‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 29 sur 149 · LETTRE A M. GLAIS-BIZOIN · texte numérisé non relu

LETTRE A M. GLAIS-BIZOIN

B Puisque Tabus ne change pas, même lorsque change la forme de gouvernement, que commande de faire la logique? Elle ordonne de s'en prendre à Feffet au lieu de s*en prendre à la cause. Si Ton veut vaincre les candidatures olBcielles, ce qu'il faut combattre, c'est le morcellement électoral, qui, combiné avec la centralisation, a toujours engendré et engendrera toujours l'intimidation et la corruption. Si l'unité de collège est l'idée juste, l'idée simple, l'idée grande, pourquoi l'opposition ne prend-elle pas la peine de l'étudier, ne fût-ce que pour varier son thème?

o C'est avec le même regret et la même peine que je vois l'opposition reculer devant l'impunité de la pensée imprimée, et avoir en matière de presse les mêmes timidités qu'avait Montesquieu en matière de magie. Il admettait qu'elle fut condamnable et qu'elle fut condamnée. Si la parole, si la presse, allant jusqu'à l'attaque et jusqu'à la diffamation, ont le pouvoir de nuire, la loi, se proposant pour objet de combattre un pouvoir funeste, est légitime.

T> Il s'en faut de très-peu q^ue MM. Jules Simon, Emile (Hlivier et Eugène Pelletan ne soient pleinement d'acDord avec moi, et qu'au lieu, désormais, de revendiquer la liberté de la presse, ils n'en revendiquent l'impunité ; mais dans le chemin qu'ils ont parcouru, ont-ils été suivis par MM. Favre, Marie et Thiers? Quelle est l'opinion de M. Grévy? Quelle est la vôtre, mon cher ancien collègue ? Admettez-vous que la calomnie ne nuit qu'au calomniateur?

» Que de regrets encore il me resterait à exprimer si une réponse insérée dans un journal n'avait des bornes, qu'il est impossible de franchir sous peine d'effrayer le lecteur !

rt Vous terminez, mon cher ancien collègue, votre lettre

par ces lignes : a Le peuple est tout; (put pour le peuple et

par le peuple » . Je termine la mienne par cette variante :

a Le peuple est tout : tout pour le peuple, mais par la

scienee et la liberté. »

» Tout par le peuple! C'est toujours tout contre lui : 1789 — 1830 — 1848 sont là pour Tattester.

V Croyez-moi, mon cher ancien collègue, lorsqu'on aime

^sincèrement le peuple, avec désintéressement et sans cher-

cher la popularité, il n'y a qu'une seule règle de conduite

qui ne vous expose pas à faire fausse route avec lui ; c'est

cellcKîi :

» Tout par la civilisation, rien par la révolution !

n ÉUILE DE GiRARDIN. i)

2 février 1869.

Que devraient vouloir, sans distinction de partis, tous les Français?

Tous, unanimement, devraient vouloir que la France soit libre et grande, libre autant qu'aucun autre pays dans le monde ; grande selon le sens inhérent à ce mot à l'instant où l'histoire l'applique à une nation, car la grandeur varie selon les époques et les œuvres.

Gouvernement et opposition, se proposant ce même but que nous venons de signaler , ne devraient différer que sur les moyens de l'atteindre, les uns plus prompts mais moins certains, les autres plus surs mais moins rapides, ce qui constituerait deux programmes distincts, entre lesquels le pays aurait à choisir.

Est-ce là ce qui a lieu? Non. Gouvernement et opposition agissent en ennemis l'un de l'autre, et non en émules, ce

qui a poor effet de les rapetisser tous deux. Aussi pôarrait*on justement dire :

Tel gouvernement, telle opposition;

Telle opposition, tel gouvernement.

Lorsqu'on se reporte en arrière par la mémoire, et qud Ton se souvient de toutes les luttes parlementaires auxquelles donnèrent lieu, de 1830 à 1848, les questions de savoir si Féiection dos dépntés était un droit ou une fonction; s*il serait dangereux, oui ou non, d*adjoindre à la liste des électeurs la liste des jurés, ce qu'on nommait alors « les capacilés » ; si la sincérité électorale exigeait oui ou non Textension de ce qu'on nommait aussi alors a Us incompatibilités, » le sentiment que Ton éprouve n'est^il pas celui delà fierté nationale blessée? Est-ce qu'on se sent fier d'être Français en regardant la tribune? Est-ce qu'on ne se trouve pas petit et presque ridicule?

