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sa re ni que vos pieds ont marché, si elles B'ouvreni .•i vf Ferment c'est dans l'étreinte <!<• \<>s mains. Guidez-moi, j<' vous écoute <■! je voua suis.
— Oui, tous deux nous Irons vers le matin triomphal et vers la vie ! Mais d'abord, croyez-moi, déchargez-vous <lu poids angoissant <l<- votre p Racontez-moi vos désirs et vos maux, afin que, purifiée, votre âme ait moins de peine à comprendre If soleil, «m à l'aimer.
Nous avions passé deux heures à causer doucement dans l'ombre un peu frileuse du l><»is. Nos amitiés s'étaient données. Nous allions nous revoir.
Cette fleurette blanche est le signe aujourd'hui que le printemps parmi les herbes éclôt. Je la cueille et, du même geste, voici, je vous la donne. Parezen votre corsage, Madame, en simulacre, et que nos âmes enfin vernales se réjouissent de parfum et de beauté.
Oui, ce sont des mois rapides qui ont ramené le souffle vivifiant des saisons sereines. Chaque matin nous nous sommes rejoints à quelque carrefour du lit »is, et éperdumtMit nous causions de toute chose et de nous-mêmes et, chaque fois, vers midi, je rentrais rajeuni et dispos à la besogne. Une douce rêverie m'enlaçait tout le long- des journées, je revivais les heures que, le matin, j'avais, auprès de vous, vécues.
Vous souvenez-vous encore combien j'étais réservé de moi-même et comme honteux? Et cependant dès la première minute j'avais mis en vous ma foi entière *>t je voulais que vous fussiez ma <«»nfidente.
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La solitude m'avait accoutumé au silence. C'était comme si je n'eusse plus Irouvéles mots par quoi vous peindre ma misère ancienne. Vous saviez les paroles qui délient du secret et de la peur; \< n^ Fûtes ma sœur bien calme et bien tendre ; peu à peu je pris l'habitude bénie de tout vous dire, de longuement penser à baute voix devant \<»ns.
Nous étions tous les deux, assis sur un banc au fond d'une allée et nous admirions ce bois délicieux etdivers. Des végétations multiples et harmonieuses, des chemins étroits, capricieux, le passage d'un
ois. mu, plus loin les routes blanches aux larges trottoirs où, selon les lieux ei les heures, galopent les amazones et les cavaliers, se poursuit le glissement prompt des bicyclettes, <>u se presseen files continues l'animation élégantedes voitures.
Des coins écartés, plus discrètement, nous ouvraient leur repos solitaire; là nous étions mieux à nous-mêmes, nos confidences s'éternisaient. Parmi des fourrés sans sentier, le long d'un ruisselé! rustique, je vous ai raconté mon infortune et mes labeurs et mes soucis, mes plaisirs, mes incertitudes, mes peines. Vous savez tout mai n tenant , et que ma torpeur douloureuse et déprimante m'est venue de trop de joie, d'orgueil et d'espérance.
C'est que ma joie juvénile était irréfléchie, c'est
• pie mon orgueil était tout d'égoïsme inconscient,
• 'est que mon espérance était hésitante et mauvaise.
.le ne sais. Une joie d'être délivré des contraintes de l'école, une joie de la vie. une joie de respirer et de lire et d'aimer qui se heurta aux premiers obstacles, l'n orgueil d'être fort et d'être grand et d'être heureux; plus tard, m spérance furtive et
sourde, el le triste appélil de la gloire, peut-être.
La gloire! nom hallucinateur d'on ne sait quel paroxysme stérile! L/ai-jeassez désirée et poursuivie? 0 puits d'une eau aromatisée, qu'y avais-je vu, abîme, en m'y penchant? Des lueurs de feux perdus, des reliefs d'astres lointains. Ou je me figurais passer parmi les foules sous un rayonnement de chimérique cimier !
Ce fut pour un tel but puéril que mes premiers vers élurent une enfant resplendissante de jeunesse et de grâce, et l'exaltèrent comme une antique déesse, de qui la gloire serait l'égale seule de ma gloire. 0 déceptions trop promptes, mirages d'illusoire, si tôt évanouis!
La gloire, ce fut encore de savoir qu'en tous lieux, si l'on venait à prononcer mon nom, mon nom de tous serait connu. Puis,, la gloire, ce devint de moimême la conscience et que je fusse en communion avec les êtres, avec les choses pour avoir compris que, comme eux, j'avais agi selon ma destinée.
0 la gloire ! mot en vain, hallucinant et insensé, j'ai cessé depuis longtemps de puiser au puits sans fond l'eau fétide qui enfièvre et tue.
