L*E1IPIRE CONSERVÉ PAR ^OPPOSITION
SI janvior 1869.
En réalité, roppositîon, dans les pays où il existe une tribune législative, ne mérite son nom qu*à la condition d'avoir une politique qui soit différente de celle du gouvernement qu'elle combat. En quoi, en France, la politique de Topposition difl%re-t-e]le de celle du gouvernement? Quelle est la politique du gouvernement? Quelle est celle de l'opposition? Qui pourrait définir l'une et déterminer l'autre?
S'il est vrai que le gouvernement marche à l'aventure et sans direction, s'il est vrai qu'il n'a pas de programme, est-ce qu'il est moins vrai que l'opposition n'en a aucun? Que veut-elle? Le sait-elle? Si elle le sait, qui l'empéclie de le dire? Si un caprice ou un événement l'appelait tout à coup à prendre en main le pouvoir, qu'en ferait-elle? Quelle ligne suivrait-elle? A l'intérieur, maintiendrait- elle ou abolirait-elle la centralisation, sans la suppression de laquelle la liberté ne sera jamais qu'un arbre sans racines, sans sève, sans feuillage et sans fruits? Conserverait -elle ou retrancherait-elle le budget des cultes, qui est le budget de Tincrédulité et de l'inconséquence? Établirait-elle l'indépendance de la justice ou la laisserait-elle sous la dépendance de l'État? Affronterait-elle la liberté de l'enseignement, ou reculerait -elle devant les difficultés qu'il y aurait d'abord à vaincre? A l'extérieur, serait-elle pour la politique économique de Turgot et de Cobden contre la politique territoriale de Richelieu et de Bismark, ou pour celle-ci contre celle-là? Renoncerait-elle à la politique d'immixtion et d'intervention, à la politique de la paix armée, décorée du nom de « politique d'influence légitime et nécessaire « , ou
penseraif-elle que la France ne saurait demeurer systématiquement étrangère aux aCfairee des autres puissances entre elles? Adopterait-elle le régime américain, qui consiste à licencier les troupes le lendemain du jour oii la paix est conclue , ou persisterait-elle dans les errements français qui consistent à avoir une armée de plus en plus considérable, de plus en plus ruineuse, tout en répétant chaque année devant toute TEurope que jamais la guerre n'a été moins probable et la paix plus certaine ?
Une prétention n'est pas un programme.
L'histoire comparée des quatre régimes qui se sont appelés la Monarchie de 1815, la Monarchie de 1830, la République de 1848, l'Empire de 1852, et de tous les ministères qui sous ces quatre régimes se sont succédé les uns aux autres, est là pour attester que a Jouer mieux le même air » , selon une expression célèbre, est plus facile A promettre qu'à exécuter.
L'oppoéitioD qui siège sur les bancs du Corps législatif n'est séparée des ministres, qui défendent contre elle leurs actes et leurs porteFeuilles, que par Tépaisseur, non de questions de principes, mais de questions de mesure.
Qu'il s'agisse de la politique intérieure ou de la politique extérieure, sur quelques sujets que ce soit, Topposition n'a pas plus de principes que le gouvernement , et réciproquement.
C'est le ce qui fait à nos yeux la gravité de la situation; c'est là ce qui nous cause de si profondes anxiétés pour l'avenir de la France.
Pauvre France ! où vas-tu , sinon an déclin?
Il semblerait que l'opposition s'est donné pour unique tâche de sauver l'Empire en l'empêchant de commettre les fautes par lesquelles il risquait de se perdre. A ce titre elle mériterait de se nommer, à son choix, soit l'opposition dynastique, soit l'opposition conservatrice.