‹ L'OrléanaisChapitre 8 sur 20 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

IU»is (arloviticii-nï. — l'cpin-If-Hrcf. — Louis-lc-Drbonnaiic. — Tr»iU- d'Orléans. — Invasion des Normaixli. — Sièges de Charlri's ft dX)r)«anK. — Eudes, comte de Blois. — Le roi Rolx-rt. Concile do UeauKi-nrv. — Le châtelain du Puiset. — Concile d'Orléaus. — Cruisadc de Luui» VII ; II répudie la reine Kléonorc »rec l'autorisation de» prélats réunis à Beaugrnry. — Boi^ny. rhvf-livu de l'ordre de Saisi- Lazare de JéruMieni. — Le Petit- Coteaux.

de tous ces priiut's qui se suct•(^d^mlt sur le trône pendant deux s\î*cles. L'étîiblissement destiefs. mesure gt^néralement adoptée, nous rappellera quelques faits particuliers à la pnn ince.

Les maires du palais, usurjmteurs de l'autorité royale, souffrireîit qu«' les p^nds sei^^neui^s se partagi^sscnt le royaume en états pn*sque indépeudiuits , niais assujettis encoiv à des ivdevances et à des Hcle>

(le S4'naffi' oiixcrs lu coiinmne. Lt^ donataire d uii lief engageait sa foi au seigneur qui le concédait ; et, du banm au comte, de celui-ci au marquis ou au duc, il s'établissait une hiérarchie remontant jusqu'au duc, qui lui-même jurait otiéissance et devait hommage au roi. Lp

\assal j)rnini'ttait de suivre son sei^nieur à la iiiurre et de 1 aider de ses troupes et de son argent. 11 lontraelait diverses obligations, parfois bizarres , sous peine iiv perdre son fief et même la vie. Malgré les prétentions dangereuses des feudataires , Pépin ne voulut point changer ce que les fiùbles Mérovingiens avaient laissé s'établir; il augmenta même le nombre de fi^s. Telle est l'origine des grands vassiiux et la seule apparence do décent mlisalion du jMJUvoir politique <|ui p< i niette de reconnaître les passages relatifs à l'histoire de chaque province.

On voit sous les rois de la seconde race un Samson , duc d'Orléans, qui vivait du temps de Pépin ; il transmit cette dignité i son fils Ernest. Ce dernier, héritier par sa mère du duché de Normandie, refusa rhomma^c à Louis-le-Dc^bonnain» , s'appuyant sur des subtilités qui n ii\ai('iit lunande iidluence à cette époque où la véritable loi était celle du plus fort . Ses espérances allèrent plus loin , et il se rendit à Reims pour s'y £ûre couronner. Guillaume de Narbonne, connétable de France, le tua d'un coup de poignard. Baho, second fils de Samson , fut maintenu par Charlemagne dans son titre de comte d'Orléans, et eut pour successeur Mainfroy, dont la fille, Kngeltrude, éjxiusa Bo/./oii , loi de ProNcnce.

Nous anivons à l'époque de l invasion des Normands. Ces pirates belliqueux étaient originaires du Danemark et de la Suède. Leur première descente en France eut lieu sous le règne de Thierry. Battus par Théoddjert, ils regagnèrent leurs navires , mais le Frsnc les poursuivit et en fit un grand carnage dans ime bataille navale où leur chef, nommé ('Mi lulKh , tut tue. A]>ivs un long inU rvalle , ils reparurent >nii^ lii ronduile de Bei i , sui'iionimc Coste-dc-Fer . pirate siuis loi m merci, ils desc^aidireiit sur les côtes, remontèrent les ileuves, niva-

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geent ce qu'ils ne brûlaient pas. Trop faibles pour se heurter à la puissance de Charlemagne, ils manifestèrent, sons son règne, leur pn'*scnrc j)ar dt's loups (h- main si hardis, que le vipil mipereur. frappé d un secret pressent inunt , s'é(ria : Qur smi-re après moii (^ue de calamités vr fcrorU'iU pan soufjrir à la France!

Dans les dernières années de la vie de Charlemagne, une armée de Normands , grossie des bandes de Saxons qu'il avait dispersées , débarqua sur les côtes , et fîit repoussée. Mais pour prévenir de nouvelles attaques, remi>ereur fit a\ec eux un traité jxni d!{.nie de sji puissance et de soîi ramctère. Une politicjue plus jeune et plus vigoureuse eût mieux sen i les int(M êts du pays ; et d'ailleurs les convention» acceptées par l'un des chefs de ces aventuriers ne liaient pas les autres. Les désastres de la bataille de Fontenay, où périt presque toute la noblesse fruu^se , enhardirent les Normands. Ils crurent l'instant pr(i|»ice. et reconinieiK ♦•reut leurs incursions, l'ne flotte conijjosée de deux cent cnujuante lian]U(^ \ oniit sur la piaffe, non loin de Nantes, ces rapaces ennemis. Ils tuent, le samedi saint, l'évêque, au moment où il bénissait les fonts baptismaux. Après cet horrible sacril^, ils ronontent le cours de la Loire, brûlent et saccagent Angers , qu'ils abandonnent pour se porter^sur Orléans. (An 856.) La ville, prise d'assaut , l'ut le théâtre des plus cruels exrhs. Tandis (|ue les chefs [>artaj,M-.iicnl ii- hulin cii donnant riix-niênics rext'inpie tlu jjiliaj^r. un jjarti nonnand alla dévaster la riche ahbt»ye de Sjiint -Benoît , fondée par cet Alboin , lieutenant de Vamachairc , qui avait trahi Brunehaut.

L'incendie compléta la ruine d'Oriéans; mais, au dire des chroniqueurs, l'église de Sainte-Croix ne put être endommai^i . j)ar les flammes. Cette cit»- \\i une troisième fois les luirlxires menacer se» murs; elle se racheta en leur payant une rançon.

Trois ans plus tard ils mirent le siège devant Chartres , et commencèrent par saccager les faubourgs. L'évêque Gousseaume demanda du secours à Richard, duc de Bourgogne, qui accourut et

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livra bîitaillc à Holloii. La vii toiiv fut t haudouu'nl disputée. Au plus fort de l'action , le prélat, suivi du dergé et des habitants, s'avança vers les Nonnands , qui se retirèrent dans la prairie sumoromée le prê des Recufh.