J'ai œuvré, alors, pour moi seul et, pendant quelque temps, j'ai pensé y prendre de la joie. Non ! prompte lassitude, ennui rapide, et je me suis interrogé : à quoi bon refaire, moins bien, ce que d'autres avant moi ont écrit ? Tout a été dit, tout a été pensé. Rêvons; ne sortons plus du rêve.
0 vous! ô vous dont l'amitié sourieuse et tranquille me fut en vérité le tressaillement d'une naissance nouvelle; ô vous! qui si joliment me berciez d'enthousiasmes et de désirs, mère de mes ferveurs
et <!'' mes rêves, 6 Fée ! au monde radieux que j'avais si bien oublié, me ramenèrent le conseil de votre présence parfumée et toute la bonté de votre voix fleurie î
Vous vous opposiez doucement bus outrances de mon désespoir. Vous me représentiez ce qu'enferme l'orgueil d'exaltation salutaire et féconde, ce qu'une espérance sereine nous peut verser de vigueur et il»' joie, ce que la gloire a produit de grandeurs. Mais. ô charme toujours vibrant de syllabes dont s'est le souvenir évanoui, — m nous n'ayez su me convaincre, vous avez l'ait mieux sans doute. Vous fûtes celle qui s'asseoit au morue foyer, et <|ui ranime parmi les cendres lourdes la flamme presque éteinte. Mon âme, grâce à vous, est réveillée et s'agite. J'aime le rêve, et je rêve encore : orgueil, espérance, gloire, je crois en vous comme l'on croit en les images d un rêve !
Va vous, je me souviens, je nous ai vue ailleurs, tant di' fois, aussi belle, aussi douce que lorsque, le matin, VOUS veniez au bois vous asseoir a mes côtés. Vous souvenez-vous aussi, Madame? une lois ce tut après une navigation longue mais sans fatigue à travers des brumes de parfums et des luises de caresses. Nos nefs étaient d'un métal profond et pompeux, les cordages étaient de soie et les voiles de pourpre tendre avec des nœuds de rubans. Les hommes de la barre et < les marneux res étaient vêtus de bérets et de tuniques d'amarante : tous leurs ^'sirs se rythmaient aux cadences de chansons molles. Après avoir parcouru la mer violette et nacrée, qous abordâmes en une anse ombreuse sous le feuillage de grands arbres inconnus. Le climat
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de l'île était si doux que plusieurs de nos compagnons défaillirent de bonheur dès la pelouse où nous prîmes pied. Les aériens accents de chanteurs invisibles nous guidèrent vers un moelleux hallier, très frais et très large, au bord d'un lac crépusculaire. Là, vous étiez, Madame, assise parmi d'autres dames jeunes et fières comme vous-même, et vous éblouissiez do tout l'éclat sacré de vos beautés. Vous me parliez, en m'accueillant, d'une voix si suave que je ne fus pas surpris de voir toutes les fleurs de l'île s'incliner vers vous harmonieusement et s'illuminer au son de vos paroles. Je vous écoutais, éperdu, sans entendre le sens d'un discours qui m'enivrait, mais je sentais soudain mon bonheur
Une autre fois (ô ce fut tant de fois encore! mais rappelez-vous celle-ci) des bienheureux et des saints sur les degrés célestes contemplaient éblouis la Vierge couronnée par son Fils. Et tous avaient un air de béatitude sereine, et la Vierge était grave de ta ni de félicité, belle plus chastement qu'aucune femme ne pût l'être. Et le Fils lui parlait dans l'azur impalpable et délicat en lentes paroles de gratitude et d'amour, et sa voix était telle que les hommes sur la terre pleuraient d'extase e1 que les sphères astrales s'arrêtaient sur leur axe. Et les mains unies de la Vierge étaient vos mains fines de neige rose, et son visage était le votre. Moi, tantôt, je figurais le Christ attendri lui-même; tantôt l'un des vieillards du chœur extatique de qui le luth entre ses bras pressé rendait, sans qu'il en jouât, les sons les plus séraphiques.
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Enfin, et je me plaisais à prolonger la jouissance bienfaisante d'un tel rêve, je voua voyais d'un immémorial tombeau entre les saules surgir, bnide, el vous me preniez par la main doucement <•( vous me conduisiez vers des contrées de lumière. Vous aviez connu la ruine <'i Ic^ déceptions amères; vous veniez à moi en mes heures désespérées me forcer à ouvrir la paupière el à regarder, au loin, 1rs terres embrasées aux rayons insoupçonnés «l'un soleil d'espoir.