Le sentiment d'humiliation que fait éprouver le souvenir de tant de forces pcécieuses, de tant de talents oratoires dépensés, gaspillés par MU. Guizot, Barrot, Thiers, Berryer, Garnier- Pages, Dupin, Duchfttel, Rémusat, de Broglie, de Montalivet, Mole, Barthe, Vivien, Passy, Dufaure, Billault, Villemain, Salvandy, Sauzet, Lamartine, Ledru- Rollin, en luttes opiniâtres si vaines et si stériles pendant les dix-huit années de l'entre-révolution qui s'est appelée le règne du roi Louis-Philippe; ce sentiment amer ne sera-t-il pas celui qu'éprouvera la génération qui mûrit lorsqu'elle se rendra compte de l'usiige que gouvernement et opposition ont fait des dix-huit années qui se sont écoulées de 1851 à 1869? La République de 1848, dont ce sera l'étemel honneur, s'élevant d'un coup d'aile au-dessus du cens électoral, au-dessus de l'adjonction des capacités, au-dessus de l'extension des incompatibilités, avait décrété sans hésitation et sans retard le suffrage universel, c'est-à-dire le droit de tous à être représentés dans la discussion et le vote de la Joi[, dont

le respect est le devoir de tous : entre les mains da gouver* nement impérial qu*est devenu ce grand principe que lui avait légué la République? La pensée et la tâche de TEmpire ont-elles été de rendre de plus en plus simple , de plus en plus précis, de plus en plus juste l'instrument ayant pour objet et devant avoir pour effet de faire connaître, avec Texactitade la plus rigoureuse et la moins contestable, le sentiment public et la volonté nationale? Non. Le scrutin de liste par département a été supprimé, mais pour être remplacé par un rouage encore plus imparfait se nommant les circonscriptions électorales, rouage sans fixité, rouage variant sans raison et sans fin, an gré de Tarbitraire administratif. Le serment imposé aux députés sous la Monarchie de 1815 et sous la Monarchie de 1830, cette restriction électorale que la République de 1848 avait eu le mérite de supprimer, a été rétabli en 1852 , avec la .formalité aggravante ajoutée en 1858, comme sn'honneur du gouvernement français n'était pas intéressé k ce que le Parlement français se composât, sans distinction de partis, d'opinions ou d'idées, de toutes les notabilités de la France, de toutes ses illustrations! Un gouvernement issu du suffrage universel et ayant profondément en lui le sentiment de la grandeur nationale ne s'occupe pas de quels éléments se composeront la majorité ou la minorité du Corps électoral et du Corps législatif, car le principe sur lequel il repose, c'est d'avoir pour majorité la majorité du pays, quelle qu'elle soit. 11 lai^e les intérêts opposés ou différents lutter entre eux en. toute liberté. Placé au-dessus d'eux, il n'intervient que pour veiller impartialement à ce que les conditions de la lutte soient de toutes parts loyalement observées; mais il ne se mêle pas au combat. N'étant jamais combattant, il n* est jamais ni vainqueur ni vaincu. S'il était partie, il ne pourrait être juge; étant. et devant être juge, il n'est jamais partie. Dans cet ordre d'idées, qui est le vrai^

qnî est le juste , qui €st le simple , qui est le grand , le gouvernement n'a qu'un intérêt , un seul : c'est que Tinstrument destiné à peser toutes les opinions, à mesurer tontes les forces, à compter tous lés votants, ne puisse jamais être faussé ; c'est que le suffrage universel soit aussi mathématiquement exact que l'est devenu notre système des poids, mesures et monnaies , autrefois si compliqué , si confus , si arbitraire, avant que l'Assemblée nationale eut adopté les conclusions de l'Académie des sciences (1).

Il est à regretter qu'en 1848 le gouvernement provisoire , dont François Arago faisait partie, n'ait pas également eu la pensée de confier à l'Académie des sciences la tâche, laVes* ponsabilité, l'honneur de chercher, d'examiner, de débattre et enfin de trouver le mécanisme électoral protégeant le pins efBcacement l'indépendance et garantissant le plus fidèlement la sincérité des votes exprimés par l'universalité des Français, passatit tout à coup et sans transition du cens électoral, qui les excluait, moins deux cent mille, au suffrage universel, qui les admettait tous, au nombre de dix millions, afin que l'Assemblée constituante n'eât qu'à l'adopter et à le couver* tir en décret organique. Ce qui n'a été fait ni en février 1848 ni en décembre 1851 peut encore se faire. Pourquoi le gouvernement impérial ne chargerait-il pas l'Académie des sciences d'étudier tous les mécanismes électoraux : — scrutin de listes, circonscriptions variables, morcellement électoral, unité de collège, mécanisme Girardin, mécanisme

(1) Voir le travail de M. de Talleyrud en avril 1790; voir le rapport de M. de BoDoaf , le 8 mai suivaot, inr le travail de If. de Talleyraod ; voir le projet de décret de M. Bareaai de Paxy ; voir les décrets deê 1 i et Si août même année; voir la lettre de Condorcet da 26 mars 1791 , an nom de TAcadémie des scieoces ; voir le décret dn 30 mars , de l'Assemblée nationale , coocerté avec Lagraoge , Lalande , Borda , Laplace , MoDge et Coodorcet de TAcadémie des sciences ; voir les proclamations de l'Assemblée nationale des 10 juin 1791 et 31 mars 1793; voir le décret de la Convention da l*" août 1793; voir la loi da 1 8 germinal an III « etc. , etc.