.Maliïiv ((S tristes événements, les Bivtons deDol «Tui-eiil préserver les relitpies tle siint Suiuson en les transpdrtiuit dans 1 église de Saint'Syniphoricn d'Orléans.

Occupé de ses luttes avec les Saxons et de ses conquêtes d'Italie, Charlemagne a laissé peu de souvenirs se rattachant directement à notre province. Sous le règne de Louis-le-Débonnaire, Bbis vit, non loin do SOS murs, s'accomplir un acte étrange qui prouve la puissîiiK f (le 1 l^<;li>e et la déjjradation morale dos des« tjidants de ('liarle>- Martel. Un lils impie, Lotliaire. inipiitient de posséder sans contrôle l'autorité souveraine , à laquelle il était associé , déclara la guerre an vieil empereur, qu'il fit prisonnier. Perdant tout espoir de l'amener à fiure une abdication volontaire, il résolut de lavilir, afin de le détrôner plus sûrement. A cet effet , il rassemble un concile d'évêques , dont Ebbon, arehevé(|ue de Reims, est le jm-sident. l ne conlession pleine d'aveux indi^rnes de la majote royale est pai" eux dictée à Louis, qui, tremblant sur le sort de sa femme ot do ses autres enfants, paraît dans l'église, s'agenouille en lace de l'autel, et lit d'une voix entrecoupée de sanglots cet infilme écrit.

A cette nouvelle les frères de Lothaire prennent les armes, délivrent l'empereur ot lui rendent son seeptre. Il le saisit d'une main si débile que son indij^riie tils ronou\t'lle sr> tentatixcs. Louis, près de succomber, implore le secours de Pepin d'Aqmtaine et de Louis de Bavière. Us volent vers lui, attaquent Lothaire et l'enveloppent, pr&s de Blois, avec une armée supérieure à la sienne. Après avoir essayé de séduire les troi:^ de ses frères, le mauvais fils, abandonné de ses meilleurs soldats, se rend à discrétion. Les vainqueurs lui imposent une pénitence publique, en rej^n siiilles de celle (ju il avait f'Xigt'o do Louis. (An 843.) Un trône s élève sur un montieiUe qui

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donoîne la fdaine; Fempereiir s'assied scms une tente ouverte de tous côtés aux regards de l'armée; Lothaire s'approche, fléchit le genou ,

et entend les reproches du vieillard . qui lui tond les bras , et lui accorde. ii\ev son pardon . la prnnissinn ilr sr rctiiTr en Italie.

Vers la même époque hnit 1 Heptarchie anglaise. Les sept royaumes dont se composait l'Angleterre furent réunis en un seul.

Louis, en mourant, laissa son titre d'empereur et l'Italie à Lothaire; Charles IV, dit Chawse. gouverna la France; Louis de Bavière eut les pays d'ontre-Hhin . Lothaire prétendit exiger de le serment et l'homninfre, et il »'n\o\a à Charles ties aniltii^-iideurs j)our qu il eût à accepter son protectorat. Irrité de srs relus, il l'attaque au miment oii il était occupé à soumettre les Bretons. Charles vient à sa rencontre, et les deux armées se trouvent en présence dans les plaines d'Orléans. Outre les soldats qu'il avait levés en Italie , l'empereur attendait de puissants renforts «fue Pépin , ennemi de Charl(N , amenait d At|uitaine. Charles. ]K'U sûr des dispositions de ses géïK-niux , les ivunit autf>ur de lui. et d vni toîi ('■Ticr^^itjue leur expose ses inquiétudes en leur demandant un avis. Les plus fidèles entrament ceux qui chancellent , et tous s'écrient : « Nous sommes prêts i mourir pour vous. Mieux vaut un trépas glorieux qu'une lâche défection ! <• Informé des apprêts que Charles faisait pour engager la bataille, Lothaire se ravise. Comptant sur l'effet des dons et des promt'ss»'s ))lus (|ue sur If sort incritam de la irurirc. il t nlainr dr perfides négociations. Plusieurs des généraux de Cliarles se laissent gagner, et le traité, qui pouvait lui devenir funeste, ne lui enlève qu'une très-faible partie de ses domaines.

Les deux frères signent i Orléans les préliminaires d'un arrangement provisoire, et indiquent un «second congrès à Attigny. Tandis que Charles rej)renait la loute dr Brctnirne pour y eontinuer la guerre, 1 empei'eur, sans n*spert pour le trait»' d'Orléans, taisait rompre les ponts et dégrader les chemins, s efforçant ainsi d'empêcher stui retour

Ses troupes assaillirent les flancs de l 'armée française, afin de retarder

sa marche. Charles, triomphant de tous les olwtaeles, faisait jH)rtcr à la tête de ses troiipt's la croix sur laquelle avait jur<^ le traité. Après plusieurs escamioui^hes sîins imjjortance , une liataille s'enj^agea près de Fonlenay. Le rania^fe fut si épouvantahle que les vainqueurs fii-enl répandre par la voix des prêtres qu'il fallait attribuer ce massacre à la volonté de Dieu . et que les priiu <>s en étaient innocenti».

Les trois frères, en signant la paix deThionN-ille. mirent un ternie à leurs sanglants démêlés. Charles y reçut en partage la France. Louis la Gemianie. Lothaire l'Italie, la Provence et le pays nommé plus tard la Lorraine. Les deux fils de Pépin, héritiers de l'Aquitaine,

voyant que celte province était concédée à Charles-le-Chauve , se défendirent avir courage pendant plus de cinq ans. Vaincus et trop faihhN pour «oiitinuer In guerre, ils eurent recours aux Normands, et

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cette allianoe impie hâta leur ruine. Le plus jeune, pris dans une embuscade, fut conduit à son onde, qui l'abandonna i un tribunal fimné de seigneurs et de prêtres . et siégeant à Chartres. Il fut oon-

danuK^ à êtro rast^ , et finit s< s joui-s au inonastorc iiv Oorbie.