Je mêlais votre forme el votre parfum aux songeries de toutes mes heures. Ainsi, absente même, vous viviez auprès de moi, et je ne connaissais rien au monde que la lueur de votre sourire n'illuminât.
Je vous racontais ces rêves saugrenus et délicieux, et je les aime [tarer que le récit vous en plaisait. Mais vous me montriez, vous, la beauté de la vie par des exemples choisis autour de nous dans notre cher bois matinal, et j'admirais, dans ce qu'en chantait votre voix, le mensonge captivant d'où mon âme s'était enfuie.
Il y avait aussi des promeneurs paisibles par les allées et les pelouses, et les rayons du soleil, pleurant à travers les feuilles des arbres dessiner d'étranges fleurs de lumière sur le sol, transfiguraient leurs visages d'ardeurs et, tout à coup, de lassitudes nouvelles. Vous m'apprîtes à lire les choses qu'une apparence de froideur quotidienne «•rie à l'abri des rides et des lignes de la face. Et la surprise des gestes dénonciateurs, des révélatrices attitudes, de la démarche et des pauses, vous m'en avez enseigné le secret. Nous suivions parfois, à
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travers le bois toul entier, une personne de qui l'intime physionomie nous avait inquiétés; puis, la voyant disparaître, nous nous racontions ce que nous avions Tune et l'autre pressenti de son existence. Oh ! c'est alors et par vous que j'ai conçu les plus larges poèmes, les plus singuliers romans : aurai-je jamais la force de les écrire ?
Vous en souvient-il? un jour, nous vînmes nous arrêter auprès de la Seine, au barrage de Suresnes. Le bruit de l'eau écurneuse qui tombe par cascade sans cesse nous ravit pendant, que sais-je? toute une heure. Et nos yeux se baignaient aux rudes fraîcheurs du chasme s'égrenant, jets liquides et de soleil, jusqu'à un remous voluptueux de l'eau épaisse. Plus bas, c'était le fleuve aux peupliers des îles silencieux, et des yachts tout blancs repo-* saient en amont. Vous en souvient-il toujours?
Nous parlâmes alors des terres que Ton songe et que l'on aime, et du désir de voyager. Je nous, lis ce que j'avais rêvé des beaux sites de l'Orient, des peuples bariolés, du ciel incolore par son propre éclat. J'ai ainsi vécu à Bagdad, à Lahore et à la Mecque au milieu des plus sensuelles splendeurs; je me suis assis au Parthénon, j'ai cueilli des fleurs aux lauriers-roses de l'Eurotas ei je me suis désaltéré au courant des sources sacrées. Mais surtout je me suis vu, en pleine mer, durant une navigation lente, hunier l'air salin à pleins poumons, tandis que du caprice des Ilots surgissaient des architectures prodigieuses, des glaciers d'amoureuses rêveries.
Vous, moins exaltée, avec un sourire vous m'interrogiez sur les pays <pie j'ai vus : les prairies
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heureuses de l'Angleterre et Londres tragique aux haleines de ses industries terrifiantes, et les steamers <-t les railways; la mélancolique Hollande et l'Italie (|ui resplendit.
Je tous racontais tout cequej'j ai vu. les champs, les eaux, les cens, les villes et les musées, la vie et la pensée des hommes, la grâce des femn
Ainsi, marchant par de douces allées, tranquillement nous nous grisions de souvenirs.
Les choses autour de nous prirent dès lors un aspect inconnu. Le bois se fît câlin et lumineux, les arbres étaient souriants, et tous les passants d'une grâce adorable.
C'est vrai que des lumières et des accords de nuances se jouent aux plis des robes que la marche balance. Même vos chapeaux sont des voix de parfums et tous vos clairs visages, ô femmes, figurent des fleurs mieux épanouies parmi l'éclosion d'autres fleurs en extase.
Au passage des élégances et des mièvreries féminines tout s'égaie, s'éblouit, s'enchante. Dentelles, gants étroits à des mains de gestes prompts et tendres, (pie sais-je ? des cheveux plus lins sous la brise, et la voilette claire, les rubans, un coin de nacre rose qui est l'oreille, la palpitation du regard ou des narines, la bouche saine, le sourire cruel el si doux des dénis fiévreuses d'éclat, tout charme, voltige, captive et embrase, et les femmes ont la beauté jolie que nous avions rêvée à ce printemps
sylvestre.