Staart Mill, etc., — afin de désigner celui d^entre eux qui, assimilant le suffrage universel à une force précise, relèverait à la plus haute puissance par la plus grande justesse? Ne serait-ce pas là un bel exemple donné par la France à toute TEurope et même aux États-Unis? Une telle initiative prise par le gouvernement français n'aurait-elle pas le plus éclatant retentissement au fond du cœur de tous les peuples? Ne serait-ce point un immense progrès fait dans le sens de la politique aspirant à devenir ce qu'elle peut, ce qu'elle doit être, ce qu'elle sera : une science exacte?

Lorsqu'on a l'honneur d'être le gouvernement d'un aussi beau pays que la France, comment a-t-on une autre pensée que de chercher la stabilité dans la grandeur? Comment se complait-on dans tout ce qui est petit ? Comment préfèret-on être le règne des expédients qui perpétuent les abus, plutôt que le règne des principes qui les feraient successivement disparaître à jamais? C'est ce que nous n'avons jamais compris : c'est ce que nous comprenons moins que jamais.

Après le plébiscite du 20 décembre 1851 il y avait, pour le 2 décembre amnistié par cinq millions d'électeurs, à choisir entre ces deux alternatives :

Ou la France grande pour être libre ;

Ou la France libre pour être grande.

La France grande pour être libre, c'était l'élu du 10 décembre 1848, c'était l'élu du 20 décembre 1851, c'était le neveu et l'héritier de l'empereur Napoléon P' déclarant que « TEropire, ce serait la paix » , mais la paix après que la France ferait rentrée par la victoire ou par la diplomatie dans la possession de ses limites naturelles, de ses limites nécessaires, de ses limites républicaines, aveuglément violées parles traités de 1815, au mépris des traités de 1799 et de 1801. Cet acte réparateur ayant été accompli aux acclamations de la France, à laquelle il aurait rendu sa sûreté territoriale, ce qui lui eut permis de donner à l'Eu-

rope Texemple du désarmement ; cet acte réparateur ayant élevé le gouvernement de 1851 à une immense distance audessus de la Monarchie de 1815» de la Royauté de 1830 et même de la République de 1848, la liberté comme en Angleterre, la liberté comme en Belgique, la liberté comme aux États-Unis, la liberté comme en Suisse en découlait naturellement et inévitablement, car le sang versé le 2 décembre était lavé à pleine eau par les flots du*Rbin baignant la rive française de Strasbourg à la mer. Le 2 décembre, ce n'était plus la République renversée, c'était la victoire adultère punie de sa coupable infldélité; c'était Waterloo effacé, c'était la France vengée !

La France libre pour être grande, c'était non^seulement la France maintenue en possession de toutes ses libertés conquises et acquises en 1848, mais c'était encore la France mise en possession des libertés qui lui manquaient; c*était la liberté et le pouvoir rationnellement séparés, mais demeurant entiers l'un et l'autre, au lieu de la liberté comprimée et du pouvoir divisé ; c'était la liberté et le pouvoir parallèles, au lieu de la liberté et du pouvoir antagonistes ; c'était le gouvernement à deux voies, au lieu du gouveriiement à une seule voie, ce qui est l'enfance de la politique et la cause de ces chocs meurtriers qui prennent le nom de révolutions ; — gouvernement à une voie et chemin de fer à une voie sont aussi imparfaits et aussi dangereux l'un que l'autre; — c'était le régime parlementaire remplacé par le régime plébiscitaire en vertu de la loi de progrès qui veut que ce qui est inférieur cède la place à ce qui est supérieur. Le régime parlementaire, quand il est la liberté, ce qu'il n'est pas toujours, est la liberté sans la grandeur^ car c'est l'action s' évaporant en discussions; le régime plébiscitaire, c'est la liberté dans la grandeur^ car ce qu'un seul a le droit d'exécuter avec l'échec pour risque et pour limite, tous ont

le droit de le discuter avec l'erreur pour écueil et pour

borne. Le plébiscite, c*est le gouffernement réduit à sa plus simple expression et élevé à sa plus haute puissance. Le plébiscite est au suffrage universel ce que le faite d*un édiGce est à sa base, ce que la cime, du chêne est à sa racine.

De ces deux alternatives: la France grande pour être libre ou la France libre pour être grande, si Ton pense qu'après Tàcte du 2 décembre la première offrait moins de périls que la seconde, on pensera aussi sans aucun doute qu'il eût été plus sûr, sans être plus dangereux, de chercher en 1852 la grandeur sur les rives du Rhin qu'en 1854 sur les rives du Bosphore? Quelle grandeur pouvait-il y avoir pour la France à s'ériger en défenseur de l'équilibre européen, institué contre elle, et à maintenir l'intégrité de l'Empire ottoman au prix de la mort de cent mille Français tués par le canon ou le typhus, et de quinze cents millions de francs détournés de leur destination naturelle? Puisqu'on faisait tant que de braver les risques et les périls d'une guerre, n'eût-il pas mieux valu les affronter pour le rétablissement de l'intégrité de la France, intégrité détruite en 1815, que pour le maintien contre nature de l'Empire ottoman, maintien non moins précaire en 1859 qu'il l'était en 1854?