Charl»'s-lt'-Cliau\t' coiiliriua et liii^sa volonlicrs ijiaïulir la puiss-ince des tieik; on vit les ducs de Gascogne , d'Aquitaine et de Bretagne, les omntes de Flandre, de Champagne et de Bouigogne entrer en lutte avec les rois. Robert^le-Fort, descendant de Charles-Martel , reçut le titre de duc de France, et eut pour apanage les pays «tués entre la Marne et la Loire. Il était marquis de Bour^nfi^n»^ et comte d'Orléans, et se signala dans les ^j^urrirs a\»'r Xcuinaiuls ; il fut tiii'- par un de leurs chefs nomnu' /fa,sf>nf/s. On rapjM)i te que te chet de brigands, après avoir pillé Vendôme etChâteaudun, s'arrêta aux environs de CSiartres, ville trop bien fortifiée pour qu'il osfit l'attaquer. Il usa d'un stratagème et fit répandre le bruit que le chef des Normands, atteint d'une maladie mortelle, s'était converti, et avait demandé, comme une LTiâcc tlernitTr . (|ue son ('(11758 fftt d»'pos(' dans la c.athf'dnile de la ville, suivant lu pompe et les rites chrétiens. On ajoutait que ses lieutenants désiraient eux-mêmes se eonvertir. Les Chartrains, trompés par cette ruse, accédèrent à leur demande. Ils entrèrent à la fiiveur de te nuit , portant des torches allumées autour d'un cercueil qui renfermait le corps d'un soldat , et se jetèrent tout A œuj) sur l'évèque Frobold , sur k*s pivti-es, les moines, massacrant les femmes et les enfants Eudes , til> de Robert -le- Fort , hériti(M' de ses seifîTieuries. fut comte d Orléans, et devint roi de Franee. Robert, frère d'Eudes, eut les titres de comte et d'abbé de Saint-Aignan ; il fut tué par Charle84e-Simple, dans un combat près d'Oriéans.

Les ténèbres dont est enveloppée l'histoire de France sous les derniers CBrlo\ iii^iciis s'étendent à plus forte raison sm* l'hffitoire spéciale de chaque pnn ince.

Nous arrivons donc proiuptenient à la dynastie fondée par Hugues-

' CHBVAirr, HUtoire Ckartm, 1. 1 , p. SOS.

( ';ilM t, tilsd»' I luj;ut's-Ir-( ir.iiid. L<»isi|iK' (r priin r monta sur le trône, il II avait en pleine et entière jouissance que le duché de France, dont Paris était la capitale, et qui comprenait l'Orléanais. Le titre de comte d'Orléans se perdit dans le titre de roi. Sous ce monarque, la France» bornée par la mer de Gascogne, la Manche, le Rhin, la Suisse, les Alpes et la Méditerranée, obéissait aux ^itinds vassaux, les ducs de l laiidre, !<'> criiiitcs de Veiiiiaii(l(ii> . lo durs d»* Bouriri><îiie. de l><(rruine, de Ga.>( M<rne et d A(|uitaiiu'. Le roi n avait sur eux d autres signt>s d'autorité que les droiU» d hommagr, souvent contestés. Ils devaient amoier des troupes pour le sorvire du roi ; ils les guidaient eux-mêmes et les entretenaient à leurs frais. Us avaient aussi leurs feudataires , soimiis aux mêmes obligations envers la perstmne de leur sei^eur. Tous ces |)ossesseurs de fiefs . irrands et petits , formaient une sorte de tuiiidie i,'r(»u]H'i' autour du Muncrain. et qu on apjK'la la noblesse. A côté de celte puissance, dont l a» lion devait s'afiaiblir faute d'un principe stable, se plaçait celle du cleigé. Unis par une communauté de privilèges et d'intérêts, ses membres tiraient leur autorité du respect accordé à la religion. Le peuple , que la dévotion attachait au clergé . se laissa éblouir par sa grandeur et sa richesse, et lui oht'it avcu^^lénimt.

Les rois chen lK ri iit à se conciliei' 1 atrertjon de ce coi'ps m puissant. Hugues Capet fut libéral envers les monastères, et dcmnaaux évêques de nombreux témoignages de confiance. Les événements ne tardèrent pas à justifier cette pditique. Charles , onde du jeune Lothaire, et héritier direct de la couronne de Lorraine, ayant sollicité l'appui d'Adalbéron, archevêque de Reims. re<,-ut de lui une ré|)onse liKidf et (ici (luiaircantr. Snii coiitiiit de ce prenucr sucfès , HujS^ies CaiX't désira (jue h s prélats et seigneurs assemblés à Orléans déclarassent Robert, son fils, roi en même t«nps que lui. U le fit coaromier dans cette \ille, et c'est là que (ut adoptée la formule qui s'est oonser\-ée jusqu'à nos jours. A défaut d'élection , elle exprimait le pacte et le consentement d'où découlaient les droits du prince à l'obéissance

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des sujets. L*archevêque le présentait aux seigneurs et au peuple rassemblé dans l'église» en disant : • Vuttù htne regemf Le voulezvous ponr roi! et tous ré|K»ndaient : Lmidamvs. rofumns, fiai : Nous le \ ouloiis . nous le siiluoiis roi. •• Charles n nrcrjita |K>int hi dt^cision des» évoques, et ne leui* reconnut pas le jxjuvon" qu'ils sCtxiient attribué. Les glands vassaux, irrités des empiétements de Hugues, voulumit y mettre obstade. Audibert, \ioomte de Périgord, aitxHik le premier le drapeau de la révolte, et commença le siège de Tours. Les deux rois hn reprochèrent son ingratitude en lui disant : Qui rous a fait raniftf II leur l'i-poïKlit tificiiu'iit : Et mus, qui mus a Jaiis rois! L m iiicf tir Charles »''tait <'oin|)(is('>e d AllcinaïKls , alors connus sous le nom de Lorrains. 11 s'«'m|i5ira de Laon et de Reims, défit Hugues dans une bataille ; mais, trahi par l'évêque Ascelin, il fut pris et renfermé dans la tour d'Orléans, où il vécut plusieurs années. Deux de ses fils, qui y étaient nés, parvinrent à s'échapper; ils se réfugièrent d'abord en Aquitaine, puis en Germanie, où ils moururent. Avee eux s eteiw-nit la race de Charlcinau-ne.

