‹ L'ornement de la solitude; romanChapitre 4 sur 13 · I. ..MM mi. s i i>l LA 80LI1 i i-l · texte numérisé non relu

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d'une beauté tranquille etferme, les hommes étaient fiers et Forts.

Parfois un aède passait; il chantait des chants qu'oc aimait, la pureté <1«' leurs rythmes enlaçait endes danses lentes les pas harmonieux des jeunes hommes ei Jes jeun es filles. Tout était «le pelouses molles et de fleurs virginales; tout était souriant et cadencé : la mort a'élail point affreuse, mais elle était une amie aussi, qui prenait doucement les vivants par le bras, et les emmenait par les champs adorables d'asphodèles.

La pensée se vivifiait de surgir, corolle, de [a beauté saine des formes; le pois. m de souffrir n'eu altérait pas le parfum délicat.

Au bord d'une source diaphane, souvent, sous les arbres dont les feuillages s'interposaient aux ardentes tentatives du soleil, on existait, alors, dans l'insouciance et le repos, et vivre toute la «rie était un jeu divin.

Nuages, vous m'avez bercé du charme de l'autrefois ; j'ai désappris la torpeur lourde de mes ennuis, quelques heures heureuses. J'ai ouï qui parlaient de pacifiques vieillards, j'ai admiré la sérénité des femmes qui furent belles; de jeunes enfants nus et chastes m'ont invité à me baigner avec eux. aux blandices des piscines insouciantes. J'adorais alors avec le monde les dieux, et mon âme se trouva vierge de décevances et de haines. Je vécus la vie de lumière et d'arômes. Je sus penser et vivre.

Tout à coup, écroulement sans bruit des fastueux et simples temples, ô toute la marmoréenne cité jonche de débris les plages tragiques d'un océan mugissant! terreurs des cris d'enfants, de mères et

de vieillards, et les hommes hurlent leur fureur futile, désastres nouveaux irréparables, disparitions sous le silencieux carnage d'une nuit qui les ensevelit, rien ne reste des grandeurs immémoriales, ei le deuil d'une autre défaite s'installe aux 'ténèbres de ma vitre lassée.

Vous m'avez reconquis, illusions hésitantes, lointaines figures de mon propre désespoir. Je me sens encore seul et que vous fûtes les mirages qui font plus solitaires les angoisses de mon abandon.

Je rêve inflétri vivre en moi candide et patient, et la forme de ce rêve je lui avais donné un nom jadis : Enide ! Et tout ce que j'ai vu de splendide, vestiges et décombres, orgueil avili par la lutte neuve avec une infortune, involontaire auteur de l'étonnement douloureux d'Enide, ce passé même dont elle fut enfantée dans la joie et le bonheur, à présent d'autant plus morne, ô vieillard taciturne et lent, qui t'esseules aux ombres ravagées de ta vieille tour, Yxiol, ô vieux Breton, ce sera toi, son père.

Images vaines, rétrécissements en fictions de combats intimes plus déchirants! Quoi, ne puis-je dire : j'ai vécu insoucieux jadis, mais ma gaîté vint heurter à des conflits de l'amour avec la vie. J'étais heureux, sans courage. Honte sur moi. Les années l'une après l'autre se sont péniblement écoulées. J'ai vécu comme on ne vit pas, solitaire et presque haineux, sans force pour crier ma haine, et dans le remords de ne pouvoir aimer.

Mes illusions sont ensevelies enfin, je méprise tous les hommes froidement : je veux ressusciter.

KMMINl Ii

La vie es! mi paroxysme, idée, amour, sens ou pensée. Je \ eux la \ le .

D'un astre inattendu la lumière m'exalte; debout 1 le cavalier héroïque apparaîtra sur le seuil el prendra mon âme, Enide, en croupe, vers les horizons ri \cin les aventures de fêtes. Ce cavalier indomptable...

— Ne saurais-je être homme moi-même, au lieu de vivre de la vie qu'un rêve suscite à des masques vides?

