‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 93 sur 149 · LA POLITIQUE DU TEMPS PERDU · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DU TEMPS PERDU

» CioD de mon gouvernement» et afin que cette responsabilité » soit entière» voici un décret éventuel de dissolution du « Corps législatif, décret que vous n*aurez qu*à dater et à » contre-^igner, s'il vous parait nécessaire de vous en servir. V Je veux que Texpérience soit complète et décisive , et je 9 désire que le succès la couronne, puisque sa réussite serait » une garantie qui rendrait plus certain le règne de mon fils. i> Telle est ma volonté, tel est mon désir, et je tiens à ce que 9 la France tout entière les connaisse et ne puisse concevoir » sur leur sincérité le plus léger doute, v

Au lieu de la politique indécise, équivoque, compliquée, qui a prévalu, supposez que cette politique, ferme,* claire, simple. Fait emporté, M. Clément Duvernois, vingt-sept jours après le Message du 12 juillet, n'en serait pas réduit à ce triste aveu d'ignorance qui a dû lui coûter infiniment.

Revenons à la question de M. de Girardin : Les ministres actuels sont-ils capables d^entrepreodre et d* accomplir les grandes choses qui assureront la victoire électorale de 1875? nous le désirons,

HODS l'iGNOBONS, NOUS ATTENDONS.

Soyez de bonne foi, mon cher ancien collaborateur, et reconnaissez que lorsque vous dites : a Nous l'ignorons » , ¥ous ne l'ignorez pas ! Vous savez parfaitement que les ministres du 17 juillet ne correspondent pas aux nécessités impérieuses de la situation nouvelle : premièrement , parce qu'ils n'en sont pas l'expression choisie parmi les 116, qui forment la majorité de fait ; deuxièmement, parce qu'ils n'ont ni le talent de parole, ni la vaillance de caractère qu'exigera la lutte à soutenir contre l'opposition de gauche, laquelle ne reculera devant aucune récrimination, devant aucune revendication, devant aucune véhémence, devant aucune manœuvre.

Exemple :

S'il eut suffi d'un homme jouissant dans le monde diplo-

matique.de la considération la plus haute et de la confiance la plus grande, méritées par son caractère et son eipfrrience , nul doute que le choix qui a été fait de H. le prince de la Tour-d' Auvergne ne fût irréprochable; mais il faudra que le nouveau ministre des afiaires étrangères s'explique à la tribune sur la convention du 1 5 septembre, sur la prolongation du maintien de nos troupes à Rome, sur les sympathies très-ardentes dont on le suppose animé en faveur du pouvoir temporel du pape , sur la portée politique du trèsprochain concile, etc., etc.; or, lui-même avoue que lorsqu'un débat s'engage au sein de son conseil général il est incapable de le soutenir et de le diriger. Moins l'opposition le croira capable de répondre à ses interpellations, et plus elle le prendra pour point de mire, afin que sa retraite forcée fasse brèche au cabinet. Désormais, tout ministre des affaires étrangères, comme au temps de M. Thiers, président du conseil, et de M. Guizot, son successeur, devra être nécessairement homme de tribune.

Dès qu'il en était déjà ainsi depuis la mort de M. le marquis de Moustier, pourquoi avoir choisi M. le prince de la Tour-d'Auvergne? Si l'on nous répondait qu'il ne s'agissait que d'un ministère transitoire, nous répliquerons par cette autre interpellation : Pourquoi un ministère provisoire au lieu d'un ministère définitif? Pourquoi* la politique d'attente au lieu de la politique d'action? La politique du temps perdu n'a jamais été et ne sera jamais une bonne politique, quoi qu'en puisse penser et quoi qu'en puisse dire l'habile excuseur en chef du Peuple français.

De deux choses l'une : ou parmi les 116 il n'existe aucun homme de tribune qui puisse combler le vide fait par la révocation de M* Rouher, ou cet homme de tribune existe; s'il n'existe pas, comment a-t-on commis l'imprudence et la faute de blesser H. Rouher, de le décourager, de le reléguer, à la présidence du Sénat? S'il existe, comment ne l'a-

t-oD pas pris tout de suite? Qu'aura-t-on gagné à attendre? Qa'aura-t-on gagné à perdre cinq mois, lorsque TEmpereur est parrenn, ainsi que nous, à une époque de la vie où les jours sont des semaines, les semaines des mois et les mois des années? Quand on a dépassé les deux termes de la vie moyenne et de la vie probable , la prévoyance la plus vulgaire exige que Ton se conduise autrement que si on ne les avait pas atteints; car ce n'est plus que par faveur particulière, par exception, par bonne grâce de la mort, que Ton continue à compter an nombre des vivants. De même que nous, Femperenr Napoléon III est un parvenu de la longévité humaine.