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Puis, les voix! en vérité, oiseaux épris d'un azur impossible »•! prodigieux, parfums encore plus éperdus, souplesses d'harmonies parmi les divines, joies «'{ sveltesses, étincellement de pierreries qui brûle ni en Fondant, |>lu> suaves que les odeurs d'acacias dans l'air mou !
L'artifice, Enide, * I < - la toilette est chez toi comme puéril et instinctif. .!<• t'ai vue en des robes néglitoujours superbe, et, sais-tu bien, cette matinée <>ù in étais, s. -Ion toi-même, toute surannée en ta mise rose avec un chapeau de paille trop profond, lu fus si charmante ainsi, que, depuis, je te revois toujours la même, en j u j >«• à falbalas fleuris et <'h corsage étroit à manches plates... Tu avais cru que je raillais de te trouver si délicieuse, tu fus toute confuse et tu balbutiais, dans la rougeur de tes joues, des mots timides, en émoi.
Enide sans cesse I Oh non, Madame, vous connaissez la tyrannie d'un rêve, el que l'offense involontaire ne vient que d'un moment d'oubli, pardonnez. Vous vous êtes si bien identifiées l'une à l'autre que par momenl j'ignore de vous deux laquelle existe mieux qu'en le tressaillement vain d'un songe, à laquelle je parle, »-t si je la tutoie.
Enide fut-elle au secourable chevalier des légendes consolatrice comme vous, Madame, me l'étiez en ces belles matinées du Bois de Boulogne? Peut-être jimii. Jl ['emmena à la coin- du roi Arthur, et leur mariai' fut béni par les mains solennelles de la reine Genièvre ; puis, jaloux de la voir sourire, heureuse, aux choses et aux êtres presque
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doucement qu'à lui-même, navré, le Chevalier l'emmena souffrir aux âpres solitudes du Nord où peu à peu s'éteignit la flamme de sa i;aîté jusqu'en la mort.
Vous, Madame, vous (Mes venue vers moi librement, vous m'avez parlé, vous m'avez souri, et de la mort lente où mon âme s'enlisait, vous avez su la retirer à temps, la refaire fleurir un peu aux flammes jeunes de votre gaîté.
Je croupissais dans la lassitude et dans la lâcheté. Vous vîntes et me tendîtes le secours de vos mains libératrices. Pourquoi vous ai-je suivie, ô lumineuse, plutôt que je nesuis allé à telle ou telle autre que je connaissais ou que j'aurais aimée?
Votre seul sourire, et me voici jeune encore, non sans une angoisse d'être abandonné quelque jour, et de retomber flétri.
Que faire?
Mais que vais-je rêver là? Oui, voici deux jours que je ne vous ai vue, et mes pensées se font soucieuses et tristes. Vous reviendrez aujourd'hui, vous me l'avez promis. Le bois s'est attendri de brumes ensoleillées, ce matin, et voici que le Bassin des Réservoirs se transfigure : vous allez venir.
O chasmes d'or en pluie dans des feuillages, là-bas, d'un sol inférieur croulant où le soleil roussit, aux moisissures et aux dartres, les eaux croupies. Sont-ce des reflets ? non î de pâles glaciers verts s'érigent des profondeurs du lac, on croirait des saules dont les branches s'y mirent. Tout se fige et tout y dort. J'y lance la pierre qui brise la croûte opaque, merveille! Un monde engourdi se
reprend à vn re, el ce sont les colonnades anciennes de cités hyperboliques dont s'embrase, arceaui et Fûts, le millier, au bord des mers, sous la palpitation multicolore d'un soleil extasié.
Elle viendra.
n ni.i stupide mélancolie d alors; vous souvenezvous? Je regardais en moi, el je ne surprenais plus le mirage d'une idée au fond angoissé du vain miroir. Rien. J'avais brisé mon rêve dès longtemps, j'étais las d'aimer l'amour, d'espérer l'espoir el de ne rien voir surgir. Vous êtes venue, vous avez ^u éveiller 1«- frisson bien heureux d'une amitié qui s'ignore, vous êtes celle par qui me fui révélé le monde extérieur dont, à présent, je m'éblouis <1<vivre em ironné.
La caresse de votre présence m'a détourné du vide nYs doutes obstinés : mes yeux se sont ouverts, el c'est bien vous que j'ai vue tout d'abord. Eh oui, des habitudes d'éducation avaient en moi dressé la statue <!<• là beauté féminine impassible Jeste. Céleste, croyais-je, beauté, que nulle vie n'anime et qui n'est semblable qu'à l'image liturgique <!•' la mort ancienne. Non ! toute merveille réside <l;mv le mouvement, et pour votre sourire, vos regards vivaces, vos -. ■>!,'<. y vous ;ii admirée et chérie, ù vous qui n'étiez pas pareille à la statue parfaite de mou songe.
