CE QUS VEUT LA FRANCE
S iTril 1869.
Si le morcelleinent électoral avait disparu pour faire place à Vanité de collège, et que la France, indépendante de tonte pression da gçuvemement et des partis, pût être consultée en toute sincérité, nul doute qa*après le discours prononcé à la tribune du Corps législatif par H. Emile Ollivîer, son nom ne sortit le premier de Turne électorale avec )a majorité la plus considérable incomparablement; car ce qu'il a dit, c'est ce que pense l'immense majorité du pays, c'est ce qu'elle veut ; ce qu'il a dit, c'est la vérité même, sans mélange d'aucunes rancunes ni d'aucuns liens communs.
Non, la France, l'immense majorité de la France ne vent ni l'Empire sans la liberté ni la Révolution sans la liberté !
Oui, ce que veut la France, l'immense majorité de la France, c'est la liberté sans la révolution I
La France, l'immense majorité de la France, n'est ni avec M. Rouber et ses coUègqes, ni avec M. Delescluze et ses amis. Ce qu'elle appelle de ses vœux, ce n'est pas un renversement de gouvernement qui ne renverserait qu'un trône sans renverser l'arbitraire, c'est une façon différent^ d'être gouvernée qui cesse d'être abusive; ce qu'elle appelle de •es vœux, ce n'est pas le remplacement de l'Empire, soit par le retour de la République de 1848, soit par le retour de la Royauté de 1830; ce n'est pas la chute d'un Napoléon; c'est la venue d'un Gladstone, d'un ministre qui ne fausse pas l'opinion lorsqu'il la consulte ; d'un ministre qui, aimant sincèrement la liberté, la veuille fermement en tout et partout, pour tons et contre tous, sans distinction de partis ni
acception de personnes.
M. Rouher, Tuo des fougueax promoteurs de la loi da 31 mai 1850, qui, poussant l*ingratitude jusqu'à oublier que TélectioD du 10 décembre 1848 avait été due au suffrage universel, le chassa ignopiinieusement pour rappeler triomphalement le suffrage restreint; M. Rouher, Tadversaire déclaré de la lettre du 19 janvier 1867, est-il ce ministre?
Lui-même, si on Tinterrogeait, non la main sur la tribune, mais la main sur la conscience ; non la main levée devant la majorité, mais la main levée devant la vérité^ serait le premier à répondre négativement.
M. de Forcade de la Roquette, qui a pris la parole pour répondre au discours de M. Ernest Picard et défendre les candidatures officielles, pas plus que M. Rouher, n*est ce ministre.
Où donc le chercher? où donc le trouver ?
Ce serait vainement qu'on le (chercherait parmi les prédécesseurs de M. de Forcade au ministère de Tintérieur, jusques et y compris M. Pinard.
Ce serait non moins vainement qu'on le chercherait parmi les députés qui siègent sûr les bancs de l'opposition irréconciliable, et qui considèrent comme un devoir d'honneur d'y rester assis aussi longtemps que l'empereur Napplédn III restera lui-même assis sur son trône.
Serait-on plus heureux en le cherchant parmi les députés qui, s'^tant détachés plusieurs fois de la majorité, composent ce qu'on est convenu d*appeler le tiers parti? Nous ne le pensons pas, parce qu'il ne suffit point de parler avec le talent qui distingue MM. Buffet, Segris, etc., il faut avoir une signification moins vague que celle qu'ils ont.
Cette signification plus précise, plus tranchée, un seul orateur la possède ; c'est celui qui a répondu avec autant de force que de modération à H. le ministre de T intérieur, sans que le ministre d'État trouvât rien à lui répliquer. L'Empereur, qui a été surnommé à cette même place