‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 92 sur 149 · LA POLITIQUE DU TEMPS PERDU · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DU TEMPS PERDU

Le rédacteur en chef du Peuple français, qui a cessé d^être notre collaborateur pour devenir celui de TEmpereur, résume ainsi sa politique :

Attendre, n*e8t-ce pas ce quMI y a de mieux à faire? Nous attendons.

Ces mots, nous le disons avec le regret le plus sincère, sont la condamnation du gouvernement dont H. Qément Duvemois est devenu le plus ferme soutien, gouvernement à la chute duquel il ne parait plus téméraire de croire quand on voit la rapidité de son déclin.

L'Empereur, Télu du 10 décembre 1848, le réélu du 20 décembre 1851 et du 21 novembre 1852 à une majorité plus considérable encore la troisième fois que la première, ayant pris une aussi grosse détermination qne celle qui lui a dicté le Message du 12 juillet et le sénatus- consulte du 2 août, il ne devrait pins y avoir sur la marche de son gouvernement aucun doute , aucune ombre.

Or, si, même dans Tesprit de H. Duvemois, Tombre n*a pas été dissipée, si le doute y subsiste, c'est donc que cette fois encore, comme toujours, Taccord a ntanqué entre les paroles et les actes.

Étant judicieusement résigné, étant sincèrement décidé à la consommation du sacrifice dont le sénatus -consulte du 2 août est Taccomplissement : que devait faire Fauteur de la lettre du 19 janvier 1867 et du Message du 12 juillet 1869? U devait, nous Tavons dit, prescrire à son ministre d*£tat.

LA POLITIQUE DU TEMPS PERDU. t99

M. Rouher, de s'opposer formellement an renvoi dans les bureaux de la demande d'interpellation des 116, cette demande étant dans ses termes incontestablement inconstitutionnelle.

Rien n'était plus simple et moins hasardeux que de s'opposer à ce renvoi, puisqu'il suffisait pour Tempécher que le ministre d'État, M. Rouher, s'entendit avec le président du Corps législatif, M. Schneider.

En même temps que If. Rouher se fut opposé à ce renvoi , il fut monté à la tribune pour y déclarer hautement, au nom de l'Empereur, que dans l'intervalle qui s'écoulerait entre la session extraordinaire et la session ordinaire du Corps législatif, la satisfaction la plus ample serait donnée aux vœux du pays, dont la demande d'interpellation des 116 était l'expression prise en trés*sérieuse considération par le gouvernement.

Telle était la marche du jeu de la partie engagée.

Cette marche étant suivie, il n'y avait pas de brusque prorogation prématurée ; il n'y avait pas de situation fausse ni pour le ministère existant au 11 juillet, ni pour le ministère lui succédant le 17 juillet; il n'y avait pas de ministère transitoire, ce qui est toujours un faux rouage et une f&cheuse complication, ainsi qu'on ne tardera pas à en faire une fois de plus l'expérience.

M. de Forcade la Roquette, ministre de l'intérieur, assisté au besoin de son collègue M. Rouher, ministre d'État, défendait jusqu'à la dernière toutes les élections contestées; il défendait la conduite de ses préfets ; il défendait les instructions qu'il leur avait données; et si ses instructions et leur conduite n'étaient pas défendables, il ne se représentait plus devant le Corps législatif, l'époque venue de sa session ordinaire. Cela n'eût été que dans le cas contraire, cela n'eût été que dans le cas d'explications pleinement satisfaisantes données par M. de Forcade, et vu la pénurie des hommes de gouvernement

et de parole; qu*il eut été possible de Tadmettre à faire partie du nouveau cabinet composé en vue des réformes à accomplir.

Le terrain parlementaire ayant été ainsi déblayé, il n*y aurait plus eu qu'à y construire le nouvel édifice ministériel, et cette construction eût été d'autant plus aisée qu'elle eut été entreprise entre deox sessions, quand le gouvernement avait devant lui tout le temps nécessaire pour la bien préparer.

Puisque l'Empereur se disposait à entrer dans les voies parlementaires , puisqu'il renonçait à » l'Empire autoritaire pour le remplacer par l'Empire libéral » , il faisait alors ce que lui indiquaient le bon sens et la bonne foi ; il appelait celui des 116 qui lui paraissait devoir être la personnifica* tion la plus caractérisée, la plus significative, la plus claire, la plus éloquente de la politique nouvelle, et il lui disait : a Concertez-vous avec vos amis et proposez-moi un ministère » que vous présiderez. Je mets à votre entière et libre dis* D position neuf portefeuilles sur dix ; il n*y en a qu'un seal n que je me réserve expressément, c'est celui du ministère » de la guerre, pour le cas où le retour à la forme parle- » mentaire serait en même temps le retour à l'insurrection,

V contre laquelle eurent à lutter le roi Charles X et le roi » Louis-Philippe, et même le gouvernement provisoire et la « Commission executive de 1848; dans ce cas, que je dois

V prévoir tout en désirant qu'il ne se présente pas, je tiens à » garder dans la main l'épée de la répression la plus prompte « et la plus énergique. Aussitôt que vous vous serez mis d'accord D avec vos amis vous viendrez me l'annoncer, et vos nomi- » nations , contre-signées par M. Ronher, dernier acte da 9 ministre d'État, seront insérées le lendemain au Journal » officiel. Le surlendemain le Sénat sera convoqué dans le 9 délai le pluis bref pour délibérer sur le projet de sénatus-

V consulte, qui devra être votre premier acte, car ce sera sur » lui que le pays vous jugera et que je vous jugerai. A vous » exclusivement tonte la responsabilité de cette transforma-

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