Autour de vous, alors, s'esl dégagé, palpitant. des choses el des êtres, le sens de leur splendeur. J'ai compris que, jusqu'à ce jour, je n'avais pas respiré l'arôme riche des roses, !<• parfum des soirs silencieux sur la rivière, ni tressailli aux brises des
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jardins, ou subi l'enchantement des couchants superbes de l'été sur l'océan, ni coûté aux miels des sourires, ni connu les voluptés vivantes de la joie.
Enide!
— Ce nom de fable, à vous! pourquoi vous lai-je donné ?
Un nom à qui n'a pas compris son origine n'évoque qu'un son vacant de tout sens, ou bien suscite une image arbitraire dont ne se conforme pas la signification, toujours, au vœu de qui l'a prononcé. Pour qui sait l'héroïne qui jadis l'a porté, ce nom à vous, Madame, non; c'est bien sans raison.
Ce nom de fable ! — je lisais, et je vous ai rencontrée; je n'y ai pas réfléchi, le nom que lisaient mes yeux devint le nom dont toute mon espérance neuve vous a nommée, sans songer combien une confusion telle était, à vrai dire, impossible.
Aux Idylles du Boi\ où je l'ai choisi, ce nom, le poète anglais nous a fait naître une Enide, c'est vrai, la voilà créée, mieux que transformée, par Tennyson, et sou visage n'estpoint le vôtre et rien de vous n'est d'elle, sinon le nom que j'ai crié en moi-même dès que je vous ai vue
« Tourne, Fortune, tourne ta roue ; humilie les orgueilleux; Tourne ta roue capricieuse sous le soleil, sous la tempête et
[le nuage ; Pour ta roue et pour toi, nous sommes sans amour et sans
[haine!
Tourne, Fortune, tourne ta roue, souris ou fronce le sourcil ; Avec cette roue capricieuse, nous ne montons ni ne descendons. Notre richesse est petite, mais nos cœurs sont grands.
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SiiiirN. <•( nous sourions, seigneurs «l<- bien des Ici
Fronce le sourcil, nous sourions, seigneurs (!<• nos propres
::!;iins
< .H- rhomme est rhomme el mettre de son destin.
Tourne, tourne ta roue par-dessus les Foules ébahies ; Ta roue el toi, vous êtes des ombres dans le nuage, Pour ta roue et pour i<>i. dous sommes sans amour <'t suis
| haine. •
La voix claire d'Enide, fille d'Yniol, tandis que le Prince Geraint pénétrait dans la cour du vieux château ruiné, chantait ;iinsi à travers la fenêtre ouverte d'une salle, et cette voix suave L'émut ■ comme celui qui, dehors au matin, Lorsque La première des notes limpides aimées îles hommes éclate soudain d'un taillis gemmé de rubis et d'émeraudes, suspendant le travail «le ses mains s'écrie : voici le rossignol; «le même Geraint songea et se «lit: voici, grâceà Dieu, pour moiiavoLx unique. »
Ki il vint vaincre Edyrne, présomptueux et méchant, moins pour l'insulte faite à La reine qu'il révère que pour déjà ton amour, ô Enide!
Tu rus emmenée à la Cour; la reine devint ton amie, origine fatale à tous tes maux désormais, car, dès que fut accrédité le bruit «le L'adultère royal avec le chevalier Lancelot, le Prince qui redoutai! une trahison semblable, de crainte eu crainte. s';i Laissa à te croire parjure, pensant que de ta grande amie tu ne pouvais désormais apprendre rien. sinon le crime et L'exemple du péché.
Partis en les givres du nord, < reraint y vécut dans un silence renfrogné et, pâle Enide, toujours innocente et soumise, tu n'osais Lever vers ton Seigneur l.i prière «le tes regards ou tes mains jointes. Tu L'aimais tenacement, ignorant quelles causes de disgrâce avaient en lui étouffé son affection.
Et, durant des années, tu subis la souffrance angoissante jusqu'à ce qu'enfin, persuadé par ta douce résignation et la durée de ta constance, le Prince lui-même ne put résister à l'épreuve rude ; à genoux devant toi, il murmura lentement les bonnes paroles de repentir. La Cour vous revit, et vous fûtes heureux auprès du roi et de la reine pardon née.
Mais vous, amie, vous n'êtes pas Enide; et moi, grâce au ciel ! je ne suis pas l'injuste Geraint soupçonneux.