Le livre toujours me sollicite! Mensonges, mensonges! Je n'ose me détourner de vos faces alliciantes, qui ne sont < jm* putréfaction. A rien ne répond la manie maladive d'écrire. Incertitudes ou des souffrants trompent l'aigu de leurs doutes et de leurs maux, au lieu de recourir aux remèdes et au médecin. S'isoler c'est se grandir, se taire est presque divin. Le vrai poète se tait; un rêve, et il s'y mire. Le feindre? il en limiterait la beauté au pauvre effort de son génie. Voilà ce qu'à présent j'ai compris; je ne dois plus écrire.

Mais d'avoir tant d'années ignoré' cela, en porterai-je, mon Dieu, la peine, toujours? Non, il n'est pus vrai que mon œuvre maudite ait fait tout le mal que je lui attribue et que les hommes nomment le bien.

Non, mou rêve souriait adorable et sacré, profanation de le ternir pour en avoir parlé! je n'étais point tait pour écrire, et je ne sais rien que rêver.

Les hommes se sont crus indulgents sans doute de m'applaudir; ils ne pouvaient m'indiquer la source de vérité et de bonheur. J'ai longtemps erré par des forêts de fantômes et des océans de tem-

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pêtes : o la source sourit à qui sait y boire, et des guirlandes graves de fleurs parfumées en attiédissent la saveur amère.

J'y bois depuis peu de jours; je m'assieds en paix sur la marg-elle moussue, mais voici qu'une créature innocente est venue et se vante et me rappelle les hontes enfouies, les chemins délaissés qu'elle, à son tour, parcourt.

Dois-je me lever, et lui dire? la faire asseoir à mes côtés, et se désaltérer aux vraies eaux ?

Sollicitude peut-être en vain, trouble sur de ma tranquillité !

Dois-je me lever, et lui dire? la décourager de suivre les sentiers rudes et trompeurs de mon existence première?

S'il est vrai, pourtant, que je l'aie égarée, moi qui me suis targué du bonheur ancien de mes misères, puis-je la laisser s'enfoncer aux taillis obscurs de mes douleurs, et, si je l'abandonne, pourra i-je ne pas m'appeler un lâche, et l'oublier?

J'irai, et je lui parlerai.

Lorsqu'elle vint à moi, cette jeune femme, elle n'a pas menti à son émotion. J'irai où elle m'appelait. Je la verrai. Je lui parlerai. Je lui dirai quelle est la route odieuse où elle s'engage; elle me croira. Elle s'évadera.

Mais, si le sentier lui est de sable blond avec les roses d'illusion odorantes, aux deux côtés? faut-il violer la candeur tranquille «1»- ^<>n erreur, la brutaliser, la vaincre?

— J'irai, et je lui parlerai.

Tout»' magnificence effondrée! nen ne subsiste — le déserf — des édifices du rêve, el c'est la nuit sur toutes choses installée. Au ciel, je guette anxieux la naissance (rime étincelle : rien à mou désir ne s'illumine où je m'acharne d'un vœu stérile. Seuls, je (-rois, d'opaques, lents et lonijs nuages embrument de banales ténèbres l'espace morne. Sans une secousse, sans d'une molécule le tressaillement de vie ou de mort, nuit pas même hagarde ni de désolation, par quoi se laisser surprendre à l'inconscient d'une pensée j ai 11 ie !

L'alcôve ouvre la fraîche blancheur vers moi du lit défait... Non, j'attends encore, je ne pui> me résigner à délaisser la torpeur triste du fauteuil auprès de la taciturne vitre nuire.

La nuit ne pleure pas. Est-elle souffrante? Quel languide mab si lourdement, peut-être l'angoisse, qu'elle étouffe de son repos la promptitude d'un cri, au loin, que j'eusse pressenti naître!

L ORNEMENT DE LA SOLITIhl <;

Les heures, sans se désespérer, sonnent lugubres l'une après Tune. La nuit se prolonge, et il ne semble pas que s'éclaire d'expirer son monotone ennui. Combien de temps, depuis que je suis là assis, s'est avec indifférence accumulé au monceau sombre du passé, le sais-je? — Moi, je me tasse en de l'ombre mal frileuse d'où je sens sourdre vers la vie un regret à peine palpitant et nouveau : oh ! je me lèverais si luisait une fois encore l'astre, mon àme n'est point épuisée, une volonté en moi s'agite : vivre !

