‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 53 sur 149 · CE QUE VEUT LA FRANGE · texte numérisé non relu

CE QUE VEUT LA FRANGE

a le Bien-intentionné » , TEmpereur l'avait judicieusement compris le 18 janvier 1867, la veille de sa célèbre lettre du 19 janvier ; mais cette fois , comme le plus souvent, ses intentions se sont évanouies devant la nécessité de les convertir en résolutions! Aussi la lettre du 19 janvier, au lieu d*étre un changement de voie, n'a-t-elle été qu'une déviation et qu'un déraillement.

Elle a faussé tous les caractères, tous les langages, toutes les situations, même les plus droites.

Nous en pouvons parler en nous prenant nous-méme à témoin, et en nous interrogeant en toute conscience, sans qu'il se mêle à nos réponses aucun ressentiment, aucune passion, aucune amertume.

Nul moins que nous n'a jamais eu et n'a encore confiance dans les révolutions, qui toutes promettent la liberté, sans qu'aucune la donne effectivement et irrévocablement; et cependant, à moins de nous mettre un bandeau sur les yeux, il nous est impossible de ne pas voir la liberté^plus distante de nous que la révolution.

S'il est vrai, ainsi que nous en avons la ferme et profonde conviction, s'il est vrai qu'il n'y ait que la^liberté, toute la liberté, qui puisse clore la révolution de 1789, de 1830 et de 1848, trois fois interrompue dans son cours, mais toujours vainement, comment et par quelles {mains la^liberté sous l'Empire s'établira-t-elle?

Qui, désormais, serait assez aveugle, assez insensé, assez ennemi de son^talent, de sa considération, de sa puissance, de son prestige, pour s'exposer à être déloyalement délaissé, comme Ta été H. Emile OllivierJ le lendemain du'|jouroù M. Ronher et ses collègues ont repris leurs démissions ; journellement raillé et^outragé comme il l'est depuis deux ans ; et, finalement, traité en^ennemi par^ le gouvernement et en déserteur par l'opposition, celle-ci pas plus que celui-là ne lai tenant aucun compte de son dévouement à la liberté et

de son abnégation patrioque? — Personne, assurément personne. Aussi la faute qui a été commise le 19 janvier 1867 à IMntérieur n*a-f-elle d'égale que celle qui avait été commise à Textérieur sept mois auparavant, lorsque le gouvernement français, pour enhardir le gouvernement prussien, avait jeté dans ses bras Tltalie, avec Fespoir que le jour oft TAutriche et la Prusse se mitrailleraient, la France, sans lancer un seul boulet de canon, n'aurait qu'à allonger le bras pour reprendre les frontières que les traités de 1801 lai avaient garanties à perpétuité.

Marquées par ces deux fautes, la première aussi difficile à réparer que la seconde, l'année 1866, et Tannée 1867 demeureront dans les .annales du second Empire comme deux années néfastes, qui auroni ébranlé aussi profondément la stabilité au dedans que la stabilité au dehors.

En avril 1869, l'Empereur, eât-il la volonté de réparer les fautes commises en juillet 1866 et en janvier 1867, qu'il n'en aurait pas le pouvoir ; car le maintien systématique de la paix, ce serait la consécration non-seulement des faits accomplis en Allemagne au profit exclusif de la Prusse, mais encore de tous les faits en voie d'accomplissement, lesquels ne s'arrêteront pas au passage du Hein, et iront jusqu'à l'absorption du Zuiderzée, car il est dans la nature et dans la force des choses que toute grande puissance territoriale soit aussi une grande puissance maritime. Cela est plus vrai aujourd'hui qu'hier, et ce sera plus vrai demain qu'aujourd'hui. M. Emile OUivier, d'un autre coté, n'a plus en 1869. la pleine signification qu'il aurait eue en 1866. S'il devait jamais la retrouver, ce ne serait plus qu'au sein d'un Congrès et qu'après qu'une victoire aurait rétabli l'équilibre qui a été détruit au détriment delà France par la victoire de Sadowa et les traités clandestins auxquels elle a donné naissance, traités qui étaient ignorés du ministre signataire de la circulaire du 16 septembre 1866, lorsqu'il la rédigeait et

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