La seule guerre que le nouvel Empire dût logiquement entreprendre est précisément celle qu'il n'a pas faite. La guerre en revendication de nos frontières naturelles et nécessaires eût été un grand acte de virilité napoléonienne et nationale ; c'eût été le 2 décembre glorifié, au lieu du 2 décembre amnistié; les trois guerres de Crimée, d'Italie et du Mexique ont été trois' fautes, car elles n'ont rien ajouté à la puissance de la France, et le prestige éphémère que les deux premières guerres lui avaient donné, la troisième le lui a enlevé.

Oui ou non, est-ce vrai?

Sortons donc au plus tôt de la petite politique, pour

entrer dans la grande, car, au dix•neuvi^me siècle et en Europe, «grandeur et liberté sont aussi inséparables l'une de Taotre qae Test le verso du recto d'une page d'histoire.

A féfrier 18S9.

De 1815 à 1830, le programme de l'opposition tout entière, composée en grande partie d'hommes, les uns ayant servi l'Empire ou le regrettant, les autres n^ pouvant se consoler du désastre de Waterloo, qui avait détruit l'intégrité de la France, fut celui*ci : — Rendre à la France son intégrité perdue et opposer la liberté pour résistance invincible aux tendances de la monarchie restaurée, que l'émi* gration s'eflbrçait de tirer en arrière et de faire reculer dans le passé plus loin que Turgot.

De 1830 h 1848 la politique du roi Louis-Philippe et de ses ministres, à l'exception des six mois de 1840 pendant lesquels M. Thiers fut président du conseil, inclinait si mo«* destement à la paix qu'elle fut qualifiée de « paix à tout prix 9 par l'opposition, qui la combattit à outrance, avec moins de justice que de passion. De 18-^0 à 1848, le pro«grarome de l'opposition, composée des mêmes éléments, demeura à peu pi es ce qu'il avait été de 1815 à 1830. 11 était ce qu'il y avait de plus simple, car il consistait h souHQer la guerre dès que le gouvernement s'appliquait à l'empêcher de s'allumer, et à revendiquer le plein exercice delà liberté» an nom de laquelle s'était faite la .révolution de 1830, dès que le gouvernement, effrayé de ses conséquences, se mettait en contradiction avec son origine.

A tort on à raison, l'Empire de 1852 étant suspect de

guetter avec patience mais avec persistance la première

68 QUËSTIOXS DE L'ANNÉE 1869.

occasion favorable s'offrant à lui de tirer résolument mais prudemment l'épée afin de rendre à la France ses frontières naturelles et de faire revivre les traités de 1799 et de 1801, sans armer contre elle une nouvelle coalition, l'opposition a abandonné la moitié du programme qui, de 1815 à 1848, lui avait méritéle Aom d*opposition nationale. Elle s'est convertie à la paix, non par conviction et par système, mais par contradiction et par tactique. Maintenant, Tidéal de sa politique extérieure, c'est la politique du roi Louis-Philippe et de M. Guizot, qu'elle a combattue et flétrie pendant dix-huit ans à la tribune et dans la presse* De deux choses Tune : ou les suspicions de l'opposition à Tégard de l'Empire et de ses arrière-pensées de revanche nationale sont fondées, on elles ne le sont pas. Si elles sont fondées, quel serait le terrain de l'opposition le jour oh une guerre résolument entreprise, rapidement conduite, heureosement terminée, aurait rétabli l'intégrité de l'Empire français? Si elles ne sont pas fondées, en quoi la politique du gouvernement et la politique de l'opposition diffèrent-elles? Opposition et gouvernement suivent et creusent la même ornière : cette ornière, c'est la paix sans virilité, sans fécondité, sans stabilité; ce qui équivaut à l'impuissance d'accomplir aucune des grandes réformes toujours solennellement promises au lendemain de chaque révolution qui a éclaté, et toujours le surlendemain indéfiniment ajournées,

M. Emile Ollivier personnifie une politique; il a incarné en lui l'idée économique, pacifique et libérale de Cobdeo ; le tort, selon nous, de cette politique, qui a été la nôtre pendant vingt-cinq ans, c'est de ne pas tenir compte des événements considérables qui se sont accomplis en 1866, et qui ont fait perdre à la France la place qu'elle occupait en Europe, pour donner celte place à la Prusse; mais quelle politique les autres membres de l'opposition personnifientils ? Le premier ministre de la parole, M. Rouher, a déclaré

à la tribune; en' 1868, que si ]a Prusse s'étendait (erritorialement au delà du Metn on cherchail à s'emparer du Zuyderzée, la France s'y opposerait énergiquement en prenant immédiatement les armes : dans ce cas, s'il se présentait, que ferait l'opposition, que ferait M. Thiers, que feraient MM. Carnot, Jules Favre, Grévy, Marie, Pelletan, Picard? Se montreraient-ils plus tolérants que M. Rouher ? Seraientils d'avis que la France laiss&t se produire, sans y mettre obstacle, toutes les conséquences de la bataille de Sadowa et du renversement de la Confédération germanique ?