Ma lampe meurt. Lue clarté d'aube jaillit des épaisseurs mal closes de l'ombre, pétales à mon front lourd si bien rafraîchissants ! et c'est un jet de liliale bonté qui éclabousse de jeunesse la honte de mes lassitudes. Vivre, est-ce donc cette beauté là? et d'aller, le visage fleuri, sourire à des renouveaux, sans cesse, à des caresses de naissante lumière?

La rivière qui se prélasse en des mollesses d'amoureuse sous les roses et tièdes bruines me convie vers la joie de son éveil ; il est temps de la surprendre s'alanguir aux roseaux de ses rives, avant qu'elle se pare du luxe éblouissant de milliers d'étoiles qui, du flot même, en scintillant, surgissent.

Et, un peu plus tard, peut-être (serait-ce l'incitation, ce sourire, à s'éprendre de la vie?) cette jeune femme viendra à moi, aux bosquets désignés, et sa souple, mélodieuse parole m'affermira dans mou dessein.

J'irai.

Qu'importe la tête un peu lourde pour n'avoir, de la nuit, dormi ? Le vent du matin dissipe tout malaise, et je ne puis pas attendre.

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i sentiers dans le bois entre les troncs d'arbres {dus verts de leur hivernale moiteur sont, ce matin, moelleux et déjà odorants comme d'un printemps qui s'apprête à naître. Je me plais, au bord du lac, parmi la présence grave des hauts pins sombres, à suivre sur l'eau la nai igation songeuse des cygnes. Rien, à cette heure, n'offusque leur calme natal. Tout le bois esl sans bruit; les barques restent enchaînées au ii \ ; i u « - : personne ne pusse, si! et c'est le tintement répété de la première bicyclette. I n instant, [>uis le silène.'.

Le soleil n'a pas triomphé! Il s'attarde, et brille très peu par-dessus un moutonnement apaisé de nuages en flocons ('pais ; s, .us le ciel d'br frêle se complique, dans la pâleur verdie d'un brouillard, l'échevèlemenl «les ramilles dont les cimes s'illuminent de carmin léger.

Par endroits, de plus robustes arbres bien roides et pacifiques. La forme hargneuse d'un saule dont se crispent les rameaux rêches en doigts hostiles. Quelques chênes morts s'illustrent de la gloriole obstinée d'un lierre en guirlande.

Et voici, si j'y fais face, par delà la pelouse qui persiste avec des feuilles fanées et le glacis strict de l'onde frileuse sous le pont rustique, toute une grisaille de taillis brumeux que domine, fronton d'une maison haute, indistinctes apparences de cheminées sans forme, Paris.

Je me détourne. L'allée est de mélèzes puissants d'un velours obscur. (Test, bientôt, le carrefour étrange d'un hallier clair. Toute émeraude, aux branches larges, ici, défaille en un béryl même maladif, touffes de gui glauque, mais nul autre feuillage.

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Viendra-t-elle, aussi?

Etrange, que tant j'hésitasse à accepter le rendezvous, en effet oiseux, et qu'à force de douter et d'y songer, je l'aie, en somme, attendu avec impatience. et que, maintenant même, je redoute qu'elle ne vienne pas.

Ah ! la paix de ma solitude, à jamais perdue, la regretterai-je un jour? Non, car je suis sans passion, je profite d'une heure d'amitié qui s'offre, simplement. Elle viendra, j'aurai de la joie à lui parler, plus encore à l'entendre. Puis, nous nous séparerons, et nous ne saurons plus rien l'un de l'autre. Nos existences se seront, à un moment, croisées mais non confondues, et la sienne sera de plaisir, d'agitation, comme elle fut déjà; la mienne rentrera dans Fombre d'une méditation résignée. Pourquoi n'accueillir pas le frisson réchauffant d'un sourire?

