‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 27 sur 149 · LETTRE A 11. GLAIS-BIZOIN · texte numérisé non relu

LETTRE A 11. GLAIS-BIZOIN

soire! Du 4 mai 1848 au 1*' décembre 1851, qu^a fait le gouvernement indirect, le gouvernement parlementaire,. le gouvernement d*une assemblée? Il a défait tout ce qu*avait fait le gouvernement direct; il a défait le 31 mai 1850 le suffrage universel. Du 2 décembre 1851 au 27 mars 1852, ne fermez pas les yeux et regardez ce qu'a fait le gouvernement direct, le gouvernement plébiscitaire, dont le premier acte a été Fabolition de la loi du 31 mai et le rétablissement do suffrage universel ! Du 27 mars 1852 à ce jour, 5 janvier 1869, qu'a fait le gouvernement indirect, le gouvernement parlementaire, le gouvernement bicamériste ? Qu'a-t-il fait en Espagne ? Que fait-il en Portugal? Qu'eût-il fait en Prusse si le roi Guillaume et le comte de Bismark l'eussent scrupu* leusement respecté ? Que fera-t-il en Autriche, où il n'a réussi qu'à subir ce qu'il aurait dû vaincre : le dualisme?

« Vous avez raison, mon cher ancien collègue, quand, vous adressant à moi, vous dites: « Examinez de près toutes B ces libertés concédées, et vous verrez qu'elles portent 9 toutes le collier dont le gouvernement personnel tient la « corde , qu'il allonge ou raccourcit à son gré, par décret 9 on sénatus-consulte. ^ Hais est-ce qu'il n'en était pas ainsi sous le gouvernement parlementaire de 1830 et sous le gouvernement républicain de 1848? Est-ce que le gouverne* ment parlementaire de 1830 n'a pas successivement raccourci la corde de la liberté de la presse et de la liberté de réunion qu'avait allongée la. révolution du 29 juillet? Est-ce que le gouvernement républicain de 1848 n'a pas successivement remis au cou de la liberté de la presse et de la liberté de réunion le collier qu'avait détaché la révolution du 24 février? Est-ce que les mandataires de dix millions de mandants, est-ce que les élus de dix millions d'électeurs se sont fait le plus léger scrupule d'en supprimer d'un seul coup cinq millions?

» Permettez-moi de vous le dire, mon cher ancien collé-

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gue, au lieu de voas en prendre à la réalité des choses, vous vous en prenez à leur apparence. La réalité, c'est que la liberté due à une révolution victorieuse sera toujours précaire et ne sera jamais que la tolérance aussi longtemps que cette révolution n'aura pas aboli la centralisation fondée sur la concentration de tous les pouvoirs dans une seule main et Tarmée placée sous le commandement du chef de l'État.

» L'armée ! C'est la transition qui s'ofifre naturellement à ma plume pour l'aider à passer sans brusquerie de la politique intérieure, que j'ai à peine effleurée, à la politique extérieure, qui se résume pour moi dans cet unique précepte: «Chacun chez soi, chacun son droit.» Ai-je exagéré, ai-je calomnié l'opposition en prétendant que si le gouvernement n'avait pas une politique extérieure à laquelle il conrormàt tous ses actes, l'opposition n'en avait pas une qui fût plus consistante? 11 est vrai que l'opposjtion a combattu avec vigueur l'expédition du Mexique; mais, sans cette expédition, n'eût-elle pas entraîné, en 1863, le gouverne* ment à entreprendre une guerre contre la Russie et peut-être la Prusse, pour rétablir la Pologne? Cette guerre eût-elle coûté à la France moins^'hommes et moins d'argent que l'expédition du Mexique? Que lui aurait-elle rapporté? Eûtelle été le rétablissement de Tintégrité de la France, le rétablissement de son unité géographique, solennellement reconnue à perpétuité par les traités de 1799 et de 1801? Eût-elle été le désarmement de l'Europe après un congrès qui eut refait bien en 1865 ce qu'avait fait mal le congrès de 1815?

» La guerre n'a pas d'adversaire plus déclaré que moi. Si j'insiste aussi souvent que je le fais sur la nécessité d'un grand acte de virilité extérieure qui rende à la France ses limites naturelles, devenues plus impérieusement que jamais ses limites nécessaires, c'est que je n'entrevois plus dans

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