Si nous nous appesantissons ainsi sur cette égale absence de programme de la part de l'opposition aussi bien que de la part du gouvernement, qui caractérise la situation, c'est qu'elle est à nos yeux le symptôme inquiétant d'un déclin qui, s'il n'était pas vigoureusement arrêté,' ne tarderait pas à faire descendre la France si bas qu'elle n'aurait plus la force de remonter. Ou ayons, comme la Prusse en 186i5, un gouvernement qui soit grand aui prises avec une opposition qui était petite, ou si nous avons un gouvernement qui soit petit, ayons une opposition qui soit grande! Est-ce donc trop souhaiter que de borner ses vœux et ses prétentions à Tune de ces deux alternatives?

— Mais par la grandeur d'un gouvernement ou d'une opposition, qu'entendez*vous ?

— A cette question que nous pressentons , voici notre réponse: Ce qui est grand, lorsqu'il s'agit d'un pays monar* chique, c'est ce qui survit à un règne et laisse dans l'histoire une trace lumineuse ; ce qui est petit, c'est ce qui mérite d'être oublié et ne saurait l'être trop tôt. Du règne de LfOuis XVIII et de Charles X — laborieuse et impuissante tentative de fonder un gouvernement contenant la liberté, ce qui était l'idée fausse et compliquée, au lieu de fonder un gouvernement contenu par la liberté, ce qui était l'idée juste et simple, — que reste-t-il? Un enfant qui vieillit dans TexiL

70 QUESTIOIVS DE L'A^NÂB 1869,

Du rc'gne de Louis-Philippe tombant dans la même erreur et se consumant en efforts aussi vains, que reste*t-il? Une multitude d*enfants et de pelit8«*enfant8 qui expient égale* ment dans Texil la méprise de leur grand^père, aveuglé par la peur de la liberté de la presse, aveuglé par la peur de la liberté de réunion, ayant vu le danger où il n'était pas et ne rayant pas vu où il était. Où était-il ? Dans Tabsence de la liberté communale, cette diversion nécessaire, sans laquelle la centralisation est une plaque de tir dont la poupée en pl&tre est le pouvoir visé par tous ceux qiii le convoitent. Proclamée le 24 février 1848, la République proprement dite a duré peu de temps, quelques semaines seulement, mais assez longtemps cependant pour marquer son passage par deux grands actes : Tabolilion du cens électoral et l'abolition de Tesèlavnge colonial. Ce qui fut petit sous la République, ce furent les fâcheuses dissensions qui éclatèrent entre les membres du gouvernement provisoire siégeant à Vhôlel de ville et qui se traduisirent par les journées de juin; mais ce qui fut grand, et ce qui sera son éternel honneur, c^est d'avoir eu du peuple français une idée assez haute pour le mettre sans hésitation et sans relard en possession du droit de disposer lui-môme de ses destinées au moyen du suffrage universel sans aucune restriction. Ce fut là un acte dont la grandeur à elle seule suffit à racheter plus de fautes que n'en a commises le gouvernement provisoire. Jugé à vingt ans de distance et par comparaison, le gouvernement provisoire de 1848 a été un grand gouvernement. C'est ce que se platt à reconnaître ici l'impartialité devançant la justice de l'histoire. Du règne de l'empereur Napoléon III, s'il s'arrêtait au second mois de l'année 1869, que resterait-il? Un germe fécond, ce germe se nommant plébiscite, les travaux de Paris exécutés par U. Haussmann, et deux mémorables discours: le discours du 5 novembre. 1863 et celui du 18 janvier 1869. Rien de plus. Le rétablissement