Hugues Capet , que sii pohlitjue a tait surnonnuer le roi des prêtres, laissa le sceptre à Robert, qui était plein de dévotion et de bonté. Un acte de désobéissance au clergé troubla sa vie. Il avait épousé Berthe, sa cousine, veuve d'Eudes I*', ccnnte de Blois. Fdur fiivorisCT le mélanpfe des races, l Éfrlise avait interdit les alliances entre paivnts juscju au >( j»liènic dcu^n''. Le paju' ( Iréi^oire V déi-lara le manaije du roi nul, et lui ordonna de se séparer de Berthe, Robert refusa, et fut excommuni*^. Mais, après ime longue résistance, le malheureux prince, forcé de céder, répudia Berthe et épousa Constance « fille du comte de Toulouse, Guillaume Taillefer. On prétend que de cette é|MM{ue, où les femmes exercèrent une certaine influence dans les cours . date le goût des Français pour les modes, les riches vêtements t t lt > tVi\olit'''s.

Le roi soutint plusieui-s guerres t'n essayant de réprimer l'esprit d'indépendance des grands vassaux. Un de ces puissants seigneurs ,

l£udrs do Blois , R'clainail riu'ntn^'c do hi Champa^o; RoIhtI lui pr()jx)sa de soumettre sis prétontions au ju<roniont de ses pairs. - Je " suis, par la |[,n*âcc de Dieu, comte hércMitairo, réjMnidit le vassal, •• voilà ma condition, (^uant à la succession de mes ancî'tres , elle ne

• ic l'v^ardc )>as. No me force pas à rien •• faire jxmr la dôfonse de mon honneur,

• car Dieu m'ost tômoin que je juvlero

• riionnour à la vi<'. " Sous le rèyno d un moîianjuc si <loux

et si pieux , on vit pour la jiromièro fois en Fraîu'o une éxecution pour crime d hérésie. Deux prêtres d'Orh'ans et onze do leurs seotateui^s furent hnilés vifs. L'un de ces prêtn's avait t't'' le confesseur de la ix'ino Constance, qm le vit ?narcher au supplice, et lui creva un (ril avec sa bafjuette do for.

Les terres s(»umis<x à la puissatico absolue du roi do Frani o n»-

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s'étendaient point alors au delà de l'Orléanais. La couronne passa sur le front de Henri» second fils de Robert, mais la reine-mère lui suscita divers embarras. Elle prétendit obtenir pour son quatrième fik le

duelu' de Boui^pogiu' , et força le roi à demander des sccmirs au duc de Normandie, qui lui en anonia. Vu traitt', cjui concédait le tiU'e de duc à Robert , mit fin à cette ^iieiTe. Eudt s , comte de Blois , se si* gnala par son bumeur ambitieuse et turbulente, mais il rencontra dans Foulques d'Anjou un adversaire aussi remuant et aussi bdliqueux que lui. Pendant leurs luttes, on vit le comte d'Anjou brâler l'éj^^lise de Stiint-Floreiit-sur-Loin' , et crier au sjiiiil dont il redoutait la juste colère : •« Laisse-nioi brûler ton temple, je t cii clèveiiii un autre dans Angers. » Afiligeant témoi^rna^e de la barbarie et de la superstition de ces tempe, où la force brutale perpétuait les misères et ranarchie ! Le peuple appartenait aux seigneurs, qui le regardaient tantôt comme une proie , tantôt comme un auxiliaire , dont le san^ viTsc dans des querelles iiiipu » iiKnidait les terres dévastées. L É- ^dise même avait perdu ses droits au respect des vilains. Oublieux des devoirs qu'impose la continence, les prêtres acceptaient les liens du mariage on vivaient avec des femmes sans pudeur. Les rois trafiquaient des dignités ecclésiastiques, de sorte que le deigé, dévoué aux caprices des princes , était simoniaque et plongé dans les plus (h'plorables excès. Gré«(oire VII jiamt, et avec lui s'opérèrt iit de s<if^es réformes. Il remit en vigueur les anciens canons , et l'Église se rappda sa missitm de paix et d'amour. La trêve de Dieu donna des bornes à ces combats sans cesse renaissants ; le vol et le brigandage connurent la répression et le châtiment. Les chevaliers prirent la défense

des oppmiK S, les len nues eurent une part et d<s dn)its dans la vie sociale. Avec la lilx,'rté et 1 espoir de conser\ri le trait de ses peines, le laboureur, le marchand se livrèrent à des travaux (^ui firent renaître dans le royaume l'aisance et la prospérité. la poésie modifia les idiomes; les trouvères répandirent une langue nouvelle, pleine de grâce et d'harmonie. Les {M uples del'Oriéanais, du Blésois, de la

Touroinc épurèrent cette lan^e« et 1 on voit ciicore le paysan de cette contrée parler avec élégance, sans nul mélange de ces grossiers patois répandus dans les autres pro\inces , le véritable français.

Ainsi , le r^gne de Henri 1" fut une ère de progrès moraux et intrllcrtucls. XoMf souxciiir (|iu' 1 liistoirr doit à ro priiur, (jui se fit l'espeiler piir >ii kiinelc cl son « ouruge. liilivjnilc dans \vs lialjulles, il se montrait généreux après la victoire. Le sort dts armes lui ayant livré le comte de Blois. il lui assigna la tour d'Orléans pour prison, et ne tarda pas à lui rendre la liberté (1039). On raconte que le vassal , phis sensible à Taffront de la défaite qu'à la ma^animité de son su/»raiîi, désola !r> «'iivirons dOiir-ans, à la tt'tr d une liande d UM'iituners. Un jour qu'il avait pillé le monastère de Saint-Benoit, il s'arrêta pour passer la nuit dans un village qui était sous la protection du saint. 11 établit dans le cimetière et ordonna qu'on servît on repas. Le cierge pascal lut allumé et éclaira une oi^e. mais le sarrilé^. sîiisi d*nn mal violent . «'xpim aussitôt : " Tant il est \ i-ai, • ajoute 1 1 ehiifiiKjue, qiie |MM"s<>nne. ])rinee, genlilhoinnie ou roturier. . " ne peut trtin lier impunément aux biens de saint I^enoit. -

1 1061.1 Philippe 1" monta sur le trône. Dans les commencements de sm règne eut lieu la conquête de l'Angleterre par Guillaume-le^ Bâtard. Un grand nombre de seigneurs français des provinces sinos de la Xorniatidie prit pari à eette expédition. On a rej)rorlié à Batiddin. qui gouvernait le royaume pendant la minorité du jeune prince , d'avoir aidé le duc de Normandie à aocrcntre sa puissance et à ceindre une couronne qui lui fit mépriser les droits de son seigneur; mais il est présumable que le régent ne croyait pas au succès de cette tentative . et qu'il pensait seulement éloignor un voisin dangerjnix. \aï rt'Ur^site du due de Normandie ajipnt aux grands vassaux leur lorre <'t leur inq)oitaiiee. Dès cet instant l'édihte féodal, dont le roi de France occuptiit le faîte , menaça ruine ; et ce fut dans toute l'Eu* rope le premier symptôme d'une révolution sociale.

