait les autres, et trouva i)lus d'un traître qui se servit de lui pour faire son chemin. « Monsieur était un grand prince, disait un jour l'abbé de La Rivière, on n'a jamais bien su ce qu'il valait. * — - Excepté vous, lui répondit vivement Mademoiselle, car vous l'avez vendu assez de fois. » Il avait, comme Henri IV, l'esprit vif et pénéUant, mais il ne cultiva pas ses dons naturels, et mérita le jugement sévère des historiens *. Il a laissé plusieurs écrits et des mémoires estimés.

* On lui fut dire c«-s wm à la France qui l'appelle :

Jo naquis en dormant , J'y veux passer ma vie. Jamais de m cvcilli r il tic- me prit envie. Tni , ma femme et ma Aile , y pcrdri vw cITorta . Je dois.

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L'(^luile de la bolanique charma ses loisirs. Près de son palais de Blois. il fonda un jardin destiné à naturaliser toutes les plantes que les médecins regrettaient de ne pas trouver en France. Des savants allèrent, par ses ordres, en recueillir dans les contrées lointaines. Il se plaisait à suneiller toutes ces plantes étrangères, les faisait ranger par ordre, et les tenait généreusement à la disposition des médecms et des malheureux. Abel Brunyer fit imprimer la description botanique de ce jardin. Robert Morison donna plus tard le catalogue raisonné des plantes recueillies à j^rands frais par ce ))rince, qu'il place au rang des bienfaiteurs do l'humanité. 11 se plaisait à Chambord, que ses dépi>nses contribuèrent à embellir. 11 visita souvent la ville d'Orléans , témoignant un grand intérêt à la prospérité de son commerce et de ses manufactures, et encourageant de ses deniers les Hollandais qui vinrent y fonder les premières raffineries.

Il ne laissa point d'héritiers mâles. Sa fille , mademoiselle de Montpensier, sans cesse occupée de projets de mariage avec les rois et les plus grands princes de la chrétienté , finit par épouser secrètement un simple gentilhomme, le duc de Lauzun , dont elle endura les insolences et les dédains. Après avoir étonné le monde par son orgueil et le retentissement de ses aventures, elle finit dans la dévotion et le silence , léguant une partie de ses biens aux pauvres , et laissant l'autre à son héritier naturel , Monsieur, frère de Louis XIV.

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