Il y a quelques mois, H. Duvemois avait une idée, une espérance, un but : c'était Y Union dynastique, laquelle consistait à renoncer aux candidatures officielles et à ouvrir largement les rangs de l'éligibilité à tous les candidats autres que les irréconciliables. Comment cette idée a-t-elle été traduite en instructions ministérielles et en actes préfectoraux?

Aujourd'hui, Tunique idée, l'unique espérance. Tunique but du rédacteur en chef du Peuple français , c'est V Union parlementaire,

La première idée a avorté; la seconde sera-t*elle viable?

Nous le voudrions bien, mais nous ne l'espérons pas.

Le sort de tout gouvernement. indécis est de s'user dans Tattente.

13 août 1869.

Le rédacteur en chef du Peuple français est dans son rôle lorsqu'il s'efforce d'établir, dans sa réponse à notre article intitulé : LA PoLrriQUE du temps perdu, qu'il n'y avait

d04 QUESTIONS DE L*AMNÉE 1869.

rien de mieux à faire que ce qui a été fait. L'avenir, un avenir très-prochain , prononcera entre les deax opinions difiTérentes : Tune soutenue par H. Clément Davemois, Tautre émise par nous. Il montrera laquelle était la plus juste, laquelle était la plus logique.

Nous persistons à penser que si H. Rouher, ministre d*Etat, fût monté à la tribune le 11 juillet pour y déclarer que le respect de la Constitution s'opposait à ce que la deibande d'interpellation des 116 fût renvoyée et discutée dans les bureaux, qu'en tout cas ce renvoi serait sans objet, puisque le but de Tinterpellation était atteint par l'engagement formel que prenait, en face de la France, le gouvernement de convoquer le Sénat et de lui présenter un sénatus- consulte donnant toute satisfaction aux vœux des signataires de la demande d'interpellation le lendemain du jour où le Corps législatif aurait terminé la vérification de ses pouvoirs ; nous persistons à penser que cette déclaration expresse eût été accueillie par les acclamations des 116, HM. Chevandier de Valdr6me, Latour-du-Houlin , Louvet, Ollivier, Richard, Segris, de Talhouët en tête.

Mais admettons que cette confiance dans la majorité ait été une illusion de la part du gouvernement; allons jusqu'à la dernière limite de l'hypothèse de M. Qément Duvemois, allons jusqu'à l'invraisemblable, allons jusqu'à supposer que la majorité n'eût tenu aucun compte de la déclaration de M. Rouher, ministre d'État, qu'elle l'eut foulée aux pieds et que, faisant violence à l'opinion de M. Schneider, président du Corps législatif, elle eût exigé, d'accord avec les irréconciliables, le renvoi et la discussion dans les bureaux de H proposition, quoique contraire à la Constitution, en quoi le renvoi et le débat accepté eussent-ils eu pour eflet, ainsi que le prétend H. Clément Duvemois, « de transformer le V Corps législatif en Assemblée constituante v ?

La première condition constitutive d'une assemblée cons-

titoante, c'est de posséder et d'exercer l'inUiative des lois; n'ayant pas été doté de cette initiative par la Constitution de 1852, est-ce qu'il était possible que le Corps législatif put s'ériger en Assemblée constituante? Ce danger fait plus d'bonnenr à l'imagination de H. Qément Dnvemois qu'à sa mémoire, car il n'est guère supposable qn*il n'ait jamais In l'article 8 de la Constitution encore en vigueur. Mettons-lui cet article sous les veux :

ABTICLE 8.

L*Empereor a SEUL l'initiative des lois.

Rappelons-lui aussi les termes de la rédaction défiiiitive de la demande^d'interpellation des 116; les voici textuellement :

Nous demandons à interpeller le gouvernement sur la nécessité de donner satisfaction aux sentiments du pays en l'associant d'une manière plus efficace à la direction de ses affaires.

