PAYS TOUT ENTIER
L'unité de collège, c'est la liberté des opinions.
Le morcelleinent électoral, c*est la guerre des opinions.
Il y a donc entre le morcellement -électoral et Vunité de collège tonte la différence qui existe entre la guerre et la liberté, toute la différence qu*il y aurait entre 4^ux cbronomètres dont le cadran de Tun serait intact et dont le cadran de l'autre serait brisé en deux cent quatre-vingt douze morceaux éparpillés. Le moyen avec ce dernier de savoir Theure qu'il est!
Encore, si le morcellement électoral n'était condamné que par ses inconséquences I mais à quels abus de toutes sortes né donne-t-il pas lieu?
]^t-ce qu'il n'est pas la corruption et souvent l'intimidation des électeurs ?
Est-ce qu'il n'est pas la déconsidération des candidats, contraints d'aller s'offrir, contraints d'aller mendier des voix ou de les capter par des promesses qu'ils ont rarement la pensée et plus rarement encore le pouvoir de tenir, et que le lendemain de leur élection ils n'ont généralement rien de plus pressé que d'oublier ?
Avec le morcellement électoral, c'est l'éligible qui va chercher l'électeur.
Avec l'unité du collège, c'est l'électeur qui va chercher l'éligible.
Les rôles cessent d'être intervertis; l'élu conserve sa dignité et son indépendance.
Avec l'unité de collège, il n'y a pas de voix perdues, tandis qu'avec le morcellement électoral le nombre des voix perdues peut s'élever et s'élève souvent jusqu'à près de la moitié du nombre des votants , ainsi que l'attestera notam-
LA VéRIFIGATION DES POUVOIRS. Sii
ment la vérificalion de l'élection de M. le baron Gourgaud, lequel ne Ta emporté qae d'une voix sur ses concurrents.
L'unité de collège, au contraire, utilise toutes les voix, TOUS les bulletins déposés dans l'urne électorale -, il n'y a plus ni majorité ni minorité. Appliqués aux élections générales d'un pays ayant à nommer plusieurs centaines de députés , ces deux mots : ifâJORrrÉ et minoritâ, n'ont plus aucun sens.
Tont élu, par quelque nombre de voix qu'il soit élu, que ce nombre soit très-faible ou qu'il soit très-considérable, est toujours l'élu de I'unanduté.
Uunité de collège telle que nous l'avons conçue se compose d'unanimités échelonnées ; c'est à la fois la liberté et la représentation de toutes les opinions , de toutes les idées, de toutes les écoles, de tons les cultes, de toutes les professions, de tous les intérêts pesant un poids quelconque.
L'unité de collège n'a pas uniquement pour objet et n'aurait pas seulement pour effet d'assurer une place parmi les représentants du peuple à tous les hommes d'une réputation nationale; elle fait plus, elle indique avec précision le poids que pèse et l'importance que possède dans le pays l'opinion de chacun de« ces hommes. Elle dégage le scrutin de tout ce qui le vicie et le dénature, de tout ce qui en altère la pureté et en gène la liberté.
Avec l'unité de collège :
Plus de coalition électorale.
Plus de difision en majorité et minorité.
Plus d'antagonisme entre les villes et les campagnes.
Plus d'élections partielles.
Plus de double tour de scrutin et de scrutin de ballottage.
Plus de majorité absolue et de majorité relative.
Plus de voix perdues.
Plus de candidatures officielles imposées aux électeurs
timorés par les préfets et leurs agents.
Plus de candidatares hostiles dictées aux électeurs pas* sionnés par les comités et leurs journaux.
Plus de vassalité du candidat-lige ayant ses électeurs pour suzerains.
Plus de féodalité électorale.
Plus de renversement des rôles, qui fait que c*est Téla qui est Tobligé de Félecteur, et non l'électeur qui est l'obligé de relu.
Plus de pression abusive exercée sur les électeurs soit par le gouvernement, soit par les partis.
Plus d'assujettissement de Féln à des exigences individuelles on locales, trop souvent contraires à son indépendance et à rintérèt général.
Plus de démoralisation des consciences électorales, que les promesses corrompent , que les menaces avilissent , que les flatteries abusent.
Pas de scrutin de listes.
Avec l'unité de collège, toutes les opinions, toutes les idées se mesurent, aucune ne se combat.
Assurant à la fois l'inviolabilité de l'électeur et l'indépendance de l'élu, l'unité de collège, c'est la liberté du vote.
Le morcellement électoral, c'est la mendicité électorale.
Le morcellement électoral , c'est le doute , c'est l'obscurité, lorsque le suffrage universel devrait être la certitude et la lumière.
Entre les deux systèmes, dont l'un réunit tous les inconvénients tandis que l'autre n'en a aucun, comment expliquer que les gouvernements et les partis intéressés à l'adoption du mode de représentation nationale le plus exact n'aient pas encore mis la question sérieusement à l'étude ?
Il en serait tout autrement s'il s'agissait d'un nouveau système de cuirasse des navires ou d'un nouveau modèle de fusil !
Est-ce que l'Empire cependant ne s'honorerait pas le jour