Baudoin étant mort , Philippe s(> disposa à soutenir les droits de

Richilde, aa veuve, que le comte de Frise voulait priver de la tutdle de ses fila , dont il convoitait les biens , situés dans la Flandre et le

Hiiinaiit. Mais s»Hluit par les charnics de Bci lhr , fille adoptivo du comte, et gagiic , dit-on , j)ar la promesse qu'on lui ( • ikniil de vastes domaines au rentre de l'Orléanais, le jeune prince abandonna la cause de Richilde, qui ne tarda pas à succomber. Le mariage du nû et de Berthe sembla maudit de Dieu. Os vécurent pendant plusieurs années sans avoir d'enfimts . ét quand la reine mit au monde un fils , et plus tard une fdio , re fut précisément l'heure que son époux choisit pour la répudier. Il se trouva un évttiue complaisant qui prononça le divorce, fondé sur des liens de parenté, et Berthe fut exilée à Montreuil-suF-Mer. Brillant d'une flamme adultère , le roi avait enlevé Bertrade, épouse de Foulques-le-Réchin , comte d'Anjou. Pour étoufièr le scandale , il demanda aux gens d'église la ratification de son divorce avec Berthe et l'annulation du mariage de Bertrade avec Foulques d'Anjou ian 1104.i Beau^eiicy fut le lieu choisi pour le concile , que présida Hugues , archc\êc[ue de Lyon et légat de France. Le concile excommunia Philippe, Bertrade, les évêques approbateurs de leur mariage et cdui qui l'avait béni. Les conséquences de cet acte , dont l'Église se montrait déjà prodigue , ne furent pas aussi ^^raves qu'elles l'avaient été pour Robert , coupable d'une révolte |)areilk' à l'autorité du paj>e. L adaiic du divorce jugée à Beaugency fut appréciée de la même manière par le concile de Clerraont, où vint Urbain II. Les peines furent même aggravées dans plusieurs assemblées tenues successivement et formées de l'élite des prélats. La résistance du roi se prolongea vingt années, fiifin il manifesta un repentir sincère , fit appeler Hugues , abbé de Guny. et lui exprima dans une lettre son désir d'embrasser la vie monastique.

C<' monarque , qui fut témoin de l'événement le |du8 extraordinaire de l'histfflre moderne, n'est guère connu que par ses faiblesses et ses amoun. On oublia son nom en répétant ceux de Goàehoy de

Bouilkni , de Tancrède , de Baudouin, comte de Flandres, de Goillaume-le-Conqnérant , de Grégoire VU et de Pierre l'Ermite. Tel

pst It" sort de ceux (jui no font qiio ]M)ss»'Ml('r l;i foiro mati'îricllo et se laissent dominer })ar les i^randes intellif^ences de leur tenijjs Pierre, simple prêtre du diocèse d'Amiens , ayant fait uii pèlehuage dans la Palestine , fut navré de douleur à la vue des maux qui affligeaient la ville sainte. B vint trouver Urbain II , lui traça le tableau de ces misères , et le quitta avec la conviction que Dieu le rendait désormais interprète de ses volontés. W se mit à parcourir l'Europe , montt'' sur un Ane, un crucifix à l;i main . les pieds nus, la tête découverte , les tlancs ceints d une corde grossière et affublé d'un froc d'ermite. Ses discours embrasaient tous les cœurs du feu qui le dévorait. Partout il fut reçu comme l'envoyé du dd. On s'estimait heureux de toucher ses vêtements. L'enthousiasme devint tel que le souverain pontife assembla un concile à Plaisance , puis à Clermfint, Pierre v ])aila avec force et >éhémençe : l'indignation et la pitié u niplirent tous les cœurs. Le pape pimlama la cmisade. Les seigneurs de l'Orléanais se levèrent en masse et firent partie de cette multitude qui s'avança vers l'Asie. Avec les cnnsés marchait une suite nombreuse de femmes, de vieillards, d'infirmes même qui croyaient fermement voir se renouveler les miracles dont le Dieu d'Israël dota les Hébreux. Les bannerets et vavasscurs du Vendoniois , du Blaisois » t de la Beauce se rangèrent sous les ordres de Gauthier-sans-Avoir, geutilhoinme bourguignon, qui prit le commandement d'un corps d'aimée , laissant l'autre suivre les pas de Pierre. Ce dernier, capable d'émouvoir les croisés par son éloquence , n'eut point assez de fiwce pour empêcher leurs d^nrédations. Les Hongrois les attaquèrent et en tuèrent un grand nombre devant Semlin Les troupes de Gauthier, nneux disciplinées et mieux dirigées, eurent moins à souffrir. Après avoir tra\ ersé le Bosphore , elles arrivèrent sous les murs d'Antiodie , oii Godefroi de Bouillon leur amena des renforts en leur offrant l'appui de son expérience. Avec

ANCIEN ET MUDI:KNE. 51 lui s'avançaient plusieurs chevaliers renommés, tels que Geofroy Jourdain . comte de Vendôme , inventeur des tournois , dont les sanglants démêlés avec les sires de Beaugency avaient affligé la chrétienté.

