L'EMPIRE CONSERVÉ PAR L'OPPOSITION
En effet, elle le conserve, mais en le déconsidérant, en le rapetissant, en Ténervant, en éteignant en Ini toute initiative et le réduisant à Timpuissance par la peur de la discassion.
Si encore elle n^énervaitetne rapetissait que le gouvernement! Hais c'est qu*en môme temps elle énerve et rapetisse le pays.
Chose vraie quoique invraisemblable ! Ce que chaque année Topposition fait perdre de prestige à TEropire, elle le lui rend amplement en solidité, à l'exemple de ces saules décapités qui poassent des racines d'autant plus profondes qu'ils ont été privés de leurs branches, et qu'ils ne sont pins qu'un tronc court et difforme, mais qui défient les vents sous la fureur desquels tombent les chênes les plus élevés, les plus majestueux et en apparence les plus forts.
Est-ce là le rôle que devrait jouer l'opposition? Tel n'est pas notre avis; en aucun temps nous n'avons été pour Topposition taquine et mesquine; nous n'avons jamais compris, nous ne comprenons pas l'opposition sans' principes et sans programme.
Précisément parce que le gouvernement n'a pas de programme, ce serait une raison pour que l'opposition en eût un simple et formel, que connut et que pût juger la France électorale tout entière.
Réduits à opter entre deux candidats, qui le plus souvent ne différent que parce que l'un est combattu par la préfecture et l'autre soutenu par elle, est-il étonnant que les électeurs ne se passionnent pas, et que l'opposition, quoiqu'on dise le contraire, fasse des progrès généralement si lents et si douteux?
Qui n'a rien semé ne doit pas être surpris de n'avoir rien k récolter.
Lorsqu'il combat l'opposition qui lui sert de parapet et qui l'empêche de verser dans le gouffre d'expéditions telles
48 QUESTIONS DE l/ANVÉE 1860.
qae celle du Mexique, sur la pente de laquelle il a glissé avant que les élections de 1863 eussent ouvert à H. Thiers, ancien président du conseil des minislres, les portes du Corps législatif, en vérité, le gouvernement est bien ingrat, car c*e8t elle qui Ta sauvé des périls que lui faisait courir Taveuglement de sa majorité.
LETTRE A liONSIEUR GLAIS-BIZOIll.
l«r févriw 1869.
a Monsieur et cher ancien collègue,
» n y a trente ans que j'ai adopté pour devise ces paroles de Dante : Cercando il vero, cherchant le vrai. Si les vingtcinq volumes que je laisserai en mourant me survivent seulement quelques semaines, justice me sera rendue que le vrai, je Tai cherché avec la même ardeur et la même patience, sans relâche et sans fin, sous la Monarchie de 1830, sous la République de 1848 et sous TEmpire de 1852, que je fusse assis sur les bancs de la majorité ou sur ceux d^ la minorité.
» Est-il vrai que Topposition qui s'honore de vous compter parmi ses membres siégeant au Corps législatif, ait un programme, ainsi que vous le prétendez?
» Même après vos explications, je persiste à penser qu'elle n'en a pas, et qu'entre elle et le gouvernement il n'y a que l'épaisseur de questions de mesure et non de questions de principes.
9 Si l'opposition avait un programme, je le connaîtrais, car rien ne l'empêche de le porter à la tribune, quoi que vous en disiez ; et d'ailleurs, à défaut de la tribune, n'a-