‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 24 sur 149 · LETTRE A U. GLAIS-BIZOIN · texte numérisé non relu

LETTRE A U. GLAIS-BIZOIN

f-elle pas la presse? Mais non, la tribane ne lui manque pas ; car si la discassion de Tadresse lui a été capricieusement retirée, après lui avoir été capricieusement rendue, est-ce que Topposition n'a pas la discussion générale du budget, qui lui offre chaque année Toccasion de dire toute sa pensée sur toutes les questions politiques et économiques, intérieures et extérieures, de principe et d^application dont il est le faisceau ?

n Avoir retiré au Sénat et au Corps législatif la discussion de Fadresse après la leur avoir rendue; avoir soumis le droit d'interpellation à une réglementation qui en complique et en ralentit Texercice, c'est ce que je me permettrai d'appeler de son vrai nom , c'est ce que je me permettrai d'appeler de l'enfantillage; mais exagérer, comme vous le faites, l'importance de ces deux espiègleries, c'est ce que vous me permettrez d'appeler du même nom, c'est ce que vous me permettrez également d'appeler de l'enfantillage.

9 Opposition et gouvernement, lorsque je les observe attentivement, m'apparaissent comme deux écoliers, aussi enfants l'un que l'autre, qui perdraient le temps à se quereller an lieu de l'employer à étudier.

« La bonne foi est une force. Soyons de bonne foi, mon cher ancien collègue! Est-ce que depuis 1857 qu'ils sont députés, MU. Emile OUivier, Jules Favre, Ernest Picard n'ont pas pu dire au Corps législatif tout ce qu'ils ont voulu que la France entendit? Sous la Monarchie de 1830, dont il fut l'un des premiers ministres, et sous la République de 1848, où il servit de guide à MM. Baroche et Rouher, qu'est-ce que M. Thiers aurait dit de plus et de différent que ce qu'il a dit depuis 1863, qu'il est revenu prendre au Palais- Bourbon la place qui appartenait à son merveilleux talent de tribune? Vous-même, cher monsieur Glais-Bizoin, est-il une idée, est-il une vérité, même une malice que vous ayez été

contraint d'enfouir, en Bretagne, au pied d'un de vos arbres,

50 QUESTIONS DE L'AMNÉE 1869.

n*ayant pu lui donner libre cours dans les colonnes du double compte rendu sténograpbique et analytique des séances législatives?

D Cest précisément parce que toutes les barrières mises à la liberté de la parole sont impuissantes à Tempécher de passer dessous, dessus ou au travers, que je les trouve stupides. Elles ne servent qu*à déconsidérer les gouvernements, qu'à les faire paraître puérils, petits, faibles, ignorants, poltrons. Les lois par lesquelles les gouvernements distinguent encore entre la liberté de dire qu'ils s'efforcent de restreindre et la liberté de penser qu'ils n'ont aucun moyen d'atteindre, sont moins cruelles que celles qui condam* naient, il y a un siècle, les sorciers à être brûlés ou pendus; mais elles sont aussi insensées, et dans cent ans les générations futures auront autant de peine à comprendre qu'il ait existé des gouvernements éclairés érigeant la parole en péril et en délit, que les générations actuelles ont de peine à comprendre qu'il y ait eu des gouvernements civilisés érigeant la magie en danger et en crime.

n Vous avez infiniment trop d'esprit pour vous complaire dans les banalités et pour prendre au sérieux ce qui ne l'est pas. Lorsqu'un gouvernement, au temps où nous vivons, tente d'empêcber la pensée de se faire jour, ce que l'opposition a de plus sage à faire c'est de hausser les épaules et d'en rire; car, en réalité, il n'empêchera rien : il ne réussira qu'à perfectionner l'art de dire, qu'à rendre éloquente la réticence et qu'à changer la sincérité réprimée en perfidie légitime. Vainement il entassera décrets sur décrets, ces décrets étant contraires à la nature des choses, tombe^ ront dès le lendemain en désuétude. Exemple : qu'est devenu dans la pratique le fameux article 11 de la loi du 1 1 mai 1 868, proposé par M. de Guilloutet et destiné à rendre infranchissable le mur de la vie privée? Est-ce qu'on le franchit moins souvent et moins facilement en 1869 qu'en

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