Antioche prise , les vainqueurs se virent à leur tour entourés par l innombrable armée du sultan Kerlxigah. qui se tlattait d'exterminer une multitude épuisée par la misère et la faim. Il fallut des miracles pour ranimer les courages et donner aux < hrétiens la force de livrer bataille. Un ])rètr(' mai*seillais reti-ou\ a la sjiinte lance, et ce fut pour les croisés un gage d'espoir. Ils sortirent de leurs retranchements , attaquèrent l'ennemi et le mirent en d('>mute. La Nictoirc rendit

libres les routes de Jérusalem. Bientôt le siège commença. Le duc de Ixirraine et un chevalier banneret des environs de Blois escaladèrent les premiers les remparts, et la ville fut emportée. On s'occupa de choisir un maître ]iour ce nouveau royaume. Godefroi . nommé

52 LOKLtANAlS

par aoclamatiun « relusa le diadème et les insignes de la royauté , se contentant du titre de baron et défenseur du SaintrSépulcre. Les musulmans , consternés , rassemblèrent toutes leurs forces. Les

hordos de l Ai iibit' . les fantassins de la Perse , les cavaliers d'Égypte s t'iiuu t'icnl vci^s Jcriisaleni. Godefroi se porta à leur rencontre avec le petit nombre de croisés qu'avaient épargnés le fer et les maladies, et la bataille s'engagea dans les plaines d'Ascalon. Là périrent les comtes de Bouigogne et de Blois et le sire de Vendôme. Accablés par le nombre , ces vaiUants cbe^'aliers furent pris * et conduits dans les murs d Ascalon . où , la traliison d'un écuyer les ayant fait reconnaître, ils furent tués à coups de floches.

Dès lors, et pendant une longue suite d'années, tous les regards, toutes les pensées se dirigèrent vers la Palestine. Sur cet étroit théâtre de faits d'armes et d'exploits fabuleux se fondaient les grands noms , les réputations guerrières , les saintes renommées. La rmisade éclipsait tout. S'abstenir était pom* un prince un «rage d'oubli. Tel fut le sort du roi Philippe I", plus w;cupé des aflmres ' de son royaume et de ses querelles avec l'Église que de l'espoir ha> sardeux de relever dans la Terre-Sainte les croix brisées par le Prophète de l'Ânbie.

Ami des plaisirs et peu soucieux de la gloire , il s'était débarrassé (lu fardeau des aflaires» publiques en !»■ confiant à son fils. Dès (|u'il se vit atteint d'une maladie mortelle , il témoigna de grands sentiments d'humilité et voulut que ses restes fusant portés dans l'élise de Saint-Benoît-sur-Loire , soit qu'il se jugeât indigne de reposer à Saint-Denis, soit qu'il eut oonfiance dans les prières de ces bons religieux. Fidèle à son dernier vœu , Lonîs VI ordonna qu'on hn élevât , entre la balustrade du grand-autel el le chœur, un tombeau formé de pierres d'Apremont.

Louis, prince d'un grand jugement et d'un rare courage , sut apprécier son époque avec sagacité. Remarquant le progrès des idées

ANCIEN KT MUDKKNE. 5.»

chevaleresques , il lésolat de s'en fiiîre une anne contre les excès de la féodalité. Les rois, protecteurs nés du peuple, devaient restreindre le pouvoir des seigneurs qui déchiraient l'État par des quorelles

sans caiiso t t s;uis fin. opi)nmait'nt les pauvres, se j(ui;iiriit de l'honneur des ieinmcïj et maltraitaient les gens consacrés à Dieu ' . Les principes g<^néreux de la chevalerie condamnaient ces coupables abus du droit de la force et pouvaient , en se répandant parmi les guerriers, rendre plus facile la misâon qu'un prince vertueux s'imposa D fut récompensé de ses efforts en faisant triompher une réforme que lui seul, hoinin»' (le tête et d'exécution, osa coiu rv oir. 11 voulut pr(^senter la 103 autc connne une ])uissance politique en dehors de la suzeraineté et n ayant d'autre égale que l'Kglisc. Ce i|ue le pape obtenait par des brefe ou des menaces d'excommunication , le monarque avait le droit de l'imposer par la force des armes. Du moment où les grands vassaux acceptèrent cette espèce d<> juridiction, l'étendue des donuuiir-, du roi, le nombre de ses années n étiiicnl licii en coiiiparaison d un principe qui dominait tout, rassurait les faillies, imposait aux superlies: ce principe était l'unité nationale et la légitimité du droit substituée au gouvernement de fait.

Louis trouva les barons rebelles i ces idées d'ordre et de civilisation, Les plus petits vassaux , qui regardaient le peuple et le territwre comme leur proie , se montrèrent les plus opposés à une réforme de cette nature. L'un d'eux . le sire de Montlhér\ . dont la haute tour commandait la route d Orléans à Paris, se défendit avec opiniâtreté et fit tant de mal au pays d'alentour que, renonçant à le vaincre, Louis lui demanda sa fille pour épouse du prince son fils. Le châtelain du Pniset, qui exerçait rudement ses droits féodaux sur le pays entre Chartres et Orléans, fut sommé de rendre compte de ses méfaits. 11 répondit a\cc hauteur et l)rutalit(''. Thibaut, comte de Chartres, sommé d'abattre une forteresse (jui lui senait de repaire, appela le roi, son seigneur, à un ocmibat singulier. André de Bor-

• Vbi d« Mi»t LtmiM, par 8ug«r.

51 LOKLKANAIS

dereux, gentilhomme chartrain, devait être le champion du comte, et Anseau de Garlande arc opta au nom de Louis. Ce duel , outra^jeant [X)ur la majesté souveniino, fut eini)êcht'" par dos cir(U)nstanre.«s indépendantes de la volonté de Tliilvaul. De telles luttes, cette insolence des va-ssaux témoignent de la faiblesse des moyens coércitifs du roi.

EIn effet son domaine direct n'embrassait jias alors quatre de nos départements ' , tandis que les ducs de Bretagne et de Normandie en avaient cinq dîins leur ajjanage. Mais Louis eut pour alliés fulMes les évêques , qui aspirait-nt au mÎMiie but que lui . à la paix générale. Le clrrgé de l'Orléanais lui fut particulièrement dévoué. On vit des piètres le suivre dans ses expéditions , bannières déployées à la tête

' Hrinr, Scinc-«l-Oi»o , Oiiic, el Loiret. SioMiiNor.

ANCiËN ET MODËANE. 55

de leun paroissiens. Ijonqu'fl aasanbla son année à Reims pour repousser les Allemands, les évêques de Chartres et d'Orléans furent les premiers à répondre à son appel, t.'uidjs ipie les ( ointes de Bloib et de Champa^e n'obéissaient qu'à des sommations réitérées.

