ON COMPTE A REGLER
16 décembre 1860.
Journalistes et ministres ont un compte à régler, réglons-le. Le travers de la plupart des parvenus au ministère, dès qu'ils ont un splendide hôtel pour demeure et qu'ils s'entendent appeler Votre Excellence, Son Excellence, à chaque phrase qui leur est révérencieusement adressée par leur huissier, la chaîne au cou, et par la foule des solliciteurs prosternée dans les antichambres, le travers de la plupart des parvenus au ministère est de se croire des hommes d'Etat infaillibles, de véritables papes séculiers, et de se considérer comme très au-dessus des journalistes, même de ceux qui ont consacré sans relâche trente années de leur vie et quinze heures par jour à l'étude et à la solution des questions politiques, économiques, sociales, les plus ardues. Cependant, avant qu'un caprice, un hasard, un vide les fît ministres, la veille que savaient-ils, que valaient-ils, que pesaient-ils? Le lendemain du jour où ils ont cessé d'être ministres, ob ils sont rentrés dans la vie commune, que pèsent-ils, que valent-ils, que savent-ils? Cest alors que la servilité s'étonne de s'être courbée si bas quand ils se donnaient les airs, avant qu'ils fussent déchus, de lui parler de si haut.
Excellence qui ne prenez pas une seule fois la parole sans vous vanter de votre « longanimité v à l'égard delà presse et sans déclamer contre ses violences et ses excès, où prenez-vous donc le droit que vous vous arrogez de tenir ainsi le langage d'une miséricorde insultante? Est-ce qu'en vos mains le pouvoir s'est fait scrupule d'aucune violence, d'aucun excès? Est-ce que si la presse a ses abus, le pouvoir n'a