LOPPOSITION EST UNE DIGUE
l'opposition est une digue.
21 octobre 1869.
Ed mai 1869, nous prenions vigoureusement h défense de H. Emile OUivier contre le Siècle, M. Bancel et ses amis, qui le décrétaient d'indignité; aujourd'hui, — pratiquant l'oubli des offenses et mettant les plus justes ressentiments an-dessous de la logique, nous venons prendre la défense de M. Bancel et de ses collègues de la gauche contre la Réforme et contrôleurs accusateurs, qui, non contents de les avoir cités à leur tribunal révolutionnaire, ou ils ont comparu pour s'entendre appeler «brigands, jésuites, traîtres et imbéciles » , organisent une fausse agitation électorale ayant pour objet de les obliger à donner leur démission de députés.
D'autres que nous adresseront à M. Bancel et à ses colle* gucs de la gauche qui se sont montrés il y a six mois si ingrats, si injustes, si intolérants, ces paroles célèbres méritées par le chancelier Poyet : a Patere legem quant ipse fecistUSouSrei la loi que vous avez faite! » Nous n'aurions pas pour nos amis comme pour nous-méme le mépris des injures, si nous n'en avions pas l'oubli. Qui «'exerce à prévoir ne perd pas le temps à récriminer. Ce qui nous préoccupe sérieusement, ce n'est pas le passé, c'est l'avenir; ce n'est pas un intérêt personnel on amical, c'est un intérêt public.
Aussi, devant nous, M. Bancel et le Siècle ont-ils disparu pour ne nous laisser voir que M. Briosne et Ih Réforme, laquelle a dépassé en violences le Réveil et le Rappel. Puissent à leur tonr M.Briosneetla A^orm^ne pas avoir le même sort
et ne pas succomber sous Taccusation de défaillance et de modërantisme.
Où s'arrêteront ces violences? Elles ne s'arrêteront plus, à moins que les élus du suffrage universel , à quelque couleur de l'opposition qu'ils appartiennent, n'érigent en règle de conduite ce principe que nous avons formulé en ces termes :
tt 11 n'y a d'électeurs que le jour où il y a des élections, que le jour où le scrutin est ouvert avec toutes les garanties légales qui en protègent la sincérité. Ce que le suffrage universel a décidé ne doit être remis en question que par lui seul. Le député qui se rend soit aux invitations, soit aux injonctions d'électeurs qui ont épuisé leur droit, ou d'individus sans autre droit que celui qu'ils s'arrogent, laisse fausser eti lui et fausse lui-même le suffrage universel. Après l'élection , l'élu n'a pas et ne doit pas reconnaître d'autre juge en premier ressort que sa conscience, et en second ressort que sa réélection ou sa non-réélection à l'expiration de son mandat. »
Les députés de l'opposition accusés de défaillance, décrétés de suspicion, n'ont qu'à laisser leurs accusateurs s'agiter dans le vide, et l'agitation qu'ils s'efforcent de souffler ne tardera pas à s'éteindre dans l'impuissance.
Dans le pays où l'impôt et la loi sont votés par des assemblées délibérantes, l'opposition législative est une digne qu'il importe de ne pas laisser rompre et détruire. C'est ce que l'aveuglement des gouvernements et des majorités les empêche de voir ; mais parce qu'une vérité est méconnue , elle n'en subsiste pas moins. Le soir et le lendemain du 24 février 1848, quels étaient les premiers à recommander le respect de l'ordre et à l'imposer? IM'étaient-ce pas ceux des députés qui la veille encore en étaient signalés comme les