de rintégrité de la France en 1852 ou en 1866, soit par une heureuse victoire, soit par une habile négociation , eût été un grand acte qui eût glorifié le gouvernement français; mais le maintien de rintégrité de la Turquie, cette intégrité n'étant pas plus eflficacement garantie en 1869 qu'elle ne Tétait en 1834, ne saurait être porté au compte du règne de l'empereur Napoléon III comme un acte dont la France puisse et doive s'enorgueillir. L'intégrité de l'Italie est un fait dont l'histoire attribuera l'honneur moins à l'babileté de la France qu'à l'habileté de Cavour et qu'à l'audace de Garibaldi. Donc ceux qui disent, qui écrivent, qui impriment soir et matin que rhéritier de Napoléon I*' a conquis sa place parmi les grands souverains, le flattent, l'abusent, le trompent, l' énervent, l'endorment, l'enlèvent à la tâche qu'attendait de lui la postérité. Ce sont les ennemi» mortels de sa gloire. Le règne de Napoléon III, aspirant à fonder une dynastie, aurait dû être un grand règne; il pourrait encore le devenir, mais il ne l'est pas. Il serait bon que cette parole sincère montât jusqu'aux oreilles de l'historien de César ; mais y monterat*elle ? Cela est très-douteux, car les menaces de la haine arrivent plus facilement aux souverains que les avertissements de la vérité. La servilité qui les entoure est profondément rusée; ce qu'elle écarte de ses maîtres, ce ne sont pas les vociférations qui devront les effrayer et les faire reculer, ce sont les voix qui pourraient les éclairer et les faire avancer.

La France grande et libre ! quel beau, vaste et facile programme contenu en cinq mots !

Pour le remplir, qu'y avait-il à faire ?

Avant tout, il y avait à se garder de glisser et de verser dans les ornières que n'avait su éviter aucun des régimes précédents, tous y étant tombés successivement, sans que la chute de l'un servit de leçon à l'autre.

n y avait à laisser toutes les opinions entièrement libres ;

72 QUËSTIOXS DE L'ANNÉE 1860.

celles-ci contredisant celles-là et se neutralisant ainsi réciproquement.

n y avait à étendre à la critique Timpunité dont jouit la flatterie, celle-là, que Ton poursuit et punit, quoique n^ayant pas les dangers de celle-ci, que Ton encourage et que Ton récompense.

Il y avait à prendre pour souverain juge de ses actions non le présent, qui n*est jamais juste, parce qu*il n^est jamais indépendant; mais Tavenir, qui est toujours impartial, parce qa*il est toujours désintéressé; non la presse, mais Thistoire.

Il y avait à choisir pour modèle Frédéric le Grand , qui laissait la critique impunément dire afin qu'elle h laissât librement faire.

Faire ! faire ce qui durera ; là est la grandeur. ^

Laisser dire! laisser dire ce qui s'oubliera; là est la liberté.

Le souverain et les ministres qui perdent le temps, dont n'a jamais assez celui qui l'emploie bien ; le souverain et les ministres qui perdent le temps à relever les attaques injustes, même injurieuses, même calomnieuses, dirigées contre eux, se détournent de la route qui conduit à la postérité pour prendre le chemin qui mène à la médiocrité.

Est-ce que la protestation Baudin eût été possible le 2 novembre 1868; est-ce qu'elle eût donné naissance à la démission Séguier, si le 2 décembre 1851 avait eu pour objet et pour effet de donner à la France ses limites naturelles , la rive gauche du Rhin, et à la liberté ses limites naturelles, l'impunité légale de la pensée?

Souhaiter qu'un gouvernement soit grand, c'est souhaiter qu'un pays soit libre.

Que la France ne s'abuse pas I Elle ne sera libre que le jour où son gouvernement sera grand.

En 1852, il eût pu l'être, en étonnant à la fois par sa

résolution el sa modération les vainqueurs de 1815 qui avaient aveuglément déchiré les traités de 1799 et de 1801.

En 1860, il eût pu Tètre, en enveloppant l'Europe tout entière dans le drapeau de Cobden et en la zolhvereinisant.

En 1866, il eût pu Tètre, en mettant à sa a neutralité attentive « le prix qu'elle valait, sans la surfaire, et en se le faisant payer, soit par rAutriche, soit par la Prusse.

Il peut Tètre encore!

Qu'au lieu de se proposer pour diversion le maintien de Tintégrité de la Turquie, il se propose pour tâche le rétablissement de Tintégrité de la France.

— Mais le rétablissement de l'Intégrité de la France, ce serait raffermissement de l'Empire !

— Oui, mais avec et par l'intégrité de la liberté.

9 féfrier 1SS9.

Lesénatùs-consulte du 18 juillet 1866 déclare que la Constitution ne peut être discutée par aucun pouvoir public autre que le Sénat, procédant dans les formes qu'elle détermine, et qu'une pétition ayant pour objet une modlGcation quelconque ou une interprétation de la Constitution ne peut être rapportée en séance générale que si l'examen en a été autorisé par trois au moins des cinq bureaux du Sénat; il interdit toute discussion ayant pour objet la critique ou la modification de la Constitution ^t publiée ou reproduite soit par la presse périodique, soit par des affiches, soit par des écrits non périodiques au-dessous des dimensions fixées par le § 1*" de l'article 9 du décret du 17 février 1852. L'inutilité de ce sénatus- consulte a été pleinement dé-

montrée par la discussion qui a eu lieu le 6 février 1869 au Sénat entre M. de Uaupas et M. Rouher. Est-ce que le sénatnS'Consulte du 18 juillet 1866 a empoché 11. de Haupas de dire toute sa pensée, quoique l'expression lui en fût poaitivement interdite, et M. Rouher de suivre Taudacieux interpellateur sur le terrain défendu? M. Rouher a-t-il eu tort? Constitutionnellement, oui; rationnellement, non; car sa réponse et sa réplique ont eu pour résultat de démontrer victorieusement que, la responsabilité ministérielle devant la majorité soit du Sénat, soit du Corps législatif existant en fait, écrire sous la forme d'un plébiscite ou sous la forme d*un sénatus-consulte cette responsabilité dans la Constitution, serait superflu et puéril.

