‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 58 sur 149 · L'ARMEMENT DE LA NATION · texte numérisé non relu

L'ARMEMENT DE LA NATION

de toutes les transactions, de toutes les opérations qui exigent plusieurs mois de teitne. Si c*est la Prusse qui nous inquiète, il y a deux manières de la vaincre : c*est de Tattàquer résolument ou de désarmer largement, parce que, dans ce dernier cas, tandis que nous nous enrichirons et que nous pourrons dégrever nos contribuables, elle s^appauvrira et sera contrainte d'écraser les siens et de les mécontenter.

Combien laisse encore à désirer en France routillage de la paix alors qu'on le compare à Toutillage de la paix en Angleterre I C'est ce qu'a fait apparaître à tous les regards M. Mony, député de F Allier, dans lin discours rempli des faits les plus concluants. Que les conclusions qu'ils contiennent soient mises en pratique sans retard et sans demi-mesures, et nous nous retrouverons replacés, sans, désertion^ sous le drapeau qui pendant trente ans, de 1836 à 1866, a été le nôtre I Ce drapeau, le drapeau de la liberté et de la paix, de la paix parla liberté et de la liberté par la paix, ce ne sont pas nos mains qui l'ont abandonné, c'est un boulet prussien qui l'a emporté.

D y a deux politiques : l'ancienne politique territoriale de Richelieu et de Mazarin , appliquée en 1866 à la Prusse par H. de Bismark, et la nouvelle politique économique de Richard Cobden et de Robert Peel, adoptée en 1860 par là France; la politique des frontières rectifiées et la politique des barrières supprimées. Il faut choisir entre l'une on l'autre et y conformer son budget des dépenses et des recettes. La politique mixte, la politique de la paix armée, pas plus à la façon de M. Gamier^Pagès qu'à la façon de M. Magne, n'est une politique, à moins qu'il n'y en ait une à laquelle il plaise de se nommer de ce triple nom : l'imprévoyance, l'inconséquence et l'impuissance.

L*OPPOSiTION CONSTITUTIONNELLE.

17 anîl 1869.

Ce qui caractérise Topposition constitutionnelle, ce qui la distingue de Topposition révolutionnaire» c*est que celle-ci» lai offrit-on de prendre le gouvernail dans une passe difficile, ne saurait Taccepter sans abdiquer ou sans trahir» tandis que celle-là, au contraire» ne saurait le refuser sans se renier et cesser d'exister.

Deux choses sont aussi impossibles à comprendre Tune que l'autre : un gouvernement parlementaire plus ou moins correct, sans opposition constitutionnelle, et une opposition constitutionnelle sans chefs prêts à devenir ministres le jour où le triomphe des idées qu'ils représentent exige qu'ils le soient.

Aussi ne comprenons-nous pas qu'après les décrets du 24 novembre 1860, la lettre du 19 janvier 1867 et les lois des 11 mai et 6 juin 1868 qui ont délivré la presse périodique et les réunions publiques de l'autorisation préalable» l'Empire de 1852 ne se soit pas donné pour tâche de grossir le plus possible les rangs de l'opposition constitutionnelle » afin de n'avoir que l'embarras du choix pour y trouver, au jour venu» des ministres» hommes de parole et hommes de gouvernement en même temps qu'hommes de progrès et de liberté.

Sans une opposition constitutionnelle qui soit forte par la qualité autant que par la quantité de ses membres, le chef de l'Etat , qu'il se nomme empereur ou qu'il se nomme roi, n'a pas la faculté de se mouvoir : ce ne sont pas ses ministres qui dépendent de lui, c'est lui qui dépend d'eux.

Notre avis n'est ' pas qu'un gouvernement intervienne

L'OPPOSITION CONSTITUTIONNELLE. ITT

jamais dans les luttes électorales, au-dessus desquelles il doit toujours planer; mais cependant nous eussions compris qu*afin de tracer profondément et nettement la ligne de démarcation entre l'opposition constitutionnelle et l'opposition révolutionnaire, TEmpire eut donné pour instructions à des électeurs dévoués de poser dans les réunions électorales à tout candidat opposant de quelque importance cette simple question : a Si vous étiez élu et que TEmpereur, appréciant la maturité de vos idées, vous appelât à les appliquer, accepteriez-vous ou refuseriez -vous d'être ministre? Vous êtes prévenu que si vous répondez oui vous serez classé comme appartenant à Topposition constitutionnelle, et que si vous répondez non^ vous serez classé comme appartenant à l'opposition révolutionnaire. Répondez sincèrement, afin que la majorité de la circonscription sache exactement à quoi s'en tenir sur le candidat qui aspire à la représenter, n

Qui dit opposition constitutionnelle dit opposition conditionnelle.

Qui dit opposition révolutionnaire dit opposition immuable.

Ces deux oppositions , essentiellement distinctes, vont se trouver, à Paris, en présence l'une de l'autre : la première se personnifiant dans M. Emile Ollivier, la seconde se personnifiant dans M. Bancel.

Il importe que cette fois la question se pose hautement, franchement, publiquement, en ces termes précis, car il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'après les prochaines élections générales plus d'une modification aura lieu dans le personnel ministériel.

Quoique M. Rouher, très-vivement attaqué à la tribune du Sénat par XI. de Maupas, se soit très-vivement défendu, le ministère d'État n'en est pas moins souverainement condamné à subir le même sort qu'a subi, il y a dix-sept ans,

le ministère de la police.

Aussi longtemps que le ministère d*État a été le ministère de la parole, il a eu une raison d'exister; mais depuis qu'il a été justement surnommé le ministère du silence, il n'a plus aucune raison de subsister : il n*est plus qu'une complication dangereuse , car elle fausse tous les autres ressorts ministériels. Pour croire que H. Rouher ne s'en rend pas parfaitement compte, il faudrait lui faire l'injure de penser quMl n'a pas la dignité de son immense talent.

On peut donc prévoir et annoncer avec certitude que l'année 1869 ne s'écoulera pas sans avoir vu s'opérer daos l'appareil gouvernemental les changements nécessités par la force de la logique des choses.

Lorsque nous parlons ainsi, est-ce à dire que nous nous imaginons que les prochaines élections générales vont donner naissance à une majorité et à une minorité très-différentes de.la majorité et de la minorité de 1863? Non; c'est là une illusion que certains journaux peuvent faire briller aux yeux de leurs lecteurs, mais que nous ne saurions faire luire aux yeux de ceux qui nous lisent, parce que nous ne l'avons pas. Notre conviction profonde est que le résultat du scrutin serait le même, à quelques députés près, le gouvernement ne prît-il absolument aucune part aux luttes électorales qui vont s'engager, le gouvernement s'effaçât-il entièrement. Si habile que soit un pécheur, il ne saurait jamais pécher dans une rivière, dans un étang ou dans un vivier, que les poissons qui s'y trouvent. Or, rien de plus étroitement limité dans les trois viviers — vivier de la majorité ministérielle, vivier de l'opposition constitutionnelle , vivier de l'opposition révolutionnaire — que le nombre des candidats ayant une supériorité quelconque, supériorité du talent, supériorité du caractère, ou supériorité de la situation. Aussi un gouvernement que la peur n'aveuglerait pas et qui se rendrait exactement compte des choses en les approfondissant, méttrait-il son habileté, en paraissant y mettre son honneur, à laisser les

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