‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 124 sur 149 · LA SINCERITE DU SUFFRAGE UNIVERSEL. Û · texte numérisé non relu

LA SINCERITE DU SUFFRAGE UNIVERSEL. Û

offerte à Paris sans consentir à prêter le serment préalable exigé par le sénatus-consuUe du 17 février 1858. Ce que désapprouve mon ami et ancien collaborateur M. Alphonse Peyrat, est précisément ce que j'approuve et ce que j'honore.

Je méprise les faux serments.

M. le comte Henri de Rochefort se présentant au choix comme candidat assermenté et comme candidat inassermenté , abaisse , dégrade à mes yeux le suffrage universel ; M. Ledru-RoUin le relève, le réhabilite.

Telle est ma conviction, que si j'avais eu une voix dans les conseils de TEmpire, j'eusse, sans hésitation, proposé à TEmperear, par reconnaissance pour l'établissement du suffrage universel, de faire pour M. Ledru-Rollin en 1869 ce que, par respect pour la science, il fit en 1852 pour M. François Arago, qu'il exempta du serment.

— Mais c'eût été de l'arbitraire !

— L'arbitraire n^existe plus quand c'est la magnanimité qui prend sa place.

Et d'ailleurs, qui empêcherait de rapporter le Bénatusconsulte du 17 février 1858,- par un autre sénatlts-consulte qui pourrait être daté du... novembre 1869?

Avant tout, la sincérité du su£Rrage universel.

Pas de suffrage universel sincère s'il n'est pleinement libre, en 1848, d'élire le prince Louis-Napoléon, quoique banni et eondamné ; en 1849, d'élire le prince de Joinville, quoique banni mais non condamné; en 1869, d'élire M. Ledru-Rollin, deux fois politiquement condamné par contumace, mais, pleinement absous de ces deux condamnations par les deux amnisties des 15 août 1859 et 16 août 1869.

A mon avis, aucune des objections de V Avenir national et du Siècle^ de M. Alphonse Peyrat et de M. Taxile Delord, n'a de portée sérieuse.

Les électeurs de la 1'*, de la 3*, de la 4* et de la 8* circonscription voteraient tous par élan pour M. Ledru-^RoUin,

au risque de voir leurs bulletins de vote déclarés nuls , toutefois après avoir été comptés et annexés au procès-verbal de dépouillement y qne ce serait certainement là un fait grave, aussi grave, sans Tétre plus, que la quintuple élection du prince Napoléon en 1848, mais moins grave, à mes yeux, que Télection de M. Rochefort, laquelle fera d'un grand principe une indigne farce, car le candidat de la V* circonscription ne personnifie pas même la passion de la haine; il ne personnifie que Texploitation deTinjure et du calembour...

Autrefois tout souverain avait son boufibn.

Devenu souverain , il parait que le peuple veut aussi avoir le sien.

Mais après Télection de M. Rochefort, que pensera-t-on du suflfrage universel? Quel prestige conservera-t*il ? Que pourront répondre ses rares défenseurs à ses nombreux détracteurs ?

M. Ledru-RoUin représente le principe électif aux prises avec le principe héréditaire ; M. Ledru-RoUin représente la République renversée aux prises avec FEmpire restauré. Cest là une grande et noble lutte! Hais H. Rochefort ne représente rien qu'un mauvais tour de gamin que le suffrage universel se joue à lui-même.

M. Ledru-Rollin , c'est le sufi'rage universel aspirant à recouvrer sa toute-puissance.

M. Rochefort, c'est le sufi'rage universel tombé à l'état de gaminerie; ce n'est plus le suffrage universel, c'est le suffrage burlesque.

M. Ledru-RoUin, c'est l'abolition du serment.

M. Rochefort, c'est la parodie du serment.

La crainte du rédacteur en chef de V Avenir national, c'est que la voie dans laquelle M. Ledru-Rollin vient d'entrer par l'acceptation solennelle de la candidature sans prestation préalable de serment ne mène fatalement à l'insurrection vigoureusement comprimée, laquelle compression victorieuse

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