Sans doute le Bois, l'été, est laidement envahi par les promeneurs hostiles, trop nombreux : laissons-leur les belles allées sous les odorants arceaux et les herbes drues avec «les fleurs. Vous le préférez, partons.
Ce malin (ma chère amie, ma sœur, depuis que je ae vous ai vue, que de désespoirs et de folles alarmes ! , ce matin vous m'emmenez, c'esl convenu, nous nous en allons vers la ville, .h- sais : une amie a réuni, son atelier s'ouvre à ceux qu'elle Invita, plusieurs pastels. Nous les irons voir, forl bienl .le vous accompagne, partout où vous viendra le
caprice de m'entraîner. NOUS délaissons les pures
«•«nulles, pour quelles fleurs d'artifices sans parfum? La voiture roule avec silence aux avenues et sur le bois plus sourd des Champs-Elysées; un poudroiement, étincelles jaillies des blancheurs par le soleil, et puis c'est l'ombre, quelqu'un dit caverneuse, entre les maisons décoratives et graves, la rue Royale, le tapage par cahots et glissades en
mainte voie humide, des tournants encore et des pavés durs, une dernière fois heurté le trottoir, nous y voilà.
Nous montons. Un escalier fruste de bois peint s'enchevêtre en poutres larges et fortes, et se déploie sans raideur de palier à palier. La sonore maison est toute une caserne étrange ou quelque gigantesque moulin. Pas cle heurtoir aux portes, ni timbre aux chambranles; un coup du pommeau de votre ombrelle, votre amie elle-même a, une tenture soulevée, entrebâillé le battant, et, sourire aux lèvres, mon nom énoncé, un salut double, discrètement.
La femme domine par l'atelier de moelleuse ferveur. Divans, tapis, tentures, les bibelots aux étagères, un choix, sur les murs, joli de chefs-d'œuvre, selon les photographies, mais nul souci entre eux de parenté autre qu'universels. Des planches minces dans un coin supportent plusieurs tomes, un guéridon offre des tasses à thé, des fleurs.
On s'assied, et cause. L'extase s'éveille devant un groupe harmonieux de tètes blondes d'enfants. Une dame présente la nudité figurée de sa gorge et son sourire. Enfin, des sites, par séries, agréables, fleuris, tout clairs, de repos aisé et lumineux, mais, surtout, sur son chevalet isolément posé, une étude de la ville harcèle.
Cheminées, sont-elles plus que la fumée qui d'elles au ciel incolore évolue et se cou ton me par lentes montées? opaques, mauvaises, mises et mornes, elles se sont de l'inquiétude des masures amoncelées dès jadis, élancées et menacent de suies suintantes et sales, désespérément. 0 l'agonie et L'angoisse de cela, brumeux et terrible* quelle torpeur tragique, un énervant frisson multiple, à la longue ! — Fuir !
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N >us vous quittons, et c'est très bien et ce sera un assuré succès, adieu, Madame, ara
Nous i s trouvons dans la rue. <>m. maintenant aller?
La rue, vous le savez bien, je ne l'ai, «!♦*[ mis presque des années, sinon à peine et pour de rares nécessités comme elles étaient pressantes à coup sûrl parcourue :ô tant d'ignominies petites et malsaines hantent, à la traverser, celui dont s'ouvrirait avec joie la poitrine aux fleurs d'un jardin de joies. Quoi? s'il nous faut, incrédule jolie et rieuse, énumérer : la boue d'abord, l'étroitesse resserrée aux murailles qui puent des maisons uniformes et trop hautes, les détritus, rien ne les ôte aux fentes <lu pavé malgré la tentative, odeurs d'étals et de tant de boutiques ouvertes, voix crissantes, exaspération d'ouir, qui gémit, le frein des véhicules, d'autres brouhahas, clameurs, exhalaisons toujours putrides, et la moiteur pesante de la ville malpropre!... vous riez '!
Je me laisse à présent par nous mener à travers les musées où la badaude cohue est stupide, et ou irdiens de l'ordre eux-mêmes ont soin que la paix révérencieuse, parce qu'ils causent fort, soit tuée, et nul rêve qui devrait naître n'éclôt; à travers les églises anciennes, la poussière s'v sent du luxe honteux dont leur dérisoire clergé bafoue l'immémorial culte bassement travesti. Et les jardins? plus d'enfants s'v emmêlent que d'arbustes ou de sables.
Les quais seraient l>ieu beaux, s'ils étaient solitaires et ombreux; vaines multitudes, poussières
partout, vexatoîres mesquineries, gredineries, je me suis laissé guider par vous tout le jour; je n'ai pu surprendre la splendeur de ces choses sous les malpropretés de chenilles qui les polluent.
