‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 80 sur 149 · AUTRES GOUVERNEMENTS, MÊMES ABUS. S · texte numérisé non relu

AUTRES GOUVERNEMENTS, MÊMES ABUS. S

Ce que nous disions le 20 février 1848, nous n^avons cessé de le répéter au gouvernement issu des plébiscites des 20 décembre 1851 et 21 novembre 1852; nous n'avons cessé de lui dire :

Faites qu'une partie soit juge ou qu'un juge soit partie, la justice cesse d'exister, la justice cesse de régner, car elle n'offre plus aucune garantie.

Le rôle du gouvernement dans les élections, c'est d'être juge entre les opinions rivales plaidant les unes contre les autres.

Lorsqu'un gouvernement abandonne ce rôle pour devenir partie, il descend de toute la hauteur à laquelle le juge est placé au-dessus de la partie qui comparait devant lui.

Les gouvernements les plus solides, les plus difficiles à renverser, sont ceux qui , dans les élections , gardent systématiquement, comme en Angleterre et en Belgique, la neutralité la plus imperturbable.

Qu'importe que la minorité devienne majorité et que la majorité devienne minorité I

Si la minorité n'épargne aucun effort, aucun sacrifice pour devenir majorité, que, de son côté, la majorité en fasse autant ! Qu'elle n'épargne ni les sacrifices ni les efibrts ! Ce n'est qu'à ce prix que la vie politique se conserve dans un pays. Autrement c'est la corruption engendrant le marasme; c'est la politique stagnante et malsaine, au teint hâve, à la voix éteinte , à la marche chancelante, au corps grelottant la fièvre paludéenne.

Il faut que tout parti puisse toujours être le gouverne'* ment, afin que jamais le gouvernement ne soit un parti.

Alors le gouvernement est ce qu'il doit être : il est une balance, ce symbole de la justice et de l'impartialité.

Si le gouvernement avait été cela sous le roi Louis-Philippe, 1^ Royauté de 1830 serait encore debout.

Si le gouvernement avait été cela sous la République du

24 fémer, le Président éln le 10 décembre n*eât pas été le prince Louis Bonaparte.

' Les leçons de ])expérience ne serviront-elles donc jamais?

Non, non ! en matière d'élections le gouvernement ne doit jamais être juge et partie ; c'est aux opinions opposées, c*est aux opinions divergentes à lutter entre elles, les unes contre les autres, avec les moyens dont chacune d'elles dispose : l'opinion réactionnaire contre l'opinion révolutionnaire, l'opinion libérale contre celle--ci ou contre celle-là, selon que l'exige l'intérêt de la liberté , plus menacée par la réaction que par la révolution, ou plus menacée par la révolution que par la réaction.

A l'exemple du gouvernement américain, le gouvernement français doit borner ses a saims à veiUer au maintien de Tordre » , selon le témoignage qui lui en a été rendu en ces termes, le 9 novembre 1868, par le Moniteur universel:

Quelles que soient les sympathies personnelles du président Johnson, il convient de lui rendre cette justice, qu*au milieu des ardeurs de la lutte il a conservé officiellement la neutralité. En tant que chef do pouvoir exécutif il n'a pas cherché à se prévaloir du reste d'autorité qui lui appartient encore pour favoriser illégalement un parti aux dépens de l'autre. // borne tet soins àveillerau maintien de fORDRË.

Mais ce que le gouvernement français loue si justement aux États-Unis, pourquoi ne l'imite-t-il pas en France?

Louer est bien ; imiter, serait mieux.

Cet éloge officiel est la réponse la plus convaincante, la plus péremptoire, la plus victorieuse qui puisse être opposée aux retardataires qui s'obstinent encore à croire à la nécessité de l'immixtion du gouvernement dans l'élection des députés nommés pour contrôler ses comptes et ses actes. .

Qu'il soit enfin ériger en principe scrupuleusement respecté que désormais, dans toutes les. élections qui auront lieu , le gouvernement , en France comme en Amérique ,

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