LETTRE A M. GLAIS-BIZOIN
Tavenir d'aolre moyen d*en finir avec la guerre expectante» déguisée sous le nom de paix armée.
« Voter chaque année un contingent de cent mille hommes astreints, en deux coupures et sous deux noms, à neuf années de service, vous paraît tout simple, mon cher ancien collègue : à moi, cela me parait monstrueux, non pas que je sois pour la réduction de l'armée. Si, un peu plus tôt, an peu plus tard, une guerre menace la France, il faut que la France ait Tarmée la plus forte possible, la plus nombreuse et la mieux constituée. Je le répète hautement, je ne suis pas pour la réduction de Tarmée, je suis pour son licenciement comme aux Etats-Unis, mais après une victoire décisive qui donne au vainqueur le droit et le pouvoir de dicter les conditions d'une paix durable. Je veux les moyens de ce dont je veux la fin. Si, après les événements de 1866 et les fautes commises en 1867 par notre diplomatie sans traditions nationales, vous savez un autre moyen d^arriver à la paix désarmée que par une guerre résolument entreprise, habilement conduite, promptement terminée, indiquez-lemoi, je l'adopterai tout de suite. Hais ce moyen, vous ne me Tindiquerez pas, car le programme de Topposition est le même que celui du gouvernement. U se résume dans ces mêmes mots : Tout à demi. Demi-pouvoir, demi-liberté, demi-paix, demi-guerre, demirvérité.
B Rien, à demi. Ni demi-pouvoir, ni demi-liberté, ni deofi-paix, ni demi-guerre, ni demi-vérité: ce programme c'est le mien.
« Tout à demi : c'est la France sans liberté et sans grandeur.
fi Rien à denn: c'est la France libre et grande.
» Ne vous hâtez pas, mon cher ancien collègue, de vous écrier qu'en disant qu'elle ne veut que la demi-liberté, je calomnie l'opposition ; car vous me mettriez dans la nécessité de lifi rappeler des paroles et des votes malheureusement ineff a-
cables. Si peu de semaines que l'opposition à laquelle vous appartenez ait été en possession du pouvoir, elle Ta gardé assez longtemps pour prouver qu'elle aussi mettait au-dessus des principes les considérations, qui ont toujours été et qui seront toujours, selon la belle expression de Voltaire, le tombeau des grandes choses.
D Ce que je crois être le vrai, je le dis sincèrement au gouvernement, au risque d'aller m'asseoir sur le banc où TEmpire de 1852 a fait asseoir M. le comte de Montalembert, mais où la République de 1848 avait fait asseoir Proudbon, et la Monarchie de 1830 Lamennais, condamné en 1840 à une année de prison pour une brochure intitulée le Pays et le Gouvernement, Ce que je crois être le vrai, pourquoi ne le dirais-je pas avec la même sincérité, mais aussi avec la même indépendance , à l'opposition?
9 C'est avec regret, c'est avec peine que je la vois appliquer la puissance de son talent à soulever brin à brin des fétus de paille et à tourner dans le vide toujours la même meule, comme les pauvres des workhouses, en Angleterre.
V Son grand cheval de bataille, ce sont les candidatures officielles.
9 Je ne les défends pas, car elles disparaîtraient avec l'unité de collège remplaçant le morcellement électoral; mais l'impartialité m'oblige de reconnaître que si les candidatures officielles ont le tort d'exister sous l'Empire de 1852, elles avaient le même tort sous la République de 1848 e( sous la Monarchie de 1830. Le lendemain de sa révolution d'hier, 18 septembre 1868, qu'ont fait l'Espagne et son gouvernement provisoire? N'ont-ils pas fait ce qu'avaient fait également en 1848 la France et son gouvernement provisoire? N'ont-ils pi^s eu leurs candidatures officielles à Paris et à Madrid? Si une nouvelle révolution éclatait ea France, est-ce qu'elle aurait plus de scrupules que sa devancière ?