LES PUÉRILITÉS DE LA POLITIQUE
A moins que les élections générales n'ouvrent les portes do Corps législatif à des orateurs nouveaux, qui acceptent hautement eomme programme le dernier discours de M. Emile OUivier, on ne voit pas comment la politique pourra être tirée de la double ornière de Thostilitè et de la servilité, ornière dans laquelle elle se consume lentement en efforts impuissants.
Des deux parts, de la part du gouvernement comme de la part de Topposition, et de Topposition comme du gouvernement, il serait souhaitable que la politique quittât les langes et sortit des puérilités. Si le morcellement électoral donne lien à des abus qui se perpétuent sous tous les régimes les plus opposés, sous M. Rouher comme sous M. Ledru- Rollin, sous M. Ledru-RoUin comme sous U. Guizot, que le mal soit coupé dans sa racine et que le morcellement électoral disparaisse pour faire place à Fnnité de collège; si la centralisation est inséparable d'excès de zèle qui faussent Topinion et qui exposent le gouvernement à des périls non moins grands que ceux qu*il fait courir à la liberté, que la centralisation renonce à sa tutelle, qui n'est plus qu'une Dsnrpation, et qu'enfin la Commune, reconnue majeure, agisse en cette qualité dans toute son indépendance et dans toate sa responsabilité! Mais qu'on en finisse avec la politique des vaines récriminations, toujours les mêmes, avec la politique du temps laborieusement perdu, pour inaugurer enfin la politique du temps utilement employé, la politique des solutions* Le nombre des questions qu'il est urgent de résoudre est si grand !
Opposition et gouvernement, ne voyez-vous donc pas que durant tous ces débats oiseux qui s'éternisent entre vous , la France s'affaiblit, s'appauvrit, s'amoindrit? Opposition et gouvernement, ayez deux programmes précis, qui soient distincts, afin que sans risque de se méprendre, la France électorale paisse choisir entre eux ! Opposition, croyez-vous que
i72 QUESTIONS DE L'ANNÉE 1869.
la France entrant résolument dans les voies de la grande politique économique, puisse désarmer sans imprudence et sans péril? alors livrez bataille à outrance et sans aucune trêve au. recrutement obligatoire, au servage militaire, jusqu'àrce que vous Tajfez vaincu, et que l'enrôlement volontaire Tait transitoirement remplacé! Gouvernement, êtes* vous d*un avis contraire? alors changez de langage, cessez de représenter la paix comme étant assurée et n^étant menacée d'aucun danger sérieux, et agissez en conséquence de vos prévisions, de vos convictions! Si Topposition est le désarmement par la paix, que le gouvernement soit le désarmement par la guerre, afin que le pays et les dix millions d'électeurs, ainsi saisis de la question, prononcent et choisissent en parfaite connaissance de cause. Encore une fois, la France a mieux à faire qu'à agiter éternellement, sous des noms différents, les mêmes questions Séguier et Dréolle. Opposition, soyez une grande opposition! Gouvernement, soyez un grand gouvernement! Nation française, soyez une grande nation! Voulez -vous qu'il en soit ainsi? Que chacun de vous mette ses actes d'accord avec ses paroles I Voulezvous tous les trois cesser d'être impuissants? cessez d'être inconséquents , et ne soyez plus puérils !
l'arueuent de la nation.
9tvril 1869.
U. Gamier-Pagès a demandé à la tribune du Corps législatif ce que nous demandons : il a demandé le désarmement de l'armée, mais en demandant l'armement de la nation tout entière, ce qui est, selon nous, l'idée fausse, Tidée barbare, l'idée antilibérale, l'idée anticivilisatrice, l'idée anti-