‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 57 sur 149 · L'ARMEMENT DE LA NATION · texte numérisé non relu

L'ARMEMENT DE LA NATION

pacifique. L*idée vraie, Tidée joste, l'idée libérale» Tidée dtilisatrice » Tidée pacifique, c'est l'idée radicale, c'est le liceDciement de l'armée, comme aux États-Unis; l'idée transitoire, c'est l'abolition du servage militaire, c'est la suppres* sion du recrutement obligatoire avec ou sans faculté de rem* placement à prix d'argent; c'est l'enrôlement volontaire, comme en Angleterre. Le désarmement de l'année et l'armement de la nation, comme en Prusse, s'est écrié M. Garnier-Pagès , c'est la conquête destituée , car, si c'est encore la guerre, ce n'est plus que la guerre défensive.

Anrions-noQs donc' perdu la mémoire ? Serait-ce donc le Danemark d'abord et l'Autriche ensuite qui auraient attaqué la Prusse, laquelle se serait bornée à se défendre légitimement contre l'armée danoise, et plus tard contre l'armée aotricbienne? S'il en est ainsi. If. Garnier-Pagés a raison, et nous avons tort; mais s'il en est autrement, H. Garnier- Pagës a tort et nous avons raison. Armer les nattons tout entières, les aguerrir, ainsi que le demande M. Gamier- Pagës, ne serait-ce pas risquer de ranimer en elles les passions belliqueuses et les haines mal éteintes du passé ? Ne serait-ce pas le retour à la barbarie? Ne serait-ce pas la résurrection des guerres civiles aux temps oii il était d'usage, non de discuter, mais de se battre? Eriger en système que tOQt Français valide sera soldat, est une idée qui nous parait aussi sensée que celle qui consisterait à'vouloir que tout Français fut magistrat. Pourquoi faire violence aux vocations? Pourquoi contraindre ceux à qui le joug de la discipline militaire serait odieux à subir ce joug pesant? Où serait l'avantage? M. Garnier-Pagès s'imagine et prétend que le poids du budget en serait allégé. Peut-être; mais le poids de Timpôt corporel en serait-il moins lourd et moins gênant? Ne le serait-il pas encore plus?

Le recrutement obligatoire, le servage militaire, étant, selon nous, l'atteinte la plus grave qui puisse être portée à

i74 QUESTIONS D& L'ANNÉE 1869.

la liberté de la personne , à la liberté des vocations ^ à la liberté des professions, la France , si elle n*ose pas tenter résolument, ce qui ne serait dangereux qu'en apparence, le désarmement /comme aux États-Unis, la France n*a qa*an système à adopter, répétons-le, c'est Tenrolement volontaire, comme en Angleterre.

Que le gouvernement français prenne l'initiative de cette transition 1 Qu'au nom de la liberté il mette à Tordre du jour des questions européennes l'abolition du recrutement obligatoire et son remplacement simultané ou successif par l'enrôlement volontaire , et tous les peuples l'acclameront frénétiquement. Ainsi acclamé et ayant ainsi pour rempart vivant les sympathies de tous les peuples, quel est le gouvernement qui serait assez téméraire pour oser attaquer la France? Aucun; non, aucun. Aussi la réponse de M. Magne à M. Garnier-Pagès, si péremptoire qu'elle ait paru à la majorité, ne. nous a-t-elle pas plus toucbé que ne nous touchèrent il y a trente-six ans les objections très-spécieuses de M. Conte, directeur général des postes, s'efforçant de nous démontrer que l'unité de taxe postale était impraticable, mais que s'il se trouvait un ministre des finances assez fou pour essayer d'appliquer cette idée fausse, ce seraient à la fois l'iniquité et la ruine, attendu, premièrement, qu'il ne serait pas juste que l'habitant de Versailles payât les lettres qui luf seraient adressées de Paris le même prix que celles expédiées de Paris à l'habitant de Marseille, et, deuxièmement, que celui qui écrit une lettre n'étant pas celui qui en paye le port, il était indifférent que la lettre fût taxée à 60 centimes ou à 20 centimes, selon la zone; conséquemment que le nombre des lettres ne serait pas augmenté, que ce serait une perte sèche pour le Trésor public, etc. La paix armée, que M. Magne a défendue, en réponse à M. Gamier-Pagès , est ce qu'il y a de plus funeste, car c'est Pexcitaticm à la guerre , c'est le glaive suspendu au-dessus

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