N'est-ce pas elle, là-bas? et. son pas s'aggrave d'une timidité. « Oh! je vous tends, Madame, les deux mains; venez, soyez-moi une amie, cote à côte asseyons-nous sur ce banc, et surtout ne me parlez plus de mes vers ni des vôtres, je vous supplie ! Offrez-moi mieux, voulez-vous, que l'art et ses artifices; donnez-moi, affamé d'espoir, le conseil de votre sourire, une heure de votre amitié. Causons, vous saurez qui je suis, car je vous dirai, jusqu'à en souffrir, tout ce que j'ai pensé, et, en vous, l'unique, j'aurai trouvé ce refuge de sympathie et d'affection dont les hommes m'ont leurré et m'ont lassé jusqu'à ce jour. Je vivais à l'écart dans le douloureux martyre d'un renoncement involontaire : rendez-moi, vous le pouvez, la vigueur de majuvé-

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ni le confiance el la sérénité par quoi l'on aime! I délire imbécile, personne n'était là.

Pourtant, par l'allée <'n arceaux de verdure <li;diant, à qui sait en troubler la solitude, la tendre effeuillaison, à de certaines places, de ses roses de topaze raate ou de carmin, une figure voilée de femme plus que femme s'avance avec lenteur, el ses pieds sous les plis de la robe longue foulent ou, mieux, baisent, l'on dirait, le sable <»ù s'éprennent d'eux les pétales pâmés.

Pourquoicette image, qui persiste? Est-ce le souvenir d'une peinture d'autrefois, que je me rappelle avoir vue? Volontiers, sur un cadre imaginaire, j'y lirais le nom d' Andréa Mantegna.

L'austérité régulière des traits, L'allongement grave d'un visage pâle sur un col un peu infléchi, tout, la mise sans recherche et sans ornement, la démarche et une apparente douceur ferme du regard, serait, dans le décor à la fois maniéré et si simple, d'une madone du Padouan, s'il n'était, mieux encore, je l'ai deviné, L'âme même de celle que j'ai nommée Enide.

Lorsque le Cavaliei 'l'eut enlevée, pour l'épouser, du milieu des décombres <m sa fraîcheur souriante s'ignorait,c'est par de telles allées et par des pelouses de fleurs moelleuses que toutesongeuse elle «lut errer, bien sûr.

Mais c'est encore L'Enide d'un vieux rêve de Littérature! Ce n'est point, en effet, cette dame de réconfort que je m'aperçois qui s'avance réelle et plus belle que les créatures d<' toute fiction, par cette vraie aller qui est bien au Bois de Boulogne, que je reconnais, et qui s'appelle lu route de lu Vierge drs Berceaux,

— Venez, Madame, asseyons-nous. Laissez-moi, j'en ai besoin, mettre en vous toute ma confiance,

et vous parler du passé pour reprendre foi en l'avenir, car vous êtes, vous, je le sens plutôt que je ne le vois, toute espérance et toute joie. Je veux vous raconter ma vie et comment l'illusion, qui me

fut, un temps, féconde, se transforma en quelque statue branlante et se brisa en tombant du piédestal. Quand vous m'êtes apparue, j'étais, après la douleur, dès longtemps endormi et inconscient ; déjà vous m'avez réveillé, et j'ai reconnu, dans votre sourire et dans vos yeux, quelque chose du parfum ancien des aurores et de la fraîcheur de vivre. Laissez-moi être auprès de vous, et nr éprendre de vos espoirs.

— J'avais deviné votre souffrance. J'ai compris vos angoisses, admiré la grandeur de votre isolement. Mais maintenant il faut que la vie douée ei souriante vous retrouve vaillant à ^accueillir. Il nVsl plus temps de se détourner, sans rire ni pleurer, indifférent à ce qui s'écoule. Ecoutez les voix de lumière et marchez vers toute joie. La vie vous sera propice et belle.

— Je ne pourrais plus m'en aller seul par un rocailleux chemin. Je chercherai le gazon et le sable mol à mes pas. Il j'aui aussi que vous me tendiez la main, et que votre jeunesse soil mon guide vers le nouvel éblouisseineiii solaire. Sinon, mes veux qui ne peuvent plus voir, sinon, mes pieds lourds et las de toute marche, sinon, mes yeux, sinon mes pieds et mes mains que vos mains n'auraient pas pressées, saigneraient encore de tout le passé dont ils furent meurtris et manqueraient d'orgueil salutaire et de désirs. S'ils voient, c'est pour voir ce. pie vous aurez vu; s'ils marchent, c'est pour aller où ils

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