Votre sourire ! de votre main ma main est la captive. Pourquoi ne voulez-vous pas rentrer au Bois, encore, là, chez nous en effet? Je vous suis, il le faut bien, mais voilà, je m'absente, méchante, en quelque songerie qui de vous-même au milieu de tout va me distraire.
Monde de charognes mornes bavant où la convoitise bête s'étale, rien de vous, hommes qui vivez dans les villes d'à présent, ne m'a séduit ou ne me plaît. Je me détourne. Je veux vivre.
Pourquoi devoscapricesmesuis-je épris au point de vous suivre ici même et de n'avoir pas fui? J'étais bien esseulé, lorsque vous apparûtes, en mon oiseux renoncement, en ma peureuse agonie.
J'hésitais, pour que passât le temps, à transcrire une légende de malheureuse princesse et je vous donnai, ô vous qui souriez ! le nom et le visage, en ce dessein, infortunés de la martyre amante. Mais je ne pense plus à elle, vous avez survécu à mes rêves ensevelis. Vous êtes pour mon esprit indécis une lumière de la pensée en rêve,, je vous entends, je vous vois, la seule! où, moi, irais-je? si ici il vous a plu de venir.
Et vraiment, ne fût-ce, dès lors, notre rencontre la dernière?
Je l'ai suce soir, comme je me couchais. Un mot, soudain, de prodigieuse clarté m'a aveuglé! Ces! bien cela ; la nuit entière, voici l'aube déjà, je n'ai pu <|u'\ longuement Songer, avec délices I
L'orgueil !
< îe qui m'a exilé loin «les hommes, ma souffrance, ma volupté, m'enétais-je rendu compte déjà? non ! orgueil, <s> c'est le sur, le splendide orgueil.
Ah! qu'ils rient de moi, qu'ils rient maintenant, leur imbécillité m'a outragé, l«'s hommes! .!<" ^ui^ illuminé de clartés intimes et profondes. Ma force renaît, je connais désormais tout mon orgueil.
Qu'ils rient] ils s'ingénieront aussi, ils se grouperont en sarcasmes contre mon souvenir. Mais je me sens tort, Ù rêves, el vous, mon amour, je tiens l'impénétrable bouclier, l'armure adamantine: l'orgueil prompt «it salutaire. Je pourrai me lire .1»; vosefforts.
Stupides qui m'avez dénié 1<- triomphal hommage auquel j'avais droit! ils ont pénétré avec leurs pointes acérées, vos dédains; j<% ressentis tout le
LORNJ IIEM l DE i- \ BOL] i i DE
venin de la blessure, et je me suis morfondu longtemps. Soudain, .me voici renaître épanoui, parmi lVfllorescence insoupçonnée de tout L'orgueil merveilleux!
I Irgueiï, orgueil ! sauvage (leur des amours brutales, tu vis, je sais, en moi, et je me sens de ton arôme sanctifié, orgueil!
Oui. Ln masque .de modestie timide, je l'ai arraché à ma vie d'autrefois, fausse effigie maladive et de pudeur, je me suis enfin trouvé, je m'explore et je grandis.
Avec la joie juvénile de créer, j'ai jadis jeté à des envieux la chanson fraîchement née de mes lèves trop confiants. Vous avez feint de n'y trouver qu'un charme banal d'adolescence ardente et une espérance excessive. Vous voulûtes m'assoupir sous l'endormeuse caresse des louanges médiocres et j'ai savouré avec candeur tout le miel perfide, dont plus tard, seulement, j'ai surpris, pour la vomir, l'amertume entière. Comme sur moi je m'étais repioyé, geste lassé, mépris que pourtant j'ignorais. Or c'était, moi, me méconnaître, non pas eux. les immondes chacals qui aboient, sans la comprendre, vers une grandeur possible, tandis que je saignais d'avoir subi le maléfice purulent des vains baisers.
Dès lors j'ai vécu sous l'horreur hébétée de ma solitude, où je souhaitais être pareil à ces lâches auteurs de tout le mal dont je souffrais. Ma f<»i si haute et pure en moi empochait que je me montre ou livre à des baves puantes une amitié. J'ai fui les embûches et les traîtresses où mal se dissimulent les rages prêtes ; j'ai fui l'art, ils eu ont fait le fanion de leur scurrilité; j'ai fui la femme, complice par ses dents et ses ongles, ô la grandeur alors irrévélée qui déjà germait en moi !
