‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 55 sur 149 · LES PUÉRILITÉS DE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

LES PUÉRILITÉS DE LA POLITIQUE

7 avril 1869.

Lesquels sont les plus puérils, des hommes qui personnifient le gouvernement, ou des hommes qui personnifient Topposition, les uns grossissant ce qui se dit dans certaines réunions réellement publiques ou réellement privées, les autres grossissant ce qui se continue à Tombre de la centralisation, et qui se faisait avant TEmpire de 1852, ce qni se perpétuera aussi longtemps que vivra la centralisation?

Le dire exactement serait difficile.

L'Anglais qui lit dans les journaux français le compte rendu des tribunaux correctionnels, devant lesquels ont été traduits certains rédacteurs de journaux et certains orateurs de clubs, doit penser ique, pour s'arrêter à poursuivre des articles et des discours dont le lendemain il ne restera pas la plus légère trace et le plus faible souvenir, il faut que le gouvernement impérial, quoique issu du suffrage universel, se sente bien faible ou bien affaibli.

L'Américain qui lit dans les journaux français le compte fendu des séances législatives doit penser que s'ils n'ont pas à faire à leur gouvernement de reproches plus graves que ceux qui lui sont adressés par leurs députés, les Français, vu l'imperfection sur la terre des hommes et des choses, n'ont guère à se plaindre de lui.

Les reproches que l'opposition , par la voix de If If . Jules Favre et Ernest Picard, fait au gouvernement de 1852, ce sont ceux que MM. Odilon Barrot et Garnier-Pagès I*' faisaient au gouvernement de 1830, et que prodiguaient- MM. Jules Favre et Garnier-Pagès H au gouvernement de 1848, passé de leurs mains dans celles du général Cavaignac (1).

(1) Voir noUmnieiit la léance du 25 novembre 1S48.

LES PUÉRILITÉS DE LA POLITIQUE. f69

Quand donc en finirons-nous avec oette politique de menues récriminations, toujours les mêmes, contre des abus de pouvoir qui restent invariables, que le gouvernement se nomme Monarchie traditionnelle de 1815 ou Monarchie constitutionnelle de 1830, République de 1848 ou Empire de 1852!

A quoi mène tout le bruit qui 8*est fait autour de la souscription Baudin , de la démission Séguier et des lettres Dréolle? Cela ne mène qu*à égarer l'opinion publique et à Inî faire perdre la trace des questions vraiment sérieuses et des solutions véritablement urgentes?

Finissons-en donc avec les puérilités de la politique!

Avant les questions de politique intérieure, qui,' même les plus importantes, sont devenues secondaires, il y a une question qu*il est préalablement nécessaire de vider : c'est la question de politique extérieure, c'est la question de saloir si la France demeurera condamnée à perpétuité à appeler chaque année sous les drapeaux la presque totalité de la classe, au risque de tarir la population dans sa source, de désorganiser le travail dans le champ et dans Fatelier, d*élioIer et d'appauvrir le pays.

On le désarmement de l'Europe par un Congrès avant la guerre, ou le remaniement de l'Europe par un Congrès après la guerre. — Ainsi se pose la question de confiance ou de défiance, de stabilité ou d'instabilité : c'est la question brûlante.

Aveugle qui ne la voit pas !

Parlons franchement! Ce qui égare l'opposition sur cette question et l'éloigné de nous, c'est la crainte que l'Empire ne se consolide par une victoire qui rendrait à la France ses limites de 1801, ses limites naturelles, ses limites nécessaires. Oui y cela est vrai, et nous le confessons hautement, une victoire qui porterait de tels fruits donnerait à l'Empire des racines profondes; mais si le 'gouvernement de 1852 garde

son armée active de 900,000 hommes toujours prêts à entrer en campagne sans y entrer jamais, est-ce que le vœa de Topposition sera plus près ou plus certain de sa réalisation? Les gouvernements affaiblis qui n*osent rien tenter sont-ils donc ceux qui durent le moins longtemps? Est-ce que le règne de Louis XV n*a pas duré cinquante-neuf ans, plus d*un demisiècle? Contenu comme il Test par la double vigilance de la tribune et de la presse, l'Empereur Napoléon III ne peut plus ni avancer ni reculer, cela est visible , cela est évident, cela est vrai ; mais aussi il ne peut plus tomber. Comment tomberait -il?

Que Topposition nous permette de le lui dire ! Ses ressentiments, si légitimes qu'ils soient, la rapetissent. Le rôle qu'ils lui font jouer est celui du sabot sous la roue d'une charrette. Est-ce là le rôle dont elle devrait se contenter après trois révolutions demeurées infructueuses : la révolution de 1789, aboutissant à l'Empire de 1804; la révolution de Juillet 1 830, aboutissant aux lois de septembre 1 835 , et la révolution de 1848, aboutissant à l'Empire de 1852? Si aux prochaines élections générales la grande majorité des électeurs demeure indifférente aux appels d'une opposition sans programme , sans idées communes , y aurait-il lieu de s'en étonner? Hormis If. Emile Ollivier, qui personnifie systématiquement l'étroite union de la liberté sans la révolution avec la paix sans revendications , quels sont ceux des députés de l'opposition qui , à cette double condition loyalement exécutée, seraient prêts à se rallier franchement à l'Empire de 1852 et à lui prêter leur concours pour atteindra pleinement ce but?

La réponse à cette question est dans le vide qui s'est fait autour de U. Emile Ollivier dès qu'il eut accepté le rôle de rapporteur de la loi qui rayait du Code pénal le délit de coalition, et plus largement encore après la lettre du 19 janvier 1867.

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