Alors, à quoi bon faire tant de bruit autour de cette question, puisque souhaiter ce que souhaite M. de Maupas, c'est souhaiter ce qui existe, et que l'obtenir, ce serait en réalité n'obtenir rien! En veut-on la preuve? On n'a qu'à supposer que l'impopularité, à tort ou à raison, s'attachant à la personne et au nom de M. Rouher, les élections générales prochaines aient pour conséquence une majorité qui lui soit résolument hostile. Est-ce qu'il ne se retirerait pas devant cette majorité? Est-ce qu'il ne serait pas suivi dans sa retraite par la plupart de ses collègues « homogènes» ou non, sinon par tous?

Le doute à cet égard n^est pas possible après les déclarations réitérées de M. Rouher; mais n'eut-il pas fait ces déclarations , que le doute n'aurait pas plus de fondement. La nécessité des choses, leur logique, existent indépendamment de toutes les dispositions écrites , qu'elles se nomment Constitution , sénatus-consulte , décrets organiques , lois on simples décrets. C'est pourquoi en aucun temps, pas plus en 1852 qu'en 1848, nous n'avons jamais attaché la moindre importance à aucune Constitution, perfectible ou. non perfectible, discutable ou non discutable. La meilleure n^est

jamais qa*aoe complication, Tcxpérience est là poar Tattes* ter. Si , au liea de tenir pendant sept mois la France sous Vattente d*nne Constitution 4]ui ne naquit pas viable, les constituants de 1848, simples représentants, n*eussent eu qu*à voter le budget de 1849, la République, qui avait été , acclamée par tous les partis, eut pris si promptement et si profondément racine dans le sol français, qu*elle n*eât pas tardé à y devenir indéracmabie et à porter des fruits abondants et murs. Si, au lien de se fa&ter de remplacer la Constitution du 4 novembre 1848 par une nouvelle Constitution, la Constitution du 14 janvier 1832, le Réélu du SO décembie 1851 eut adopté pour unique Constitution le plébiscite, cet immense moule, tout ce que le Réélu du 20 décembre eût conçu, entrepris, exécuté, eût eu naturellement, forcément, le triple caractère de la simplicité, de la force et de la grandeur. C!eût été un régime tout nonveau, le régime plébiscitaire, produisant des fruits tout nouveaux. Avec le plébiscite érigé en générateur de la puissance publique, le gouvernement des 2 et 20 décembre 1851, qu'il continuât de s'appeler la République française ou qu'il s*intitnlftt l'Empire français, ne glissait pas dans l'ornière constitutionnelle où il a versé et où il se consume en efforts impoissants; il ne tombait pas dans ces ^btilès distinctions entre « le gouvernement représentatifs et « le gouverne^' ment parlementaire * qui ont défrayé pendant quinze ans la presse ofBcieuse, celle-ci foulant aux pieds le gouvernement parlementaire et portant aux nues le gouvernement représentatif, sans que les ergoteurs pussent dire nettement en quoi le second différait du premier; en6n il ne s'exposait pas au risque d'avoir un ministre qui , s'imposant impérieusement par la nécessité et par l'impossibilité de le remplacer, devint inamovible et méritât le nom qui lui a été donné de a vice-empereur ». Il est de bon goût de jeter avec majesté sur les épaules de la toute-puissance le manteau de

rhumilité; mais cela n'empêche pas de voir les choses telles qu'elles sont. Ce qui n*est pas contestable, c*est qu'après avoir été gouvernement d'action , le gouvernement des 2 et 20 décembre 1851 est devenu presque exclusivement gouvernement de discussion. Aux gouvernements d'action il faut des hommes qui agissent et qui réussissent; aux gou* ^ vernements de discussion il faut des hommes qui discutent et que ne trouble ni ne mette* en désarroi, alors même qu'ont été commises de grandes fautes difGciles à justifier, aucune attaque de l'opposition quelque habile ou quelque véhémente qu'elle soit.' Si, par une cause quelconque, M. Rouher disparaissait de la scène parlementaire, quel homme de discussion serait assez fort à lui tout seul pour que l'Empire l'opposât sans crainte et sans péril à MM. Jules Favre, Emile OUivier, Ernest Picard, Eugène Pelletan, Jules Simon, Thiers? On peut donc dire en toute vérité que le gouvernement des 2 et 20 décembre 1851 a perdu la liberté d'action qu'il eût conservée s'il eut été le développement jusqu'à parfaite maturité du germe fécond de sa naissance. Né d'un plébiscite, il eut dû mettre sa logique et sa gloire à être le plébiscite fait gouvernement. La Constitution de 1852, heureusement, ne s'oppose pas à ce qu'il en soit encore ainsi (1). Le plébiscite, c'est l'aie mettant en communication le pôle se nommant le suffrage universel avec le pôle opposé se nommant — ne disons pas' le pouvoir personnel, puisque ce nom sonne mal aux oreilles que charme le mot de pouvoir parlementaire — disons la nation personnifiée dans son élu ; le plébiscite, c'est la souveraineté nationale ayant trouvé sa loi de rotation : E pur si muove. Le Galilée de cette loi, c'est Louis-Napoléon. Comment, l'ayant

