‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 70 sur 149 · LES TROIS PLÉBISCITES · texte numérisé non relu

LES TROIS PLÉBISCITES

27 jmn 1860.

Un plébiscite qni aurait pour objet et pour effet d'établir entre le plébiscite républicain du 20 décembre 1851 et le plébiscite monarchique du 21 novembre 1852 l'accord qui y manque, s'il paraissait entre la session extraordinaire et lasession ordinaire, ne serait pas une surprise, car il ne serait que la conséquence naturelle et inévitable d'un ordre de choses dont l'incohérence flagrante et la fin apparaissent à tous les yeux.

Sans un troisième plébiscite, celui-ci mûrement préparé, rien de possible, pas même un ministère de rechange, car ce ministère serait sans signification et sans consistance, sans force et sans durée.

Quels changements devra apporter an plébiscite du 20 décembre 1851 et au plébiscite du 21 novembre 1852 le plébiscite de 1869? Là est la question, toute la question.

Le plébiscite, nous l'avons dit il y a longtemps, très-longtemps, répétons-le donc, le plébiscite est l'arbre de couche qui met en communication et en mouvement le suffrage universel et le pouvoir suprême, ces deux extrémités de Taxe du nouveau monde politique.

Le plébiscite, c'est le peuple prononçant comme jury et rendant son verdict souverain; le plébiscite, c'est le peuple loyalement consulfé et donnant librement son avis; le plébiscite, c'est plus que la responsabilité ministérielle, car c'est la responsabilité nationale ; c'est plus que la volonté, le vote et la sanction parlementaires, car c'est la volonté, le vote et la sanction populaires ; le plébiscite, enfin, c'est le gonver-

t LES TROIS PLÉBISCITES. SOS

nement élevé à sa plus baate paissance et réduit à sa plus grande simplicité.

Dans toutes les conjonctures graves, décisives et en apparence ineitricables d'où il s'agit de sortir, pourquoi la nation ne serait-elle pas directement consultée?

L'objection ne saurait venir du pouvoir exécutif de la volonté nationale, car ce serait à la fois pour lui moins de responsabilité et plus de force.

D'où viendrait donc l'objection ?

Assurément elle ne viendrait pas de la part de la nation, car ce serait sa souveraineté se démontrant par son exercice, comme le mouvement se démontre par la marche.

Il n'y aurait donc d'objection à combattre que celle que ferait la routine, laquelle n'admet jamais que ce qui existe déjà. La routine a tout nié, même le suffrage universel, qui est an plébiscite ce que le levier est au point d'appui. L'un fait la puissance de l'autre. Sans point d'appui, qu'est-ce qn'nn levier?

Un jonr le plébiscite sera la seule constitution qui régira les peuples libres.

Déjà le plébiscite est la grande porte par laquelle tout gouvernement peut sortir, la tète haute, de toutes les difficultés, alors même qu'elles paraissent n'avoir aucune issue.

Assez de difficultés sont amassées et suspendues au-dessus de nos têtes pour que le moment soit proche où apparaîtra nécessairement le troisième plébiscite.

La Gazette de France ne sait plus ce qu'elle dit ; elle a perdu la raison.

Preuve, les lignes qui suivent :

Pour qu'un peuple se prononce souverainement, il faut qu'il

SOV QUESTIONS DE L*AKfNÉE 1869.

soit ABSOLViiexT libre, qu'on ne mette aucune oondiliori à Texpression de sa voionlé. Or, pour qu'un peuple ait celte liberté-là, il ne lui faut AlCUN GOIVERNEMENT.

Si, d'après la déclaration ci-dessus, Tappcl au peuple n'est valable qu'à la condition que le peuple auquel il sera fait appel n'ait a aucun gouvernement «, quand donc et où donc l'appel au peuple, qui sert de sous-titre à la Gazette de France^ sera-t-il autre chose qu'un mot vide de sens?

fst-ce qu'un peuple est jamais sans a aucun gouverne* ment » ? Est-ce qu'aussitôt qu'il renverse le gouvernement qu'il avait il n'en proclame pas un autre? Le 23 février 1848, est-ce qu'avant que le roi Louis-Philippe ait eu le temps de quitter la France, même le palais deSaint^Cloud, l'insurrec tion victorieuse n'avait pas déjà institué en toute hâte à l'hôtel de ville de Paris le Gouvernement provisoire, qui a décrété la République et qui a duré jusqu'à la convocation de l'Assemblée constituante, jour où il a changé de nom et où il s'est appelé la Commission executive?

Est-ce que le P' juillet 987, lorsque l'archevêque de Reims posa la couronne de France sur le front de l'usurpateur Hugues Capet, proclamé roi par l'assemblée des grands à Senlis, au mépris des droits et à l'exclusion du duc Charles, frère du roi Lothairc et oncle du roi Louis V, surnommé le Fainéant, le dernier des Carlovingiens régnant, le peuple français n'avait « aucun gouvernement » ?

Le singulier journal que la Gazette de France! Ses affections sont légitimistes et ses doctrines sont républicaines; il érige en principe l'appel au peuple, et dans l'application il le repousse. Qu'il se décide : ou qu'il soit VUnion, ou qu'il soit le Réveil!

LES voeux nu pays. 205

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