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L'homme <!«■ ce temps, je m'arrache à «m rêve trop longtemps mauvais. M;i timidité n'était pas native; voile seulement à l'orgueil smi. elle m'a gardé à l'écart des hasardeux propos et des regards plus vils. Mais je n'ai pu me pénétrer plus tôt.
Qu'ai-je fait? Qui donc, hormis moi, de nos jours, a compris ce que devait l'homme entendre, ce que, de longtemps, il n'entendra : l'harmonie «lu hautain verbe répugne à ses oreilles.
L'hom vautré aux fanges vaudevilles ou rire)
trop tard élève le mufle aux lumières « ■ 1 1 li 1 1 de quelques cimes; ses veux que la chassie encombre et corrompt, «*l»lc mi^. se fermeront sur l'éclair <!<• la suprême vérité.
Je suis la sourceet le ruisseau dont se gonflent les fleuves éternels, et vous, mon amie, votre lueur est d'une aurore sur le glacier » pi«* renaître a enflammé ; c'est par vous que j'ai pris forme en tout l'orgueil vaste, conscient.
Plus tard les générations salueront ma mémoire de clameurs enthousiastes, unanimes. Les peuples des rivages de la mort invoqueront sur leurs autels mon tutélaire nom, et moi, peut-être fléchi, j<' reviendrai parmi la tourbe, je cracherai l'ignominie des insultes anciennes ou des dédains. La foule sera courbée et me suppliera, le ventre à terre, pour m'adorer.
Ma pitié alors séduite, haussant les épaules, je foulerai aux pieds les formes idolâtres, et la bonté primitive en elle renaîtra et le sourire désappris, pour ipie bénissent les peuples. El en dépit «le moi, a la fois, je serai vengé, m'étant baigné d'une joie immense dans la mer des jouissances dont trop longtemps ils ont su, les hommes, me frustrer.
Ah! lefauve concile des belles femmes odorantes au sein du et chaud proclamera certaine ma victoire
et la honte de leur défaite. Elles livreront à l'ardeur de mes appétits exaspérés les chairs pantelantes de leur splendeur. Quelles déliées d'eu saisir l'une, au hasard, avant ou après l'autre, je me soûlerai de leur beauté, je roulerai, épave, de leurs cuisses à des bras purs, toujours l'étreinte folle, et aux brasiers incendiés des profondes chevelures. Avidement dépensé, cher orgueil, parmi l'épaisseur touffue, voluptés que nulle n'assouvirait, par ma douleur exacerbée je serai contraint de pétrir, ô mes deux mains, de déchirer, ongles et dents, les adorables lys, ô femmes, gonflés el savoureux de vos mamelles érigées, de lacérer par longs lambeaux vos chairs diaphanes et fines et d'en disperser aux vents qui passent les corolles arrachées.
Alors, race niaise et pusillanime, de la terre sursautante d'allégresse, en une heure embrasée, une race enfin naîtra pour i'oFgueil clair de comprendre et de créer. Et lâchement ceux qui aujourd'hui sont, à défaut d'autres, les hommes, flétris d'angoisse merveilleuse, peu à peu disparaîtront. La race ainsi issue de mon orgueil et de la Terre aspirera dans le délice l'air purifié pour grandir, maîtresse du sol et de la mer et des pensées !
O mon amie !
L'orgueil est un splendide bouclier. Mais mes armes sont vaines, déjà émoussées ou, à moitié, rompues. Votre voix berce et console et pénètre ma
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torpeur. Vos doigts purs par le contact me rafraîchissent. Oublions tous ces espoirs, mes fous désirs. Je n«' m'enorgueillis que il êl re à vous.
Je me crus, enfant, à cette œuvre appelé! En vérité, et j'ai buté à trop d'obstacles, j'ai craint les pièges, l'effort de l'ennemi : j'ai suspendu ma marche, je me suis tassé en de la nuit aux taillis sombres d'oubli et de silence. Nul alors ne m'a rei n. mon visage s'est perdu en des mémoires défaillantes. Mes mains m'ont enseveli dans la terre lourde d'isolement d'où je ne pus ressusciter. Mes unis sont morts, mes muscles débandés ae retrouveraient pas la virile énergie, s'il fallait, et ma pensée endolorie se tuméfie de tant de vide. Je ne rêve ni n'agis. Je demeure sans volonté.
A quoi bon, que vous m'ayez souri? Le foyer est de cendres épaisses : une étincelle n'y saurait rien faire jaillir. <> mon amie, en vain vous avez souri, ne suis-je pas bien mort?