La constitution d*un ministère responsable, le droit pour le Corps législatif de régler les conditions organiques de ses travaux et de ses communications avec le gouvernement, seraient à nos yeux des mesures essentielles pour atteindre ce but.

Si le gouvernement eût déclaré solennellement qu'il serait donné sans aucun retard, par les voies constitutionnelles, a satisfaction aux sentiments du pays « , les 116 signataires n'eussent pn demander raisonnablement rien de plus, car ils n'eussent obtenu effectivement rien de plus par la discussion et la prise en considération de leur demande d'interpellation.

La réponse de M. Duvemois, reposant sur cette hypothèse inadmissible, est une insulte aux 116, car elle les suppose dépourvus de tout bon sens et de toute bonne foi. Elle en fait des députés faquins ou factieux.

NonI accepter le débat, ce n'était pas « permettre an Corps

législatif de se transformer en Assemblée constituante » .

: Non! s'opposer au renvoi de Finterpellation dans les bureaux, ce n'était pas « provoquer un inévitable conflit » .

L'avantage qu'il y avait à suivre la marche par nous indiquée, au lieu de suivre celle que le Message du 12 juillet a tracée , c'était que le Corps législatif terminait la vérification de ses pouvoirs avant que le Sénat fût convoqué; c'était qu'il ne restait pas en suspens; c'était que le gouvernement avait devant lui tout le temps nécessaire soit pour renouveler^ en entier le ministère existant, soit pour lui donner au moyen d'adjonctions indispensables une signification toute nouvelle; c'était qu'on ne tombait pas dans cette profonde inconséquence de H. Rouher, ministre d'État, se retirant, et de M. de Forcade la Roquette, ministre.de l'intérieur, responsable des dernières élections générales , restant , ce qui fausse la situation de la manière la plus grave, et ce qui a rendu impossible la formation d'un ministère définitif. H. Clément Duvemois aura beau s'efforcer de jeter sur cette situation tous les voiles tissés et brodés par son imagination, il n'empochera pas cette situation d'être radicalement fausse.

Un plébiscite avant les élections générales , devançant la volonté du peuple , ou tout au moins un plébiscite avant la convocation de la nouvelle législature, donnant satisfaction aux sentiments du pays : voilà ce que nous avions conseillé de faire. Nous ne nous sommes rallié au sénatus-consulte qu'après avoir vu mettre inconsidérément à l'écart le premier moyen, qui était le bon ; mais, même dans le cas de ce ralliement à contre-cœur, il n'est pas vrai de dire que notre politique de conversion soit une politique d'ajournement.

Prouvons-le par des dates à notre opiniâtre contradicteur :

Le 11 juillet, déclaration du gouvernement annonçant qu'un sénatus-consulte sera présenté au Sénat dès que

le Corps législatif aura terminé la vérification de ses pouvoirs ;

Le 11 juillet et jours suivants, votes sur les élections contestées, en présence de MM. Rouher, ministre d*État, et de Forcade, ministre de Tintérieur.

Le 12 août, en admettant que le débat sur les cinquantecinq élections contestées se soit prolongé pendant trente jours» clôture de la session extraordinaire du Corps législatif;

Le 13 août, convocation du Sénat, présentation du projet de sénatns-consulte;

Après le vote du sénatus-consulte, modification du ministère existant ou formation d* un ministèreentièrement nouveau.

Ce qu*on gagnait à Tadoption de cette marche, de préférence^ à celle si aveuglément approuvée par H. Clément Duvemois, c*est qu'en septembre, au plus tard, le gouvernement avait pour pivot un ministère définitif au lieu d*un ministère provisoire.

Ce ministère définitif avait devant lui quatre mois pour préparer ses projets et donner sa mesure, tandis que le ministère provisoire n*osera prendre sur lui de rien engager, se disant à lui-même qu'il n'est pas né viable et qu'il ne saurait durer.

La session ordinaire prochaine s'ouvrira donc avec un ministère se présentant les mains vides devant une majorité flottante, dont la première besogne sera de reprendre la vérification des élections contestées , c'est-à-dire des élections qui soulèveront les débats les plus irritants.