Un des plus grands hommes qu'ait eus la France, Suger, fot prieur de Thoury en Beance « où il est né , suivant quelques auteurs*. L'église de Chartres ayant eu à se plaindre des briganda^s du sire du Piiisrt , Su^^t, in''<^oriat»'ur haliile, l'ut jxnir elle un t'-iirrgique protecteur. 11 engagea la comtesse de Chartres , vi( Unie ellemême des spoliations du farouche baron , à se jcÀndre aux prêtres du diocèse pour porter an tribunal du roi leurs communes plaintes. Louis- IfrOn» les autorisa à résister et cita Hugues, sire du Poiset, àcomparaître devant le parlement. Suger leva une petite armée et se mit à g\ierrover en attendant qur' le roi \ h\[ lui-inênic < liâlicr 1 audacieux rehelle. Enfin Louis parut , et le siège du château commença. Deux fois l'assaut fut livré sans succès. A une troisième attaque un prêtre mêlé aux combattants rompit la palissade , cria : Victoire ! et fraya le passage i ceux qui le suivaient. Fait prisonnier aprës un horrible carnage , le vassal rebelle fiit conduit i Châttîiiu-Landon . I.e jeuin' Thibaut , lils de la comtesse de Chartres, reconnaissant mal un tel seniic, se jeta dans le parti que le roi d'Angleterre entretenait en France. Louis raidit la liberté à Hugues pour le mettre en lutte avec Thibaut ; mais , obéissant au désir de satisfiûre ses voigeances personnelles contre les gens d'église , Hugues se hâta de relever son château et commit divers actes qui demandaient une prompte répression. Le monarque accourut avec sa noblesse et rangea son armée en bataille sous les yeux des assiégés , qui répondirent brayement à son défi. Au moment où le combat s'engageait , Baoul , seigneur de Beaugency, aDié du sire du Pniset , démasqua un corps d'infanterie caché derrière 1 église et mit en déioute les troupes de Louis. Le roi , qui

n'avait pas cesser de combattre avec valeur , saisit sa bannière et la planta sur une hauteur pour rallior autour d'dle ses escadrons dispersés. Le comte de Chartres , croyant le moment favorahie , se

piôrij)ite pour le chait'^cr ; mais les soldats du jeune rebelle plient , et il est blessé daii^^t it'ux'iiienl. Louis , touché dp sos remords «-t prenant en pitié le sort de i»a mère , ]x.'niiit qu'on le transportât à Chartres . où il expira, peu de joius après. Le château se rradit , et Hugues obtint une capitulation avantageuse. Malgré sa double défaite , le hardi seigneur recommença une troisième fois ses vexations contre los moines de Thour\ , cjui , par l'organe de Sucrer, sollicitèrent eneore la protection du roi. Hugues, résistant avt'C son audace accoutumée , tua le sénéchal Aiisau de Gurlande ; puis , forcé de se rendre , il alla se mêler aux croisés qui partaient pour la Terre- Sainte.

Les bernardins obtinrent de Louis la permission de fonder, aux

environs d'Orléans , l'alih.u c de la Cour-Dieu , qui devint une des plus opulentes de leur ordte. Les e\éques avaient coutume daller coucher dans cette abbaye l'avant-veille de leur entrée dans la capitale du diocèse.

La lutte entre le principe pacifique , représenté par l'Église • et le principe de la force brutale , aux mains des possesseurs de fie& , n'était point terminée. Archamhaut , sous-doyen de l'église d'Orléans , ayant \oulu s upposer à 1 élévation d un nommé Jeun à la dignité d'archidiacre , fat en butte aux attaques de ceux du cleigé qui cherchaient leurs moti& dans des exemples étrangers an culte. Parmi ces derniers , un chanoine nommé Algrin soulève quelques gentiltfttres et saccage la maison de campagne d'Arohamhaut , qui meurt assassiné.

(1127.) Le dixième concile d'Orléans fut préside par llumbault . ardievêque de Lyon et légat du Saint-Siège Godefinoi , abbé de Vendôme , refusa d'y assister en se fondant sur les privilèges de son monastère. Nous n'entrerons ]mis dans de longs détails sur ce

ANCIEN ET MOUEKNE. 57

concile. H y en eut à la même époque phisieura dantt rOrléanais. Oii cite celui de Saint-Benoit-sor-LiHre , où le pape Imiooent II , réfugié eti France , vint arcorripa^nM' de Louis , do la reine , Adélaïde de Savoie, t't des (It iix tiis du roi Le |M»ntife fut wnduit avec céi"émonie à Orléans , où li résida quelque t(>mps.

Loob VU «gnala le commencement de son règne par sa résistance aux volontés d'Innocent II , qui prétendait donner un pasteur a la ville de Bourges. Suger défendit les droits du roi , et eut pour adversaire saint Bernard, réformateur de l'ordre de Cluny. Le pape lança irs IVnidres dr I rxcoinniuim al ion . et le ( (uiitc riiilMiut > aiina pour Ibrcer le roi à o\mr. Dans cette guerre religieuse Louis se souilla par le massacre de Vitry en Champagne , et crut étouflfer la voix du remords en partant pour la conquête des Saints-lieux. A sa suite marchait une armée que les historiens évaluent à quatre cent mille combattants. Le fer. les maladies , la trahison des Grecs amenèrent sa (Irstrurtion . Dix nulle hommes jnirent à peine toucher les rivages de la l\ilestine, guides par Louis, dont la valeur s était montrée avec éclat , et que tant de revers n'avaient pas découragé. Raymond de Poitiers , oncle de la reine de France Éléonore et roi d'Antiodie, accueillit les Fhuiçais comme des alliés capables de repousser les attaques dont le menaçait sans cesse Noureddin , sultan dAlep. Mais Louis voulut, avant de rien entreprendre p<ïurune cause mondaine, visiter le saint tomln'au. Les lêlcs ipii t clt-hrrn'nt la présence des Français furent le signal de ces discordes f'anieuses qui amenèrent plus tard le divorce de la reine et du roi. Éléonore, « légère, - imprudente, négligeait la dignité royale et oubliait jusqu'à la foi " due au lit conjugal*. - La faiblesse d'esprit de Louis, sa dévotion étroite apparurent aux yeux de l'épouse infidële , (jtii , oubliant sa chc\alt'n's(iu«' intn'ijHhti' , ne vit plus en lui <|u un moine . inférieur lucnie à ces brillants Arabes et Sairasins , admis parfois dans les jeux et les joutes de la cour d'Antioche. Raymond , jeune encore