(1) GONSTITCTION DU 14 JANVIER 1852.

Art 31. — Sert soumise an saffrage Dniversel toute modification aux l>asea foodamentales de la Constitotion telles qu'elles ont été posées dans la proeUma* tion da S décembre e( adoptées par le peuple français.

découverte» Ta-t-il abandonnée sans qae rien l*y contraignit, et lorsque, au contraire, tout lui conseillait d*y attacher impérissablement son nom? Avec le plébiscite, plus de pouvoir divisé; le pouvoir est ce qu'il doit être; le pouvoir est un. Avec le plébiscite, plus de liberté tronquée; la liberté est pareillement ce qu'elle doit être: la liberté est une. Alors, plus d'antagonisme entre elle et lui! C'est la virilité du pouvoir et la fécondité de la liberté; c'est le pouvoir entier avec la liberté entière; c'est le règne de la raison.

Grâce à l'impuissance de l'inconséquence, ce règne est moins loin qu'on ne le pense communément.

Qu'importe que la Constitution de 1852 soit indiscutable! Cela a-t-il empêché que depuis dix-sept ans seulement qu'elle existe elle ait été modifiée dans le plus grand nombre de ses dispositions? Cela empêchera- t-il qu'elle ne le soit encore aussi souvent que l'exigera la nécessité, cette raison souveraine des choses ?

Au siècle où nous vivons, qui sera le siècle de la science , il ne s'agit plus d'avoir raison aux termes de tel paragraphe de tel article de telle Constitution, il s'agit d'avoir raison devant la raison !

Le règne des majorités législatives et des lois dites positives tire visiblement à sa fin.

Dans l'avenir, la majorité est un rouage qui ne sera plus employé qu'alors qu'il s'agira soit de procéder à une élection, soit de consulter le pays sur une grande décision à prendre, soit de trancher une question douteuse qu'il n'y aura pas d'autre moyen de résoudre au moment où elle se posera.

Au temps de Copernic et de Galilée, si la majorité de leurs concitoyens — Prussiens et Italiens — eût été appelée à voter sur la question de savoir si la terre tourne , nul doute que la majorité consultée, d'accord avec l'erreur régnante, n'eut répondu négativement. Ce vote eùt-il empêché que la terre tournât?

De ménie la majorité du Corps législatif peut entasser contre la pensée toutes les lois préventives, répressives, res« trictives; elle n'aboutira jamais qu^à des lois inefficaces. Pourquoi? Cest qu*il est de l'essence de la pensée, parlée ou imprimée, d'être libre et d'échapper à toute réglementation, si sévère et si minutieuse qu'elle soit. A quoi, par exemple, sinon à. multiplier le nombre des geais se parant des plumes du paon , a abouti la prescription légale qui ^ sous peine d'une amende de 500 francs pour la première contravention, et de 1,000 francs en cas de récidive, oblige de signer dans les journaux tout article de discussion, politique, philosophique ou religieuse? Est-ce un bon moyen de moraliser la presse que d*en faire une école de fausses signatures? En tout pays où ce sont les majorités qui font la loi, les majorités ont toutes voulu prévenir ou réprimer les excès de la pressé; mais il est une loi de nature qui est supérieure à toutes les lois factices et à tous les votes de majorité, c'est que l'abus est aussi inséparable de l'usage que l'ombre est inséparable de la lumière. Imaginez une majorité volant que désormais la lumière n'aura plus d'ombre! Ce ne sérail pas plus insensé que de voter que la liberté n'aura pas d'excès.

Le gouvernement qui sera grand sera celui qui tendra constamment à diminuer le nombre des lois factices, dites lois positives, à simplifier les rouages administratifs, à adoucir les frottements, à supprimer les ttrailiemenls, les complications, les pertes de force, les fictions, à n'être plus enfin que le règne de la raison, ayant la science pour couronne et le progrès pour sceptre.

Etre grand serait si simple et si facile!

Plus on est petit, plus il faut se donner de peine et aflron« ter de risques.

Comment cela ne donne-t-il pas le désir d'être grand?

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