‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 59 sur 149 · L'OPPOSITION RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION RÉVOLUTIONNAIRE

élections entièrement libres. Lorsque Topposition révolutionnaire gagnerait à cette neutralité gouvernementale et à cette liberté quelques députés de plus, est-ce qu'il y aurait lieu de s'en préoccuper et de le regretter? Non, car les oppositions extrêmes ont toujours fait et feront toujours les majorités compactes. Un gouvernement y gagne plus qu*il n*y perd. L* expérience Tatteste ; mais quand c'est la peur qui parle et qui conseille, qu'importe ce que disent l'expérience et la raison I

Une majorité ministérielle numériquement trop forte, loin d*étre une garantie, est un péril; car lorsque Topposition constitutionnelle est numériquement trop faible, Téquilibre parlementaire prescrit par la prudence n'existe pas.

Or ce manque 3'équilibre est le danger qui menace sérieusement en France Texistence du gouvernement actuel. Une majorité exubérante est un perfide écueil; le naufrage de M. Guizot en 1848 est là pour le prouver.

Si l'instinct de conservation le guide, tous les vœux de l'Empire à la veille des élections générales de 1869 devront être pour qu'elles donnent naissance à une opposition constitutionnelle qui contienne efGcacement la majorité réactionnaire et l'opposition révolutionnaire.

l'opposition EiVOLUTIONVAIEE.

ta avril 1869.

L'illégitimité de la naissance du gouvernement de 1851 , qui , de son propre aveu , est « sorti de la légalité pour rentrer dans le droit v , mais qui est sorti de la légalité , est le titre sur lequel l'opposition révolutionnaire fonde la légitimité de son existence.

iS.

A ses yeux, le coup d*Etat du 2 décembre est un crime irrémissible.

Il n*est jamais tombé, il ne tombera jamais de notre plume un seul mot qui essaye de le justifier. Nous l'avons toujours condamné, et nous le condamnons encore. Il fut une faute; car, le deuxième dimanche de mai 1852, rien n'eut empêché la réélection de TÉlu du 10 décembre 1848, au mépris de l'article 45 de la Constitution du 4 novembre, qui déclarait que le Président de la République n'était rééli-

gible qu'après un intervalle de quatre années.

Que nous soyons sans rémission pour le coup d'Etat du 2 décembre, c'est un droit que nous avons pleinement, car, député, nous sommes resté fidèle à la Monarchie de 1830 jusqu'à la dernière heure de son règne, et, représentant du peuple, nous avons fait loyalement, jusqu'au dernier jonr, tout ce qu'il était en notre pouvoir de faire pour empêcher la chute de la République de 1848. Mais ce droit, l'opposition révolutionnaire ne l'a pas; non, elle ne l'a pas, car, en poussant de toutes ses forces an renversement de l'Empire, elle ne fait que continuer l'œuvre de destruction à laquelle, de 1815 à 1830, de 1830 à 1848, et même du 24 février au 24 juin, elle n'a cessé de travailler.

Que l'opposition révolutionnaire invoque ses traditions! c^est de la logique; mais qu'elle n'invoque pas ses scrupules I c'est de l'hypocrisie.

Des scrupules, elle n'en a jamais eu.

Est-ce qu'elle en avait lorsqu'elle conspirait pendant quinze ans, sous toutes les formes et sous tous les noms, contre le gouvernement de 1815, et qu'elle mettait un poignard aux mains de Lonvel?

Est-ce qu'elle en avait lorsqu'elle continuait de conspirer pendant dix-huit ans, également sous toutes les formes et sous tous les noms, contre le gouvernement de 1830, et qu'elle mettait le feu à la machine infernale de Fieschi?

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