L'EXHUMATION DU RÉGIME PARLEMENTAIRE
parce que nous nous sommes abstenu de le combattre, il n*en faudrait pas conclure que nous partageons les illusions dont il est le triomphe.
Ces illusions, nous le saYons, aboutiront à des déceptions.
Le pays et son gouYernement font Tun et Fautre fausse route; ils se fourvoient tous les deui.
Le vrai chemin, le chemin droit et large, ani et sâr, ce n'étaif pas le rétablissement du régime parlementaire, c'était rétablissement du régime plébiscitaire , lequel est à Tautre ce que Tavenir est au passé, ce que le port est à Técueil.
Un journal dont le titre eût été un programme s'il se fût appelé le Plébiscite au lieu de s'appeler improprement le Peuple françaiSy exécute chaque soir de brillantes variations sur ce thème : Faites grand!
C'est le conseil d'un bon cœur et d'un bon esprit ; mais si l'Empereur disait à son journal : a Indiquez-moi ce qu'il y a de grand à faire, et je le ferai », peut-être n'y aurait-il de grand que l'embarras du journal.
Effectivement, à moins de faire du neuf, qu'y a*t-il à faire de grand?
Lorsque le Corps législatif aura recouvré le droit d'élire son bureau , lorsque les conseils généraux de département et les conseils d'arrondissement auront, eux aussi , recouvré le droit d'élire leurs présidents, vice-présidents et secrétaires , lorsque les conseik municipaux choisiront parmi eux leurs maires et leurs adjoints ; lorsque l'incompatibilité entre le mandat de députait la fonction de ministre aura été supprimée , et qu'enfin toutes les questions se délibéreront en conseil, ainsi que cela avait lieu sous Ijb roi Louis-Philippe P% qu'aura fait de grand l'empereur Napoléon III?
Lorsque l'Empire aura renoncé aux candidatures, officielles et à toute ingérence électorale , assurément ce sera une bonne chose, mais sera-ce une grande chose?
Il n'est pas au pouvoir du plus habile savetier de faire
jamais du vieux soulier auquel il met et remet pièces sur pièces un soulier neuf.
Ce savetier est Fimage de la France ayant le Sénat pour échoppe.
La chaussure a été si souvent rapiécée, elle est si usée, qne peut-être n* eût-il pas été excessif de remplacer enfin le savetier par le cordonnier I
Assurément cette assimilation manque de noblesse^ mais si elle était plus noble elle serait moins juste.
S'imagioer qu*on réussira à faire du neuf avec du vieux, et du grand avec des ministres sans idées et sans initiative , c*est s^abuser grossièrement.
Peu d'années suffiront pour montrer à quoi aura abouti la préférence donnée en 1869 au sénatus-consulte sur le plébiscite et au morcellement électoral sur Tunité de collège.
D s'agissait de réédifier le pouvoir ; qu'aura-t-on fait? On aura réédifié Timpuissance.
L'impuissance dans un pays où il y a tant d'abus à supprimer et tant de réformes à opérer, où il y a tant à faire et encore plus à défaire I
Le sénatus-consulte sera une satisfaction donnée à T exigence commune, mais il ne sera pas la solution do problème gouvernemental.
La République succéderait à l'Empire, comme l'Empire a succédé à la République de 1848, qui avait succédé à la Monarchie de 1830; H. Gambetta succéderait à M. Rouher comme M. Rouher a succédé à If. Guizot, qui avait succédé à M. Thiers, que s'ils ne commençaient pas par adopter l'unité de collège et le régime plébiscitaire, même la République et If. Gambetta ne moudraient que du vent.
Qu'ont fait la Constituante de 1848 et la Législative de 1849? Elles ont défait ce qu'avait fait le gouvernement provisoire. Elles n'ont pas même respecté le suffrage universel, de qui elles étaient nées.