Au lieu de débuter, ce qui eût été souhaitable, par l'apaisement, cette session ordinaire débutera par la passion, les irréconciliables ayant devant eux le ministre le plus compromis, puisque c'est lui qui porte la responsabilité person-

nelle de tous les actes rëpréhensibles de pression ministérielle et préfectorale.

Notre ancien collaborateur, H. Clément Dnvemois, a Tesprit trop net, trop prompt, pour ne pas convenir en luimême qu'il a tort et que nous avons raison.

Souhaitant très-sincèrement, nous Pavons dit, et nous ne laissons échapper aucune occasion de le répéter, souhaitant raffermissement de TEmpire parla liberté, souhaitant raffermissement de la liberté par l'Empire, nous pensons, en effet, que le moyen le moins douteux d'atteindre ce but, c'eut été et ce serait encore l'édification sur un terrain nouveau d'un ministère des deux centres , d'un ministère de coalition réunissant M. Rouher et M. Ollivîer.

A notre avis , ce serait tout au plus si dans les circonstances telles qu'elles sont gangrenées, ce ministère de coalition suffirait à tenir tête aux irréconciliables, armés du coup d^État du 2 décembre, de la djèsastreuse expédition du Mexique, de l'unification militaire de l'Allemagne, qui pèsera sur le règne de l'empereur Napoléon III aussi lourdement et aussi longtemps qu'a pesé et que pèse encore sur le règne du roi Louis XV le partage de la Pologne entre T Autriche, la Prusse et la Russie; unification militaire qui a déjà eu pour conséquence de nous obliger de porter à 900,000 hommes l'effectif de notre armée active au lieu de 560,000 hommes, qui était le chiffre de l'armée sous la Monarchie de 1830 et la République de 1848.

Aussi nous fussions-nous hâté de dire à ce ministère de coalition, s*il se fût formé :

tt Ne perdez pas un jour, ne perdez pas une heure , ne » perdez pas une seconde , pour attester que votre politique « n'a rien de commun avec la politique antérieure au sénas tus-consulte d'août 1869! Inaugurez l'ère nouvelle par » une amnistie sans exceptions ni restrictions, comme celle

« da 16 aoât 1859! Mettez fin à tous les procès de presse, « qui sont autant, de coups mortels que les gouvernements « aveugles se portent à eux-mêmes I Veillez à ce qu^il ne » puisse plus y avoir lieu à aucune arrestation arbitraire, à « aucune détention abusive ! Ebauchez dans cet ordre d'idées 9 par voies de décrets, tout ce qui est du domaine du dé- « cret, jusqu'à ce que vous puissiez saisir le Corps légis- D latif de toutes les lois qui seront le couronnement de w rœavre. »

Comparée à la politique d'attenté de H. Qément Duvernois, cette politique, nous osons le dire, eut été fondée à se qualifier ainsi : la Politique de conversion.

n Attendre la session ; attendre que la majorité se soit reconstituée sur le terrain nouveau qui lui est fait ; attendre que les ministres du 17 juillet préparent de grandes lois; attendre que la majorité nouvelle, formée de débris des 116 et de ce qui est resté de l'ancienne majorité, se groupe autour des ministres; attendre, si le ministère actuel ne semble pas assez fort, qu'il soit amené tout naturellement à se fortifier, et s'il ne répond pas aux circonstances, qu'il soit conduit à se retirer » ; c'est pousser l'optimisme jusqu'à la cécité.

Ce que nous demandons à l'Empereur, ce n'est ni de gouverner personnellemeni , ni de gouverner parlementairement, c'est de gouverner logiquement.

Or, la logique voulait que, adoptant le programme des 1 16 , il choisit parmi eux les ministres chargés de le traduire en sénatus-consnlte, en décrets impériaux, en instruc* tiens ministérielles et en actes administratifs journaliers.

Si H. Clément Dnvemois fût resté celui de nos collaborateurs dont la pensée s'unissait le plus intimement et sans efibrts à la nôtre, cet avis serait certainement le sien, et pas plus que nous il ne comprendrait que l'Empire autoritaire^

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se disant devenu FEmpire libéral, prodiguât plus que jamais les procès de presse , et gardât le silence lorsqu^on lui demande compte chaque jour de la liberté d^écrivains arrêtés préventivement depuis deux mois.

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