• aaiDaaiM de Tjr, Ht. xn.

et plein d'une roupable vanité, enrourafrea des doutes qui se {;liss»'rent dans le cœuv du rui. Les instances que fit Éléonorc pour déterminer son éiKiux à joitidre sans retard ses trou|M»s à celles de Raymond (ïxcitèrent d'autres son|içons , que l'humeur fjalante du souverain d'Antioche n'('»tait pas propre à dissiix^r. Tout à coup, sans rien dire et sans prendre vongt* , Louis quitte la ville au milieu de la nuit, se retire dans son camp, et part jxmr Jérusalem. On connaît l'issue de cette entreprise, qui fut la moins glorieuse de toutes celles cjuc les croisés avaient tentées. A son retour en France, Louis laissa éclater son mécontentement. Vainement Su^er

lui fit en\isaper les suites dangereuses d'un ilivorce que suivrait la restitution de la Guienne. La mort de ce sage ministre hâta la

ANCIEN ET MODEKNE 59

marche de ca événements , qui ai&iblirent la France et accrurent les forces de l'Angleterre. La reine désirait le divorce, et il n'était pas d'expression méprisante dont elle n'ns&t envers son époux*.

il 15*2 I l'n wincile est enfin ussi'iiiblc à Bt'auirt'nev . Le pn'tcxtt' ordinaire , la jjarenté , est légèrement discuté par les ('\ ê(|ues , qui profKXicent la dissolution du mariage. Prévoyant un résultat auquel il se soumettait , pour ainsi dire , à l'avance , Louis avait retiré ses garnisons de tous les châteaux d'Aquitaine, qu'U rendit loyalement à Éléonore. — - S'il eût été moins moine , dit Mézerai . il l'eût châtiée d une autre ïnnm , et n eût pas ('tt- si f(»ns('ieii( H ii\ (jue de lui rendre la Guienne et le Poitou. - Six M inâmes après son divorce, Éléonore devint l'épouse de Henri Plautageuet , comte d'Anjou , du Maine et de Touraine, héritier du duché de Normandie et futur roi d'Angleterre. De cette époque datait les guerres entre le roi de France et son vassal.

La Ixiime loi de Louis VII et son olteissance aux décrets de 1 Égliae ne peuvent le faire accuser d'un manque de fermeté. II en fit preuve dans la révolution des communes, commencée sous le règne précédent. Cet envahissement progressif des manants et des honrgeois sur les droits de la noblesse hii parut chose bonne à encourager dans les df)niaines des grands leudataires et à toujours eniix'cher dans ses propres états. L'un de ses prenners soins fut " d apaiser l'oigoeil et la forsennerie d'aucuns niusards de la cité d'Orléans , « qui, pour raison de la commune, faisoient semblant de soi rebel- •» 1er et dresser contre la couronne; et il en fit détruire plusieurs de • mâle mort*. <* Cependant il punit les excès des gouverneurs de la ville, y alK)lit la servitude, et uarantit aux habitants leurs biens et leurs franchises. De toutes parts, et siu'tout dans 1 Orléanais, on vit s'élever des villes netwet, sorte d'asiles ouverts par un seigneur et qui avaient pour premiers habitants les serfe échappés des terres du seigneur voisin.

■ (iuill. Neubrig., Uv. I.

* CAromfiiM dt Framer.

60 L'ORLfiANAIS ANCIEN BT MODBRNE.

Orli^ans tut témoin du iimriaf^c de Louis avec Constance , (îlle du nn d'Espagne. Pour calmer les répugnances que le spectacle de ces unions si pnnnptenient contractées faisait naître parmi les gens pieux, le monarque fit de nombreuses fondations d'àbibayes et de mona.st^^es. II avait ament^. dp son voya^je de la Terre-Sainte, des reliirif'ux di' l'onlro de Saint- Au',ni>lin et (!»'s rlicvahers de 1 oi"dre de Saiiit-Lazare-de-J«^rusaI(Mn. Les preimen» reçurent eu don Y^glise de Saint-Samson d'Orléans; et Boigny, près Orléans, devint le chef-lieu de Tordre et le siège du grand-nuiStre de Saint-Lazare. Tous les trois ans on y tenait un chapitre général, ou les prieurs et commandeurs de France, d'Italie, de Sicile, d'Angleterre, d'Allemagne «'t d }Csj)iu,Mic étaient iij»|M'lt''s. Ces chevaliers , institués s(ius la règle de smnt Benoît , s en écartèrent peu à peu , et leurs biens ptLssèrent successivement aux chevaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem. Mais la oommanderie de Boigny conserva toujours ses prérogatives, ainsi qu'on le voit dans les tentatives faites pour la restauration de cet ordre. Dans le même temps eut lieu la fondsr tion du monastère de l'Aumône, appeK' l'abbaye du Petit-Cîteaux , dans la forêt de Marchenoir'. 1 1151.1 Thibaut, d»'corc du titre de Grand , comte palatin de Champagne et de Blois , accorda aux religieux qui s'y établirent de vastes domaines afin qu'ils priassent pour le repos de son fime.

Louis Vn, qu'une paralysie privait de l'usage de ses membres, associa son fils Philippe à la royauté et l'habitua de l)onne heuTP aux sonis de la |H)liti(|iu' et du gouvernement. 11 mounit après un règne de quarante ans qui ne fut pas sans gloire , car jamais prince ne soutint mieux que lui les droits de sa couronne.- Au courage il joignait la prudence; il était bon, franc, généreux et fidèle à sa parole. La faute politique qu'il commit en répudiant ÉléoncNre fut ceDe d'un loyal chevalier, et il en diminua les résultats fâcheux par son union avec Alix de Champagne , qui fut mère de Philip|)e-Augnste.

' n en reste lic belles ruioea appartenant <lepui« tont; teni|i« à la hmllle de Upprii. NoR loin de là eat un mii|{nifl<)ue arbre, raanu mus Ir nuin ilu Comte- ThiUmt.

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